‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 116 sur 881 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

ligne ou une phrase , on l'efface tout entière , il n'en reste rien. Faire des ratures , au contraire , sert à marquer diverses actions partielles , tour à tour interrompues et reprises ; en sorte que si on fait des ratures dans une ligne ou dans une phrase, on n'en fait disparaître que certaines parties ou certains mots. Silvio PeÙico, dans sa prison , ne recevait les lettres que sa famille lui adressait qu'après qu'une certaine commission y avait fait des ratures avec une encre très-noire. Un jour, le geôlier lui en remit une qui avait été raturée de manière qu'il n'y restait plus que ces mots du commencement : Mon cher Silvio , et ceux-ci de la fin : Nous t" embrassons tous de cœur. Un ouvrage qui mérite d'être raturé ne vaut rien , ne contient rien de bon ; un ouvrage où il faut faire des ratures n'est pas parfait , mais on peut le rendre tel en le corrigeant. — Même différence entre réprimander et faire des réprimandes. On réprimande durement, vertement, c'est-à-dire qu'on malmène , qu'on traite en maître , avec empire et quelquefois avec menace. Faire des réprimandes a bien moins d'énergie : on fait des réprimandes comme on fait des représentations, en exprimant un simple blâme. «Quelqu'un fit des réprimandes à Aristote de ce qu'il avait donné l'aumône à un méchant homme. » Fén.

Ensuite , le verbe a plus de rapport à la forme , et son explication en a davantage à la matière ; l'un exprime le mode d'action ou d'occupation du sujet , l'autre a trait à la nature de ce qu'il fait ou de ce qui l'occupe. Cela doit être. Le Verbe contient implicitement le substantif, mais sans le laisser apparaître , saillir ; au contraire , dans la définition , le substantif est dégagé et mis à nu , et c'est pourquoi il attire particulièrement l'attention sur la nature des choses qu'il signifie. Ne le troublez point, il réfléchit; maintenant qu'il est ruiné , qu'il a commis la faute , il fait des réflexions. Un observateur de la nature humaine soutiendra que , dans le sommeil, nous rirons toujours, quoique nous n'en gardions pas toujours le souvenir; après une journée remplie d'agitation , nous faisons des rêves. Dans les écoles de la philosophie scolastique on argumentait: c'était en général l'occupation à laquelle on se livrait: pour résoudre les questions agitées alors on faisait des arguments : c'est à ce genre de moyen de connaître qu'on avait recours. C'est l'habitude des enfants de questionner les personnes avec lesquelles ils se trouvent ; voulez-vous qu'ils vous révèlent ce qu'ils savent , faîtes-leur des questions. Les enfants crient sans cesse et à tout propos ; on fait des cris quand on est violemment affecté , en présence d'un péril , et qu'on appelle du secours. Le verbe complimenter est tout à fait indépendant de ce qui fait le sujet des paroles agréables qu'on adresse. « Avoir fait mille visites de devoirs et de couvents, aller, venir, complimenter, s'épuiser, devenir tout aliénée, comme une dame d'honneur, c'est ce que nous fîmes hier. » SÉv. a Le roi Jacques envoya à Rome le duc de Berwick pour complimenter le pape sur son élection. » Montesq. Faire des compliments se rapporte aux choses dites en complimentant. « Ne nous sentir pas plus émus quand on nous

dit des injures que quand on nous fait des compliments. » Fén. Il est d'usage d'aller ou d'envoyer complimenter un grand, mais non pas lui faire des compliments , à l'occasion d'un événement heureux ou malheureux qui lui arrive. Ce qu'il importe d'exprimer en ce cas , c'est le fait de la démarche et non le genre de discours tenu à la personne complimentée. Mais on est plus ou moins habile à faire des compliments, a Quoique je n'eusse pas fréquenté longtemps la senora Dalfa et sa nièce , j'avais si bien profité de leurs entretiens, que je savais déjà faire des compliments. » Les. K

Il arrive quelquefois aux dictionnaires, dans leur explication du verbe , de ne pas mettre au pluriel et de ne pas faire précéder de l'article le nom de la chose qu'on fait. Exemple : choisir, faire choix. Alors la différence du verbe et de sa définition semble se réduire à celle que constitue l'opposition de la forme et de la matière. Ainsi, choisir est formel, subjectif, significatif du genre d'action en lui-même, et indépendant de l'objet vers lequel porte cette action : c'est à vous de choisir. Faire choix, au contraire, est matériel et exige qu'on indique l'objet précis et particulier du choix : faire choix de quelqu'un ou de quelque chose. C'est ce que Girard veut dire , mais ce qu'il exprime peu nettement dans le passage qui suit : « Le mot de choisir marque plus particulièrement la comparaison qu'on fait de tout ce qui se présente . pour connaître ce qui vaut le mieux, et le prendre. Le mot de faire choix marque plus précisément la simple distinction qu'on fait d'un sujet préférablement aux autres. Les princes ne choisissent pas toujours leurs ministres ; on n'a pas fait choix en tout temps d'un Colbert pour les finances , ni d'un Louvois pour la guerre.» — Mais dans courtiser , faire la cour, la seule différence qu'on puisse saisir est la pre-

\ . Ni complimenter m faire des compliments ne prouvent qu'on s'intéresse réellement à ce qui touche la personne complimentée. Car complimenter donne souvent l'idée d'une simple forme, d'une simple démarche, qui marque seulement qu'on fait attention aux personnes , qu'on ne les oublie pas ; et faire des compliments annonce presque toujours, comme faire des amitiés, qu'on se borne à des démonstrations. C'est d'ordinaire pure cérémonie, d'une part , et pure politesse , de l'autre, a Après la mort d'Elisabeth d'Angleterre, Jacques étant monté sur le. trône, le prétexte de le complimenter sur son avènement fournissait une occasion de sonder son caractère. » Co>*d. « En Italie je fais des compliments à tout le monde ; en Allemagne je bois avec tout le monde. » Mo>tesq. — Quand il s'agit d'exprimer qu'on prend véritablement part à ce qui arrive aux autres , il faut se servir défaire compliment, a Faire compliment à quelqu'un sur son prochain mariage. » Les. « Votre Majesté a la bonté de me faire compliment sur mon âge de 70 ans. » Yolt. (au roi de Prusse). « Le bailli, qui s'était caché dans sa cave pendant le combat, vint faire compliment au vainqueur. » Ld. — Quant à faire un compliment, c'est composer, débiter ou lire un discours dans lequel on complimente, une sorte d'éloge. Un enfant fait un compliment à son père le jour de la fête de celui-ci. « Dans Inès, tragédie de La Motte , le rôle de l'ambassadeur de Castille est inutile ; ce personnage ne paraît que dans la première scène cour faire un compliment. * LàH.

SYNONYMES QUI ONT LE MÊME RADICAL

mière, celle de l'absolu au relatif, du général au . particulier , de l'habituel à l'accidentel , du sens rigoureux au sens affaibli. On courtise continuellement, avec persévérance; on fait la cour une fois, passagèrement, dans l'occasion. Celui qui courtise est courtisant ou courtisan , c'est pour lui comme un état ou une profession ; celui qui faitla cour fait une seule action de courtisan , sans l'être , sans en avoir la qualité , sans que ce soit son caractère ou son genre de vie. Les courtisans d'un prince le courtisent; un voyageur , qui ne fait que passer dans le pays, va faire la cour au prince qu'il désire connaître. Un galant courtise les dames , il les fréquente sans cesse , et en fait pour ainsi dire métier. « N'avons-nous pas employé nos beaux jours à courtiser les dames?» Les. Un jeune homme fait la courk une jeune personne qu'il doit épouser dans peu. Ensuite l'assiduité , la plénitude d'action, marquée par le verbe, fait qu'il se prend d'ordinaire en mauvaise part ; c'est le contraire pour faire la cour , par la raison contraire. On courtise les grands , afin d'en obtenir des faveurs à force d'obsessions et de flatteries; c'est une injure pour eux ; et les femmes que l'on courtise sont supposées des beautés peu sévères , des courtisanes. Mais ni les grands ni les femmes ne s'offensent et ne peuvent s'offenser qu'on leur fasse la cour.

Une autre chose à remarquer, c'est que le verbe de la définition n'est pas toujours faire, mais quelque autre verbe presque aussi commun et non moins usuel , comme mettre , avoir , dire , donner. D'où , par exemple , les expressions synonymiques , écarter et mettre à l'écart , c'est-àdire faire disparaître de la vue ou de sa vue quelque chose , envier et avoir envie , c'est-à-dire désirer la possession de ce qu'on n'a pas. Leur différence revient toujours à l'une de celles qui ont été ci-dessus indiquées. Ainsi , mettre à V écart atténue le sens d' 'écarter en l'étendant. «Écarter , dit l'Encyclopédie, est plus fort que mettre à l'écart. On écarte ce dont on veut se débarrasser pour toujours : on met à l'écart ce qu'on veut ou qu'on peut reprendre ensuite. Un juge doit écarter toute prévention , et mettre à l'écart tout senti-' ment personnel. » « Je souhaiterais que la mort écartât d'ici cette femme pour jamais. » Mol. . Et dans l'École des Femmes, Arnolphe raconte que de peur des damoiseaux, il a mis Agnès à l'écart dans un couvent. On écarte une question qu'on renonce à traiter ; on met à l'écart celle qu'on se réserve pour une autre fois. Suivant Voltaire, «un homme qui veut s'instruire est obligé de s'en tenir au fil des grands événements , et d'écarter tous les petits faits particuliers qui viennent à la traverse. » D'autre part , il écrit au comte d'Argental , à qui il parlait souvent de tragédies , et à qui il comptait bien en parler encore : « H ne s'agit pas tous les jours de conspirations et d'assassinats. Je mets , pour cette fois , à l'écart les Grecs et les Romains, et je ne songe qu'aux dîmes. »

De même , envier dit plus que avoir envie : c'est éprouver un sentiment décidé , une sorte de chagrin à la vue des avantages d'autrui ; avoir envie , c'est seulement éprouver un léger désir concernant

quelque chose de petit , de frivole , de peu considérable, a Les subalternes envient l'autorité des supérieurs : les enfants ont envie de tout ce qu'ils voient. On dit, envier le bonheur de quelqu'un, et, avoir envie d'un mets. » Gir.

De même encore , mentir est plus fort que dire des me7isonges , parce qu'il est essentiellement significatif du genre d'action. « L'amour qui loue en nous des perfections que nous n'avons pas , les voit en effet telles qu'il les représente ; il ne ment point en disant des mensonges. » J. J. C'est aussi la différence qui existe entre injurier et dire des injures. Les amants se disent quelquefois des injures sans s'injurier.

Un chien est placé à la porte d'une maison pour chasser les voleurs ; et dans un cas particulier il donne la chasse aux voleurs. Un sanglier ravaget-il quelque contrée , les paysans accoutumés à chasser de pareils animaux se rassemblent pour donner la chasse à celui-là. — On congédie pour toujours , on donne congé pour un temps. On congédie une armée qu'on licencie, qu'on renvoie sans retour; on donne congé à des écoliers en leur accordant seulement un ou quelques jours de loisir et de repos. D'ailleurs on congédie net, sans formalité, sans ménagement; on donne congé d'une manière plus douce , c'est plutôt une permission qu'un ordre de se retirer. — Enfin, et pour supprimer des détails qui seraient à présent superflus , on distinguerait de la même manière louer et donner des louanges , souffleter et donner des soufflets , assister et donner assistance , satisfaire et donner satisfaction , conseiller et donner conseil, etc.

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