‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 375 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

saveur austère et astringente. — Au figuré , austère regarde , non pas la manière de traiter les autres , mais la manière de vivre avec soi-même , l'austérité consistant à être sec pour soi, à se resserrer , à se réduire , à s'abstenir de beaucoup de choses.

AIMER, CHÉRIR; — AFFECTIONNER. Avoir ou éprouver une disposition favorable , un sentiment qui nous incline et nous porte vers son objet. Aimer, chérir.

Aimer comporte tous les degrés et toutes les manières, sans désigner spécialement et sans exclure tel degré du telle manière ; chérir marque un seul degré , le plus haut , et une seule manière, celle qui est exprimée par le mot tendresse. Nous aimons ce qui nous fait plaisir: nous chérissons ce qui nous est cher, nous Yaimons chèrement ou tendrement , par prédilection. Aussi chérir s'emploie bien comme enchérissant sur aimer , comme superlatif d'aimer, a Loin de déplorer leur erreur, ils Yaiment, ils la chérissent.» J. J. «Les âmes du purgatoire sont plus aimées et plus chéries de Dieu que celles des païens.» Bourd. «L'homme, image chérie et bien aimée que Dieu avait établie dans son paradis de délices.» Boss. « Jérusalem que j'ai toujours si tendrement aimée, et dont j'ai chéri les habitants , comme s'ils eussent été mes propres frères.» Id. «Athéniens, dit Socrate, je vous aime et vous chéris, mais j'aime mieux obéir à Dieu qu'à vous. » Lah. « Aime les hommes en général , dit Confucius ; mais chéris les gens de bien. » Volt. «Ses sentiments sont si confor • mes aux miens qu'il chérit tout ce que j'aime , comme il hait tout ce qui me déplaît. » Les. Ne fais point d'autre crime, et j'atteste les dieux Qu'au lieu de te haïr, je t'en aimerai mieux : Oui, je te chérirai. CORN.

On aime tout ce qui plaît, les personnes et les choses : on chérit surtout les personnes et ce qui s'y rapporte, parce qu'on n'a véritablement de tendresse que pour les personnes. — Aimer n'emportant par lui-même aucun degré ni aucune manière , il peut y avoir des préceptes qui déterminent de quelle manière et jusqu'à quel point on doit ou on" ne doit pas aimer. « L'évangile commande d'aimer le prochain comme soi-même et défend d'aimer la créature plus que le créateur. » Gir. Le degré et la manière de chérir sont toujours les mêmes et n'ont pas besoin d'être indiqués.— Ce qu'on aime est agréable simplement; ce qu'on chérit est cher, précieux, réputé de grande valeur. Ce qu'on aime procure ou même seulement promet des jouissances; ce qu'on chérit est un trésor auquel on tient infiniment. Si on fait quelque chose pour ce qu'on aime , on se sacrifie pour ce qu'on chérit.

On ne peut trop chérir votre chère santé, Et pour la rétablir j'aurais donné la mienne.

(Tartufe à Elmire). Mol.

« Il me semble que pour cette foi que je chéris, et que je garde comme mon plus riche trésor , je ne craindrais point de donner mon sang et de sacrifier ma vie. » Bourd.

Mais chérir ne dit pas seulement plus qu'aimer, il dit autre chose. C'est par goût, par en-

traînement, par une sympathie ou une correspondance naturelle , par un accès de sensibilité ou par caprice qu'on aime; et c'est par choix, par estime, par respect, en conséquence d'un jugement de l'esprit qu'on chérit. Chérir la mémoire de quelqu'un (Acad., Cond.) -, un peuple qui chérit son roi (Boss.). « Cette princesse aura toutes les vertus que nous chérissons avec respect dans les prineesses de nos jours. » Volt. « Combien nous devons respecter et chérir de tels juges! » Id. « Respectable vieillard, chéri et estimé généralement.» Id. — En conséquence, on peut chérir des choses pour lesquelles on a naturellement de la répugnance. C'est ainsi qu'un auteur chérit la critique (Boil.). C'est ainsi que J. C. et ses disciples ont chéri l'abaissement et les souffrances (Volt.). — On peut aimer , mais non pas chérir ce qu'on désapprouve. Aimer est opposé à haïr , et chérir à détester, a M. de Sales déteste la persécution et chérit la philosophie. » Volt.

Je chéris Alcméon , je déteste Hermogide. Id.

Affectionner n'exprime ni un amour d'entraînement , de sympathie , comme aimer , ni un amour de choix , de prédilection , d'estime , comme chérir, mais une sorte d'amour, un simple intérêt pris aux personnes ou aux choses en vertu de l'habitude. « Corneille paraît affectionner les vers d'antithèses.» Volt. «On a remarqué que Cicéron affectionne certaines formes de construction ou d'harmonie qui reviennent souvent. » Lah. «Je ne sais point si le chien choisit, s'il se ressouvient , s'il affectionne, s'il craint, s'il imagine, s'il pense. » Labr. « On a fait construire pour ce paca une petite loge en bois dans laquelle il demeurait assez tranquille pendant le jour..., Il semble même affectionner sa retraite tant que le jour dure. » Buff. «Les maîtres ont peu de fantaisie et d'humeur, et leurs domestiques les affectionnent promptement. » J. J. — Affectionner se dit surtout d'un supérieur à l'égard d'un inférieur qu'il protège , qu'il favorise , à la fortune ou à l'avancement duquel il cherche à contribuer. « Certaines lumières paraissant la nuit donnent sujet aux peuples oisifs d'imaginer des escadrons de fantômes qui combattent en l'air , et auxquels ils font présager la perte ou la victoire du parti qu'ils affectionnent. » Desc. « Soyez persuadée que Yaffectionne cette œuvre (celle des filles charitables de la Ferté), et que j'en prendrai un soin particulier, surtout quand....» Boss. «La reine d'Espagne dépêcha au roi le marquis de Grillo , qu'elle affectionnait et qu'elle fit grand d'Espagne dès qu'elle s'y fut rendue maîtresse. » S. S. «Le roi Louis XIV, pendant le travail, demandait l'avis de Mme de Maintenon. Jamais elle ne paraissait affectionner rien , et moins encore s'intéresser pour personne.... Quand elle n'affectionnait personne , c'était le ministre même qui disposait des grâces et des choix. » Id. a Son Excellence lui témoigna de la joie de ce qu'il avait choisi pour gendre un homme qu'elle affectionnait beaucoup et qu'elle prétendait avancer. » Les. — On affectionne aussi les affaires qu'on a à cœur. «Je forçai le duc de Noailles de rapporter une affaire que je savais qu'il affectionnait , et sur laquelle je l'avais entrepris sans mesure. » S. S. « Em-

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

pressé pour engager dans une affaire des personnes qui ne Y affectionnant pas n'osent pourtant refuser d'y entrer. » Labr.

AINSI QUE, DE MÊME QUE, COMME. Termes de comparaison.

Ainsi que et de même que sont bien distincts l'un de l'autre. Ainsi que se rapporte à la réalité ou à l'événement; de même que, au mode. Faire une chose ainsi qu'un autre , c'est la faire aussi ; la faire de même qu'un autre , c'est la faire de la même manière. Lors de la conquête de l'Amérique , les habitants du pays se battirent ainsi quey mais non pas de même que les Espagnols. Un beau paysage nous charme ainsi qu'une musique délicieuse, mais non pas de même qu'une musique délicieuse. Les abeilles construisent aujourd'hui des cellules ainsi qu'autrefois , et elles construisent aujourd'hui leurs cellules de même qu'autrefois.

De son côté, comme est d'abord l'expression générale. et s'emploie continuellement sans qu'on ait égard aux deux points de vue qui séparent ainsi que d'avec de même que : 'faire une chose comme un autre; les Indiens se battirent comme les Espagnols; un beau paysage nous charme comme une musique délicieuse. Mais indépendamment de cette aptitude à remplacer les deux autres mots, comme a aussi une application spéciale qui lui assigne un domaine propre. Il est seul de mise quand il s'agit d'une comparaison entre qualités ou sous le rapport des qualités : c'est pourquoi on dit hardi comme un lion , effronté comme un page , blanc comme neige , doux comme miel , et non pas hardi ainsi que , ni de même qu'un lion, etc. «Le bois du cerf est, comme le bois des forêts, ^grand, tendre et assez léger dans les pays humides et fertiles. » Buff.

En d'autres termes , ainsi que marque une comparaison entre choses qui arrivent ou se fqnt , sans rapport à la manière : « Ainsi que le gouvernement influe sur le caractère des peuples , le caractère des peuples influe sur celui des langues. » Cond. -— De même que sert à comparer des faits ou des actions qui ont lieu de même , qu'on considère quant à leur manière ou à leur façon : « De même qu'une vapeur pestilente se coule au milieu des airs , et imperceptible à nos sens, insinue son venin dans nos cœurs; ainsi l'esprit malin , par une subtile et insensible contagion, corrompt la pureté de nos âmes.» Boss. — Comme annonce une comparaison qui tombe sur la qualité d'une chose ou d'une personne :

Comme on voit un torrent... :

Tel Bourbon descendait à pas précipités.... Volt.

C'est la distinction de Girard, qui l'exprime de la façon suivante, a Ainsi que marque particulièrement une comparaison qui tombe sur la réalité de la chose ; ce qu'on peut nommer comparaison de faits ou d'actions. De même que marque proprement une comparaison qui tombe sur la manière dont est la chose ; ce qu on peut nommer comparaison de modifications. Comme marque mieux une comparaison sur la qualité de la chose; ce qu'on peut nommer comparaison de qualifications. »

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