‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 374 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

culteur Nabal , pour y mettre tout à feu et à sang , parce que Nabal avait refusé des contributions à sa troupe de brigands. » Volt. « Un agriculteur qui a douze cents livres de revenu est tout étonné qu'on lui en demande quatre cents pour les impôts. » Id. — Ou bien, c'est un théoricien, un agronome, une sorte de savant qui étudie l'agriculture, ou en donne des leçons. Voltaire appelle Duhamel du Monceau un célèbre , un illustre agriculteur , et il dit de Xénophon qu'il était « guerrier , philosophe , poëte , historien , agriculteur. »

Cultivateur, quoique remontant, en dernière analyse, au latin colère, est un mot tout français par sa formation : il a été fait du verbe cultiver. Le cultivateur cultive , il travaille la terre , c'est l'ouvrier des champs. Il est plus ou moins industrieux (Cond.); il se sert de tels ou tels instruments (Volt.); il est en général ignorant, pauvre, malheureux (Id.). «Quelle barbarie domine encore chez ces laboureurs innocents , chez ces honnêtes cultivateurs tant vantés dans des églogues!» Volt. «Des artisans, des cultivateurs qui gagnent leur pain à la sueur de leurs fronts.» Id. Si le cultivateur possède , il possède peu comparativement à r 'agriculteur , c'est un petit propriétaire ou même c'est le fermier du maître de la terre , et il n'a en propre que des charrues , un jardin, et quelques vignobles. «Certains cultivateurs sont des fermiers qui prennent une terre à bail.» Cond. — «Dans sonpoëme, Saint-Lambert a moins parlé aux simples cultivateurs qu'aux seigneurs des terres qui vivent dans leurs domaines.... Une cabane ne peut pas être le logement d'un agriculteur considérable; il lui faut des écuries commodes , des étables faites avec soin , etc. » Volt.

Colon , colonus , a cela de particulier qu'il rappelle une autre acception du verbe colère que celle qui se retrouve dans agriculteur et cultivateur. Le colon est celui qui habite et non celui qui cultive la terre. Les pays continuellement exposés à des débordements ne peuvent avoir de colons , repoussent les colons (Volt.). La Corse a des colons qui vivent de châtaignes et du produit de la chasse, elle manque d'agriculteurs et de cultivateurs. « J'ai trouvé dans un très-mauvais pays un vaste terrain inculte qui appartenait à des colons; je l'ai fait cultiver. » Volt. « Sodome et Gomorrhe étaient habitées; les colons de ces villages préparaient l'asphalte , et en faisaient un commerce utile. » Id. « Soliman tenait toujours la campagne , habitée d'ailleurs par des colons musulmans. » Id. — Ce mot signifie collectivement les gens de la campagne et comprend même les journaliers et les valets des cultivateurs. «Les guerres de religion ruinèrent l'agriculture. Sully trouva une grande partie des terres en friche. Il était dû par les colons plus de vingt millions pour trois années de taille. » Volt. « Les terres données , dans l'Inde , aux grands de l'empire , aux raïas , aux nababs , sont cultivées par des fermiers qui s'y enrichissent et par des colons qui travaillent pour leurs maîtres. » Id. « Je suis laboureur; j'ai environ quatre-vingts personnes à nourrir. Quoi l dis-je, j'aurai rassemblé des

colons pour cultiver avec moi la terre , et je ne pourrai acheter librement du blé pour les nourrir , eux et ma famille ! » Id.

Quand le mot agriculteur n'est pas un titre général dont on honore tous ceux qui s'occupent d'industrie agricole , quand on le prend dans un sens spécial , il désigne un homme qui s'adonne à l'agriculture, c'est-à-dire un artiste en quelque sorte , ou un puissant propriétaire qui préside à l'exploitation de ses biens , qui guide les travaux , qui calcule , combine , spécule , expérimente. Le cultivateur s'adonne à la culture; c'est un artisan, un producteur; il laboure, sème , plante , taille, récolte. Le colon fait partie de la population des campagnes : c'est un paysan, ou , pour parler latin , un ruricole , ruris incola: il occupe un lieu, s'y fixe, ou s'en va ailleurs '.

1° AIGRE, ACIDE, ACERBE, ACRE, ACRIMO- NIEUX ; — 2° AMER ; — 3° RUDE , ÂPRE , AUS- TÈRE. Ces mots désignent au propre une qualité opposée à la douceur et qui affecte l'organe du goût d'une manière toujours très-sensible , sinon toujours désagréable ; au figuré , tous , à l'exception d'acide , qui ne se dit qu'au physique , marquent dans les dispositions de l'âme , les manières ou les discours, quelque chose de fâcheux qui déplaît, choque, offense.

1° Aigre , acide , acerbe , acre , acrimonieux.

Aigre vient du latin acer, comme maigre de macer. Acer a également servi à former acre, acrimonieux et acerbe : lui-même dérive du grec àxï) , pointe , qui est évidemment la racine d'acide , latin acidus. En sorte que les cinq premiers mots de tout cet article remontent étymologiquement à la même origine.

Mais aigre , acide et acerbe se distinguent par la faiblesse de l'impression qu'ils expriment : un fruit , par exemple , aigre , acide ou acerbe , est piquant , rien de plus ; il produit une sensation de déplaisir légère et fugitive , qui ne va pas jusqu'à nuire, jusqu'à faire mal, et qui n'a ni ampleur ni durée.

Aigre est très-usité en comparaison d'acide et $ acerbe : on s'en sert au figuré. comme au propre, ! et c'est un des plus anciens mots de notre langue , au lieu que acide n'a pas l'acception figurée et que acerbe n'a commencé à être reçu en France que vers la fin du xvm' siècle. Mais pour en : venir à des déterminations rigoureuses , ce qui est aigre n'est plus doux , ce qui est acide n'est point doux, et ce qui est acerbe n'est pas encore doux.

L'aigreur est souvent un défaut postérieur à la j qualité de la douceur , le résultat d'une altération , comme ce qui arrive au lait et au vin , par exemple , quand ils tournent. L'acidité est le

\ . Voltaire et Marniontel ont employé substantivement agricole dans le sens à* agriculteur. « Ne parlez de moi que comme d'un agricole qui aime la vertu et la vérité autant que la campagne. » Volt, oc Pour diriger ces travaux champêtres, Acélie imagina de se former un petit conseil à' agricoles. » M.\rm. 11 résulte de ces exemples et de la terminaison d'agriculteur, qui marque un agent , que V agricole se borne davan tage à la théorie, au goût, que c'est toujours et sim plement un amateur.

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

défaut de douceur, sans rapport à ce qui a été ou peut être. L'acerbité, au lieu d'être postérieure à l'état normal et bon, lui est antérieure. Acerbe sert uniquement à qualifier les fruits qui ne sont pas encore mûrs : tous les fruits avant leur maturité , dit Trévoux , ont un goût acerbe ; et il ajoute : les médecins appellent vin acerbe du vin fait de raisins qui ne sont pas encore mûrs. En latin, acerbus veut dire quelquefois prématuré. Ainsi , le vinaigre , le petit-lait et le levain sont aigres; l'oseille est acide; la nèfle non encore blette et tous les fruits verts sont acerbes. — Au figuré , entre aigre et acerbe la différence est aussi simple que certaine : des paroles aigres , un ton aigre, sont d'une personne aigrie, indisposée, irritée, fâchée ; des paroles acerbes, un ton acerbe sont d'une personne qui parle d'une manière verte ou crue , sans ménagement , qui aurait besoin d'être adoucie.

Acre et acrimonieux , distingués l'un de l'autre dans la première partie , p. 209 , ont cela de propre l'un et l'autre, qu'ils annoncent une impression forte, violente, qui blesse, déchire et emporte la pièce. Si on trouve ensemble dans nos meilleurs écrivains aigre et piquant (Bourd.), on y trouve aussi acre et mordant (J. J. , Marm), acre et corrosif (Buff., Roll.), acre et violent (Volt.). Ce mot ne convient guère en parlant des fruits dont la saveur, si mauvaise qu'elle soit, n'est pourtant pas caustique et délétère; mais c'est une épithète qui se donne bien au venin des serpents (Volt.) , à la saveur de l'arsenic (Buff.), au suc des cantharides (Roll.). —Au figuré, ce mot conserve la même énergie : Yâcreté dénote, non pas de la pique seulement , mais de la méchanceté ou de la haine ; elle mord au vif. Moins brusque , moins emportée que Yaigreur, elle n'éclate pas autant, mais elle fait d'une manière plus concentrée et plus noire de plus profondes blessures.

2° Amer.

Amer a pour idée caractéristique celle d'une sensation remarquable par l'étendue et la durée. Au lieu de piquer seulement , de chatouiller désagréablement l'organe du goût comme la chose aigre , acide ou acerbe , au lieu de prendre fortement au gosier et d'emporter le palais comme la chose acre , l'amertume est une saveur pleine , qui empoisonne pour ainsi dire , toute la bouche ; elle excite abondamment la salive , qui s'en imprègne et la répand de tous côtés. Elle dure quelque temps , on a de la peine à s'en défaire malgré de continuels crachements. Et ce qui ne lui est pas moins particulier , c'est qu'elle n'est pas absolument malfaisante, c'est que souvent elle se trouve jointe à quelque qualité salutaire qui rachète ce qu'elle a de désagréable au goût. Il y a des médicaments amers; la chèvre aime le saule et le cytise amers (Marm.), elle s'en nourrit; l'utilité d'une médecine nous en fait digérer l'amertume (Boss.).

Au figuré, la chose amère nous cause, non pas une douleur cruelle comme la chose acre , mais une longue souffrance , de l'affliction , une sorte de mélancolie durable. De plus, elle n'est pas sans compensation et elle suppose d'ordi-

syh. franc.

naire dans la personne de qui elle nous vient de l'intérêt pour ce qui nous touche : réprimande amère.

A quoi il faut ajouter que de tous ces mots amer est le plus subjectif, le plus relatif à l'effet produit dans l'âme par la qualité qu'ils signifient : une critique aigre , acerbe ou acre cause une douleur amère; Y aigreur et Yâcreté sont dans les choses la propriété de blesser, Y amertume est dans l'âme ou dans le cœur le mal éprouvé, la blessure; on oppose les plaisirs aux amertumes de la vie. Corneille a dit dans Pompée : Il est de la fatalité

Que Vaigreur soit mêlée à la félicité.

Le mot propre était amertume , au lieu d'aigreur; c'est Voltaire qui en a fait la remarque.

3° Rude , âpre , austère.

Rude, âpre et austère vont ensemble. Ils ne se disent pas primitivement des choses sapides comme les précédents, et quand on les applique au goût , ils en indiquent une modification toute particulière. La chose rude, âpre ou austère a une saveur , non pas humide , mais farineuse ; au lieu de faire venir l'eau à la bouche , elle dessèche cet organe; elle produit sur lui l'effet, non pas d'une pointe, de quelque chose d'aigu ou d'acéré, mais de quelque chose de contondant. Au figuré 5 même nuance : au lieu de piquer , d'irriter, d'exciter, ce qui est rude, âpre ou austère résiste, ne cède pas, est dur, réfractaire, intraitable.

Rude et âpre ne diffèrent guère l'un de l'autre que par le degré. Rude vient de rudis , brut, non poli, qui n'a pas reçu de façon. Apre, aspre, latin asper, a été fait du grec à<77ropo; , qui ne peut être ensemencé à cause des aspérités, des rochers, veut dire en général quelque chose dont la surface n'est pas lisse, est raboteuse. En parlant des choses du goût, rude qualifie celles qui ne coulent pas aisément , qui passent avec peine , comme est un vin de mauvais cru ou du vin nouveau qui n'a pas encore eu le temps de se faire , et âpre est l'épithète qu'on donne à celles qui raclent la bouche comme font certains fruits sauvages dont l'effet est d'engourdir les gencives et d'empêcher la langue , devenue presque blanche, de glisser sur le palais. — Au figuré, rv.de donne aussi l'idée de quelque chose de moins sauvage , de moins inculte que le mot âpre. L'homme rude a l'abord choquant : l'homme âpre est inabordable ; le premier est sec , impoli , le second rébarbatif. La rudesse peut n'être que dans la forme, Yâpreté tient souvent au caractère. «Le goût, chez les Romains, fut d'abord analogue à la rudesse de leurs mœurs, à Yâpreté de leur génie, à l'état d'inculture de leur société. » Marm. «La dédaigneuse hauteur dé cet enfant peut être l'effet de Yâpreté d'un caractère indomptable et fier qui ne veut céder qu'à luimême ; alors il faudrait bien vous garder de heurter la rudesse avec la rudesse. » J. J.

Austère, austerus, aOcrTYjpoç, d'aûetv, dessécher, convient seulement à l'égard d'une saveur proprement astringente , qui produit dans la bouche un resserrement , suivant l'expression de Trévoux. L'Académie définit l'alun, un sel de

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