‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 14 sur 881 · XVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVIII INTRODUCTION

comme Dœderlein, passionné pour l'art étymologique, il n'entrevoit au bout de toutes ces recherches qu'une démonstration de la fraternité des langues et une espèce de dictionnaire polyglotte contenant des racines et des éléments communs à toutes les langues de l'Europe dont il serait propre à faciliter l'étude. Quant à un dictionnaire national des synonymes, on ne trouve en lui non plus qu'en Girard ni l'expression, ni l'idée de la chose. Loin d'avoir en vue un hut d'utilité aussi général , il ne se proposait pas môme de composer un livre de ses synonymes. Il y travaillait à bâtons rompus, suivant son propre témoignage, par manière de distraction et sans une assiduité incompatible avec les maux auxquels il était en proie. « Avec le temps, ajoute-t-il, j'ai entassé des matériaux; et j'ai fait un livre sans en avoir formé le dessein. >»

Ces matériaux entassés dans quatre gros volumes in-8°, fruit des loisirs d'un malade, étaient pourtant, à part leur diffusion, des modèles à suivre désormais. Si Girard avait créé l'étude des synonymes , Beauzée et Roubaud en firent une science en la régularisant, l'un dans l'ensemble, l'autre dans les détails, en y introduisant, le premier l'ordre dans les résultats, le second la méthode dans les recherches ; celui-là en assignant un but commun à des efforts auparavant isolés , celui-ci en fixant à jamais la manière de procéder pour l'atteindre. Le progrès s'opérait dans cet humble district du savoir humain comme dans ses régions les plus élevées. En synonymie comme en physique, comme en philosophie , on avait commencé par étudier au hasard , individuellement et sans concert; puis, dogmatisant sans instruire, on imposait d'autorité des solutions conjecturales, perpétuellement sujettes à contradiction, faute d'être justifiées. Et précisément à l'époque où, pour terminer le règne de l'arbitraire, les physiciens créaient la chimie et où les philosophes commençaient à en appliquer la méthode à l'étude des faits de notre nature , Roubaud la mettait en pratique dans ses recherches sur la synonymie. Au lieu de deviner et de rendre des oracles , comme ses devanciers , il voulut découvrir et ne rien avancer sans mettre ses lecteurs en mesure de critiquer son opinion. Ce n'est plus le goût qu'il prit pour guide, le goût variable et individuel de sa nature, mais l'étymologie, qui est pour les mots ce que la chimie est pour les corps. En décomposant les synonymes dans leurs éléments , en déterminant la valeur de leurs radicaux , de leurs terminaisons et de leurs préfixes, il arrive à connaître leur sens propre et absolu ; d'où il déduit aisément par une simple comparaison leurs acceptions relatives et distinctives. Ensuite, comme on n'est guère positif sur un point sans l'être sur tous , au lieu de se borner, ainsi qu'on le faisait jusqu'à lui , à composer des phrases afin d'éclaircir les différences énoncées d'abord, il en emprunte à nos meilleurs écrivains qui prouvent que ces différences ont été senties et observées par eux.

Après Roubaud que restait-il à faire? A remplir le cadre tracé par Beauzée, à construire l'édifice. Mais auparavant il fallait soumettre les matériaux à une préparation ; il fallait examiner de nouveau toutes les distinctions établies avant Roubaud, parce qu'elles avaient été obtenues sans l'aide de la méthode légitime;

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