INTRODUCTION. XXI
rences précédentes on ajoute un peu plus de discernemenUdans les emprunts faits à Roubaud , on aura tout ce qui distingue le nouveau du premier dictionnaire des synonymes. Là où le jeune philologue a mis la main se reconnaît le sceau de son génie; et s'il l'eût mise partout, s'il s'était fait réellement l'auteur et non le simple éditeur de la presque totalité du dictionnaire qui porte son nom , je n'aurais certainement pas à diriger contre son livre et contre celui de son prédécesseur une critique c'ommune *.
Ils se réduisent l'un et l'autre au recueil de Beauzée , rendu à Tordre alphabétique pur et augmenté d'analyses de Roubaud. Au lieu de considérer les premiers synonymes comme des ébauches imparfaites , comme des matériaux qui ont besoin d'être remis à l'œuvre et de, ressentir l'effet du progrès de la science pour entrer en harnionie avec les autres , les éditeurs juxtaposent des résultats disparates, ceux de Girard acceptés sur parole avec ceux de Roubaud obtenus et vérifiés par l'étymologie. A la force de vérité qui peut être dans ceux-là comme n'y être pas et qui se sent , pourquoi n'avoir pas ajouté l'autorité incontestable et manifeste de la méthode? Encore si on cherchait à mettre quelque liaison entre ces éléments d'origine diverse , à en marquer les rapports. Mais point : deux ou plusieurs articles ont beau traiter des sujets qui soient les mêmes ou au moins semblables, on n'en tient nul compte, on ne les réunit pas sous un même chef, on ne les rapproche pas, on ne renvoie seulement pas des uns aux autres. Au contraire, les éditeurs semblent s'attacher à l'ordre alphabétique uniquement parce qu'il leur donne moyen de placer à de grandes distances les articles où les mêmes synonymes sont distingués. En appelant dictionnaire l'ouvrage dans lequel tous les travaux des synonymistes viendraient, non pas s'accumuler, mais se ranger et s'ordonner de manière à composer comme un édifice, Beauzée n'avait point entendu qu'on y laisserait régner une pareille incohérence ; la preuve en est dans la manière dont il en use lui-même relativement aux synonymes de Girard : il les dispose, autant qu'il le peut, d'après l'analogie des matières, ayant soin , outre cela , de marquer par des renvois les rapports qu'ils ont entre eux ou avec les articles nouveaux contenus dans le second volume. Au fait , si , malgré cette indication , on se borne à entasser confusément les articles , pourquoi donner le nom de dictionnaires à de tels ouvrages? Girard et Roubaud ont intitulé les leurs simplement , Synonijmes français , bien qu'ils y observent aussi l'ordre alphabétique.
Non-seulement le désordre est le caractère de ces compilations indigestes, mais encore les doubles emplois et les contradictions y abondent ; ce qui était inévitable dans des livres composés de pièces de rapport auxquelles on se fait scrupule de toucher. Ainsi on y rencontre souvent des articles portant le même titre. Or, s'ils contiennent une seule et même distinction , l'un des deux est inutile , il
1. a La lecture des articles de M. Guizot m'a fait regretter que, se contentant d'être l'heureux imitateur de Girard, de Beauzée et de Roubaud, il n'eût pas revu, disons même amélioré les articles qui ne lui appartiennent pas; il a certainement senti la nécessité de cette révision. » (Piestre, La Synonymie française, 2 vol in-12, Lyon, 1810. Avertissement, vin.).