‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 350 sur 881 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

trois heures en vingt-quatre. » Volt. Une épée, comme un bâton , ploie et ne plie pas , si ce n'est lorsqu'elle ploie jusqu'à la garde : « L'épée plia jusqu'à la garde. » Les. Une armée ne fait que ployer, tant qu'elle résiste et s'efforce de reprendre sa place ; sinon , elle plie ou s'enfonce , il ne lui reste que la retraite. — Une chose pliante plie aisément et beaucoup : tel est l'osier. Une chose ployante plie aisément, mais peu: le courlis et la bécasse ont un bec en forme de sonde grêle et ployante (Buff.); l'échasse a des jambes molles et ployantes (Id.). — De même, au figuré , plier se dit absolument : plions sous le joug de la foi (Boss.), c'est-à-dire ployons d'abord et entièrement. « L'empereur plia en tout sous la volonté de Charles XII. » Volt. Ployer, au contraire, se dit relativement et signifie plier peu à peu ou un peu , sous quelque rapport. « C'est à force de voir ces merveilles que le monde entier a enfin ployé sous le joug de la religion. » Fén. « Malgré toute la droiture qu'elle étale, la vertu du monde saura bien ployer, quand il faudra de la faveur. » Boss.

Enfin , comme plier rappelle le pli à la rigueur, même pour l'oreille , il se trouve plutôt employé dans le langage ordinaire et au propre , au physique ; ployer , par la raison contraire , convient mieux au figuré et en poésie. De là vient aussi que déployer a de plus que déplier le sens figuré et secondaire de développer , d'étaler , d'exposer au grand jour , de mettre en spectacle , de faire parade.

Ajoutons une remarque applicable à ployer et à tous les autres verbes de cette désinence , c'est qu'ils tombent de plus en plus en désuétude. « Vert ne fait plus verdoyer, dit Labruyère, ni fête fêtoyer , ni larme larmoyer. » Nous commençons aussi par ne plus guère nous servir de ployer. Ne serait-ce pas parce que cette terminaison , comme les terminaisons substantives erie et ise , est familière , en même temps que fréquentative et diminutive , et que nous laissons perdre la plupart des mots qui rappellent la simplicité et la naïveté de nos aïeux , ceux , par exemple de feintise , de hantise, de chalandise , etc.?

Quoi qu'il en soit, la désinence verbale oyer est non-seulement fréquentative et diminutive, mais encore familière, pour l'ordinaire au moins, comme dans l'ordre des substantifs la terminaison erie, à laquelle elle semble conforme en tout point. Fêtoyer quelqu'un signifie d'abord le fêter avec beaucoup d'empressement et ensuite le fêter sans façon , le festiner. Soudoyer est un mot du bon vieux temps, comme soudard; et, abstraction faite de sa désinence, la forme basse et triviale sous lequel le apparaît son radical le rend propre à figurer dans le langage commun, ou à être , par extension , pris en mauvaise part : soudoyer des spadassins. Larmoyer et guerroyer ne sont d'usage que dans la conversation familière.

TERMINAISON ANCER.

Nuer, nuancer.

NUER, NUANCER. Assortir, disposer des couleurs de manière qu'il se fasse une diminution

insensible d'une couleur à l'autre , ou d'une même, couleur, en allant du clair à l'obscur ou de l'obscur au clair.

Nuer est un verbe simple, primitif-, nuancer, un terme secondaire qui dérive du participe présent du premier. C'est ainsi que le verbe influer produit influence, , d'où se tire ensuite influencer, verbe de création assez récente , de même que nuancer. Et, comme influencer signifie une manière d'influer humaine, volontaire, réfléchie, faite à dessein ; de même nuancer exprimera plutôt l'œuvre de l'art , et nuer celle de la nature : le fleuriste s'efforce de nuancer les fleurs de la même manière qu'il les trouve nuées dans les jardins. Le plumage d'un oiseau est nué de telle ou telle façon (Buff.): il y a des jaspes d'une seule couleur, et il y en a qui sont tachés , nues , ondes ou veinés (Id.). « Sous Louis XIV on a nuancé les étoffes et même l'or avec une intelligence et un goût rares. » Volt, « Des bergères avaient tissu et nuancé ces guirlandes , avec un art inimitable , de toutes les couleurs dont se revêt le printemps. » Marm. — Lafontaine dit du paon qu'il porte autour du cou « un arc-en-ciel nué de cent sortes de soies. » Un cercle de femmes, vêtues d'habits de diverses couleurs qui s'assortissent, forme « un arc-en-ciel nuancé de mille couleurs. » Montesq. — Première distinction.

Toutefois , on se sert aussi de ces deux verbes, surtout au participe passé , en parlant des productions de la nature et des produits de l'art. Quelle différence convient -il alors de mettre entre l'un et l'autre? Nuer, faire des nues, désigne simplement et à la rigueur une action qui a pour effet une dégradation entre des couleurs différentes et même assez tranchées. « La poitrine du grand lori est richement nuée de rouge, de bleu, de violet et de vert.» Buff. Nuancer, faire des nuances, c'est-à-dire différents degrés d'une même couleur, annonce quelque chose de plus fin, de plus délicat , une transition adoucie , qui se trouve , ou effectivement entre les diverses teintes d'une même couleur , ou tout au moins entre des couleurs fort approchantes l'une de l'autre. « La queue de ce chien était couverte de poils noirs légèrement nuancés d'un peu de fauve. » Buff. — Une couleur est nuée d'une autre toute contraire : « Le dos du martin-pêcheur est à fond noir nué de blanc. » Buff. Une couleur peut n'être nuancée que d'un simple reflet : « La couleur de l'ani est un noir à peine nuancé de quelques reflets violets. » Id.

Enfin, comme nuancer n'exprime pas l'idée radicale ou primitive aussi strictement, d'aussi près , on est plus libre dans son emploi , et il se dit seul au figuré, pour désigner la différence fine , délicate, imperceptible , qui se trouve entre les mots , les idées, les mêmes espèces de choses , comme vertus, passions, etc. « La nature passe par des gradations nuancées. » Buff.

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