‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 169 sur 881 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

mieux qu'au départ , et c'est parler mal sans y rien gagner.» Lah. — On dit de même mal penser de quelqu'un (J. J.), et c'est en penser du mal , sorte de faute contre la charité , au lieu que penser mal annonce une infraction à d'autres règles que celles de la morale : « On peut penser mal sans être hérétique , si l'on est soumis et docile. » Boss.

Mais supposons avec Roubaud ces deux locutions , mal parler et parler mal , unies par un rapport de synonymie plus étroit, toutes deux usitées moralement et grammaticalement , toutes deux signifiant et médire et exprimer sa pensée autrement qu'il ne faut. Elles se distingueront alors comme maltraiter et traiter mal, c'est-àdire que l'adverbe mal précédant le verbe étendra l'idée de l'expression entière, la rendra plus complète : mal parler annoncera donc une atteinte plus grave aux lois de la charité ou à celles de la grammaire. C'est cette dernière différence qu'il faut mettre entre mal juger (Cond.) et juger mal (Cond. , Nie.) , entre mal raisonner (Volt. , P. R.) et raisonner mal (Volt. , Cond. , Lah.) , entre mal écrire et écrire mal (Volt. , Lah.).

MAL INTERPRÉTER, INTERPRÉTER MAL. Donner un sens qui n'est pas le vrai.

Toujours mêmes distinctions. Mal interpréter , plus abstrait , plus éloigné de la signification pre

mière , voudra plutôt dire prendre en mauvaise! quelqu'un ou quelque chose , y prendre garde.

s af-

faire , c'est se rendre coupable de mauvaises ac tions. a Délivrez-moi, Seigneur, de cette fatale liberté que j'ai de mal faire. » Mal. Au contraire , faire bien ou mal , avoir fait bien ou mal se disent plutôt au propre et au physique. « Je n'entends pas qu'Emile ne fera jamais de dégât; il pourrait faire beaucoup de mal sans mal faire , parce que la mauvaise action dépend de l'intention de nuire et qu'il n'aura jamais cette intention. » J. J. Si faire beaucoup de mal n'est pas nécessairement mal faire , c'est précisément et toujours faire mal.

Dans une acception particulière , faire mal, c'est , au propre , faire du mal , causer de la douleur., De même , faire bien se dit à la rigueur , dans le propre , et non dans le sens éloigné et moral de bien faire, ce Dans les repas ou les fêtes que l'on donne aux autres et dans les plaisirs qu'on leur procure , il y a faire bien , et faire selon leur goût : le dernier est préférable. » Labr. a Je suis embarrassé sur l'origine du mal ; mais je supposerai que le bon Oromase, qui a tout fait, n'a pu faire mieux. » Volt.

Dans les locutions abstraites où le verbe faire ne conserve presque plus rien du sens primitif, tant il est idéalisé , on ne doit se servir que de bien faire ou de mal faire : je croyais bien faire ; il a mal fait de vous avertir.

SURVEILLER, VEILLER SUR. Avoir l'œil sur

part un discours , ou une action , et interpréter mal , par la raison contraire , traduire mal d'une langue dans une autre , ou expliquer mal ce que contient un écrit , une loi. Et chacun des deux tours étant employé dans l'une et dans l'autre acception , la première aura plus de force et signifiera donner un sens qui non-seulement n'est pas le véritable , mais qui s'en écarte étrangement , interpréter tout de travers.

On distinguerait de même mal prendre et prendre mal , dans le cas où le mot prendre signifie comme interpréter , entendre d'une certaine manière.

Un tel avis m'oblige ; et , loin de le mal prendre, J'en prétends reconnaître à l'instant la faveur. (Célimène à Arsinoé. Misanthrope). Mol.

MALMENER, MENER MAL. Mener autrement qu'il ne faut.

Le premier convient mieux , et peut être seul , dans le sens idéal et moral de , avoir des procédés rudes et sans ménagement , tandis que le second se dit toujours ou presque toujours au propre pour, mal diriger ou mal conduire. Si quelquefois ils expriment tous deux, ou l'idée abstraite et figurée, ou l'idée propre et primitive , alors , de même que maltraiter par rapport à traiter mal , malmener dit plus que mener mal.

RIEN ou MAL FAIRE , RIEN ou MAL FAIT , avoir BIEN ou MAL FAIT; FAIRE, FAIT, avoir FAIT BIEN ou MAL. Faire , fait ou avoir fait d'une manière qui convient ou qui ne conviendras.

Bien faire , mal faire se disent plutôt au figuré et au moral. Bien faire , c'est ou agir en homme de bien ou être bienfaisant, a Sa Majesté polonaise n'est pas le seul bienfaisant en Lorraine ; vous savez bien faire comme bien dire. » Volt. Mal\ ternes feTpîus bal placés"!

Surveiller a plus de généralité ; il indique une surveillance plus étendue , qui embrasse plus de choses , attentive aux moindres mouvements , de tous les jours, de tous les instants, qui ne laisse rien échapper , et qui suppose qu'on surveille d'en haut avec charge ou autorité ; en un mot, surveiller rapp elle toujours un peu l'espionnage de la police , à part tout ce qu'il peut avoir d'odieux. « Depuis qu'on me surveille et qu'on éclaire tous mes secrets. » J. J. « Tout ce qu'on peut faire pour la sûreté publique est de le surveiller si bien, qu'il n'entreprenne rien qu'on ne le sache , qu'il n'exécute rien d'important qu'on ne le veuille. 53 Id.

La surveillance de veiller sur n'est pas sans relâche , elle ne suit pas son objet aussi attentivement ; c'est pourquoi , quand c'est à une personne qu'elle s'attache, elle emporte quelquefois l'intention de la protéger, de faire qu'il ne lui arrive aucun mal, et non pas toujours, comme surveiller , celle de la trouver en faute pour avoir à la reprendre ou à la punir. « Il faut veiller sur ces enfants de choix de la patrie , les protéger , les aider, les soutenir, fussent-ils même de mauvais sujets. » J. J. ce Les yeux de Dieu sont attachés sur les justes , parce qu'il veille sur eux pour les protéger. » Boss.

Mais non-seulement la surveillance de veiller sur est moins détaillée, moins continuelle, mais elle s'étend à moins de choses ou de personnes différentes ; on surveille même les personnes qui veillent sur, et par une inspection supérieure, comme chef, comme conducteur : le général surveille les officiers qui veillent sur les soldats-, dans une grande maison , le maître surveille les agents chargés par lui de veiller sur les subal-

SYNONYMES QUI ONT LE MÊME RADICAL

IL SYNONYMES QUI ONT LE MÊME RADICAL ET DONT LES DIFFERENCES DÉPENDENT DE LA VALEUR DES PRÉFIXES.

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