MORTELLEMENT, À MORT, À LA MORT
Blessé , frappé mortellement , à mort ou à la mort , c'est-à-dire de manière que mort s'ensuive.
A mort a plus de précision et implique plus de certitude ; il signifie proprement , de sorte que la mort s'ensuivra. « Il est advenu à plusieurs d'entre les gladiateurs , étant blessés à mort de force plaies, d'envoyer demander au peuple s'il était content de leur devoir. » Montaign. Mortellement , d'une manière mortelle , qui a rapport à la mort , qui est capable de la donner , emporte seulement que la mort pourra s'ensuivre , paraît devoir s'ensuivre. On dit plutôt malade mortellement que malade à mort, parce que la mort n'est guère jamais que l'effet probable et éloigné de la maladie. — Au figuré, mortellement et à mort sont synonymes comme ayant tous deux le sens d'excessivement : haïr mortellement ou à mort; mais mortellement est plus vague et moins énergique. « Je hais mortellement à vous parler de tout
cela. » Sév. «Se haïr mortellement comme enfant d'Adam. » Mal. «Nous craignons mortellement et nous évitons de nous connaître.» Bourd.
FONCIÈREMENT , À FOND. Connaître une chose foncièrement ou à fond, c'est la connaître parfaitement , de manière à saisir ce qu'elle offre à l'esprit de plus difficile et de plus obscur.
Mais ici l'adverbe , au lieu de diminuer et d'atténuer comme à l'ordinaire et comme on vient de le voir dans les trois exemples qui précèdent immédiatement celui-ci, est plutôt augmentatif, comme il nous a déjà paru l'être dans rigoureusement. Cela tient , non pas à la nature de l'adverbe , mais à la signification toute particulière que doit à sa terminaison l'adjectif foncier, d'où foncièrement tire son origine. Connaître foncièrement, c'est connaître en homme foncier , ainsi qu'on disait autrefois , c'est-à-dire en homme habile dans toute une science , dans tout un art. Connaître à fond marque peut-être plus de profondeur , parce qu'il signifie précisément la profondeur , mais il marque moins d'étendue. On possède une science foncièrement; on s'instruit à fond sur un point de droit ou de fait, sur un point de chronologie, d'histoire ou de théologie. Examiner une affaire foncièrement suppose qu'on l'examine dans toutes ses parties, en long et en large, pour ainsi dire; l'examiner à fond , c'est pénétrer jusqu'au fond et ne pas s'arrêter à la superficie.
Ensuite foncièrement montre l'homme , 'et le montre avec une qualité qui constitue en quelque sorte son métier ou sa profession ; à fond montre la chose , et la montre débrouillée et éclaircie. AISÉMENT, À L'AISE.
L'un est pour l'action, l'autre pour l'état : on fait quelque chose aisément; on repose à l'aise dans un fauteuil.
Et quand même tous deux se disent en parlant des actions , l'adverbe a seul un caractère de subjectivité toujours facile à reconnaître. Si une porte ne s'ouvre pas aisément, ceux qui entrent sont obligés de la pousser avec effort ; si elle ne s'ouvre pas à l'aise , elle est mal faite , mal posée ou arrêtée par un obstacle. Où vous marchez aisément, vous marchez sans peine; où vous marchez à l'aise ne se trouve rien qui vous embarrasse ou vous gêne. «Aplanir le chemin du ciel et y faire marcher à l'aise les âmes lâches. » Bourd.
3° La phrase adverbiale étant composée d'un substantif abstrait et de la préposition en. Abondamment, en. abondance; effectivement , en effet ; réellement . en réalité; totalement ; en totalité; conséquemment , en conséquence ; etc.
Il faut d'abord répéter ici la remarque faite au commencement de l'article précédent, c'est que le changement 'de préposition dans la phrase adverbiale substantive n'en produit aucun de bien sensible dans le rapport de cette phrase explicative avec l'adverbe qu'elle sert d'ordinaire à définir. Ainsi , en rigueur , à la rigueur et avec rigueur paraissent différer de rigoureusement à peu près de la même manière ; ainsi , qu'on dise verser des pleurs en abondance ou avec abondance, cela revient au même , ou peu s'en faut , par rapport à verser des pleurs abondamment. Il ne peut
SYNONYMES QUI ONT LE MÊME RADICAL
donc encore y avoir ici entre l'adverbe et son explication d'autres différences que celles qui tiennent au double caractère verbal et adjectif de l'adverbe. On ne se prive d'aucune lumière en ne tenant point de compte du sens particulier de la préposition en.
ABONDAMMENT, EN ABONDANCE. Beaucoup.
Abondant, d'où vient abondamment , n'est point un adjectif qui se distingue et s'éloigne par sa terminaison du substantif abondance; il a, au contraire , sous tous les rapports , la plus grande ressemblance avec lui. Leur valeur primitive se trouve donc aussi pure , aussi entière dans l'adjectif, et par conséquent dans l'adverbe , que dans le substantif. Il s'ensuit que toute la différence qu'il peut y avoir encore entre l'adverbe abondamment et la phrase adverbiale substantive en abondance est celle qui se tire du rôle grammatical de l'adverbe , de son intimité avec le verbe , celle de l'accident à l'être , du subjectif à l'objectif.
L'adverbe convient mieux en parlant de ce qui arrive : boire (Les.), suer (Sév.) abondamment. La phrase adverbiale se dit seule en parlant de ce qui est : les mets étaient en abondance sur la table (Les.);
Je prétends que chez moi tout soit en abondance. Dest. L'adverbe se rapporte au phénoménal essentiellement marqué par le verbe ; la phrase adverbiale se rapporte à l'être essentiellement exprimé par le substantif.
Cependant la différence n'est pas toujours aussi grande , et en abondance se dit aussi , comme abondamment , des choses qui se passent ou arrivent. Mais abondamment les qualifie en rapport avec le sujet, et en abondance les représente en rapport avec l'objet. On pleure abondamment : « Ce n'est pas qu'Achille n'ait pleuré abondamment , et que cela n'arrive aux héros avec bienséance. » Laf. On verse des pleurs en abondance : a Ce vieillard lui fit connaître , par les larmes qu'il versait en abondance , qu'il ressentait une vive douleur. » Les.
On ne peut se servir que d'abondamment quand l'esprit se représente seulement un sujet et non pas un objet, une matière en grande quantité : suer abondamment : il fournit abondamment à tous nos besoins (Les.); Dieu se suffit abondamment à lui-même (Mal.); pour produire abondamment, il faut être nourri largement (Buff .).— En abondance , au contraire , est le mot propre, quand l'idée prédominante est celle de la chose, d'une matière qui est abondante. « Le maigre , loin d'échauffer la nourrice , lui fournit du lait en abondance. » J. J. œ Nous n'avons qu'à nous tourner vers Dieu , il nous donnera de quoi nous nourrir en abondance. » Rac. A moins d'être abondamment pourvu de certaines choses, on ne peut les donner en abondance. Avoir du vin abondamment , c'est en avoir beaucoup sous le point de vue subjectif, c'est-à-dire à souhait, rde quoi satisfaire pleinement son envie de boire : avoir du vin en abondance , c'est en avoir beaucoup sous le point de vue objectif, c'est-à-dire en grande quantité et dans un grand nombre de vaisseaux.
On dit bien ses pleurs coulaient abondamment
et en abondance; mais en abondance présente distributivement , et comme on le ferait pour les parties d'un tout , les pleurs sur lesquels abondamment n'appelle pas ainsi l'attention. L'adverbe aie sens de beaucoup, sans détail; il énonce le fait , mais ne décrit pas la chose ; c'est par rapport à celle-ci une expression vague , abstraite , idéalisée , par cela même qu'elle en détourne l'esprit pour le fixer sur le sujet qui agit ou sur son action. Ce n'est pas que abondamment soit impropre à marquer la succession et l'étendue , mais il la marque dans le fait et non dans la chose ; il a plus de rapport au temps et à la force qu'à l'espace et au nombre. Il pleut abondamment , quand il pleut longtemps et d'une manière forte , remarquable ; la pluie est tombée en abondance , quand elle est tombée en grande quantité , de manière à inonder les routes et les plaines, à faire déborder les fleuves , à tremper profondément la terre.
EFFECTIVEMENT, EN EFFET. Ces expressions s'emploient pour confirmer ou pour rectifier, pour appuyer ou pour corriger ce qui a été vu , conçu ou avancé.
Mais effectivement se dit dans l'ordre des faits , et en effet dans l'ordre des idées. Effectivement ajoute ou oppose la réalité, ce qui arrive, se passe ou a lieu dans le monde des phénomènes ; en effet ajoute ou oppose la vérité, ce qui est, ce qui est en soi ou essentiellement. Ces choses sont effectivement telles qu'elles peuvent ou doivent être ; ces choses peuvent ou doivent être en effet telles qu'elles sont. Une chose , dont on n'a pas fait voir encore qu'elle est effectivement , n'existe que dans l'esprit , dans l'imagination , en idée ou en projet; ce n'est qu'une fiction, une promesse, une hypothèse : une chose , dont on n'a pas encore démontré qu'elle est en effet , n'est qu'en apparence, elle n'est pas de droit, légitimement ou véritablement. Effectivement est pour ainsi dire un terme historique dont se sert un homme qui en appelle à l'expérience , à l'existence physique et actuelle ; en effet est l'expression logique ou abstraite qu'emploie un homme qui ne regarde qu'à l'idée, à l'essence, aux principes , à ce qui doit être.
Une grâce effectivement suffisante (Pasc.) et une grâce suffisante en effet (Id.) suffisent, ne sont pas suffisantes que de nom , n'ont pas que l'air d'être suffisantes. Mais la grâce effectivement suffisante suffit de fait , il lui arrive de suffire ; et la grâce suffisante en effet suffit au fond , en soi , quant à sa valeur essentielle, elle doit suffire.— Cette récompense vous est due ; vous l'avez effectivement méritée par votre conduite : cet emploi vous est dû ; vous en êtes en effet digne par vous-même , par ce que vous êtes (et non par ce que vous avez fait), par votre capacité, par vos qualités.
« Cela est arrivé effectivement. » Acad. « Une preuve qu'il y a d'autres sujets de poëme que la colère d'Achille , c'est que j'en ai trouvé effectivement (Homère). » Fén. « Diogène condamna cet homme parce qu'il avait effectivement volé ce dont on l'accusait. » Id. a Toutes ces choses se peuvent rencontrer dans les animaux et s'y rencontrent effectivement. » Mal. «L'impénétrabilité des corps