PREMIÈRE PARTIE
santé prophétesse. » « La malplaisante Alecton. » Et en parlant de Caron :
Il ne fut jamais créature De plus malplaisante structure.
Il (Polyphonie1) s'en venait vers le rivage, Le très-malplaisant personnage, Gros, mal bâti, sale, velu.
D'où l'Académie a-t-elle appris que malplaisant se dit plus ordinairement des choses que des personnes?
Ensuite , l'effet produit par les choses ou les personnes malplaisantes dépend surtout de leur forme , de la manière dont elles sont faites , si bien que ce mot serait déplacé au figuré et en pariant d'abstractions. Jean-Jacques a dit.: «.Nos sensations nous sont agréables ou déplaisantes. » Et : « Les occupations déplaisantes ont besoin de délassement. » L'Académie : « Il est déplaisant de toujours perdre au jeu. » Bourdaloue : « Cela me remplit d'idées tristes et déplaisantes. » Saint- Simon : a Des maximes très-déplaisantes à la France. » Dans ces phrases et autres semblables malplaisant ne conviendrait pas. Ce qui est déplaisant déplaît; ce mot ne se rapporte qu'au fait abstrait : ce qui est malplaisant est mal bâti, mal conformé, ou se présente mal. — Montaigne a parfaitement senti et rendu cette opposition dans le passage suivant, a C'est une déplaisante coutume, et injurieuse aux dames, d'avoir à prêter leurs lèvres à quiconque a trois valets à sa suite, pour malplaisant qu'il soit. » — Il parle ailleurs de la ce tranquillité et sérénité de l'âme, déchargée de toute passion, pensée et occupation tendue ou déplaisante; » et dans un autre endroit il dit : « Si j'ai un cor qui me presse l'orteil, me voilà renfrogné, malplaisant et inaccessible. »
MAL PLACÉ , DÉPLACÉ. Mis dans une place qui ne convient pas, hors de propos.
Mal placé exprime un défaut relatif, et déplacé un défaut absolu : ce qui est déplacé est tout à fait mal placé.
Laharpe examinant la tragédie d'Alzire, critique ainsi ce vers :
Rends du monde aujourd'hui les bornes éclairées.
a Les participes éclairé, connu, etc., sont mal placés avant le verbe rendre. » Et, à quelques lignes de là, ayant cité une tirade, il ajoute : « Cela est mauvais de tout point, en philosophie comme en poésie, et souverainement déplacé dans la situation d'Alzire. »
On voit aussi par ce double exemple que mai! piac; indique plutôt un défaut de forme, de syntaxe, grammatical, et déplacé un défaut essentiel, qui a rapport aux idées ou au fond. « Tout au plus trouvera- t-on dans le discours de cet orateur quelque construction peu exacte, quelque chose dïrrégulier, de faible et mal placé. » Fén. Un discours dans lequel il y a quelque chose de déplacé pèche davantage et d'une autre manière, il est inconvenant.
On distinguerait de même mal réglé et déréglé, mal ordonné et désordonné. La chose mal réglée ou mal ordonnée laisse quelque chose à désirer dans la manière dont elle est réglée ou ordonnée : la chose déréglée ou désordonnée n'est point du tout réglée ou ordonnée, n'a point du tout de
règle ou d'ordre. La piété mal réglée devient ei perstition-, et déréglée, fanatisme.
PREFIXES MAL et DIS.
Malfamé , diffamé. Malgracieux , disgracieux. Malproportionné , disproportionné..
MALFAMÉ, DIFFAMÉ. Qui ne jouit pas d'une bonne réputation.
L'homme malfamé n'a pas une bonne réputation-, l'homme diffamé est perdu de réputation. Diffamé est une qualification plus positive , plus directe , plus rigoureuse , plus décidée , plus tranchante ; il y a comme une séparation nette entre la bonne réputation et l'homme diffamé. On évite la société ou l'alliance de l'homme malfamé ; on rougirait d'avoir le moindre rapport avec l'homme diffamé.
Ensuite , à malfamé ne correspond point un verbe comme à diffamé, et c'est pourquoi celuilà n'implique point comme celui-ci un fait particulier qui a déshonoré, un éclat qui a perdu tout d'un coup dans l'esprit du public. Celui qui est malfamé est ainsi , a telle manière d'être : on en parle mal; c'est un effet qui a sa cause en lui, dans ses principes ou dans sa conduite. Celui qui est diffamé & été diffamé; son état résulte d'une diffamation juste ou non méritée.
Et de là le troisième caractère de l'adjectif diffamé. C'est qu'on peut être diffamé sans cesser d'avoir droit et part à l'estime des hommes: ce qui arrive quand on a été la victime d'une, diffamation injuste et calomnieuse. Mais malfamé, quoique plus faible et plus vague, annonce toujours une réputation effectivement mauvaise.
MALGRACIEUX, DISGRACIEUX. Qui n'est pas gracieux.
En fait de grâces, le malgracieux est mal, laisse beaucoup à désirer, et le disgracieux n'est rien. Celui-ci dit donc plus que celui-là : il énonce directement et positivement ce que le premier ne fait entendre que par un détour, et en atténuant.
De plus, ce qu'on considère dans l'objet malgracieux, c'est la manière dont il est, sa forme, son air, et l'adjectif ne convient que par rapport aux objets envisagés sous ce point de vue. La qualité qui fait traiter de disgracieux peut être intrinsèque et abstraite, ce Aventure disgracieuse. Cela est bien disgracieux. » Acad. ce Douleur et mal marquent une sorte de sensation disgracieuse qui fait souffrir. » Gir.
Elle avait pris en cet homme un époux
Malgracieux, incommode et jaloux. Laf.
ce Votre père , le plus malgracieux des hommes, m'a chassé dehors malgré moi, et j'ai couru risque d'être battu. » Mol. (V Avare, Laflècheà Cléante).
MALPROPORTIONNÉ, DISPROPORTIONNÉ. Qui pèche par défaut de proportion.
Le premier se dit d'un seul objet dans lequel on considère la manière dont ses parties sont arrangées , et l'autre en suppose au moins deux (ôîç, deux fois, de ôvo, deux) qu'on compare l'un à l'autre et qu'on trouve séparés par de grandes inégalités.
Malproportionné s'applique à une seule chose qu'on considère en. soi et dans sa totalité. « Un
SYNONYMES QUI ONT LE MEME RADICAL
corps j un homme malproportionné. » Acad. « Si | l'homme était un quadrupède , toutes ses parties réunies eussent fait un animal malproportionné et marchant peu commodément. » J. J. — Disproportionné s'emploie en parlant de plusieurs choses, ou d'une seule relativement à une autre ou à d'autres ; ce qui fait qu'on dit bien disproportionné à , et non malproportionné à. Morale disproportionnée à l'âge des enfants (J. J.) ; exemple disproportionné à notre état (Pasc); pratique disproportionnée à nos mœurs (Boss.); comparaisons disproportionnées à la nature divine (Id.). Conditions disproportionnées (Cond.) , c'est-à-dire l'une à l'autre ou les unes aux autres; un oiseau porte un bec disproportionné (Buff.), c'est-à-dire au reste du corps.
PREFIXES MAL et MÉ.
Malcontent, mécontent. Malaise, mésaise. Malséant, messéant. Malvendu, mévendu. Mal interpréter, mésinterpréter.
Ces deux particules changent en mauvaise part le sens des mots devant lesquels elles se mettent, et leur font exprimer quelque chose de fâcheux. Mais la modification apportée par mal semble moins essentielle, moins intime, moins décidément mauvaise; elle s'arrête, peur ainsi dire, à la forme, à la superficie.
MÀLCONTENT , MÉCONTENT. Qui n'est pas satisfait, pour qui ce qui est ne convient pas ou ne se passe pas comme il le voudrait.
Mécontent dit quelque chose de plus. « On est malcontent, dit Roubaud , quand on ne l'est guère, ou qu'on n'est nullement satisfait; et mécontent, quand, loin d'être satisfait, on est fâché et très-fàché. » Suivant Condillac , on est mécontent quand on est malcontent au point de se soulever : le rnécont nts ont pris les armes. Une preuve de la supériorité de force du sentiment pénible signifié par mécontent, c'est qu'on fait de ce mot, comme en général de tous ceux qui se distinguent -par leur énergie, un usage bien plus fréquent que de son synonyme. D'ailleurs, il s'emploie seul d'une manière absolue et sans complément, seul il a un substantif correspondant pour désigner d'une manière nette et positive le sentiment dont il s'agit. Le malcontent éprouve un sentiment d'humeur dont son âme est à peine effleurée.
Thérèse est malcontente et gronde. Laf.
A la rigueur même, malcontent n'exclut pas tout à fait le contentement , mais il ne fait que le représenter comme incomplet, comme n'étant pas sans trouble, sans inquiétude, sans mélange. C'est ce que Pascal exprime très bien dans le passage suivant : « La propre volonté ne se satisferait jamais, quand elle aurait tout ce qu'elle souhaite: mais on est satisfait dès l'instant qu'on y renonce. Avec elle on ne peut être que malcontent; sans elle on ne peut être que content. » Il en est du mécontentement comme du mépris et de la méfiance; c*est moins une négation, une restriction qu'un sentiment positif dont l'âme est comme pénétrée. «Un esprit -chagrin est mécontent.» Bourd. Mécontent ajoute à makontent l'idée ac-
cessoire que le sujet est plus profondément affecté et qu'il éprouve du dépit ou du ressentiment.
En second lieu , et conformément à la première distinction , mécontent suppose de la part du sujet chagrin prononcé et disposition active à réclamer la réparation d'un tort réel ou prétendu , et de la part de la personne qui excite ce sentiment , refus ou violation de ce qui est juste , ou de ce qu'on croit juste; au lieu que malcontent n'emporte que la privation de ce qu'on espérait. «L'ambassadeur, M. de Laverdin , rendit tous ces gens-là malcontents de ses manières , de sa mauvaise chère , de son peu d'apparat. » Delaf.— Je suis mécontent d'un domestique qui ne fait pas ce qu'il doit, et malcontent de celui qui ne fait pas ce qu'il doit comme je le voudrais : il y a de la part du premier mauvaise volonté , négligence ou paresse , et de celle du second simplement inexpérience ou incapacité.— On a droit d'être mécontent; on a quelque sujet d'être malcordent, ou bien même on l'est sans trop savoir pourquoi, a Mademoiselle n'allait point à la cour, parce qu'elle était fort mécontente du roi sur le sujet de M., de Lauzun. » Delaf. « Le prince de Montpensier était malcontent de tout ce qui était arrivé , sans qu'il en pût dire le sujet. » Id.— Ou encore, on est mécontent pour un motif très-grave, parce qu'on a reçu une injure; et malcontent pour une raison légère, pour un manque de complaisance, par exemple. « On exhorta, en vain Louis XII à punir quelqu'un dont il avait été méconlo-t avant que de monter sur le trône. » Roll. « Bayard, voyant que son refus affligeait son hôtesse, et ne voulant pas la laisser malconîente de lui, consentit à recevoir son présent. » Id.
Toutes les fois qu'il y a une injustice de commise, passe-droit, inexécution volontaire d'une obligation, on ne peut être que mécontent. On est malcontent de son état, de sa fortune, du tour que prennent les affaires, quand ils ne sont pas comme on désirerait qu'ils fussent, a Les gens du monde, avec tous leurs biens, tous leurs plaisirs, sont presque toujours malcontents et se plaignent de leur sort.» Bourd.
MALAISE, MÉSAISE. Ils désignent un état ou une situation légèrement pénible.
Malaise exprime plutôt l'état où l'on se trouve, et mésaise le sentiment qu'on éprouve. Dans le malaùe on n'est pas commodément ; l'âme est désagréablement affectée dans le mésaise.
Ce que malaise exprime -de fâcheux se rapporte à l'extérieur, à la position, ou aux entours : le malaise se fait sentira une personne qui est mai à l'aise , mal assise, mal couchée, ou gênée dans ses rapports avec les autres. « Les premiers mobiles du monde furent le besoiu, l'inquiétude du malaise, et l'espérance d'un meilleur sort. » Mar^vi. « On sentait la contrainte du duc de Bourgogne avec Monseigneur, encore plus avec Mlle Choin, et le malaise avec tout cet intérieur de Meudon. » S. S.
Le mot mésaise, plus particulièrement subjectif, indique un état général de déplaisir dans lequel on désire vaguement d'être mieux. « Le plaisir est notre but; car qui écouterait celui qui, pour sa fin, établirait notre peine et mésaise? » Montaigne. «Le désir est une espèce de