JUPITER
Je suis donc bien épouvantable.
(Amphitryon). Mol.
Effroyable est plus voisin d'étonnant , et épouvantable d'étrange. Il en est de même dans le sens hyperboliaue de ces mots. Effroyable se dit pour marquer qu'il y a prodigieusement de quelque chose : a II y avait un monde effroyable à leur assemblée.» Acad. « Une multitude effroyable d'Allemands. » Boss. « Des essaims effroyables de sauterelles. » Roll. « Il en mourut un nombre effroyable. » S. S. Épouvantable se dit pour signifier qu'une chose est ou se produit d'une manière inconcevable , qui trouble les idées , qui fait qu'on ne s'y reconnaît plus. Désordre( J. J. ,Boss.), carnage (Boss.), confusion (Mol.), faute (J. J.), étourderie (Id.), fracas (Acad.) épouvantable. Effroyable ne regarde que la quantité seule; épouvantable se rapporte à toute autre chose , la complication ou le mélange. Dépense effroyable, arrête l'esprit sur la grande quantité de choses dépensées: «Huit cents livres! Mais voilà une dissipation effroyable. » Dest. Dépense épouvantable , appelle l'attention sur la manière extravagante, désordonnée dont on a dépensé. — On dit un bruit effroyable (Boss., Fén.) , et un vacarme ou un sabbat épouvantable (Acad., Sév. , S. S.). Pareillement , un cri est proprement effroyable :
Un effroyable cri, sorti du sein des flots ,
Des airs en ce moment a troublé le repos. Rac.
Mais une clameur , ou un mélange de plusieurs cris , est épouvantable :
Soudain de mille cris le bruit épouvantable Vient arracher ses sens à ce calme agréable. Volt.
Un temps affreux et un temps horrible sont des temps très-vilains , très-déplaisants. Mais l'un afflige, attriste, désespère; l'autre vexe, indigne , et fait , comme dit Mme de Sévigné , en employant cette expression, qu'on garde le coin de son feu et qu'on ne met pas le nez dehors. — Un temps effroyable et un temps épouvantable sont des temps très-mauvais, à faire peur. Mais
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
l'un suppose de la grêle , des torrents de pluie , des tonnerres , des ouragans ; et l'autre , un dérangement des saisons, un désordre dans les éléments.
AGIR, FAIRE. Se manifester comme cause, exercer sa puissance.
Agir est purement formel ou relatif à la forme : on agit de telle ou telle manière. Faire est , au contraire, matériel ou relatif à ce qui provient d'un développement de force : on fait ceci ou cela. «L'homme fait ce que Dieu veut, il agit par la volonté de celui qui l'a mis au monde. » Vauv. œ C'est pour Dieu et par la volonté de Dieu qu'un chrétien doit toujours agir.... Tout ce qu'il fait doit se trouver à la place et dans Tordre où la règle veut qu'il se trouve. » Mass. « La sagesse veut que , dans tout ce que nous faisons , nous agissions avec réflexion. » Gir. On agit pour faire une chose , et il arrive parfois d'agir beaucoup . de se donner beaucoup de mouvement , sans rien faire.
Agir regarde l'œuvre, la conduite , indépendamment de tout résultat; faire regarde l'ouvrage ou l'effet. Aussi dit-on agir, absolument , le pouvoir d'agir, tandis que à faire il faut un complément qui indique ce qu'on produit en faisant. Et même quand ce complément manque , il est facile à sous-entendre. « Si vous voulez absolument m'envoyer cet écrit, faites. » J. J.
' Agir en sage , c'est être sage , se comporter en sage ; faire sagement , c'est effectuer quelque chose de sage, a Clovis rendit ce pays à Gondebaud. Il fit sagement. » Cond.
AGITATION, TOURMENT. Grande peine d'esprit.
L'agitation est une alternative de mouvements contraires; c'est la peine d'une âme partagée entre plusieurs sentiments , l'espérance et la crainte , par exemple , qui va et vient de l'un à l'autre , qui flotte , qui est dans une grande inquiétude. Le tourment , au contraire , ne suppose ni pluralité de sentiments ni incertitude; c'est une peine causée par un mal déterminé et présent. Roxane qui doute si elle est aimée, qui croit tantôt l'être et tantôt ne l'être pas , éprouve les agitations de l'amour : sûre de n'être pas aimée , Phèdre souffre le tourment ou les tourments de l'amour. — Une vie d'agitation est une vie sans repos , pleine d'alarmes et de soucis. Une vie de tourment est une vie de souffrances. « Qu'est-ce que la vie de la cour, qu'une agitation éternelle sur l'avenir; qu'une révolution fatigante de craintes , de précautions , d'espérances? Mais une âme soumise à Dieu n'éprouve point ces troubles, ces frayeurs qui agitent les enfants du siècle. » Mass. Qu'est-ce que la vie d'époux mal assortis , sinon un éternel tourment ? — L'avenir nous agite; le présent et le passé nous tourmentent.
D'ailleur3 , tourment dit beaucoup plus qu'agitation. Le tourment est une torture , un affreux supplice; Vagitation n'est qu'une privation de repos , le plus grand des troubles. Dire qu'on est tourmenté de remords , c'est donner une idée de l'extrême intensité de la peine qu'on éprouve; dire qu'on est agité par ses remords , c'est seulement faire entendre que les remords ne laissent
pas un instant tranquille et ne permettent pas de goûter en paix le fruit du crime. « Dieu n'accordeaucun repos au pécheur , et sans relâche l'inquiète (par les remords) , l'agite, le tourmente. » Bourd. « Ce seul vers (de Voltaire),
Mais s'il n'était Brutus, il t'allait pardonner, en dit plus qu'une scène entière d'agitations et de tourments. » Lah.
Aussi les grandes passions ne connaissent guère que les tourments et les transports. Le mot d'agitation convient mieux pour les sentiments ou les passions plus faibles. Lors même qu'il s'agit d'objets à l'égard desquels il y a lieu d'espérer et de craindre , auquel cas agitation est le mot propre, on emploie tourment de préférence, si ces objets sont importants , intéressent beaucoup. Dans une cruelle inquiétude , dans une mortelle attente , une amante ou une mère n'est pas seulement agitée, mais tourmentée.
1° AGRÉABLE; — 2° DOUX, SUAVE, FLAT- TEUR, DÉLECTABLE, DÉLICIEUX, DÉLICAT, EXQUIS, — 3° RIANT, GRACIEUX, ATTRAYANT, CHARMANT. Qui plaît, qui fait sur nous une impression bonne ou heureuse.
1° Agréable.
Agréable est le terme général : il sert à qualifier tout ce qui nous fait quelque plaisir , tout ce qui nous affecte en bien ou d'une manière heureuse. Il a sous lui deux espèces, représentées par les deux séries de mots suivantes.
Doux , suave , flatteur , délectable , délicieux , délicat et exquis se disent des choses qui touchent les sens, produisent des sensations et intéressent' la sensualité. Riant , gracieux , attrayant et charmant se disent de celles qui sont perçues uniquement par la vue , quelquefois par l'ouïe , qui produisent des sentiments, et se rapportent à l'esprit ou à l'âme. L'homme voluptueux n'estime que ce qui est doux , suave , etc. ; l'homme curieux de belles choses, l'amateur, est heureux d'apercevoir des objets , des spectacles , des visages riants, gracieux, attrayants ou charmants. On dit une couleur douce ou suave , un son flatteur , parce que les qualités dont il s'agit frappent seulement les sens ; mais on dit un tableau gracieux, une musique charmante, parce qu'il est ici question de choses qui parlent à l'esprit ou à l'imagination par l'intervention des sens.
2° Doux, suave, flatteur, — délectable, délicieux, délicat, exquis. Qui procure une sensation ou des sensations de plaisir.
Doux s'applique proprement aux sensations du goût ; suave à celles de l'odorat ; flatteur à celles de l'ouïe : une saveur douce, une odeur suave, un son flatteur.
Mais , comme le goût est une sorte de toucher , doux s'étend aux sensations du tact Et même, comme l'action de tous les sens s'opère par un contact avec les qualités correspondantes des choses, l'épithète de doux se donne à tous les objets qui peuvent satisfaire nos sens , les modifier d'une manière qui convient à notre nature et qu'elle aime. Seulement , il faut ajouter que le doux , à la différence de l'agréable , auquel il ressemble par sa généralité , exclut tout ce qui peut être piquant ou aigre. « Ce ne sont pas absolu-