PREMIÈRE PARTIE
mésaise que le goût du bien met en nous. » Vauv. a Notre mal est la vaine curiosité de notre esprit qui ne peut ni sortir de son ignorance ni la supporter-, c'est ce mésaise et cette rêverie de malade que nous appelons une noble recherche de la vérité. » FÉN.
MALSÉANT, MESSÉANT. Contraire à la bienséance.
Mais l'un signifie une inconvenance de forme , l'autre une inconvenance intrinsèque , essentielle- C'est apparemment à quoi se réduit la distinction suivante de Condillac. ce II me semble que le premier se dit des choses qui ne conviennent pas à l'état , à l'âge ou à la profession d'une personne , et que le second se dit de tout ce qui ne siedpas. »
Une barbe d'artiste terminant la figure d'un prêtre ou d'un magistrat serait malséante; il est messéant que la femme commande au mari et que le valet en remontre à son maître. L'air dissipé est malséant , et l'inattention est messéante pour un magistrat. Une posture malséante ne messied qu'eu égard aux usages tout extérieurs et formels de la civilité; une posture messéante messied réellement , blesse l'honnêteté , va jusqu'à l'indécence.
« On doit donner largement aux femmes de quoi maintenir leur état, d'autant que l'indigence est beaucoup plus malséante et malaisée à supporter à elles qu'aux mâles. » Montaign. « Les petits verres sont les miens favoris , et me plaît de les vider , ce que d'autres évitent comme chose malséante. » Id. — ce Aux canonnades, il est messéant de s'ébranler pour la menace du coup.» Id. ce Le vice de mentir apparaît toujours trèsmesséant à un homme bien né, quelque visage qu'on lui donne.» Id.
MALVENDU , MÉVENDU. Qui n'a pas été bien vendu.
Le premier de ces mots implique un blâme relativement à la manière dont la vente s'est faite. Quand on a vendu par petites portions , au lieu de vendre par parties considérables , à crédit et non comptant , ou bien à des débiteurs peu solides , dans ces différents cas on a mal vendu , ou la marchandise a été mal vendue. Mais à mévendu s'attache l'idée d'une faute moins relative à la forme qu'au fond, au mode de la vente qu'au dommage éprouvé en conséquence d'une vente désavantageuse : on mévend ce qu'on vend audessous de son prix réel. On emploie bien aussi mal vendre ou vendre mal dans ce sens; mais alors on parle avec moins de précision , et on a tort de ne pas préférer une expression qui dit la même chose d'une manière toute spéciale eî exclusive.
Une observation bien simple sert à prouver que mé l'emporte sur mal , dans le sens défavorable où ils se prennent l'un et l'autre. C'est que mal vendre ou vendre mal signifie quelquefois vendre peu: cette marchandise s'est mal vendue sur tel marché , se vend mal dans telle saison. Au lieu que le substantif mévente signifie non-vente , cessation de vente. En allemand , Uebelthat , mot à mot, un malfait, désigne une mauvaise action sous le rapport tout extérieur du mal qu'elle cause à autrui, et Missethat, méfait, une mau-
vaise action considérée intrinsèquement comme violant une loi , et en elle-même digne de punition. D'ailleurs, ou plutôt en. conséquence, le malfait est un simple délit, et le méfait un crime.
Jean-Jacques écrit à Diderot : ce Vous avez un malheureux penchant à mésinterpréter les discours et les actions de vos amis. » "Voilà un mot excellent, qui n'est pas usité, au moins à en croire l'Académie, et qui mériterait de l'être, concurremment avec mal interpréter ; car ces deux verbes ne signifient pas tout à fait la même chose. Mal interpréter , c'est seulement supposer un sens qui n'est pas le véritable , attribuer une intention qu'on n'a pas eue , une intention mauvaise , mais rien de plus. Mésinterpréter , c'est imputer une intention criminelle , des desseins noirs et funestes , partant d'un fonds de méchanceté , et , comme le dit Jean-Jacques lui-même dans l'endroit cité , des horreurs.