‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 195 sur 881 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Mais une autre différence consiste en ce que désapprouver est décisif, ouvert, explicite, a un air de sentence qui manque à improuver. Celui qui désapprouve , juge , prononce , déclare hautement, solennellement qu'une chose n'est pas bonne. Improuver , c'est trouver à redire , mais plutôt intérieurement, indirectement. Celui qui improuve condamne dans son cœur.

« Cliton est l'arbitre des bons morceaux, et il n'est guère permis d'avoir du goût pour ce qu'il désapprouve. » Labr. « Quand je désapprouve l'usage du vin , je ne condamne pas de même ces boissons qui égayent la raison. » Montesq. « La majeure et plus saine partie du gouvernement a désapprouvé assez hautement ce coup fourré. x> J. J. — « Des représentations de quelques mem- ' bres de la bourgeoisie suffisaient pour marquer qu'elle improuvait la procédure. » Id. a La bourgeoisie a le droit de faire des représentations dans toutes les occasions où elle improuve la conduite des magistrats. » Id. « Le libertinage n'est plus un bon air dès que votre conduite Yimprouve. » Mass. (Sur les vertus des grands).

Ce caractère de désapprouver lui vient , ou de ce que de est la particule déterminative par excellence , ou de ce que le verbe composé latin approbare , en cela différent du simple probare , signifie non seulement approuver , mais aussi témoigner son assentiment par des démonstrations.

PRÉFIXES IN et EX.

Inciter, exciter. Incursion, excursion.

INCITER, EXCITER. Disposer quelqu'un à -faire quelque chose en le stimulant , en l'échauffant.

Inciter, incitare , citare , ciere in , mouvoir vers. Exciter , excitare , citare , ciere ex , faire sortir de son état , émouvoir , remuer. Inciter a essentiellement rapport au but; aussi dit-on toujours inciter à , et jamais , d'une manière absolue , inciter simplement , comme on dit exciter : il n'a pas besoin qu'on Y excite. De son côté , exciter a essentiellement rapport à la force ou à l'énergie provocante et provoquée; on dit exciter l'ardeur (Boss.). le zèle (Acad.).

Inciter, c'est donc donner l'idée d'un but et y pousser doucement, en dedans, en secret, faire qu'on y incline ; exciter , c'est réveiller, pousser fortement et avec vivacité.

Inciter marque bien aussi l'impulsion, mais faiblement; son idée propre est l'indication du but. « C'est par le plaisir et la douleur que Dieu pousse et incite les animaux aux fins qu'il s'est proposées. » Boss. « La solennité de cette église, et je ne sais quel mouvement de mon cœur m'incite à parler du nom de Jésus. » Id. a Incité par le plaisir que j'avais senti, je cueillis un second et un troisième fruit. » Buff.

Exciter peut bien aussi marquer le but , mais ce n'est pas toujours ni aussi expressément; son idée propre est la force de la stimulation. « Les sens excitent l'âme , ils la réveillent , ils l'avertissent de certains effets. » Boss. « Ce sera un motif pressant qui me réveillera, qui m'excitera, qui m'encouragera à tout entreprendre. » Bourd.

On a besoin d'incitation pour s'aviser de faire, et d'excitation pour avoir la force de faire.

INCURSION, EXCURSION. Course d'hommes ou d'animaux de leur pays en un autre.

L'un vient de in currere , courir dans , sur ou vers; l'autre de ex currere, courir hors de. On dit faire une incursion dans le Péloponnèse (Cond.), en Sicile (Volt.), sur Bénévent (Cond.), et faire une excursion hors de son pays : « Mes travaux me permettront cette excursion hors de ma douce retraite. » Volt.

Pour incursion l'idée caractéristique est celle du but , du lieu où l'on se porte ; pour excursion c'est celle du point de départ , du lieu que l'on quitte. Un pays est exposé aux incursions ou à l'abri des incursions. La garnison d'une ville doit faire de rares et de courtes excursions , de peur de surprise. Des peuples nomades qui n'ont pas de séjour fixe ne peuvent faire que des incursions.

Toutes les fois qu'on a présent à l'esprit le lieu d'où le mouvement part , on doit se servir du mot excursion. Des peuples , des hommes , des oiseaux (Buff.) sédentaires, ou qui trouvent chez eux tout ce qui est nécessaire à leurs besoins , ne font pas d'excursions. Au contraire , incursion sera le mot propre , si l'attention se porte nécessairement sur le lieu où le mouvement aboutit. Dans l'antiquité , les peuples barbares , attirés en certains pays par l'appât du butin , y faisaient des incursions.

Excursion est le seul de ces deux mots qui se prenne dans le sens de digression , parce qu'il est le seul qui marque un rapport au lieu d'où on s'éloigne.

On dira dans un sens analogue , la connaissance de tels monuments , de telles plantes est due aux incursions des savants dans tels pays ; et , ce botaniste ne se borne pas à étudier les fleurs du lieu qu'il habite, il fait de fréquentes excursions.

C'est ainsi que irruption signifie l'action de se précipiter dans ou sur; et éruption , celle de sortir de , de s'élancer hors de.

PRÉFIXES IN et DIS.

Infamant, diffamant. Informe, difforme.

Inconvenance , disconvenance.

INFAMANT, DIFFAMANT. Qui produit l'infamie ou ternit la réputation.

Le premier a une plénitude de sens qui manque au second. In nie la réputation , la bonne renommée d'une manière absolue et positive. Dis marque une séparation inachevée , en train de se faire, et peint l'effort avec lequel on l'opère; il n'est pas plus négatif et rigoureux que dé dans déraisonnable. Ce qui est infamant porte infamie , rend infâme , et c'est parce que ce mot marque un effet plus complet qu'il se dit des actes de justice : peine (Labr., Roll., Cond., Marm.), amende (Volt.) , note (Boss.) infamante; supplice (Volt.) , arrêt (Lah.) infamant. Ce qui est diffamant ; expose à perdre ou fait perdre peu à peu la réputation, fait descendre , ou plutôt tend , cherche à faire descendre du rang qu'on occupe dans l'opinion publique. Il faut distinguer la satire personnelle et diffamante de la satire générale (Marm.).

SYNONYMES QUI ONT LE MÊME RADICAL

On dira donc une condamnation infamante (J. 3.) , et une imputation (Fén.)'ou une inculpation (Beaum.) seulement diffamante. On dira aussi un vice (Roll., S. S.) ou un défaut (S. S.) infamant, et des bruits faux et diffamants (Féw.).

Même différence entre informe et difforme : l'animal informe n'a pas de forme ou est tout difforme; l'animal difforme pêche seulement sous le rapport de la forme , est contrefait ou mal bâti, ce Un petit ours était horriblement laid; on ne reconnaissait en lui aucune figure d'animal ; c'était une masse informe et hideuse.... Sa mère l'ayant léché longtemps , il commença à devenir moins difforme.» Fén.

Inconvenance et disconvenance , défaut de convenance, se distinguent d'une autre manière. Disconvenance , comme disproportionné , emporte une idée de dualité et de relation étrangère au mot inconvenance , qui se prend toujours absolument et en morale. « Inconvenance n'est pas disconvenance , dit Voltaire ; on entend par disconvenance des choses qui ne se conviennent pas l'une avec l'autre ; et j'entends par inconvenance des choses qu'il ne convient pas de faire. »

Pourquoi l'Académie, qui admet inconvenant , fait-elle difficulté d'admettre inconvenance ?

PRÉFIXES IN et MAL.

Inhabile, malhabile. Impropre, malpropre. Indisposé , mal disposé. Impoli , mal poli.

INHABILE , MALHABILE. Qui manque d'habileté.

V inhabile en manque totalement; le malhabile n'en a pas beaucoup. En effet in nie , et mal ne fait que présenter scus un mauvais jour, que donner une idée défavorable.

Inhabile est donc le mot qui convient pour exprimer un défaut absolu. La vieillesse est Inhabile aux plaisirs dont la jeunesse abuse. Boil. Les pédants sont

Inhabiles à tout, vides de sens commun. Mol.

« Il y a très-peu d'hommes entièrement inhabiles à toute occupation.» Lah. Montaigne remarque en lui-même une inhabileté à toute sorte d'affaire. En jurisprudence , où on parle toujours à la rigueur , on ne se sert que (£ inhabile. « Conrad fut déclaré inhabile à succéder à l'empire. » Cond.

Malhabile, au contraire, désigne un défaut relatif, l'imperfection plutôt que l'absence de l'habileté, ce Un ministre malhabile veut toujours vous avertir que vous êtes esclaves. » Montesq. ce Ils ne sont pas assez malhabiles pour s'engager à soutenir le désintéressement de ce prétendu amour. » Boss. ce Vous êtes bien malhabile d'avoir dit, d'avoir fait telle chose. » Acad.

IMPROPRE , MAL PROPRE. Qui n'est pas propre à, bon pour, convenable.

Un terme impropre est déplacé là où il se trouve , il dénature le sens ; un terme mal propre choque moins ; seulement il ne convient pas , il ne rend pas bien l'idée. Dans un autre sens on est impropre à ce pour quoi on n'est pas né , et mal propre à ce qu'on fait sans beaucoup de succès. Le bœuf est impropre à la guerre; quand il est trop jeune ou trop vieux , blessé , malade , il

est mal propre au labour , c'est-à-dire qu'il laboure mal, faute de force. Les hommes sont de même impropres et mal propres à certaines choses. Un paysan grossier, sans instruction , est impropre aux affaires ; un artiste , un poète , y sont mal propres. Dans le Misanthrope , Oronte veut savoir d'Alceste si le sonnet qu'il a fait est bon. Alceste lui répond :

Monsieur, je suis mal propre à décider la chose. Veuillez m'en dispenser l.

ce Je me sens mal propre à bien exécuter ce que vous souhaitez de moi. » Mol.

Je vous seconderai, quoique mal propre à feindre.

Dest.

ce L'homme attentif à la vérité , a connu ce qui était propre ou mal propre à ses desseins. » Boss. ce On dit qu'un homme est propre ou mal propre à la course. » Id.

Montaigne dit d'une manière absolue que , ce impropre à faire bien et à faire mal , il ne cherche qu'à passer; » et, d'une manière relative, que ce les boiteux sont mal propres aux exercices du corps. »

INDISPOSÉ, MAL DISPOSÉ. Dans une mauvaise disposition de corps ou d'esprit.

Pour être indisposé, il faut être malade; il suffit de ne pas se sentir bien , de flotter entre la santé et la maladie , pour être mal disposé.

D'autre part , on est indisposé contre quelqu'un et mal disposé pour quelqu'un; on est fâché, aigri contre celui-là, on ne fera rien pour lui; on n'est pas porté à écouter celui-ci , cependant on peut encore faire pour lui quelque chose. On est indisposé contre la personne dont on a à se plaindre , et mal disposé involontairement à l'égard de celle dont l'air , la tournure ne reviennent pas ou ne préviennent pas en sa faveur.

IMPOLI, MAL POLI. Qui laisse à désirer sous le rapport de la politesse.

L'impoli n'a point de politesse ; le mal poli n'en a pas assez, ou n'a qu'une politesse imparfaite, ce La plupart des jeunes gens croient être naturels , lorsqu'ils ne sont que mal polis ou grossiers. » Laroch.

PREFIXES UV et IL.

Inlisible, illisible.

INLISIBLE, ILLISIBLE. Qu'on ne peut lire ; deux mots inventés au xvme siècle, quoiqu'il y ait un exemple d' inlisible dans Mme de Sévigné.

Inlisible est formé contre l'analogie. Devant l, in défient il : légal, illégal; lettré , illettré; limité , illimité. On doit donc le supprimer ou y attacher une signification propre. Or, un écrit peut n'être pas lisible , soit parce que les caractères en sont mal formés ou indistincts, soit parce que le sens en est mauvais , insupportable. Pourquoi ne pas représenter ces deux vues de l'esprit par deux termes différents ? Et inlisible , irrégulier dans sa forme , produit de l'ignorance , ne convient-il pas pour désigner un défaut grossier, apparent, qui ne demande pour être vu

•L Au Théâtre-Français, on se permet de corriger Molière, et, par une fausse délicatesse, Facteur substitue peu propre à mal propre.

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