‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 15 sur 881 · INTRODUCTION. XIX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XIX

ii fallait les vérifier par l'étymologie et des passages extraits des chefs-d'œuvre de notre littérature. A une époque où Ton ne soupçonnait pas combien l'art étymologique pouvait prêter de secoursàiasynonymie, il avait été permisàBeauzée dejoindre aux articles de Girard , en forme de variantes ou d'additions, les siens propres avec ceux de l'Encyclopédie, sans modifier les uns ni les autres : il y avait entre eux conformité, et l'on n'aurait su encore leur donner le caractère scientifique. Mais, à présent que Roubaud avait révélé la vraie méthode , se contenter de mettre ses propres travaux dans un même livre avec ceux de ses prédécesseurs sans rien changer à ceux-ci, c'eût été mêler le certain à l'incertain et priver le public d'une garantie précieuse. De plus, comme les travaux connus ou publiés des synonymistes étaient encore peu nombreux, comme il se trouvait encore peu d'articles sur les mêmes sujets, Beauzée avait pu jusqu'à un certain point les donner séparément et sous leur forme originelle , sauf à renvoyer continuellement des uns aux autres. Maintenant il fallait les rapprocher et les coordonner en raison de leur idée générale , en former des familles ; ce qui obligeait de les juger, de les concilier ou de garder les uns et de rejeter les autres.

Au lieu de cela que fit-on? Fontanes , grand maître de l'Université , depuis sa réorganisation, en 1808, jusqu'à la fin de l'Empire, lui-même habile écrivain appartenant à l'école des grands modèles, Boileau, Racine et Fénelon, lui-même un peu disciple de d'Alembert qu'il avait eu le temps et l'occasion de voir beaucoup, adopta pour les classes et permit de réimprimer sous ses auspices un Dictionnaire des synonymes. Aucun livre encore n'avait paru avec ce titre. Ainsi , par son chef suprême, l'Université, en leur donnant protection, témoignait pour ces sortes d'études une disposition bienveillante. Le goût n'en était point encore éteint au commencement de ce siècle où la licence dans remploi des mots devait être poussée jusqu'au dévergondage. Mais l'Académie , après avoir couronné l'ouvrage de l'abbé Roubaud en 1786 , avait désormais en trop haute estime la poésie et l'éloquence pompeuses , elle avait pris en trop grand dédain les idées et la littérature philosophiques pour descendre elle-même à ces misères, et pour voir autrement qu'avec indifférence les esprits subalternes s'y appliquer. Cependant , après avoir exercé la sagacité ^ d'une femme de génie , de Mme de Staël , qui, dans sa jeunesse, goûta singulièrement les Synonymes de Roubaud et s'essaya dans le même genre , elles occupèrent un autre esprit du premier ordre , continuateur non moins illustre des traditions philosophiques du xvnr3 siècle pour ce qui regarde l'art d'écrire. M. Guizot, à peine âgé de 22 ans, débuta dans le monde, où son nom devait jeter tant d'éclat, en publiant en 1809 un Dictionnaire des synonymes français. Jules César, sans que son génie en fût rapetissé , n'avàit-il pas aussi composé un ouvrage sur Y analogie des mots ?

Ces deux recueils rivaux, celui de Fontanes et celui du jeune étudiant en droit de 1809 sont, en fait de synonymes, les deux dernières productions connues du public. Celui de Laveaux mérite à peine une mention, bien qu'il contienne quelques bonnes observations de détail. Quant aux synonymes ajoutés par lui aux articles de son grand dictionnaire , ils sont, comme ceux qui se trouvent à la fin

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