DEUXIEME PARTIE
Comme le voilà fait (le joueur) !
Débraillé , mal peigné , l'œil hagard ! A sa mine, On croirait qu'il viendrait, dans la forêt voisine, De faire un mauvais coup. Regn.
« Cet oiseau (un calao) se haussait, se grandissait , et semblait prendre quelque air de fierté ; cependant sa mine en général est basse et stupide. » Buff. * Les tamatias (autre sorte d'oiseaux) ont une mine triste et sombre ; on dirait qu'ils affectent de se donner un air grave,, en retirant leur grosse tête entre leurs épaules. » Id. — Secondement, on considère la mine relativement à la conformation , à la santé , à la taille ; et Vair relativement aux actions et aux manières. Avoir bonne mine , ou même simplement de la mine (Mol.) c'est être bien de sa personne, ou paraître avoir de la santé. Avoir bon air, c'est avoir bonne façon. Une femme a une jolie mine , et un air aisé , gracieux , affable , obligeant , toutes qualités qui se manifestent en partie par des actions , des empressements , par la manière dont on se présente ou dont on parle. On dit aussi , air provincial , bourgeois , écolier , parce qu'il s'agit d'exprimer un manque d'usage , de manières ou de formes. « C'était un homme fort grand ; il avait le visage long , avec un nez de perroquet , et quoiqu'il n'eût pas mauvaise mine , il ne laissait pas d'avoir l'air d'un fripon. » Les. On a plutôt la mine , et on prend l'air : Ulysse avait la mine d'un héros (Laf.) , et ses compagnons ayant avalé le breuvage de Circé ,- Quelques moments après leur corps et leur visage Prirent Vair et les traits d'animaux différents. Id. (Voy. encore ci-dessus les deux exemples de Buffon.) — Quant aux qualités intérieures dont l'air et la mine sont les signes , l'air les représente toutes , et particulièrement celles de l'esprit : un air spirituel, fin, niais, railleur; mine paraît convenir surtout pour les sentiments : mine haute , fière , bassse , ignoble , méchante , insolente, hypocrite.
Physionomie , visage.
Ils se disent seulement de la face : 'physionomie ouverte, visage ouvert, physionomie ou visage rude ou comique. La physionomie et le visage sont le miroir de l'âme ; ils donnent sur ses différents états des indications . et non pas seulement des apparences. Mais d'abord on interprète la physionomie , on l'observe trait par trait, en l'examine, on l'analyse, et il y a des personnes qui se connaissent mieux que d'autres en physionomie ; le visage et ce qu'il révèle se voit au premier coup d'œiL «Cela est propre à désespérer les traducteurs de Cicéron qui voudront faire passer dans notre langue , non pas seulement les traits grossiers de son visage , mais le caractère intéressant de sa physionomie. »D'Al. — Ensuite, la physionomie dépeint les qualités constantes de l'esprit ou du caractère, <st le visage les états passagers de l'âme : on a la physionomie spirituelle , et le visage content -, on change de visage, et non de physionomie, à chaque émotion un peu violente. «Son esprit est comme sa physionomie , fort doux et fort aimable. » Volt. « Hazael , en me regardant avec un visage doux et humain , me tendit la main. » Fén. Un homme
a naturellement une bonne physionomie ; et, dans une occasion , il fait bon visage à quelqu'un. — Enfin , on tire de la physionomie , mais non pas du visage , des pronostics sur ce qu'on sera ou sur ce qu'on fera : physionomie heureuse , malheureuse ou sinistre. « Je n'aperçus rien dans sa physionomie et dans ses propos qui me fit mal augurer de lui.» J. J. Une bohémienne, diseuse de bonne aventure, dit à Sgnanarelle dans le Mariage forcé : « Tu as une bonne physionomie ; physionomie d'un homme qui sera un jour quelque chose. » Mol.
Air gai ou doux , mine gaie ou douce , font concevoir une gaieté ou une douceur apparente , de la réalité de laquelle on n'est pas bien sûr , et qui se manifeste par les gestes et les manières aussi bien que par les traits de la face; avec cette différence, que l'expression, air gai ou doux, est moins familière que l'autre , et représente une gaieté et une douceur moin» concrètes en quelque sorte , moins altachées au matériel de la personne, et consistant plus dans ses manières.
— Avoir une physionomie gaie ou douce , un visage gai ou doux , c'est présenter sur la face seulement des signes de gaieté ou de douceur certains, ou au moins dont on ne doute pas. Mais ensuite , la gaieté ou la douceur marquée sur la physionomie est une qualité permanente , qui ne se découvre pas toujours du premier coup; celle que montre le visage est un état passager dont les marques se voient et se comprennent d'abord.
2° Port , prestance , représentation , — maintien , contenance. Le port , la prestance et la représentation sont entièrement physiques, et indiquent la manière dont nous sommes , dont nous apparaissons quant au corps ; le maintien et la contenance sont le résultat des efforts de l'esprit qui se domine, et impose une tenue au corps, ce sont des attitudes déterminées par des dispositions de l'âme. D'ailleurs le maintien et la contenance ont cela de particulier qu'ils se rapportent aux traits de la face en même temps qu'au reste du corps.
Port, prestance, représentation.
Le port est la manière dont on se porte , l'ensemble du corps en mouvement, la proportion des membres , la tournure , et la taille d'une personne qui marche. Dorante, dans les Fâcheux de Molière , parle d'un cheval court-jointé,
Et qui fait dans son port voir sa vivacité. « Que demande un port gracieux? un maintien droit sans affectation , une attitude aisée , une contenance gaie et modeste , une démarche ferme sans pesanteur et légère sans précipitation. » P. A.
— La prestance (prx stare, se tenir debout devant) se dit de l'extérieur d'une personne en repos; c'est une sorte de maintien imposant qui dépend tout du corps. De plus, ce mot est assez rarement pris en bonne part , soit qu'il suppose une grande corpulence , ou qu'il marque de l'affectation , un effort pour se donner de la gravité ou pour paraître supérieur aux autres. «Le vulgaire appelle majesté une certaine prestance et une pompe extérieure qui l'éblouit. » Boss.
Quelqu'ur des courtisans lui dit qu'à la potence
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
Il voulait l'aller voir, et que, pour un pendu , Il aurait bonne grâce et beaucoup de prestance.
Laf.
a. Le page fit semblant d'admirer ce Narcisse , et lui dit avec un feint transport : En vérité , seigneur don Côme , vous avez la mine d'un prince. Je vois tous les jours des grands superbement vêtus; cependant, malgré leurs riches habits, ils n'ont pas votre prestance.» Les. — La.représentation est l'extérieur ou la figure d'une personne qui représente bien ou est propre à bien représenter dans une haute place, dans un rang élevé. «Le duc de La Force avait une grande politesse.... Cependant il savait souvent employer bien à propos cette représentation extérieure qui fait les grands. » Montesq. «Ce duc d'Arcos était un homme d'une belle et noble représentation, sa femme aussi , très-riche et très-magnifique. » S. S. «Maisons, président à mortier, était un grand homme, de fort belle représentation.» Id.
Une personne marche devant vous, vous la reconnaissez à son port. Vous attribuez de la prestance à un homme qui a de l'embonpoint . et qui est posé ou campé devant vous avec aplomb. Un magistrat ou un grand a une belle représentation.
Maintien, contenance.
Tenue, manière dont se tient volontairement un homme qui se possède et est maître de luimême. Us diffèrent de deux manières principales.
D'abord le maintien, proprement la tenue des mains,' est une manière de se tenir habituelle; chaque état a le sien : il y a un maintien soldatesque (J. J.), un maintien sacerdotal (Mass.). le maintien cafard ou effronté des moines (J. J.); on reconnaît un poète à sa mine discrète et à son maintien jaloux (Boil.). — Contenance , pouvoir ou action de se contenir, de ne pas se laisser troubler, embarrasser, intimider, de garder son sang-froid , désigne la manière accidentelle dont une personne se tient. — N'avoir pas de maintien est une expression générale qui s'étend à tous les cas; on perd contenance dans l'occasion. L'un a rapport à l'état , et l'autre à la situation. On dit un homme à maintien débonnaire (Regn.), par exemple, et on rapporte, dans une circonstance particulière, que « on s'est placé aux fenêtres pour observer les traits et la contenance d'un homme condamné à mort.» La.br. On prend ou on perd un maintien peu à peu , à la longue : « L'air du monde prend insensiblement la place du maintien sacerdotal. » Mass. On se fait une contenance dans un moment: a M. de Marsillac arriva avant-hier (pour voir son père qui était très-malade); il fut longtemps à se faire une contenance et un visage; il entre enfin et trouve M. de Larochefoucauld dans cette chaise , etc. , » SÉv. — « Le valet de chambre me fit de ces ecclésiastiques des portraits qui ne s'accordaient guère avec leur maintien.... Je ne fus plus embarrassé de ma contenance avec ces messieurs: dès le soir même, en soupant, je me parai comme eux d'un dehors sage. » Les.
Ensuite , on a un maintien noble , décent , réservé , modeste , et on fait bonne contenance , ou on a une contenance fière , assurée , ferme , intré-
pide. Le maintien fait qu'on impose, et la contenance montre qu'on ne s'en laisse pas imposer. Avec du maintien on garde une attitude digne , on est bien ; avec de la contenance on n'est pas intimidé , on est ferme. Tel a le maintien d'un homme d'honneur ; tel autre , la contenance d'un héros. Le maintien suppose de l'éducation, de l'honnêteté dans l'âme et dans les manières , de la gravité : la contenance suppose du caractère , de la résolution. C'est plutôt à la s.ociété et au commerce du monde que le maintien se rapporte ; c'est dans un danger quelconque ou devant un ennemi qu'on a telle ou telle contenance.
« Soyez simple dans votre habillement et dans tout votre maintien. » Boss. « Cet écrivain a fait consister la décence dans un maintien tranquille et composé. » Marm. « Ozmin surtout s'attirait les regards de l'assemblée par la grâce et la noblesse de son maintien. » Les. « Qu'Angélique cache de malice sous un moÀntien si doux 1 » Id. « En voyant le sénat, Cinéas avait cru voir une assemblée de rois , tant il paraissait de dignité , de grandeur et de majesté dans leur maintien. » Roll.
Hé ! la bonne effrontée ! à voir ce fier maintien, Ne la croirait-on pas une femme de bien? Mol. « Saint Louis rassure les siens ébranlés par ±a grandeur du péril, glace les ennemis par la fierté de sa contenance. » Mass. « Une contenance paisible au milieu de la certitude de la mort. » Delaf. « Je voyais , à sa contenance , que je lui faisais peur. » Les. « Jean Lapin dit d'un ton moqueur à ce lièvre fanfaron : Mon ami, je te voudrais voir avec cette belle fierté au milieu d'une meute de chiens courants ; Hercule fuirait bien vite , et ferait une laide contenance. » Fén. « Épcminondas se présenta de front au péril sans changer de contenance. » Roll.
AISÉ, FACILE. Qu'on n"a pas de peine à faire. Aisé est un adjectif pur. Quelle qu'en soit l'étymologie , et quoiqu'il se termine comme un participe passé , il n'a rapport à aucun verbe. Facile, de facere faire, est un adjectif verbal.
Ce qui est aisé l'est par sa nature , par sa constitution ou par son état; ce qui est facile l'est de fait ou effectivement. Une chose aisée n'a pas en soi de difficultés ; une chose est facile , lorsqu'il arrive de la faire sans trouver d'obstacles ou d'opposition. « L'entrée d'un port est aisée , lorsqu'elle est large et commode à passer (c'est une qualité); elle est facile, lorsque personne n'arrête au passage (c'est un fait). » Gir.
Aisé se dit des choses ou des actions absolument et en soi. « Il est aisé de découvrir les faussetés dans les questions de fait. » Pasc. Facile se dit relativement, dans un cas particulier, et par rapport à telle personne. « C'est là une question de fait qu'il sera bien facile de décider. » Id. « Quand vous dites cela , vous devriez empêcher que je ne le visse , puisqu'il m'est si facile d'y répondre. » Id.
Aisé a plutôt rapport à l'idée et à la théorie; et facile au fait et à la pratique ; différence nettement marquée dans le passage suivant où Voltaire répond aux détracteurs de Louis XIV : « Il est très-aùe de gouverner un royaume de son cabi-