‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 308 sur 881 · TERMINAISON AL · texte numérisé non relu

TERMINAISON AL

Ami, amical. Brute, brutal (subst.); brut, brutal (adj.).

Cette désinence correspond exactement à la désinence latine alis , et dans les deux langues elle a pour l'ordinaire une base nominale. Regalis , royal; orientalis , oriental; muralis , mural; moralis, moral; lateralis, latéral ; municipalis , municipal; sepulcralis , sépulcral; legalis , légal; generalis, général. Les adjectifs, ainsi terminés, expriment que l'idée de leur radical convient à la chose, au nom de laquelle ils se joignent. Oriental, dans pays oriental, marque qu'il y a rapport , relation , convenance , entre l'idée de Y Orient et celle du pays en question. Mais en quoi consiste précisément ce rapport ?

Beaucoup d'adjectifs de cette désinence signifient un rapport de position dans l'espace , et c'est là sans doute ce qu'elle est primitivement destinée à marquer. Tels sont , local , central , départemental , latéral , longitudinal , marginal , vertical , horizontal, diamétral, oriental, septentrional, trilatéral, cardinal, orthogonal, rhomboïdal. diagonal, mural, transversal, terminal. Pour indiquer les différentes parties du corps par le lieu qu'elles occupent, l'anatomie les désigne toujours à l'aide d'adjectifs en al : occipital , ombilical , rénal , spinal , dorsal , " temporal , tibial , vertébral, viscéral, intestinal, labial; os coronal, frontal, cubital, etc. — Ensuite , l'analogie qui existe entre l'espace et le temps a conduit à exprimer aussi par la terminaison al une relation de durée. Exemples : annal , décennal , quinquennal, septennal, triennal, vicennal, quadragésimal, diurnal, matinal, immémorial, hivernal, vernal , estival , équinoxial , solstitial. Mais la désinence adjective el, simple variété de la désinence al, se trouve plus particulièrement encore chargée de marquer cette seconde relation, comme on le voit par éternel , menstruel , annuel , perpétuel, accidentel, éventuel, occasionnel, circonstanciel, actuel, continuel, ponctuel. Quelquefois les adjectifs en al sont également propres à déterminer , en même temps , ce qu'est la chose sous le rapport de l'espace et sous celui de la durée : tels* sont natal ( lieu et jour) , final , total. — Naturellement les adjectifs en al , d'abord représentatifs du rang et de la disposition dans l'espace

et la durée, doivent devenir représentatifs du rang abstrait , de l'ordre social , de la dignité. C'est ce qu'attestent de nombreux exemples : Impérial seigneurial, épiscopal, presbytéral, sacerdotal' royal, municipal, syndical, ducal, électoral'' doctoral, rectoral, magistral, féodal, vassal décemviral, papal, patriarcal, pastoral, pontifical , capital , principal.

Ces adjectifs ne font point connaître ce qu'est la chose en elle-même, dans sa composition, mais seulement avec quel lieu , avec quel temps , avec quel rang ou dignité elle a du rapport; ils sont significatifs de qualifications extrinsèques. Quelquefois même, et l'analogie mène aisément de l'un à l'autre, ils déterminent avec quelle forme ou avec la forme de quel objet cette même chose a du rapport, convient. Tels sont, monumental , colossal , pyramidal. Et , ce qui est vrai dans le sens concret l'est bien davantage encore dans le sens abstrait, c'est-à-dire que beaucoup d'adjectifs en al servent à caractériser des formes , des expressions , des façons de parler, comme adverbial , proverbial, trivial, grammatical, littéral, ou bien indiquent avec quelle chose le sujet a du rapport quant à sa forme , à son extérieur , comme brutal, glacial, sentimental , théâtral , légal, sépulcral , infernal , bestial , arbitral , testimonial , paradoxal. De sorte que ces adjectifs ou se disent de choses qui ne peuvent être considérées que quant à la forme , ou s'appliquent à des choses en tant qu'on en considère la forme.

Une autre idée , mais toujours extrinsèque , attachée aux adjectifs en al, est celle de fin; c'està-dire que plusieurs se joignent au nom des choses pour exprimer leur destination. Exemples : baptismal , causal , lustral , thermal , triomphal , lacrymal; idée qui domine aussi dans les substantifs analogues, arsenal, bocal, canal, fanal, piédestal.

Ainsi , en résumé , tel est le sens de la terminaison al : elle indique un rapport, une convenance entre l'idée du sujet et celle qui est représentée par le radical de l'adjectif. C'est une terminaison de qualificatifs extrinsèques et formels qui déterminent la chose en faisant connaître sa position dans l'espace ou dans le temps , ou bien à quelle autre chose elle convient quant à sa forme ou à sa fin, c'est-à-dire , en un mot, une relation éloignée qui ne concerne que le dehors et non l'essence , le fond de la chose.

Mais , avant de mettre les adjectifs finissant par al en comparaison avec leurs synonymes à terminaisons déjà examinées précédemment , il faut les rapprocher de leurs synonymes sans terminaison significative, lesquels peuvent en même temps être considérés comme leurs bases.

AMI , AMICAL. Ami se prend quelquefois adjectivement dans le sens d'amical : langage ami, visage ami.

Mais il a un sens plein , absolu , auquel ne peut atteindre amical. Celui-ci , en vertu de sa terminaison, signifie qui a du rapport, qui convient avec ce qui est ami. Parler un langage ami , c'est parler en ami; parler un langage amical, c'est parler avec quelque chose d'ami, approchant comme le ferait un ami ; sans compter qu' amical

s'arrête plus à l'expression , à la forme. Dieu nous distribue les biens et les châtiments d'une main amie (Boss. , Mass.) ; regarder quelqu'un d'un air amical (J. J.), parler à quelqu'un d'un ton amical (Beaum.), avec une liberté amicale (Marm.).

De même en latin , parilis , pareil , à peu près égal , est un diminutif de par , égal ; il signifie un peu plus que similis, semblable. C'est aussi la différence qui existe entre regins , adjectif dont la désinence n'a pas de valeur propre , et regalis : animvs regius veut dire le courage ou les sentiments d'un roi; animus regalis, des sentiments •de roi ou dignes d'un roi. On distinguera de la même façon gracilus, malade, et gracilis , maladif. Amiens fidus est un ami sûr; amicus fldelis , un ami qui est comme sûr, en raison de ses bonnes qualités , de sa constance , chose d'où dépend cette sûreté relative.

BRUTE, BRUTAL. Il y a quelque synonymie entre ces deux mots quand ils s'emploient substantivement , pour qualifier une personne trèsdéfavorablement , et de manière à la ranger plutôt parmi les êtres privés de raison que parmi les hommes : c'est une brute ; c'est un brutal.

Brute reproduit pleinement le sens primitif du mot; brutal l'affaiblit; le brutal est celui qui participe de la brute , dont un des attributs est une manière d'être de brute.

Mais j en outre , brute , n'ayant pas de terminaison significative, est absolu, et brutal est relatif, par la raison contraire : c'est pour soi qu'on est brute . c'est-à-dire sans raison , sans esprit , ou sans modération dans la satisfaction de ses appétits; c'est envers les autres qu'on est brutal, c'est-à-dire grossier, rude et violent; d'autant plus que la terminaison de brutal lui donne un rapport particulier à la forme , aux manières , aux procédés. — Pareillement en latin , scquus est opposé à xarius , qui change, et signifie égal à soi-même; xqualis est opposé à diversus , qui diffère . et signifie égal à un autre.

« Le jeune Caton, durant son enfance, semblait un imbécile.... S'il ne fût point entré dans l'antichambre de Sylla , peut-être eût-il passé pour une brute jusqu'à l'âge de raison. iJJ. Voltaire •dit en parlant de la théologie : « Nous avons été plus loin que les Grecs et les Romains dans plusieurs arts ; et nous sommes des brutes en cette partie. » — « Ce sont des brutaux (les Parisiens) , ennemis de la gentillesse et du mérite des autres villes. » Mol. Le même écrivain dit de certains maris que ce sont

De ces brutaux fieffés qui , sans raison ni suite ,

De leurs femmes en tout contrôlent la conduite.

Même différence entre les adjectifs brut et brutal : ce qui est brut n'est nullement dégrossi , est tout à fait brutal, mais d'une brutalité absolue, dont les autres n'ont pas à souffrir: ce qui est brutal a quelque chose de brut, des manières d'agir qui sentent la brutalité, a Toutes les habitudes du buffle sont grossières et brutes. x> Buff. a Le monde pensant s'améliore un peu, mais le monde brut sera longtemps un composé d'ours et de singes. » Volt. « L'idée de vie immortelle se trouve dans toutes les nations qui ne sont pas

tout à fait brutes. » Boss. « Le peuple est livré en naissant à un naturel brut et inculte. » Mass. — « Les soldats de la garde de Pilate traitèrent Jésus d'une manière également brutale et impie : brutale , sans aucun sentiment d'humanité. » Bourd. « Vauban avait un extérieur rustre et grossier, pour ne pas dire brutal et féroce. » S. S. « La crapule endurcit le cœur, rend ceux qui s'y livrent impudents, grossiers, brutaux, cruels.» J. J.

TERMINAISONS AL et IF.

Causal j causatif,

CAUSAL, CAUSATIF. Termes de grammaire, applicables aux mots et aux conjonctions qu'on emploie pour arriver à rendre raison de ce qui a été dit : car, parce que, sont des conjonctions causales ou causatives.

Causal, relatif à la cause, ayant rapport à la cause; causatif, qui a la faculté de marquer la cause. Il y a dans la première désignation plus de mollesse et de vague ; que d'autres choses peuvent aussi se rapporter à la cause et de combien de manières ! La seconde annonce précisément un terme de grammaire , un terme technique , et détermine dans quel rapport est la conjonction à l'égard de la cause qu'elle a la vertu d'exprimer. En logique on distingue des propositions causales (Marm.), et non pas causatives .-j'existe, puisque je pense.

TERMINAISONS AL et EUX.

Matinal, matineux.

MATINAL, MATINEUX. Ils qualifient quelqu'un par rapport à l'heure de son lever.

Mais la qualité est exprimée par matineux avec plénitude ; c'est-à-dire comme habituelle ; car c'est là le sens que donne au radical commun la terminaison complétive eux.

Je ne vois nulle part ma belle matineuse;

Quel caprice aujourd'hui la rend si paresseuse?

Dest.

L'âne d'un jardinier se plaignait au Destin

De ce qu'on le faisait lever devant l'aurore.

Les coqs, lui disait-il, ont beau chanter matin, Je suis plus matineux encore. Laf.

De son côté , matinal marque avec le matin un simple rapport , et un rapport passager , accidentel ; en sorte que ce mot se dit de quelqu'un qui s'est levé matin, à qui il est arrivé un jour de se lever matin.ee Mon réveil fut ce jour-là aussi matinal que celui de l'aurore. » Marm. « J'étais depuis six jours dans cet état violent, lorsqu'une bonne femme , aussi matinale , mais moins belle que l'aurore , me fit éveiller pour me dire de la suivre. » Les.

La langue latine offre des exemples d'oppositions semblables. Exitialis , funeste, qui pourrait bien mener la chose à sa ruine ; exitiosus , plein de danger, amenant sûrement la ruine. Nivalis, de neige; nivalis dies , jour où il neige; nivosus, abondant en neige; nivosa Scythia,nivosa hiems. Nemoralis, de forêt; antrum nemorale, antre placé dans une forêt . nemorosus , couvert de forêts , nemorosi montes , montagnes dont des fo-

SYNONYMES QUI ONT LE MÊME RADICAL

rets couronnent le faîte. Furialis , qui ressemble aux furies ; furiosus , qui est possédé par les furies.

TERMINAISON IQVE.

Droit canon, droit canonique. Colère, colérique. Un, unique.

Cette terminaison dérive du grec ixoç et du latin icus. 'Hpoïxo?, heroicus , héroïque; izokixuéQiPoliticus, politique; î<rcopnio£, historicus, historique; çuaixoç, physicus , physique; yikoco- Atxoç, philosophicus , philosophique; iconiTixéç;, poeticus, poétique. Il ne faudrait pas conclure de ces exemples que tous les adjectifs grecs en txoç se retrouvent en latin et s'y retrouvent avec la désinence icus , et que tous les adjectifs latins en icus aient en grec des correspondants et des correspondants terminés par ixo;. Sous ce rapport . les deux langues sont indépendantes l'une de l'autre , malgré leur parenté évidente : on chercherait aussi vainement en latin des formes équivalentes à c-wjjiaTixo;, ^yXlxo*> àvaXvmxo:, rjysjxovtz6ç,.àvSpiy.6;, tbôtxo;, qu'en grec des formes équivalentes à civicus , publicus , modicus , lubricus , antiquus. En français, la désinence ique répond tantôt au grec txoç , tantôt au latin icus . tantôt à tous les deux en même temps; le plus souvent même l'adjectif qui finit par ique, bien que formé sur une base grecque , est d'invention française et non calqué sur un adjectif ancien. Quoi qu'il en soit, et sans prétendre assigner au grec ixoç et au latin tous une signification toujours aussi restreinte et aussi précise , nous pensons qu'en français la terminaison adjective ique se distingue par les caractères suivants.

Elle a d'abord avec la terminaison al une ressemblance incontestable. Elle marque comme elle un rapport entre la chose dont on parle et celle qui est signifiée par le radical de l'adjectif. Une action héroïque est une action de héros , qui convient à un héros , qui a rapport au héros , considéré comme un type; un traité philosophique se rapporte ou a trait à la philosophie ; mélancolique, qui a un rapport avec la mélancolie, qui y est enclin. Le tout est de déterminer précisément la nature de ce rapport , car par là se trouvera déterminée la valeur toute spéciale de la terminaison ique , et par conséquent préparée sa distinction d'avec les autres terminaisons plus ou moins équivalentes.

Si al est relatif à la forme, ique l'est à la matière. Celui-ci regarde ce qui entre dans la composition, les éléments. De là vient que les noms d'un très-grand nombre de sciences finissent en ique , comme physique , arithmétique, logique, acoustique, rhétorique, éthique, c'est-à-dire sciences qui ont pour objet, qui travaillent sur la nature, çuffiç, sur le nombre, àpt%oç, le raisonnement, ).6yoç, etc. De sorte que l'adjectif fait connaître la nature du contenu de ces sciences. Mais ce n'est encore là qu'une indication.

En général, l'adjectif en ique caractérise ce ou celui qui participe et en tant qu'il participe aux qualités intrinsèques, essentielles, génériques,

de ce ou de celui qui est marqué par son radical. Un homme apathique , caustique , cynique , despotique, énergique, impudique, mystique, est, non pas dans un rapport de juxtaposition, de forme ou de fin, mais dans un rapport de participation à l'égard de Y apathie , de la causticité , du cynisme , du despotisme , de Y énergie , de Yimpudicité , de la mysticité. Une chose comique, angélique, authentique, chimérique, classique, didactique , historique , inique , scientifique , est à l'égard du type représenté par le radical de ces adjectifs comme l'espèce relativement au genre, elle en reproduit les caractères essentiels : dans une chose comique , vous retrouvez les traits constitutifs du comique , dans une figure angélique , ce qui compose l'idéal d'un ange sous le rapport de la figure, dans authentique, les caractères de l'authenticité, et ainsi des autres. Une question ou une science philosophique se rapporte à la philosophie quant à ses caractères essentiels; on la reconnaît à ses traits principaux pour être du domaine de la philosophie. Ce n'est plus une ressemblance de forme , un rapport de juxtaposition ou de fin , mais une identité de nature , d'essence. De même héroïque, athlétique , pin darîque, homérique, anacréontique , marquent une conformité essentielle à un type qui est le héros , l'athlète , ou à un, genre fondé par Pindare , Homère , Anacréon.

Voilà pourquoi l'adjectif en ique , en cela différent de l'adjectif en al, est d'ordinaire formé d'un substantif féminin abstrait, marquant un genre -.poétique, de poésie; analogique, d'analogie; énergique, d'énergie; magique, de magie; allégorique , d'allégorie ; et ainsi d'une foule d'autres. Voilà pourquoi avec beaucoup d'entre eux on peut et on doit sous- entendre le mot genre : comique, dramatique , cynique, didactique, satirique, académique, aphoristique , alcaïque.

En un mot , al désigne un rapport éloigné , extrinsèque , formel , résultant de la considération extérieure de la chose. Ique désigne un rapport prochain , intrinsèque , matériel ou essentiel , faisant connaître de quelle nature est la chose, à quel genre elle appartient , à quel type elle est conforme, ou ce qui entre dans sa composition, son objet. Les adjectifs en al ont d'ordinaire pour base un nom de lieu , de temps , d'homme en dignité , d'objet ayant une certaine forme; les adjectifs en ique dérivent d'un substantif féminin abstrait en ie , ou d'un nom d'homme considéré comme créateur d'un type ou d'un genre. Les uns expriment conformité pour le lieu , le temps , la forme , la fin , ou l'extérieur , de quelque façon que ce soit; les autres, conformité pour la nature , l'essence , l'ensemble des propriétés intrinsèques.

Le sens propre de la terminaison ique mis en lumière , il faut commencer par distinguer les adjectifs qui la possèdent d'avec ceux de leurs synonymes qui leur ressemblent tout à fait sous le rapport grammatical, si ce n'est qu'ils ne la possèdent pas. Quelle différence y a-t-il donc, par exemple , entre colère et colérique, droit canon et droit canonique; entre un et unique, quand

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