‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 343 sur 881 · TERMINAISON AUD · texte numérisé non relu

TERMINAISON AUD

Lourd, lourdaud.

Terminaison presque de tout point semblable à

SYNONYMES QUI ONT LE MÊME RADICAL

la terminaison ard. Elle est nationale; elle n'a point été empruntée ni imitée des langues anciennes. On la trouve à la fin de plusieurs noms propres, tels que Arnaud, Renaud, Bertaud, Thibaud, et les substantifs féminins abstraits qui en dérivent sont en erie : badaud, badauderie; nigaud, nigauderie; trigaud, trigauderie; ribaud, ribauderie; et, de même, clabauderie, ravauderie et minauderie supposent des primitifs en aud. Totalement dépourvue de noblesse , elle ne convient qu'au discours familier, parfois même au langage du peuple. — Sa valeur propre dépend de son origine. Elle sert à faire connaître les personnes sous un rapport petit , bas , méprisable, à leur attribuer des qualités de campagnard, de gens grossiers et mal élevés. Aux exemples déjà donnés on peut joindre : pitaud, maraud, moricaud, grimaud, salaud, saligaud. — Comme toutes les terminaisons despectives , et en particulier ard et dire , elle est en même temps, et peut-être primitivement, diminutive. Sourdaud , latin surdaster , comme qui dirait sourdâtre , à demi sourd; noiraud, noirâtre; rougeaud , un peu et grossièrement rouge ; courtaud , petitement court , un petit court , un petit homme court et gros; minauderies, de petites mines.

LOURD , LOURDAUD. Qui manque de légèreté , de facilité , d'adresse et de grâce.

L'un est une qualification essentielle et se dit plutôt de l'esprit , l'autre une qualification extérieure et se rapporte moins au fond qu'à la forme, à l'air, au maintien. On est lourd par nature, lourdaud faute d'avoir été formé aux bonnes manières ou convenablement exercé, a Un gros lourdaud de valet. » Laf.

TERMINAISONS AUD et ET.

Finaud, finet.

FINAUD , FINET. Mots dont on se sert familièrement pour désigner un homme qui a de la finesse.

Finaud est une qualification plus commune et plus familière encore que finet ; finaud est le nom d'un chien de chasse dans Molière. Cette qualification convient à un homme qui semble tout rond , qui n'a pas l'air d'y toucher , qui trompe par une apparence d'ingénuité , de bonhomie , au moins les esprits ordinaires, et sait toujours, comme on dit, tirer son épingle du jeu. C'est une finesse un peu agreste , qui suppose un gros bon sens et de l'esprit naturel , plutôt que de l'art et du manège.

Finet est proprement un diminutif; il marque ou bien de la subtilité , de l'esprit d'insinuation , ou bien , comme le veut Trévoux , un commencement ou un peu de finesse , une finesse médiocre et contre laquelle on se met aisément en garde. « L'abbé Trublet voulait savoir comment cette impression s'était pu faire, et, dans son tour d'esprit finet et jésuitique, me demandait mon avis sur la réimpression de cette lettre , sans vouloir me dire le sien. » J. J.

TERMINAISON STRE.

En latin stris. Illustre , d'illustris ; champêtre , pour champestre, de campestris; équestre, d'equestris; terrestre, de terrestris; pédestre, de pedestris; silvestre , de silvestris ; sans compter les exemples latins qui manquent de correspondants en français , comme palustris , marécageux, de palus , marais. Cette désinence tire son origine du supin stratum du verbe sternere , placer , étendre : elle signifie placé , posé , fixé. Illustris , in luce stratus, ou in luce positus, comme dit fort bien Dœderlein , mis ou qui se tient dans la lumière ; campestris , campi ou in campis stratus , posé, fixé à la campagne; et ainsi des autres. Et comme sternere a le plus grand rapport avec stare, se tenir debout, la terminaison stre équivaut à ste, du supin statum. Ainsi agreste et champêtre, céleste et terrestre, de même que les adjectifs latins d'où ils dérivent , ne diffèrent absolument que par le radical.

TERMINAISONS SIRE , IQUE et AUD.

Rustre , rustique , rustaud.

RUSTRE , RUSTIQUE , RUSTAUD. Qui est sans grâce , qui déplaît par défaut de politesse , qui a toute la grossièreté des gens de la campagne; de rus,ruris, campagne. On dit également, avoir l'air rustre , rustique ou rustaud , la mine rustre , rustique ou rustaude.

Les différences se tirent de ce qu'il y a de spécial dans la composition et la terminaison de chacun de ces mots. Avec le radical commun ils contiennent, savoir, le premier, seulement la syllabe stre qui équivaut à ste , et les deux derniers d'abord la syllabe ste, ensuite, l'un, la désinence ique, l'autre la désinence aud.

De sorte que rustre , par rapport à ses synonymes , peut passer pour n'avoir pas de terminaison significative. Il doit donc marquer le défaut commun absolument , c'est-à-dire , d'une manière plus pleine, plus complète, d'une part, et, de l'autre, comme plus foncier, plus inhérent au caractère. D'ailleurs, bien que stre revienne kste, la rudesse de la lettre r de la première de ces deux syllabes doit produire dans rustre un effet étranger à rustique et à rustaud. En un mot , le rustre se distingue par sa rudesse , il est farouche et bourru; ensuite, il est tout à fait rustique, c'est-à-dire , pour le fond , pour l'humeur , ce qu'est le rustaud pour l'extérieur, « Est-ce l'intempérie du climat qui arma en un jour plus de cent mille rustres dans les environs de Paris après la bataille de Poitiers , qui les déchaîna dans la moitié de la France, et leur inspira cette rage appelée la jacquerie? » Yolt. « Chef de bandits et ensuite de corsaires , rustre et grossier dans ses mœurs et dans son langage, Sextus Pompée.... 55 Roll. « C'était un jeune bomme rustre et violent. 53 J. J.

Ah! que n'ai-je un mari d'une aussi bonne mine !

Au lieu de mon pelé, de mon rustre..,. Mol.

Rustique, d'où vient rusticité, est le terme générique ; il exprime simplement entre la personne qualifiée et les champs un rapport qui peut servir

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