PREMIÈRE PARTIE
sites sur la poitrine et sur les genoux. « Les babouins et les guenons ont aussi des callosités audessous de la région des fesses , et cette peau calleuse est même devenue inhérente aux os du derrière. » Buff.
Callosité n'exprime pas déterminément un cal , mais une chose de la nature du cal , comme sérosité une chose de la nature du sérum, carnosité une chose de nature charnue; et c'est pourquoi callosité se dit improprement des excroissances de chair solide et sèche qui s'engendrent sur les bords d'un ulcère et ressemblent à des cals.
TERMINAISONS TÉ et ION.
Connexité, connexion. Variété, variation. Perversité j perversion. Autorité, autorisation. Maturité, maturation. Continuité, continuation. Perpétuité, 'perpétuation. Humilité, humiliation. Gravité, gravitation.
La désinence té désigne un^ propriété inhérente aux choses, et la désinence ionune action; l'une est qualificative et tient plus de l'adjectif, l'autre est active et tient plus du verbe. Quand elles terminent deux mots synonymes à radical commun , celui qui est en ion marque , ou bien la réalisation , la présence effective et actuelle de la qualité exprimée par l'autre , ou bien un acheminement, un progrès vers cette qualité, ou du moins , dans tous les cas , l'action d'un verbe correspondant.
CONNEXITÉ, CONNEXION. Ces mots expriment le rapport, la liaison, la dépendance, qui se trouvent entre certaines choses.
Roubaud les a parfaitement distingués. « La connexité, dit-il, ne dénote qu'un simple rapport qui est dans les choses , et dans la nature même des choses : la connexion énonce une liaison effective qui est établie entre les choses , et fondée sur ce rapport. Par la connexité, les choses sont faites pour être ensemble: parla connexion, elles le sont. La connexité est , pour ainsi dire , en puissance : la connexion est de fait. Deux idées ont de la connexité; leur connexion forme un jugement. Par le raisonnement vous établissez la connexion entre des propositions qui n'avaient qu'une connexité. La connexité de l'astronomie avec la navigation est démontrée par la connexion établie , par exemple , entre la connaissance des satellites de Jupiter et la détermination des longitudes. Deux affaires qui ont de la connexité sont , leur connexion, jointes, examinées, discutées, jugées ensemble. Malgré la connexité du savoir et de la capacité d'enseigner, leur connexion est assez rare. »
La connexité est en soi., en idée , de droit , essentielle. « Il y a une grande connexité entre la morale et la jurisprudence. » Acad. «Les péripatéticiens désavouent la connexité et couture indissoluble des vices entre eux. » Montaign. «La force de la pensée enthymématique consiste dans la connexité de la sentence avec sa raison.» Marm. Mais la connexion est effective ou de fait; elle a été mise entre les choses. « Dis-moi quelle connexion secrète la nature a mise entre une idée et
une selle? » Volt. « Dieu a ordonné , pour la connexion de toutes les choses , que les plus grandes fussent soutenues par les plus petites. » Boss. « Los Pères de l'Eglise avancent sur cette matière des propositions d'une connexion admirable entre elles. » Bourd.
VARIÉTÉ, VARIATION. Ces deux mots donnent l'idée d'une certaine diversité.
Mais la variété signifie la diversité inhérente aux choses variées; et la variation la diversité qui arrive aux choses qui varient. L'une est dans les êtres , suivant le langage de Y Encyclopédie , l'autre dans les actions. Et l'on peut ajouter, en empruntant les exemples de Girard : ce II n'y a point d'espèces dans la nature où Ton ne remarque beaucoup de variétés; et il n'y a point de gouvernement où il n'y ait eu des variations. »
La variété des usages indique plusieurs et différents usages; la variation des usages indique plusieurs et différents états par lesquels passent les usages qui changent. L'un est relatif à l'être, l'autre au devenir ou au phénomène. Dans un livre plein de variété il n'y a pas d'uniformité; une mode sujette à variation change , est inconstante.
PERVERSITÉ, PERVERSION. Une idée de corruption est commune à ces deux mots.
Mais , « la perversion , dit Condillac , est le changement qui se fait dans les mœurs, lorsqu'elles se corrompent , et la perversité est l'état de corruption. » L'une est un acheminement , un progrès vers la qualité exprimée par l'autre ; l'une indique ce qui se fait , un changement , l'autre ce qui est , une qualité ou un état. La soif des richesses cause la perversion des mœurs. Cet homme ne peut détruire la perversité de son naturel.
AUTORITÉ, AUTORISATION. Pouvoir d'agir.
L'autorisation est une part d'autorité concédée , révocable , une simple permission. Au lieu que
Y autorité a la permanence et la plénitude d'une qualité inhérente au sujet, Y autorisation n'est qu'accidentelle au sujet et survenue en lui en vertu d'une action , ne lui convient que par communication et en passant. Tant que les enfants , placés par la nature et par les lois sous
Y autorité paternelle , ne sont point émancipés , ils ne sauraient faire d'actes authentiques sans autorisation.
MATURITÉ, MATURATION. L'idée de fruits mûrs est commune à ces deux mots.
Mais ils diffèrent absolument de la même manière que les précédents. L'un se dit en parlant de fruits qui sont mûrs , et l'autre en parlant de fruits qui mûrissent, ce La maturité , dit l'Académie , esx l'état où sont les fruits quand ils sont mûrs , et la maturation est le progrès successif des fruits vers la maturité.»
CONTINUITÉ, CONTINUATION. Ils marquent également une absence d'interruption.
Mais la continuité a, lieu entre les choses qui sont continues , et la continuation entre les choses qu'on continue. L'une , suivant l'observation de Girard et de Condillac, se dit des choses qui se touchent et a plus de rapport à l'étendue , l'autre se dit des actions qu'on continue à faire et se
SYNONYMES QUI ONT LE MÊME RADICAL
rapporte davantage à la durée : continuité des parties, solution de continuité ; continuation d'une action , d'une même conduite.
Toutefois . les deux mots s'emploient quelquefois également pour signifier une absence d'interruption entre les choses qui durent. On dit pareillement, continuité et continuation d'un travail, d'un bruit. Mais, dans un cas, le travail et le bruit sont considérés comme des tous ou des continus ayant des parties juxtaposées sans intervalles ; et , dans l'autre , ils le sont comme des actions qu'on continue à faire. La continuité du bruit n'est relatif qu'au bruit et à sa qualité de ne pas cesser ; la continuation du bruit se rapporte à un agent et à son action. La continuité de ce bruit m'importune ; la continuation de ce bruit annonce de la malignité.
En général , continuité se dit des choses qui continuent, des états, de ce qu'on éprouve, a Cette convention , loin de détruire l'état de guerre , en suppose la continuité. » J. I. « La mémoire nous fait sentir la continuité de nos maux. » Id. « La continuité du même sentiment nous cause du dégoût. » Boçjrd. ce Le plaisir nous devient insipide et fatigant par une trop longue continuité. » Id. ce Le plaisir s'émousse par la continuité même.» D'Al. — Mais continuation se rapporte aux choses qu'on continue , aux actions , à ce qu'on fait, ce S'endurcir dans le crime par la continuation de ses rechutes. » Bourd. ce Se laisser mourir de tristesse est une continuation de crimes que rien ne peut excuser. » Laf. ce Surprise et offensée de l'insolence de ce discours , elle n'en put souffrir la continuation. » Les. ce Vous pouvez compter sur la continuation de mon amitié. » SÉv. ce La vie chrétienne doit être une imitation et une continuation de la vie de Jésus-Christ. » Nie.
Même différence entre discontinuité (d'Al.) et discontinuation.
PERPÉTUITÉ, PERPÉTUATION. Durée sans interruption.
Il y a dans le second une idée d'action qui n'est pas dans le premier. Le premier se dit des choses qui durent ou se conservent telles qu'elles ont commencé , et le second des choses qui durent ou se conservent parce qu'on les renouvelle ou qu'elles se renouvellent toujours. C'est la distinction établie par Condillac. La perpétuité est la qualité des choses qui sont perpétuelles, et-la perpétuation est l'état des choses qu'on rend ou qui se rendent perpétuelles par le renouvellement. La perpétuation des espèces.
HUMILITÉ, HUMILIATION. Une idée d'abaissement fonde la synonymie de ces deux mots.
Mais l'un marque la qualité , la vertu qui fait qu'on s'abaisse , et l'autre l'action de s'abaisser ou l'état de celui qui est abaissé ; en sorte que l'humiliation est un acte d'humilité, ou un affront qu'on reçoit, ce II y avait dans notre saint un fonds admirable d'humilité. » Mass. ce Les pratiques extérieures d'humiliation ne sont que comme le corps de la pénitence. » In. — ce Saint Bernard dit que le chemin kV humilité c'est V humiliation. » Boss.
Humilité est beaucoup plus près de l'adjectif :
il exprime la qualité d'être humble ; humiliation se rapproche davantage du verbe : c'est l'action de s'humilier , ou l'état de celui qui est humilié , mortifié.
GRAVITÉ, GRAVITATION. Ils se disent tous deux des corps considérés comme pesants , comme entraînés dans une certaine direction.
La gravité est dans les corps une propriété ; la gravitation se manifeste dans les corps comme une tendance et une sorte d'aspiration. Par la gravité , les corps sont graves ; par la gravitation ils gravitent. On mesure la gravité, la gravité augmente ou diminue ; on prouve la gravitation.
La gravité ne s'attribue guère qu'aux corps qui à la surface de la terre ont la propriété de descendre ou d'être entraînés vers son centre ; la gravitation est plutôt une tendance manifestée par tous les corps de l'univers , tendance en vertu de laquelle ils s'attirent les uns les autres.
TERMINAISONS TÉ et URE.
Rancidité , rancissure.
ce Té marque la qualité ; ure marque l'effet. »
ce RANCIDITÉ , RANCISSURE. Ces termes désignent la corruption des graisses et des huiles qui ont contracté un goût fort et acre , une odeur puante ou désagréable, et ordinairement une couleur jaune , soit en vieillissant , soit par la chaleur. Le lard, la viande salée, les confitures même , deviennent rances. »
ce La rancidité est la qualité du corps rance; la rancissure est l'effet éprouvé par le corps ranci. La rancidité gît dans les principes qui vicient le corps : la rancissure est dans les parties qui sont viciées. Il faudrait combattre la rancidité comme on combat la putridité , cause du mal : il faut ôter la rancissure , s'il est possible , comme on ôte la pourriture , produit du mal. » Roub.
La même distinction s'applique à saleté et à salissure.
TERMINAISONS TÉ et AGE.
Parenté , parentage.
PARENTÉ, PARENTAGE. Consanguinité, liaison par le sang , rapport qui existe entre personnes de la même famille.
Parentage tombe en désuétude et ne peut guère aujourd'hui figurer que dans le style familier, de même, que cousinage. Quoique parenté ne dérive pas du latin quant à sa désinence, car parentas n'a jamais existé , il est formé néanmoins à l'imitation des noms latins , et c'est à sa terminaison qu'il doit sa supériorité de noblesse sur parentage , dont la terminaison toute française ne convient pas aux substantifs de haut style.
En outre , la terminaison de parentage en fait spécialement un nom collectif du même genre que voisinage et entourage , par exemple ; ce mot serait donc plus propre que parenté à exprimer tous les parents' ensemble, ce Le parentage était assemblé à la cérémonie de ses noces. » Trév. Il fut conclu par votre parentage , Qu'on vous ferait au couvent épouser. Laf. Si nommer en son parentage Une longue suite d'aïeux, etc. Mal