‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 225 sur 881 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

à un certain jour marqué , les lettres de renonciation réciproque. » Boss. « Madame Guyon a souscrit à la condamnation de ses ouvrages : moyennant cela et la renonciation à son directeur , avec quelques autres choses conformes à sa déclaration faite entre mes mains, on l'a reçue aux sacrements. » Id. — Mais le renoncement est une vertu intérieure , un détachement de cœur et d'affection. «La plupart des préceptes de Jésus-Christ ont pour objets des vertus intérieures, l'amour des ennemis , le détachement des biens du monde , le renoncement aux satisfactions humaines.» Nie. « La circoncision du cœur, c'est le retranchement de tout le sensible, et le renoncement entier à soi-même.» Boss. « Ce renoncement de cœur, ce mépris de tout ce qui passe , recommandé à chacun de nous dans l'Évangile. » Mass. « La vie chrétienne est une vie de renoncement et de sacrifice. » Id. «Les poésies qu'Ausone avait faites avant son renoncement aux muses profanes. » Roll « Le quatrième acte de justice , qui doit être le plus fréquent , est la renonciation à l'alliance du peuple dont on a à se plaindre. » Montesq. « L'État subsiste indépendamment de l'amour pour la patrie , du désir de la vraie gloire , du renoncement à soi-même, et de toutes ces vertus héroïques que nous trouvons dans les anciens.» Id. — On dit renonciation à une succession (Acad.), à une province qu'on cède (Boss.), à une couronne (Vert.) . etc. ; on dit renoncement aux plaisirs (Acad. , Mal. , Cond.) , aux honneurs et à la vanité (Acad.) , à ses volontés, à ses inclinations naturelles , aux douceurs et à la tranquillité de la vie (Bourd.).

Beauzée propose la même distinction, a Renonciation , dit-il , est un terme d'affaires et de jurisprudence; c'est l'abandon volontaire des droits que l'on avait ou que l'on prétendait avoir sur quelque chose. Renoncement est un terme de spiritualité et de morale chrétienne; c'est le détachement des choses de ce monde et de l'amourpropre.»— Toutefois, et quoi qu'en dise Beauzée, la renonciation étant extérieure, peut n'être qu'extérieure , c'est-à-dire , à la différence du renoncement , forcée et non pas volontaire. « Les Colonne prétendaient que la renonciation du pape Célestin V était nulle , parce qu'elle lui avait été arrachée. » Cond. Voltaire traite de « renonciation imposée par la force » celle du prince Alexis, fils du czar Pierre I", au trône de Russie. SENSATION , SENTIMENT. Ces deux mots ex priment une impression faite sur l'âme , qui en modifie l'état en mieux ou en pis et devient un mobile pour sa volonté.

Mais l'un est plus relatif au fait même de l'impression , à la cause qui le produit ; l'autre , à l'état où l'âme se trouve à la suite. En agissant sur nos sens, les objets nous causent des sensations agréables ou désagréables; notre âme éprouve alors un sentiment de plaisir ou de peine. Un orateur véhément, parlant sur un sujet terrible produit sur son auditoire une sensation de frayeur' et chacun des auditeurs éprouve ou conçoit un sentiment de frayeur.

Ou bien le sentiment , au lieu d'être quelque chose de postérieur, est quelque chose d'antérieur

au fait propre de sentir. « Suivant Descartes , les bêtes sont de pures machines qui ont toujours les organes du sentiment pour n'éprouver jamais la moindre sensation. » Volt.

D'autre part , sensation signifiant une action se dira des affections passagères qui ne durent point. On dit bien , produire une sensation de frayeur ; on ne dirait point, produire une sensation d'aversion. Une sensation de plaisir, de joie,. de douleur-, n'est point un sentiment de plaisir , de joie, de douleur. L'une est instantanée, rapide, superficielle , et considérée par rapport à sa cause , à sa production ou à sa vivacité ; l'autre est plus intime et plutôt considérée sous le point de vue de sa durée et de son intensité. On dit bien une sensation de douleur , mais non une sensation de souffrance.

Considéré d'une manière plus générale , le mot sensation , conformément à son sens fondamental et primitif, ne peut se dire que des affections de l'âme résultant d'une action réelle. Il est presque exclusivement déterminé à signifier les impressions produites sur nos sens par les objets extérieurs , et qui sont suivies dans notre intelligence d'idées relatives à ces objets. Au contraire, sentiment exprime toutes les affections que l'âme éprouve en tant que raisonnable, dont forigine est, non pas dans une action réelle et extérieure , mais dans des idées abstraites , et à la suite desquelles nous ne recevons aucune idée. Ainsi, presque toutes nos idées sensibles ont été précédées de sensations. Les plaisirs que nous éprouvons après avoir compris un problème, une énigme, une découverte, ou conçu la moralité d'une action, ou aperçu la beauté d'un objet d'art, sont des sentiments , et ces mouvements de l'âme ne sont pour nous l'occasion d'aucune connaissance. Maine de Biran (Rapport du physique et du moral, p. 133), a parfaitement fait cette distinction, et l'usage de la langue la confirme. On subit des sensations ; on conçoit des sentiments. On éprouve , on reçoit des sensations; on a et on entretient des sentiments. Sur ce point les synonymistes Girard et Roubaud sont arrivés au même résultat.

DISSENSION , DISSENTIMENT. Ils donnent tous deux l'idée d'une différence de sentiments, d'opinions.

Mais la dissension est plus violente que le dissentiment ; c'est le dissentiment qui se manifeste au dehors, qui éclate; c'est une querelle, une émeute. Une ville est en proie à la dissension quand ses habitants sont divisés en plusieurs factions qui se disputent le pouvoir ou les droits politiques. Il y a dissentiment entre deux savants qui ont sur un point des opinions différentes.

VIOLATION, VIOLEMENT. Ils expriment l'infraction d'un devoir.

Violation est un terme nouveau , quoiqu'il soit seul dans Nicod et que nous en connaissions un exemple de Bossuet : il ne se trouve dans le Dictionnaire de l'Académie qu'à partir de 1762. On a d'abord employé violement seul, et aujourd'hui nous ne disons plus guère que violation. Violement n'a cependant pas disparu et ne doit pas disparaître tout à fait ; car il a une nuance spéciale. Violation se dit d'une infraction extérieure , qui

SYNONYMES QUI ONT LE MÊME RADICAL

se fait sentir au dehors et appelle la répression ; ce mot est relatif aux lois sociales. Le violement marque une infraction intérieure, pour ainsi dire, qui n'est point. portée à la connaissance du magistrat; c'est une violation de la loi divine ou de la loi morale. Ce qui est violation au regard de la société est violement au regard de Dieu et de la conscience. Violation , comme renonciation , est un terme de jurisprudence; et violement, comme renoncement , un terme de morale et surtout de morale chrétienne. La violation est un délit ; le violement est un péché ou une faute contre le devoir. « Des violements de la charité. » PASC.«Le violement des préceptes de l'Église, le violement du sabbat. »Mass. «Saint Pierre vengea par la mort d'Ananias et de Saphira le violement de l'unité des fidèles. » Boss. « La première révolte de la créature contre son Dieu a été la transgression et le violement de la loi. » Bourd. «Je préférerai mon mal particulier , plutôt que de faire un plus grand mal au genre humain par le violement des lois qui en assurent la tranquillité. » D'Ag.

D'autre part , la violation étant tout extérieure , se réduisant au fait , à la manifestation , sans rapport à l'intérieur et aux dispositions, peut très-bien , à la différence du violement , ne pas provenir d'un agent moral. « Si les montagnes étaient supposées avoir porté des mers , ce serait une violation des lois de la gravitation et de l'hydrostatique.» Volt. ',

RÉNOVATION, RENOUVELLEMENT. Rétablissement d'une chose dans son premier état.

« Rénovation marque plus l'action de la cause qui renouvelle ; renouvellement , l'état de la chose renouvelée.» Cond.

On assiste à une rénovation de -vœux; la rénovation des vœux de telle personne s'est faite de telle manière, dans telles circonstances. Par le renouvellement des vœux l'âme reçoit une nouvelle force pour persévérer dans la piété.

Rénovation annonce plutôt une célébration; une cérémonie, une fête. Il existe de Bossuet un tout petit traité ayant pour titre : Rénovation de l'entrée dans la sainte religion. Il commence par ces mots : « il faut la célébrer tous les ans dans des transports de joie. »

FONDATION , FONDEMENT. Action de poser le soutien d'un édifice ou ce qui résulte de cette action.

Condillac et Laveaux sont d'accord sur le caractère actif et subjectif du premier de ces mots , et sur le caractère de passivité et d'objectivité du second. « Fondement se dit de la partie d'un mur enfermée dans la terre jusqu'au rez-de-chaussée ; fondation est l'action de poser les fondements. » Lav. « Le fondement est la masse de pierre qui supporte ou supportera le bâtiment , et la fondation est le travail nécessaire pour asseoir les fondements. C'est pourquoi on dit , faire les fondations et poser les fondements. » Cond.

\ . Viol se trouve défini par le Dictionnaire de l'Académie et les autres d'une manière si distincte;, que chercher, comme l'a fait Beauzée, à le séparer de violation et de violement serait un soin superflu.

Laveaux ajoute avec l'Académie qu'il est passé en usage d'objectiver aussi les fondations et de les prendre pour les fondements eux-mêmes. «En ce sens, dit-il, fondement est préférable. » Pas toujours : faire les fondations vaut mieux que poser les fondements, quand on veut rappeler tous les travaux qui entrent dans cette opération , comme ceux qui consistent à creuser la terre , à en retirer les déblais , à rassembler et à employer les matériaux ; et c'est à cause de ce rapport spécial à l'action que fondation ne se dit point au figuré comme fondement.

Les fondements se considèrent en eux-mêmes tels qu'ils sont ; les fondations rappellent l'action de fonder, le fondateur et son talent. « Un architecte avisé proportionne de telle sorte le fondement avec l'édifice , qu'on mesure et qu'on découvre déjà l'étendue et l'ordre de tout le palais, en voyant la profondeur, les alignerhents , la solidité des fondations. » Boss. La solidité des fondations n'est point du tout celle des fondements : elle résulte de la manière dont on sait bâtir, et non pas de la nature des matériaux , de la largeur ou de la profondeur du mur. « Il s'en faut beaucoup que les fondations de la plupart de nos maisons soient aussi solides que l'étaient les grands chemins dans le voisinage de Rome. » Volt.

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