DEUXIEME PARTIE
manières, composé dans son maintien, apprêté dans ses discours ou dans ses écrits.
L'acteur qui charge et un grand faiseur de protestations, sont affectés; l'hypocrite et l'homme qui se donne un air grave , sont composés ; le rhéteur et l'écrivain, chez qui on ne trouve ni flexibilité ni rien qui coule de source , sont apprêtés.
AFFERMIR, RAFFERMIR, CONFIRMER , CIMEN- TER, SCELLER. Tous ces verbes, pris ici au figuré , veulent dire donner de la consistance , rendre durable.
Affermir, raffermir et confirmer ont le même radical , ferme , ou firmus qui en latin signifie la même chose. On affermit ce qui est faible : on raffermit ce qui chancelle ou est ébranlé; on confirme ce qui est fort, ce dont on augmente encore la force. Affermir marque une première action ; raffermir et confirmer en désignent une seconde ; mais raffermir la fait concevoir comme réparatrice, et confirmer comme complétive. — Ce qui est affermi est solide; ce qui est raffermi est rétabli; ce qui est confirmé est d'une solidité pleine , achevée , parfaite, ce L'étude des preuves de la vérité de la religion affermit et fortifie notre foi. » D'Ag. « Les confédérations ne sont qu'un moyen de raffermir et rétablir la constitution ébranlée par de grands efforts. » J. J. « Cela me confirme pleinement dans ma résolution. » Id.
Cimenter suppose des parties entre lesquelles on met du ciment , un lien , et qu'on rend ainsi inséparables , indivisibles. On affermit, on raffermit, on confirme un sentiment, ou quelqu'un dans un sentiment ; on cimente une union , une alliance, l'amitié. « Dieu a donné aux hommes divers talents. L'un est propre à une chose , et l'autre à une autre, afin qu'ils puissent s'entresecourir, comme les membres du corps , et que l'union soit cimentée par ce besoin mutuel. » Boss. « Le fils de Dieu ayant voulu que son église fût une, et solidement bâtie sur l'unité, a établi et institué la primauté de S. Pierre , pour l'entretenir et la cimenter. » Id. « Il faut, belle Agathe , cimenter notre intelligence par des liens plus étroits que ceux de l'amitié. » Marm. « Le testament qui doit cimenter un jour nos alliances.»
E.EGN.
Sceller rappelle un acte de l'autorité administrative ou judiciaire qui rend authentiques et inviolables les choses auxquelles il s'applique. Ce qui est scellé a reçu un caractère de consécration. « Afin qu'on ne puisse douter de leur bonne foi, non plus que de leur persuasion, J. C. oblige ses apôtres à sceller leur témoignage de leur sang. Ainsi leur prédication est inébranlable ; le fondement en est un fait positif. » Boss. « Charondas, trouvant la ville en tumulte, entra tout armé dans l'assemblée ; ce qu'il avait défendu par une loi expresse. Un particulier lui reprocha qu'il violait lui-même ses lois. Non , dit-il, je ne les viole point , mais je les scellerai de mon sang , et sur-le-champ il se tue de son épée. » Roll. a Brutus crut devoir sceller par le sang de ses enfants la délivrance de la patrie, et inspirer aux Romains pour tous les siècles , par cette sanglante exécution , une horreur invincible de la servitude et de
la tyrannie. » Id. « Plisthène rappelle au féroce Atrée les serments qui ont scellé sa réconciliation avec son frère. » Lah.
Je n'examine point si les dieux offensés
Scellèrent mes serments à peine commencés. (Érope à Atrée dans les Pélopides), Volt.
1° AFFIRMER , ASSURER , CONFIRMER ; - 2° ATTESTER , CERTIFIER ; — 3° PRÉTENDRE , AVANCER, SOUTENIR; — 48 GARANTIR, RÉ- PONDRE; — 5° PROMETTRE. Présenter une chose comme vraie , dire qu'elle est , a été ou sera.
1° Affirmer , assurer, confirmer.
On affirme d'un ton ferme , et en donnant pour certain ; on assure d'un ton de confiance , et en donnant pour sûr. Affirmer suppose quelque chose d'évident dont on est convaincu ou dont on veut convaincre . ce On peut affirmer en tout temps de l'homme que c'est un être intelligent quand il existe. » Fén. a Ce n'est pas que je veuille affirmer qu'il y a des corps ; car il n'y a encore rien d'évident qui me tire du doute sur cette matière.» Id. Mais assurer suppose quelque chose de plausible ou de spécieux dont on est persuadé ou dont on veut persuader les autres. « Quand j'ai renversé Périclès par terre en luttant , dit Thucydide , il assure le contraire avec tant de force , qu'il persuade en effet à tous les assistants contre le témoignage de leurs propres yeux , qu'il n'est point tombé. » Roll. ce J'ose presque assurer que les hommes savent encore mieux prendre des mesures que les suivre. » Lah.
On affirme qu'une chose est ou a été. « Hubner affirme qu'on ne peut trouver en Europe un terrain d'une lieue d'étendue qui ne soit habité.» Volt, ce Le P. Amiot jure qu'il a traduit ce passage à la lettre. Les ennemis des jésuites diront que ce serment même est très-suspect , et qu'on ne s'avisa jamais d'affirmer par serment la fidélité de la traduction d'un endroit si simple. »Id. ce Dans la magie il y a des faits embarrassants , affirmés par des hommes graves qui les ont vus.» Lah. Mais, comme on n'est jamais que moralement sûr de l'avenir, assurer convient seul ou convient mieux en parlant de ce qui sera, ce II fait bâtir une maison dont il assure en toussant , et avec une voix faible et débile , qu'on ne verra jamais la fin.» Labr. ce Si l'esprit examine à la lumière pure de la vérité qui l'éclairé toutes les sciences humaines , on ne craint point Rassurer qu'il les méprisera presque toutes. » Mal.
Je voulais vous venir, mais sans nul artifice,
Assurer que je suis tout à votre service. Mol.
Affirmer , affirmare , est un terme de science : la logique n'en connaît pas d'autre pour exprimer l'idée signifiée par tous ces mots ; elle définit le jugement une opération de l'esprit par laquelle il affirme ou il nie; la proposition est un discours qui affirme ou qui nie (Acad.). Assurer, au contraire , est le mot commun ; il n'a ni le caractère de rigueur d'affirmer ni son caractère scientifique.
Confirmer, c'est ajouter à ce qui a été affirmé ou assuré. Ce mot annonce quelque chose de nouveau qui achève ou accomplit une première assertion. <c Si le corps pèse si fort à mon esprit , ma religion m'apprend , et ma raison me confir-
trie que cet état malheureux ne peut être qu'une peine envoyée à l'homme. » Boss. ce Lorsque nous assurâmes que Louis XIV n'avait eu aucune part au testament de Charles II , roi d'Espagne , les préjugés de l'Europe et de tous les écrivains s'élevaient contre nous; cette vérité fut confirmée par les Mémoires de M. de Torci et par le temps. » Volt. Voy., dans la lre partie, Affirmer, confirmer, p. 134.
2° Attester, certifier.
C'est affirmer ou assurer authentiquement , faire foi , rendre témoignage de vive voix ou par écrit pour ou contre quelqu'un ou quelque chose. Une personne interpellée atteste ou certifie, donne une attestation ou un certificat, qui devient un titre d'une autorité ou d'une valeur plus ou moins grande.
Attester vient du latin testis, témoin, et emporte l'idée de choses qu'on a vues soi-même, a Le fondement de la prédication des apôtres est un fait positif ( la résurrection ) attesté unanimement par ceux qui l'ont vu. » Boss. * ïl faut voir ce qu'attestent les témoins, ils déposent que..,.» Volt. Certifier, faire certain, donner la certitude, se dit des choses qui sont parvenues à notre connaissance. « Je crois qu'il est de mon devoir de dire ici ce qui est parvenu à ma connaissance. Je certifie que celui qui dit à Lamberti cette étrange anecdote , était né en Russie , mais non d'une famille du pays. » Volt, ce Ceux qui érigèrent ce marbre attendirent 146 ans que la chose fût bien constatée pour la certifier à la postérité. » Id.
« L'attestation , dit Laveaux , en cela d'accord avec Leroy, est un acte authentique par lequel on atteste la vérité d'un fait dont on a été témoin; le certificat est un acte authentique par lequel on assure la vérité d'une chose dont on a acquis la certitude de quelque manière que ce soit. »
Le médecin donne une attestation au malade qu'il soigne. Le maire ou le notaire délivre un certificat sur le témoignage ou l'attestation de certaines personnes ou d'un certain nombre de personnes.
3° Prétendre , avancer, soutenir.
Ces trois verbes ont un sens doctrinal : ils impliquent l'idée de faire valoir ce qu'on dit comme une opinion et de combattre le contraire : un philosophe , un controversiste prétend, avance ou soutient telle chose, «c Quant à ce que prétend M. Jurieu, que..., outre qu'on lui nie le fait qu'il avance , on lui soutient encore que la conséquence est directement opposée à la parole de J. C» Boss.
Il y a de l'un à l'autre une gradation sensible. Prétendre marque ce qu'on se propose de défendre; avancer, ce qu'on propose pour le défendre; soutenir, ce qu'on défend actuellement. On prétend et on avance. «. Je prétends et j'avance que toute âme chrétienne doit désirer la communion.» Bourd. On avance et on soutient, ce J'avance et je soutiens, dit Cicéron, que dans toute cette île il n'y a aucun vase d'argent ou d'airain que Verres n'ait convoité. » Roll. ce Entrons dans la salle de Pilate , et voyons avec quelle hardiesse la calomnie avance les plus grossières impostures , et avec quelle faiblesse elle les soutient . » Bourd.
On prétend à tort ou à raison; on avance plus ou moins hardiment; on soutient avec plus ou moins de force.
4° Garantir, répondre.
Ces deux verbes ne sont pas de tous les styles s ils ne conviennent guère qu'à celui de la conversation. Ils ont d'ailleurs leur sens propre , qui est d'assurer ou de confirmer une chose en engageant sa responsabilité, ens'exposant, si la chose n'est pas véritable, à un recours, à des reproches, etc.
On garantit les qualités , on répond des événements. On garantit un homme tel ou tel.
J'ignore ce qu'au fond le serviteur peut être ;
Mais pour homme de bien je garantis le maître. (Madame Pernelle parlant de Tartufe). Mot.
ce Parbleu! je vous la garantis (cette pièce) détestable.» Id. ce Je vous le garantis trop délicat pour vouloir se faufiler avec des veuves de commandeurs. » Les. ce Voilà de l'enthousiasme : il est né poëte ; et, à ce seul trait, je vous le garantis tel.» Marm.
Je ne garantis point sa science profonde. Reg». ce Crois-tu qu'il m'aime? — Lui? je vous garantis qu'il a le goût trop mauvais pour aimer autre chose que lui-même. » Dest.
On répond qu'un homme fera telle ou telle chose , ou que telle chose arrivera, ce Si la petite n'avait les cerises de son goûter que par une opération d'arithmétique , je vous réponds qu'elle saurait bientôt calculer. » J. J. ce Nous avons des ennemis communs qui cherchent à nous brouiller : je vous réponds de mon côté qu'ils auront beau faire. » Id. ce La Beaumelle peut réimprimer...: je vous réponds que ses nouveaux chefs-d'œuvre ne me feront aucune peine. » Volt. « Laisse-moi faire , je te réponds que je le conjurerai lui-même (ce devin) , et qu'il sera bien hardi si je ne le fais pas mourir de peur. » Dest.
5° Promettre.
Verbe décidément familier , et qui signifie répondre d'un événement dont on dispose , dire ou assurer qu'on le fera arriver, ce Je vous promets qu'il s'en repentira. » Agad.
Ah! je te promets bien que je n'ai pas envie
De te Fêter, l'infâme à tes feux asservie. Mot.