PREMIÈRE PARTIE
al et il, c'est-à-dire identiques. Elles ont et même origine et même valeur. Les adjectifs en aque servent donc à qualifier la chose dont on parle , en tant qu'elle a un rapport essentiel avec l'idée signifiée par ieur radical : élégiaque , qui est du genre de l'élégie; maniaque , qui a de la manie, possédé de quelque manie -, syriaque , qui est d'un genre originaire de Syrie , langue syriaque.
HYPOCONDRE , HYPOCONDRIAQUE. Atteint d'hypocondrie , sorte de maladie qui rend bizarre et morose.
L'hypocondriaque est comme hypocondre , a du rapport , ressemble à Yhijpocondre , on le dirait hypocondre. Celui-ci possède pleinement la qualité à laquelle celui-là ne fait que participer dans une certaine mesure. Hypocondre désigne nettement et sans détour celui qui est malade d'hypocondrie. « Un hypocondre disait des vapeurs un mot profondément douloureux : que c'est un état d'autant plus cruel, qu'il fait voir les choses comme elles sont. » D'Al. Hypocondriaque n'a pas la même force ; il se dit d'abord des choses relatives à cette maladie , affection hypocondriaque (Acad.), mélancolie hypocondriaque (Mol.), les vapeurs hypocondriaques (Volt.), et ensuite des personnes qui y ont simplement rapport , qui y sont disposées , ou bien qui en tiennent ou s'en sentent quelque peu , ou qui semblent en être atteintes, a Un hypocondriaque de sa santé. » S. S.
TERMINAISONS FIQUE et FÈRE.
Sudorifique, sudorifère. Prolifique , prolifère.
Fique se rapporte comme aque à la terminaison ique. Mais ce n'est pas une désinence simple , non plus que le latin ficus , d'où cette désinence dérive : elle comprend outre et avant ique le mot facere , faire , et signifie que l'objet qualifié fait ou produit ce qui est exprimé par le radical de l'adjectif: béatifique, qui rend heureux; frigorifique, qui cause le froid; sudorifique , qui provoque la sueur; morbifique , qui engendre la maladie; maléfique, qui produit le mal, qui a une influence maligne.
Fère, en latin fer, de ferre, porter, signifie que l'objet qualifié porte, apporte ou cause ce que le radical de l'adjectif indique. Lanifère, lanam ferre , porte-laine ; somnifère , latin somnifer , somnum ferre , porter ou apporter le sommeil, c'est ce qui procure le sommeil, et ainsi des autres , léthifère (lethum , mort) , mortifère , pestiféré , etc.
Un adjectif, susceptible de prendre ces deux terminaisons, a le même sens à peu près avec l'une et avec l'autre : il présente dans les deux cas l'objet , au nom duquel il se joint , comme possédant la qualité de produire la chose exprimée par le radical de l'adjectif. On peut donc considérer comme synonymes sudorifique et sudorifère , prolifique et prolifère.
SUDORIFIQUE, SUDORIFÈRE. Capable de causer la sueur , sudor.
PROLIFIQUE , PROLIFÈRE. Capable d'enfanter; proies , race , enfants.
La différence s'aperçoit aisément. La désinence fère montre la propriété d'une manière plus ex-
dé-
térieure , plus objective dans ses effets ; et la désinence fique la désigne dans l'objet auquel elle est inhérente, subjectivement, comme constituant son caractère essentiel; et c'est pourquoi on se sert, par exemple, de prolifère en botanique et de prolifique en médecine. C'est la différence qui existe en latin entre horrifer et horrificus; horrifer est pittoresque , il fait voir le sujet répandant çà et là l'horreur et l'épouvante.
De plus , la terminaison fère , sans doute parce qu'elle se prononce exactement comme la terminaison latine d'où elle dérive , n'a point été popularisée dans notre langue. Elle se trouve seulement à la fin de quelques termes scientifiques , usités en botanique le plus souvent , et quelquefois en médecine. En conséquence , on ne peut guère se permettre dans le discours commun l'usage de sudorifère; il aurait l'air étrange et prétentieux.
TERMINAISONS FIQUE , FÈRE , IF et EUX.
Soporifique, soporifère, soporaiif, soporeux.
SOPORIFIQUE , SOPORIFÈRE , SOPORATIF , SOPOREUX. Qui a la propriété d'endormir ou d'assoupir; racine , sop or , sommeil.
Soporifère est purement scientifique et à peu près inusité dans le langage commun. Soporeux marque la plénitude , l'excès et le danger de l'effet produit par l'objet qualifié : ce qui est soporeux cause un assoupissement lourd , pénible , et qui peut avoir une terminaison fâcheuse. Restent soporifique et soporatif comme mots usuels signifiant simplement qui endort : l'opium est soporifique ou soporatif : c'est un soporifique ou un soporatif.
Soporifique , à base nominale , désigne surtout le genre d'état produit , et soporatif, à base verbale , soporare , la puissance de le produire. Le médecin voulait qu'on l'empêchât de dormir; mais la potion qu'on lui avait donnée était justement soporifique; il faudra pour endormir ce malade une potion ivès-soporative. Ce qui est soporifique cause tel effet , il endort, a Erdaviraph , ayant bu trois verres d'un vin soporifique , eut une extase. » Volt. «. Les voilà saisis d'une affection soporifique et léthargique. » Id. Ce qui est soporatif a la vertu , la capacité de causer cet effet , d'endormir, a Plus , dudit jour , un julep hépatique , soporatif, somnifère , composé pour faire dormir monsieur. » Mol. « Thomas Diafoirus répond que l'opium fait dormir, parce qu'il y a dans l'opium une faculté soporative qui fait dormir. » Volt. « Vous avez eu raison de dormir : le diable qui vous affligeait était un diable Xvks-soporatif. » Id. « Le poëme sur la Grâce est un poème didactique et un peu soporatif. » Id. — Un soporifique ne doit pas être confondu avec un autre spécifique quelconque ; il y a des soporatifs qui agissent plus énergiquement que d'autres.
TERMINAISONS FIQUE et ANT.
Vivifique , vivifiant.
VIVIFIQUE , VIVIFIANT. Qui vivifie ou est pre à vivifier.
Vivifique est pédantesque et à peu près hors d'usage , parce qu'il a été calqué sur le latin vivifiais , à la différence de vivifiant , participe présent du verbe , à forme française , vivifier. — D'ailleurs vivifique représente la qualité comme inhérente à l'objet , indépendamment de l'action et antérieurement à l'action-, vivifiant qualifie l'objet en raison de l'action et de son effet sur ce qui la subit.
TERMINAISONS FI QUE et ABLE.
Honorifique , honorable,
HONORIFIQUE , HONORABLE. Qui fait qu'on est honoré : titre honorifique ou honorable.
Un titre honorifique attire des honneurs , des honneurs fixes , assurés , réglés : majesté , altesse , sainteté, éminence, excellence, grâce, révérence , etc. , sont des titres honorifiques; le Bas- Empire a multiplié outre mesure les titres honorifiques; César fit rendre ou accepta des décrets honorifiques (Lah.). Un titre honorable est propre à faire honorer; honorable est une qualification, non pas effective , comme honorifique , mais facultative ou de droit. Ce qui est honorifique est honoré ou fait honorer, ce qui est honorable est à honorer.
TERMINAISON FÉRÂNT.
Terminaison qui vient , comme la terminaison fère , du verbe latin ferre , porter , jeter , répandre. Elle correspond aussi à la désinence fer des adjectifs latins; mais, parce qu'elle en change le son , le seul mot où elle se trouve , savoir odoriférant , latin odorifer , n'est point relégué parmi les termes scientifiques, mais admis dans tous les genres de style.
TERMINAISONS FÉRANT et ANT.
Odoriférant , odorant.
ODORIFÉRANT, ODORANT. Qui a de l'odeur.
En latin odorifer et odorus.
Un objet odoriférant d'abord a de l'odeur en ce sens qu'ii contient et porte en soi ou sur soi une matière odorante quelconque : le musc et la civette ont une poche odoriférante remplie d'une liqueur ou d'une humeur odorante (Buff.). Les animaux porteurs d'une telle matière sont dits eux-mêmes odoriférants , et cette épithète se donne aussi à l'homme qui a toujours sur soi des senteurs : « Notre odoriférant marquis. » Volt. — Odoriférant qualifie ensuite des choses en mouvement qui vont portant de l'odeur avec elles et la répandant çà et là. «c Sophronyme brûla des parfums, et il s'éleva un nuage odoriférant au milieu des airs. » Fén. ce Cette fumée odoriférante que nous voyons s'élever d'une composition de parfums. » Boss. — Enfin odoriférant signifie qui exhale de l'odeur sans sortir de place, suivant une troisième acception du verbe latin ferre , et c'est alors seulement qu'il y a synonymie entre odoriférant et odorant : bois odoriférant ou odorant; plante odoriférante ou odorante.
La chose odorante est telle que si vous la por-
tez à votre odorat , elle vous causera la sensation d'odeur : il y a des fleurs odorantes (J. J.), comme il y en a d'inodores. La chose odoriférante n'a pas besoin que vous alliez au-devant ou que vous l'approchiez de vous : elle se fait bien sentir d'elle-même , elle vous envoie , elle vous lance de l'odeur. « Il y a des corps odoriférants qui , sans diminuer sensiblement de leur poids, envoient très-loin des corpuscules. » Volt. Odorant est un terme didactique , analytique , de naturaliste , simplement désignatif , qui attribue à une chose la propriété de sentir bon ou mauvais : particules odorantes (Boff.); le pollen est une poussière jaune très-odorante (J. J.). Odoriférant est un mot expressif, descriptif, pittoresque, synthétique , qui fait image et représente une sorte d'irradiation. Un bois (Sév.) et un bocage (Fén.) odoriférants répandent de tous les côtés comme des flots d'odeur. On dit bien aussi un bois odorant , mais en entendant par le mot bois , non pas une collection d'arbres ou un bosquet envoyant au loin l'odeur des fleurs dans les airs , mais la substance d'un arbre particulier auquel on trouve de l'odeur en le flairant : le cèdre est un bois odorant. Ce qui est odorant n'est pas inodore ; ce qui est odoriférant embaume , d'où il suit qu'en général la chose odoriférante a plus d'odeur que la chose odorante : a Le nard odoriférant. » Marm.