‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymes, ouvrage qui a obtenu de l'Institut le prix de linguistique en 1853 et en 1858 (volume 2)Chapitre 98 sur 426 · PRÉFIXES É ET DE · texte numérisé non relu

PRÉFIXES É ET DE

Écoulement y découlement. É^ration^ défn/foiion. Éhonté^ déhonté, Échevelé, déchevelé. Éhanché^ déhanché.

ÉGOCLEMENT, DÉGOCLElIElfT. Flux, mouTement de ce qui coule.

« Les eaux 8*écoulentdxL lieu d'où elles sortent, et qu'elles laissent à sec; elles découlent de leur source. » Gond.

Ce qui frappe dans Vécoulement , c'est la sortie du liquide qui s'échappe , fini fuit , et le vide produit par là dans le vase ou le contenant : un liquide s'écoule entièrement, il n'en reste rien dans le vaisseau, c II y a des mémoires infidèles qui laissent écouler tout ce qu'on leur confie. » RoLL. c Nous laissons écotUer de nos mains , sans peine , l'un de nos trésors les plus précieox , le temps. « Boss. Ce qui frappe dans le découlement , c'est la direction que suit le Uquide en coulant r le sang découle d'une plaie. — De même , au figuré, le temps s'écoule, c'est-à-dire, fuit, échappe; une conséquence d^eoule d'un principe, c'est-à-dire , résulte ou descend de quelque chose de supérieur comme de sa source.

ÉPURATION , DÉPURATION. Action de purifier, de donner de la pureté , ou effet de cette action.

Par r^rotton , ce qui est impur sort ou s'en ' va; par la d^rorofîon, la chose est délivrée ou débarrassée de ce qu'elle contient d'impur. Il semble , d'après cela , que le second mot exprime une élimination plus complète, plus définitive, de toute matière hétérogène ; d'autant plus que de est essentiellement caractéristique, rigoureux, déterminatif. Vépwration serait donc uncommen-

iM

PlKHElRB PiatlB ;

cemont 'd[0 déi^wtatUk , oa une d^ralkm rdatii8 «tfartieile. Mais, d'tm autn edié, T^wni- It09 dMDaade {)«ii«ètpe plus 4e tconps «t de som , paMe 4U'«Ue eftt pl«« diffi0ile. P«r des soins est «a long régime , on parrienl i une certûne épVÊU^ Hon du sang; la petite vérole opère une prompte et totale d^pumtteii du sang (Volt.). « On épurera ainsi la fonte , et , pour la dépurer encore daTBntagOf on fera fondre une seconde fois ce li«gol4lins le S9U lis rafOnerie. » Bofp.

EHONTÉ , DÉflONTÊ. Sans honte , sans pudmr.

JEltDf eet exemple et les suiirejits ke deux pavtievAei kûtiftles sont pmatÎT)»; mais de semble' ritre i un plue bautpoint , ce qui tient sans doute i à «a mleur TigourtwenMOt détenninaÉtve , à ce qufi|.w^ri£Qe fias partioulièneneDit les aotiône et lee iM» d'usé fikçoQ décidée et caraotéristique. El ifdet àceuAe de cette peopriété que d^pmatùm-m dh eeuAeneiit «a «himie et eo médecine , taadU qu'^netfo» est de tous les^ styles. E siglkifte gu'on <e9t eofts d'na état , «t 4e qu'on en est décàu. Or , on rentre plus aisément dans l'endroit à*0^ l'on eet •sorti qu'on ae remonte au rang d'où l'an «ft déchu. On n'est éveHàé que pour rantrer U9 peu plue tard dans le eommeil ; les personnes édmiée$, émttàépsjM le eont jamais aèeotooeat; parie >nQi ^elsnfnitf , les Laeins désignaient un» sQAto 4e«uutieioe rdatif , qui «onaiste é ne pas parier «dans «ne eineeststanoe , quoiqu'on «n aét naturellement la faculté.

Ainsi éhonté et déhonté indiquent une absence de honte , le premier accidentelle et dans une action particulière , le second habituelle et daus le caractère. On est éhQnté par un oubli momentané de soi-même; mais, à fbrce d'être éhonté, on finit par devenir déhonté. a Éhonté, dit Nicod , quim pwdu sa fioate; déhoÊOé, qui a petdutoiite sa honte. » c Une femme toul â fait défcoftl^e. » Aci».

éeBBYBLé , MKHEHSLÉ. Unefemme é6lm4ée ou d^eheveZ^e , c'est-à-dire dont les ofaeTeuz>eoDt dteués ;ou dérangés «t itonbent épara.

MftoeM marque uu, plus graôd déserdre et p]«s de ¥îoknoe dans la oause qui l'a produit. DfMX femmes, en se battant, ee sent toutes ééchmMes (Acab.). Ouand 'ânée se trouva seul daae use eaMme avec Didon,

4>es ttymphes des llem «n huilèrent, Et leurs létes décht»eihêtu. Scj^br.

MaMe TCUve pourtaot ftdt la dèekmelèéy Qi|i la'ahaadonne pas lo i«ûi du cUmeurud. la». -ilfe/ieaai^annenoe.uBe douleur plus calme : c Fétraïque dépsiot Rome éekm>eiée et lee yeux mouillés 4ie kraiee, implosant le aoeours de Riem. >

BRANCHÉ , DÉHAHCVÉ. Qui a lee lianoheB vmpue» m dialoquèee , qui marche aans être Ismie sut «W Aiwehes.

Wktmfihé ae dU à la lettre, au prqpM, «t oerreapoid A un ?efbe .u»té, oemme déthMelé. c ^rewrt tomJia de huil ou dix .pieds de haut, tUM 4éhafnçha , dont U a été tnfte-ioogtemps ia* coDiBiedé. # As Uv, D^umeké est une épithèta qui.8<:aipaqu6 mtoe aux eheiNnuc, tant eUa est. n^f urew. Éhancké d«rr«ic se diffe da oekiâ qui eat4MM dOmM. ^êmi cafpctae «m» M«a>

une .sorte ide racidlatien ynenreBaoEt de ee qi/«tt« de mauraises huicfaes , ou «une secte de mewemient ondulatoire qu'affeetent de se donner en marchantoeitainsdaaâyadesdeiiz sevcB.--4>peBdant ékanehé s'emploie si rarement, que é^éhemché le reea|rfaee même dans oetle dernière aoceptien. « PreueE bien garde , Tove , mademeieelle du Paiic , à vo\is déhemcker eoonne il feut et à Ihive bien «des façons. » Xol. « En achetant une chai^ de marquis , n'ouhtiea pas 4e vous faire donner les airs d^hofich^f de ces messieurs-là. » Rbcn.

PlKÉriKE AD.

Faire croire , A»tre accroire. Manger^ çrrmn§er. ParaÂtre , appara/Ure^ Poster ,.<vM>at«r. Jfoiipnr , amaigrir, Baieeer^ 4baitser. Se dtmfuer^ j^odfitmer.

Àd , prépositioa et partioule initiale latines , signifie , à cS^té , auprès , et plus eouvent , à ,' Ters , du «ôlé de ; eUe naifque proximité ou direction , tendance yers un endroit ou une personne , et par suite addition, leoola (ad ooia) , qui habite anprès ; ai» ecfor ( ad asdere) , qui est assis A côté , conseiller; odstitre, sauter Tora; adr«pere, se traîner vers en rampant; arridetv, rire à quelqu'un; ad^tmcfte , aetien de Joindre une chose à une autre; admieoere, mêler en i^outant aaoeesoirement. Ensuite , eomme en sjoutaiit on tnigmeote oa à quoi il'on igoute , ad indique quelquefois simplement une augmentation et prend ie sens de beaucoup : miofugefpe^ augmenasr ibeau- Goup ; «/yfuere , couler en grande ahonéaiice>; adjRioare , aidsr beaucoup; admonere, avertir Terterae^t ; aUeimare , rendre trèe-témi ; et «a français, o^ton^er, lendre plus loog ou trèa-loag par addition.

Quand ad commenoe un<niot, eynonyme d'un autre, qui est le radical pur du pnemiw, il apporte entoe eux prifieipalement la difï6iienoe snivanta. Le simpie exprime l'aoUon fénoplemeni, telk qu'elle se passe d'ordinaire, sans rien «i» nonoer de remarquable dans l'agent oensidécsë comme tel. Av oontraire, le verbe qui en est formé par Fadjonation ée itd jcontient de p|na nue idée aooessotre qui détermine dans certains «aa à le préfémr au aimple; et cette idée «onsiste, ninni que pour la plupù des mots composés à raiâe d'autres préfixes, en ce que le dériué «oppoae dans l'agent phia d'activité, ou une adivHéflns digne d'attention , plua créatrice , 4;«i lui aiqiartient davantage, une intention plus fonnalle , plus de soin, plue d'intelligence, plus de taknt, pins d'adresse, plus ée epontanéité. '-Cette seule iDd> cation , quoique euftteante povr^rtains eoLemplea et tou}ouffs la plus impeitanle, ne dispenaa pas nénqmeine de Toeenrir «uaai penr dfantraa i In valeur partiqulièin 4e la préposition.

FAIRE CROIRE, FAIRE ACCROIRE. BéÉeRBÎOnr lacDaynooe.

Facraewcretfv anonncedanale «ajet plua^tao* tivilB^ ou une part plus'graxkdepnaeà l'netinn; 00 qu'il faU aurovre^ il le crée, â rinnsitn; auflfii ne /Snt^on aufedrê qne «e qui nst fiauK , tnikdis qne fak» .améfe se .dit égaltfnent bien ponu ihiB» aioutwIàUxsmqpùflt véiiMd)la.Apitégind,

STNONTVES Qtll ONT LE MtVE RADICAL.

IM

l'Acadèmîft , Vaageftas , Sesnzée , lioiïbaad et CondilUc sont unanimes.

m. A«Ut!fois , fû msné Ttftre père par le nez; je loi fats uceroirf ce qne je Teox. » Kegk. — Mais 1la!lebranclie dit, en pariant d^ine opinion qifll regarde conm» "vraie : « Voilà qnelqofls raisons qui penrent fikWt entre qne , etc. » « Yoilà de grandes et nécessaires Tentés qne fantorité de rSglîse fait entre aux simples et anx ignorants. » ID. Bt Port-Royal -: « Quand on dit à , qœlqn'an , tous en avez menti , ces paroles font crairt que cdai qni nous les dit ne se soucie pas de nous faire injure , ce qui les rend injurieuses etoflimsantes.»

Ifaîs l'important est de faire Toîr la différence de ces deux locations, prises Tune et l'autre en mauraise p&tt, dans le sens de tromper , en imposer. On y panrient à fiide du même principe de distinction.

Dans /aire aeerotre, le sujet apparaît, non-seulement comme inrentetir, ce qui peut aussi arri- Ter à celui gui /ait eroire, mais encore comme inrenteur à dessein, avec intention, et souvent avec art, talent et adresse; or, comme il n*y a qœ les personnes qui puissent agir de propos délîMré, et avec intention, faire accroire ne doit s'attribuer qu'aux personnes. Hais faire croire ^attribue tont aussi bien aux choses, en tant qu'elles font faction de nous tromper, de nous Taire admettre des choses imaginaires, controuT6es. « Ces termes sont propres à faire croire aux stupides et aux libertins que Dieu n'est point seul la Traie cause de toutes cbotts. » Hax..

n jr ft plus : non-seuismeax faire Mcroire s'emploie toujours an maarai^e part, et en supposant una penoojM pour si^H, deux circonstances qui peurent manquer à faire croire , mais encore les deauE loaHtiiwM4îflèraD t«D vertu de la môme règle , quand tootaa deux se disent de Taction d'une persomia qui induit eufecreur. Il faut plus d'invention at plus d'art pour /atrs accrwe que pour faire cmrês on ae fait accroire que par artifice et par «n cuap monté. Vous paitet croire à un imbécila tout «a que vous voulec ; il n'y a pas à cela gaada diCSouIté. « Le vieux eunuque est un imbéoiia 4 ^ i'oa fait croire tout oe qu'on veol. » VoBiixso. On peut même faire croire malgré aoi, par mallieur : « Si j'ai eu le malheur de ia*asp>^iquer assez obscurément pour faire croire qu«f acBOcdais an £bu un mouvement essentiel non ijiapBaaév ja sois hien loin de penser ainsi. » Volt. Oa jw fait aacmm que parce qu'on le veut , seiem- OMOl, A tarm d'aiprit et de ruse. Un fourbe fait atocroirê (Folt.) «Qnoil vous trouvez que ma Jlncde aMoqued^art? Elle n'en a que trop en /atsmU aernain qu'elle doit épouser le chevalier. » Yaiff. JDns l'iieanf^ Frosine dit à Ciéante : « J'aurais aaaaz dlidresse ponr faire accroire à votre père que aa aérait une pecsenne riche de cent BûOa -60» an argent comptant. > Et à la fin du Bamngeaû gentilhomme, M. Jourdain , qui oroU qua Doiaale £ait seulement semblant de vouloir Dorimftne afin de tromper lime Jour* éât taot .bas k Itorante : < G*est pour lui

iMreàev. «Jk quoi J>orante B^poad; «JliaiU bâen l'amuser par cefte feinte. »

Iraiuenrs , fatre eroire se rappotie enlemeM à la vérité , et faire oeetvtrv a |4o(dt rapport à la réalité : quand vous fàitee croire Ihuseement ane chose ou à une chose, vous la fhites envisager sous un &0X point de ▼«; et quand vous fcAm accroire une diose, vous rinveatez, c'est une chimère. La première expression est toute formelle, l'autre est matérielle. Bossnet a bien observé cette distinction dans les deux ezempka suivants. « César changeant en douceur ses premières cruautés , fait croire qu*îl y a été entraîné par ses collègues. > H ne cherche point à abuser sur l'ezistence fuème de ses cruautés , Biais sur la manière dont Q y a été conduit. « Esdras n'aurait pu fatre accroire tout à coup à tout un peuple que ce sont là les livres anciens qu'il a toujours révérés. » Ici la tromperie aurait consisté à fiûre admettre faussement comme réelle une chose oontrouvée, supposée, et non pas seulement à égarer l'esprit sur la manière de considérer quelque chose de réel. C'est-^-dire toujours , en définitive , qne fotre accroire implique on sujet plus inventif, plus créateur, et tirant davantage de son propre fonds.

ftANGEH, iAlUKCEa. Mettre en ordre.

H. Culsot a très-bien distingué ces deux verbes sans connaître la règle générale « ce qui n'en prouve pas l'Inutilité. Arranger, c'est ranger à côté, et par conséquent ce mot composé partage l'attention entre ]a chose qu'on range et celles auprès desquelles on la range. Manger , au contraire, n'est point relatif^ mab absolu; il arrête exclusivement l'esprit sur l'objet rangé, il n*exprlxoe qu'une idée individuelle. « C'est en rongéant aas livres qua Ton ofran^s sa biblio^èque.» Guj;^. c On range la chose qui est hors de sa place ; on en orraiiys plusieurs qui étaient en désordre. » CoND. En deux mots^Paction de ranger produit Tordre ; l'action d'arranger le produit aussi , mais au moyen d'une combinaison, d'une disposition de plusieurs choses, qui fait qu'elles sont bien en rapport les unes avec les autres. — Ainsi , arranger suppose pluralité ou variété dkns les choses et complication dans l'ordre établi. On se range, c'est-à-dire toute sa personne d'un seul coup, pour laisser passer une voiture : on s'arranye pour aller en visite, c'est-à-dire qu'on donne ime disposition convenable à toutes les parties de sa personne. Bans les revues, les officiels rangent les soldats sur deux lignes. Ses gsrdea affligés Imitaient son silence autour de lui rangés. Bac

Mais la principale diOftreiice résulte de ce que le composé représente le sujet comme plus agissant. Quand vous arrangez, c'est vous qui créez, et à l'instant même, le rang des choses ; quand vous ranges, vons ne fûtes que mettre les ciioses à leur plaee , qu'agir conformément à un rang donné par un arrangement préoédeot, ou à un ordre nécessairement déterminé par la nature de la chose. Si bien que ranger signifie mettre à sa place; et arranger, créer, assigner aux choses des places convenables. «Onaima^ uneXoû, on range tous las jour». » Omz, Oa wmmge dans une circonstance et pour une destination partioa* lière le salon qu'on ron^s chaque matin* « Je

iZ%

disais d'arrcuigêr ce salon pour l'audience publique. » Beaum.^ On se range à son devoir , à Tavis de quelqu'un, c'est-à-dire qu'on se met à une place fixée d'avance, qu'on adhère à quelque chose de donné. On arrange un projet dans sa tète , on s*arrange pour faire une chose , c'est-àdire que de soi-même on ordonne les parties d'un tout où l'on marque à chaque chose la place qu'elle devra avoir.

En outre , le sujet n'agit pas seulement davantage en arrangeant y mais il agit d'une manière plus remarquable , avec choix , intelligence , discernement y capacité d'embrasser un ensemble et d'en disposer convenablement tous les détails. «Le maître arrange son appartement à sa fantaisie , le domestique le range ensuite d'après les ordres qu'il a reçus. » Guiz. Il ne faut pas grande habileté pour ranger ses papiers; il n'y a qu'à suivre l'ordre des matières o^ l'ordre des dates; mais bien arranger ses idées et ses paroles est un travail plus difficile en même temps que plus compliqué. ~ Tout le monde peut ranger un discours , car ce n'est que parler avec suite ; et il n'y a que les insensés qui en soient incapables. « On sut que la tête du roi , Philippe V d'Espagne , étafT ébranlée par cette maladie au point de ne pouvoir ranger im discours. » S. S. Hais pour savoir arranger un discours , il faut être orateur et orateur habile. « Les Grecs cherchent la sagesse et les discours arrangée y comme ceux de leur Platon et de leur Socrate. > Boss.

Au participe passé , le simple se dit d'un homme qui a de l'ordre dans sa conduite, dans ses affaires j et le composé sert à désigner celui qui, dans ses discours et ses manières , pousse jusqu'à raffectation le soin et l'attention à bien faire.

PARAITRE, APPARAITRE. Tomber soufl les sens , devenir visible , se montrer.

Le simple est le terme général, ordinaire, et l'on n'a recours au composé que s'il s'agit d'une apparition, d'un phénomène, c'est-à-dire de la manifestation d'une chose qu'il est très-difficile ou très-rare de voir , et dont la présence par conséquent fait naître la surprise ou excite l'intérêt. « Le soleil , la lune , l'aurore paraît. » Acâd. C'est un fait qui arrive tous les jours. Dieu apparut à Moïse, un ange à Joseph; des spectres apparaissent dans une maison. « Il apparaît de temps en temps sur la face de la terre , des hommes rares , exquis.... s Labr. En conséquence, des deux phrases suivantes, empruntées à l'Académie, la seconde renchérit sur la première. < Les grands génies que ce siècle vit paraître. » < Ces génies extraordinaires qui apparaissent à de longs intervalles. »

POSTER, APOSTER. Mettre dans un poste , placer quelqu'un dans un endroit d'où il peut faire ce que nous exigeons de lui , pour observer ou exécuter quelque chose.

Poster vient de ponere {positum , postum , postare) , et aposter répond à apponere. L'action de poster est ordinaire; elle ne se fait point dans des circonstances remarquables, n'est point dirigée contre telle ou telle personne , tel ou tel objet bien déterminé, et ne suppose point de la part |

du sujet attention, finesse, artifice, tous acce» soires réservés à aposter.

C'est en termes de guerre le plus souvent qu'on a coutume de se servir de poster , d'autant qu'il rappelle mieux l'idée radicale de poste , et n'annonce pas qu'on ait l'intention de se cacher, de ruser, d'y mettre du mystère. « Les Gaulois furent arrêtés quelque temps aux Thermopyles par les troupes qu'on y ZYaii, postées pour défendre cet important passage. > Roll. « Il n'y a ni sentinelles , ni corps de garde postés autour du camp des ennemis selon les règles de la guerre. > In. « Des ^ens postés par l'ordre de Gellias, le plus riche des citoyens d'Agrigente, aux portes de la ville invitaient tous les étrangers qui y arrivaient à venir loger chez leur maître. » In. Un jour le lion se mit en tête de chasser et de se servir pour cela du ministère de l'àne :

Le lion le posta, le couvrit de ramée, Lui commanda de braire, etc. Lav.

C'est dans la vie civile, et en parlant d'un stratagème, d'un coup monté, d'un piège tendu à un ennemi particulier que aposter s'emploie exclusivement; il se prend presque toujours en mauvaise part, c Artaxerxès , outré de dépit contre Datame , et voyant qu'il ne pouvait le vaincre par la force et par les armes , ne rougir point d'employer l'artifice et la trahison pour s'en défaire. Il aposta plusieurs meurtriers pour l'assassiner. » RoLL. < Jacques d'Artevelle avait des hommes apostés dans toutes les villes, qui tuaient au premier ordre tous ceux qui s'opposaient à ses desseins. » Boss. « Sitôt que ces sénateurs commençaient à parler , une troupe insolente de petit peuple, apostée par les tribuns , poussait des cris confus. » Vbrt. c Appius avait aposté un homme qui réclamait devant lui Virginie comme son esclave. > MONTBSQ.

Des soldats postés en un endroit devront observer ou combattre, s'il y a lieu, et quel que soit l'ennemi qui se présente. Les gens apostés pour insulter ou pour assassiner quelqu'un , pour charger un innocent par leur témoignage mensonger , ou pour arracher un testament à un moribond , ont en vue un objet bien déterminé , et une action, non pas éventuelle, mais certaine.

D'ailleurs , non-seulement celui qui aposte agit davantage , y met plus du sien , en dirigeant ses vues contre tel ou tel homme qu'il veut surprendre artificieusement , mais encore il va quelquefois jusqu'à aposter un personnage imaginaire, une personne à laquelle il donne un caractère oa un rôle inventé. « Charles IV , duc de Lorraine , étant amoureux de Mme de Cante-Croix , apoHa un courrier qui lui apporta la nouvelle de la mort de sa femme. » S. S. « Thaïes aposta nn certain hopune qui feignit d'être étranger , d'arriver tout nouvellement d'Athènes et d'y avoir appris la mort du fils de Solon. » FéN. , Roll.

MAIGRIR, AMAIGRIR. Devenir maigre.

Nul doute que la particule initiale du second ne vienne du latin ad, comme celle d'avis (ad tndere) , d'alot (ad Ugem) , 6! amasser (ad massafn) ^ d! améliorer ( ad melius , oris ) , ai amoindrir ( ad minus, oris)^ plutôt que de la préposition À, qui marque l'éloignement. Quoi qu'il en soit, maigrir

SYNONYMES QUI ONT LE MÊME RADICAL

est toujours neutre et întransitif , caractère coin- Dnn à un grand nombre de yerbes simples , en oppoation aux verbes composés qui en dérivent. Au contraire , amaigrir se prend d'ordinaire dans le sens actif, et au lieu d'énoncer simplement le &it . il le fût remarquer davantage , il le montre «^accomplissant dans un objet. Quand il signifie, comme maigrir, devenir maigre , il garde quelque cliose de sa première acception ; il fait voir la maigreur attaquant le sujet et le minant peu à peu ; il est représentatif. Dire de quelqu'un qu'il maigrit j c'est annoncer un fait sans l'exprimer, sans le dépeindre , sans en marquer les progrès , comme quand on dit d'un homme qu'il amaigrit.

On maigrit kyxte d'œil, c'est-A-dire en très-peu de temps , tout d'un coup , par l'effet d'une maladie violente ou d'une forte passion. « Cette inquiétude fit une telle impresûon sur le maréchal , qu'il en maigrit k vue d'œil. » S. S. « Il y a des personne qui ne prennent pas la chose (l'expulsion des jésuites) si fort en patience, qui en maigrissent k vue d*œil. • Volt. — On amaigrit peu à peu , tous les jours, par l'effet de la &tigue, d'une nourritore insuffisante ou mauvaise. « Toutes les bécasses s'amaigrissent à mesure que le printemps s'avance. » Buff.

Le bonheur du prodiain vous eaose de l'ennui.

Et TOUS €unaigrissez de rembonpoinl d'antmi. Dm.

Mme Dudeffiamd écrit à un de ses amis qu'elle est maigrie par suite d'une maladie de quelques )0UT3-, mais Mme de Sévigné, dans une de ses lettres , exprime la crainte que sa fille ne soit amaigrie à force de subir, pendant des années , en Provence , l'influence du mistral.

BAISSER y ABAISSEE. Tûie descendre, faire aller de haut en bas.

Que 2a particule initUtle du second mot ait son CTîgiDe dans la préposition ad , comme il nous semble, ou dans la préposition latine a , ou dans la française à , il n'importe, car la différence des deux verbes provient uniquement de ce que l'un est le radical simple qui entre dans la composition de l'autre.

1« Baisser est quelquefois neutre , jamais abaisser. La rivière , le jour , un vieillard , sa vue , son esprit , une marchandise baisse. Hais alors il n'y a pas de synonymie entre eux.

2* Abaisser s'emploie plutôt au figuré , et il s'y emploie seul en parlant des personnes et quand il devient réciproque ; & l'égard des personnes, baisser est inusité, et, dans le sens réciproque , il ne se dit qu'au propre. Mais C'est lA une différence trop facile à apercevoir pour mériter l'attention du synonymLste.

3* Baisser est absolu , et abaisser relatif; distinction sentie et vaguement exprimée par Girard, mais que CondiUac a mise dans tout son jour. • Quand on se sert de baisser , dit celui-ci , on con^dère différentes hauteurs seulement par rapport à une chose ; quand on se sert d'ctbaisser , on considère les différentes hauteurs d'une chose par rapport à d'autres. Baisser une chose , c'est la mettre plus bas qu'elle n'était; Y abaisser , c'est la mettre plus bas qu'une autre , ou du moins la ùàn descendre jusqu'à une autre qui était plus bas qu'elle. « Au £ût , abaisser , c'est baisser vers.

c Les oiseaux qui ont les jambes longues , ont aussi le cou long à proportion, pour pouvoir abaisser leur bec jusqu'à terre et y prendre leurs aliments, s Fâii. Cependant la différence essentielle n'a frappé ni Girard ni GondilUc.

4' Baisser est le terme général , celui dont on se sert communément quand on n'a rien de remarquable à exprimer : il désigne une action ordinaire qui se fait sans peine et souvent. On baisse U tète , la voix , les yeux , un voile et une voile , un rideau , un store , une jalousie , comme à l'or-i dinaire , et pour le motif ordinaire. Abaisser signale un abaissement remarquable, soit parce que la chose n'a pas coutume d'être baissée j au moins de cette façon , soit qu'on ait en la baissant une intention particulière. Chacun de nous baisse à chaque instant la paupière , et l'oculiste abaisse la cataracte à un aveugle. « Elle se mit à rougir en baissant la paupière. Dès qu'une personne est morte , on abaisse ses paupières sur ses yeux. «

ACAU.

Les personnes qui ont soin des lanternes publiques les baissent tous les jours pour les allumer; et un jour le commissaire trouvant une lanteme placée trop haut pour éclairer convenablement , la fait abaisser. De même , baisser un couvercle , une visière , un voile , un pont-levis , un store , signifie l'action ordinaire et conforme à la destination de ces objets de les faire aller en bas; mais les abaisser, c'est une opération de l'ouvrier qui les a faits et qui les refait de nianière à les fixer , à les attacher moins haut. Vous baissez une muraille pour qu'elle soit moins haute , c'est le motif habituel d'une pareille ac tion; vous l'obowejï , afin qu'elle ne vous empêche pas d'avoir la vue sur la campagne.

On baisse la tête , les bras , les yeux , lorsqu'on les dirige en bas ; c'est une action commune et faite pour des motifs commims : mais dans le langage particulier des arts on abaisse la tête , les bras , les yeux d'une figure , afin de lui faire produire l'effet particulier qu'on a en vue. En géométrie on abaisse une perpendiculaire sur une ligne; ce n'est pas une opération dont le premier venu soit capable.

« On baisse les yeux; on abaisse ses regards. » AcAD. La Fontaine dit , en s'adressant à Dieu et pour exalter sa puissance :

Les cieus t'abaissent sons les pieds.

« Le sacrement adorable (de la communion) approche ; voyez comme U reine abaisse cette tête auguste devant laquelle s'incline l'univers. » Boss.

Quelquefois ce qu'abai**«r offre de remarquable , c'est que l'action se fait peu à peu et non tout d'un coup. « L'œil se baisse pour voir ce qui est près de la terre. » Volt. « Il contemplait la lune qui s* abaissait vers le couchant. » Id.— « Tous les nuages baissent pour nous à l'horizon, à la distance d'une lieue, et ils ^'abaissent par degrés. » In.

Se DONNER , s'ADONNER. Embrasser un oertain genre de travail.

Dans le verbe composé la particule initiale est inchoative et marque plus d'activité ; de même que dans apercewtr relativement au simple percevoir^ et, suivant Doederlein, dans le latin ada- <

iU

PftEiriËRB PAMIE

mare y tm e» atpfOft avac boa radical amwe. Celw qm m domM à ua art <m à une science ne s'appartient plus, y est livri tout ealier, en est pour ainsi dire Tesolai^a*, celtii ^i s'y cktofme y est seulement attaché , et en lait le but vêts lequel il dirige see pensées et ses actions.

Du reste , se dotmêr parait rarement employé dans ce sens. Montesquieu a dit au sujet de Christine de Suéde : « Une reine abdioua la couronne peur se donner tout entière & la philosoidiie. » Bt Fénelon, écrivant à Mme de Maintenon : « Ce détail extérieur, quand vous tous y éotmeriê$ tout entière, sera toujours au-dessus de vos forces. > Et Rollin parlant de Socrate : « Il s'est donn^ tout entier à ce qui concerne les

Le simtple exprime la plénitude du dévouement , et le composé la destination , la tendance vers un certain but, l'exercice de l'activité en un certain seBB : te Les Turcs ont été de tout temps odonn^^ au brigandage. » Montbsq.

Je chanla dans oes vers les §Ues de Minée, Troupe aux arts de PaUas dès renfanceaiofMi^«. Làv. « Pendant la guerre , la Jeunesse ne ^adonne plus 8HjX lettres. » Vin, Il y a des peuples adonnét au commerce, à l'agriculture, à la guerre (Id!). c Platon inspira à Speusippe ua violent désir de l'imiter, et de s'edomier à la philosopbia. » Bou..

Page 1