PREMIÈRE PARTIE
vos auteurs. » Pasc. — De même avoir attentio?i à faire une chose annonce une attention habituelle ou générale plutôt que forte ou vive. « Les Romains avaient attention à ne recevoir dans la milice que des gens assez riches. » Montesq. Au contraire, avoir attention pour faire quelque chose implique une attention peu commune. a Ayez de plus en plus attention pour ne vous relâcher jamais et pour éviter la dissipation. » Fén. Un roi doit avoir attention à ne choisir que des ministres capables et fidèles (Mass.), et une attention suivie pour redresser tout ce qui en a besoin (Fén.).
Pareillement , fermeté à faire quelque chose est l'expression courante ou communément usitée. « Je regarde ces prospérités comme les récompenses éclatantes de la fermeté et de la force de Votre Majesté à réprimer l'hérésie , à exterminer Terreur, à abolir le schisme. » Bourd. « Une autre qualité caractérisait encore davantage Fabius , c'était une fermeté à se tenir au parti qu'il avait pris sur de bonnes raisons. » Roll. Mais on dira plutôt fermeté pour , s'il s'agit d'une fermeté singulière ou qu'on veut faire remarquer sous quelque rapport, a Notre roi s'est acquis beaucoup d'estime par sa fermeté pour régler les finances , pour discipliner les troupes , pour réprimer les abus. » Fén. « Andronic Comnène avait une fermeté admirable pour empêcher les injustices et les vexations des grands. » Montesq.
ATTACHE et ATTACHEMENT, quand ils sont suivis de à , signifient une affection plus vague , plus faible ou moins profonde que quand ils sont suivis de pour.
C'est pourquoi on dit généralement attache ou attachement aux choses , à la vie (Boss., Fléch.) , à la santé (Boss.) , aux biens de ce monde (Mass.) , aux choses sensibles (Mal.), à l'étude (Acad.); et attache ou attachement pour les personnes : D'ailleurs pour cet enfant leur attache est visible. Rac. « Mon attachement pour vous. » Volt. ,J. J. « Il a de Yattachement pour son maître. » Labr. — Que si on se permet quelquefois pour en parlant des choses , c'est afin de marquer un grand attachement , un attachement tel que celui qu'on a pour les personnes : « Peut-on avoir plus d'attachement pour ses devoirs? » Sév. Et, d'autre part , l'attache ou Yattachement à une personne doit être , en fait de sentiments , quelque chose de bien peu énergique , puisque c'est ce que nous éprouvons pour les choses : a L'attache sensible que les apôtres avaient à la personne de J. C. était un obstacle à l'amour spirituel. » Boss.
C'est de la même manière qu'il faut distinguer inclination à et pour, et penchant à et pour.
Quand ces mots signifient des sentiments qui ont pour objet des personnes , c'est toujours pour qu'ils demandent après eux. a J'avais de Y inclination pour ce jeune homme. » J. J.
La sincère Éliante a du penchant pour vous. Mol.
Mais on peut dire avoir de Yinclination ou du penchant à et pour certaines choses, comme on dit avoir de la pente , de Yaptitude , des dispositions aux choses et pour les choses. Or, avec à on exprime , par rapport aux choses dont il s'agit , une puissance ou une capacité plus générale ou plus
commune. Nous avons tous de Yinclination au mal (J. J.). Il y a des hommes qui ont de Yinclination pour les lettres ou pour les armes : c'est une inclination à part , une vocation. L'homme a de Yinclination à toutes sortes de biens ; mais a il a une inclination ou propension naturelle pour le bien suprême. » Fén. Chaque homme a une certaine inclination à la vertu ; mais <c d'ordinaire les princes et -les grands naissent avec des inclinations plus heureuses pour la vertu que le peuple. » Mass. — On a peu ou on n'a pas de penchant à une chose; on a pour une chose un penchant plus ou moins fort et décidé. Et de même avec le verbe pencher on emploie ordinairement à , mais on se sert de pour dans les cas remarquables : « Si cette lettre obtient une réponse favorable , je penche extrêmement pour en profiter. » J. J. — Nous avons tous une pente naturelle à faire le mal ; mais un homme en particulier a besoin du secours de la prière, parce qu'il trouve en lui « une pente malheureuse pour faire le mal. » Mass. — « Ces matières nous décèlent leur nature commune par leur aptitude à se réduire immédiatement en verre. » Buff. «L'alouette huppée a une singulière aptitude pour apprendre en peu de temps à chanter un air qu'on lui aura montré. » Id. — « Helvétius affirme que tous les hommes sont nés avec les mêmes dispositions à tous les progrès de l'esprit. » Lah. « Ce sont là les causes occasionnelles du développement des dispositions particulières de Vaucanson pour la mécanique. » Id.
PROPRE , BON , UTILE , NÉCESSAIRE A et POUR ; PRÊT A et POUR ; IMPUISSANT , INDIF- FÉRENT A et POUR.
A fait partie de l'expression générale, commune , ordinaire , et on n'y substitue pour que dans les cas particuliers , extraordinaires , remarquables. Avec l'une de ces deux prépositions, comme avec l'autre , l'adjectif signifie dans le sujet une certaine aptitude ou disposition à certaines choses; mais il la signifie, d'un côté, comme générale, et, de l'autre, comme spéciale. — Comme générale, c'est-à-dire d'abord comme convenant à tout un genre , ou à un individu en tant qu'il fait partie de ce genre; comme spéciale , c'est-à-dire comme appartenant particulièrement à un individu ou à une espèce , et comme tenant aux dispositions de sa nature. Le bœuf est propre au labour ; ce bœuf ou telle espèce de bœuf est très-propre pour le labour. Parmi les choses propres , tonnes , utiles , nécessaires à la conservation de la vie, il y en a qui sont propres , etc. , pour la conservation de notre vie , savoir , celles qui peuvent nous guérir de nos maladies. — Comme générale, c'est-à-dire encore comme s' appliquant à tout un genre de choses ; comme spéciale , c'est-à-dire comme s'appliquant dans le genre à tel individu ou à telle espèce. On est propre à tout , prêt à tout entreprendre , impuissant à faire quoi que ce soit , indifférent à tout ; on est propre ou indifférent pour telle chose , prêt ou impuissant pour faire telle action. Le cheval est propre ou utile à la guerre , et pour la guerre de campagne. Un général est propre à la guerre , et propre pour la guerre d'escarmouche.
SYNONYMES QUI ONT LE MÊME RADICAL
Le pharmacien qui a des remèdes propres à guérir toutes sortes de maux , vous donne le remède propre pour guérir votre mal. La guerre est nécessaire au militaire comme l'ouvrage à l'ouvrier ; la guerre est nécessaire pour le militaire qui veut avancer en se distinguant par des actions -d'éclat. — A généralise , et pour spécialise le sens de l'adjectif d'une troisième manière fort importante. Avec à l'adjectif désigne une aptitude vague , éloignée , peu prochaine , peu prononcée ; et avec pour , au contraire , une aptitude toute particulière , immédiate , qui peut se réaliser à l'instant ; à n'emporte que l'idée d'une simple tendance vers un but placé dans l'éloignement , et pour donne celle d'une fin qu'on atteint sur-le-champ. En conséquence, on est propre à un emploi quand on a des talents relatifs à cet emploi , quand , au besoin , on peut le remplir convenablement et encore moyennant quelques instructions , le temps et la pratique ; on est propre pour un emploi quand on a le talent même de cet emploi , quand on y est spécialement propre, destiné, préparé, de manière à pouvoir commencer sans retard de l'exercer. La même différence sépare propre à de propre pour, quand, au lieu de se dire des personnes, cet adjectif se dit des choses, comme bon, utile, nécessaire. De même , êtrepr^ à rendre service indique une disposition moins décidée qu'être prêt pour rendre tel service. — Une quatrième nuance distinctive dépend de la précédente , et est contenue comme elle dans l'opposition de la généralité à la spécialité -, elle consiste en ce que pour , qui détermine davantage l'aptitude, la détermine quelquefois au point de la rendre non-seulement dominante dans le sujet, mais encore exclusive. On est propre à plusieurs choses à la fois , et propre pour une seule : un cheval peut être propre à la guerre et au labour , mais non pas propre pour la guerre et le travail des champs.— Cinquièmement , dire que à est général et pour spécial , c'est dire que le premier exprime le constant, l'habituel, le naturel, et pour l'accidentel, le particulier. Je suis toujours prêt à vous servir; me voilà prêt pour vous rendre tel service, par tel moyen. Le cheval est propre à la guerre, c'est chez lui une disposition naturelle , un état habituel , une qualité constante : tel cheval est propre pour la guerre , annonce , dans le cheval , une disposition acquise , une qualité accidentelle , résultant de l'exercice et comme ajoutée à sa nature. « Les peuples , dit Montesquieu , par la nature et par l'éducation sont plus ou moins propres pour la guerre. » Otez de cette phrase par l'éducation, et rien n'y justifiera l'emploi de pour. Une plante bienfaisante de sa nature est utile et bonne à la santé ; une plante vénéneuse peut , entre les mains d'un pharmacien , devenir \ utile et bonne pour la santé. — Sixièmement , et , conséquemment encore au caractère de généralité de à et au caractère de spécialité de pour , à désigne plutôt une disposition d'esprit abstraite, idéale, morale, et pour une disposition physi- I que. C'est ce qui fait qu'il n'y a pas identité entre être prêt à la mort et prêt pour la mort , tout prêt pour le départ. — Enfin , à convient mieux à
l'égard des choses, et pour à l'égard des personnes : vous êtes indifférent aux avances d'une personne pour qui vous êtes indifférent.
Après les verbes , à et pour remplissent le même rôle, avec les mêmes nuances caractéristiques, qu'après les adjectifs , et ce rôle peut s'exprimer de la même manière : à généralise la signification du mot précédent, et pour la spécialise. Mais cette opposition n'étant ni simple ni facile à comprendre dans toute son étendue , des développements redeviennent nécessaires; d'autant plus que les différences entre à et pour , à la suite des adjectifs , ne sont pas les seules qui distinguent à et pour à la suite des verbes ; d'autant plus aussi que ces différences ne se réalisent pas toutes à la fois à propos de chaque verbe , mais les unes uniquement ou principalement avec certains verbes , les autres avec d'autres , suivant le sens particulier des uns et des autres.
A généralise, et pour spécialise l'action du verbe. C'est pourquoi on dira : telle somme ne peut suffire à mes dépenses, et d'une manière particulière : telle somme ne peut suffire pour un voyage , pour cette emplette. Si la raison suffit à vous conduire , elle suffira toujours pour vous faire éviter des fautes dans l'occasion. A la tête d'un chapitre de Montaigne on lit : « Des mauvais moyens employés à bonne fin , » et dans le cours du chapitre : « La faiblesse de notre condition nous pousse souvent à cette nécessité de nous servir de mauvais moyens pour une bonne fin. »
A est plus vague et suppose un but plus éloigné. On se prépare et l'on se dispose à une guerre éventuelle et possible , et pour la guerre qui va avoir lieu. On est porté à une chose par un penchant peu décidé , et pour une chose , quand le penchant est fort. De même, destiner, réserver, déterminer , employer à n'annoncent pas comme destiner , etc. , pour , une destination , une fin prochaine , fixe , précise et bien arrêtée.
A s'emploie plutôt dans le sens abstrait , idéal , et pour dans le sens physique et rigoureux. Un prince est destiné à instruire la terre , et un salon est destiné pour la musique ou pour la comédie (Volt.). On est disposé à la mort , et disposé pour un voyage : disposé au combat, animé, plein d'ardeur ; disposé pour le combat , n'ayant plus de préparatifs à faire. Se préparer à un voyage , c'est y disposer son esprit , et presque simplement y songer; se préparer pour un voyage suppose qu'on fait des préparatifs effectifs , réels. Sacrifier quelque chose à quelqu'un , se dit , dans un sens affaibli et peu rigoureux , en parlant de choses idéales , les intérêts , le repos , le ressentiment ; et sacrifier quelque chose pour quelqu'un annonce un sacrifice positif, considérable, comme celui de la vie , et dans une circonstance particulière.
L'une des manières dont se manifeste la spécialité propre à pour , consiste en ce qu'il indique un emploi ou une destination exclusive. Ce qu'on destine, réserve, détermine, dispose , prépare pour quelqu'un est mis de côté pour lui être appliqué à lui seul de préférence aux autres. « Le ciel nous a destinés l'un pour l'autre. » Les. L'argent qu'on emploie pour bâtir n'aura pas