‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 379 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

faite dans tous les sens au volume du corps ; avec cette différence qu'allégir se dit des grosses pièces comme des petites , et qu'amenuiser ne se dit guère que des petites. Le charpentier allégit la poutre qu'il équarrit, qu'il rend plus légère (allevat) en la dégrossissant ; le menuisier amenuise une volige ou d'autres objets aussi peu considérables.

L'action à' aiguiser a cela de propre, qu'elle porte , non pas sur tout le volume du corps , mais seulement sur ses extrémités , sur les bords ou sur le bout : sur les bords , quand on les met à tranchant sur une meule ; sur le bout , quand on le rend aigu avec la lime , le marteau ou un instrument tranchant. On aiguise un rasoir par l'un de ses bords , un grattoir par les deux, une pique ou une épingle par la pointe.

I. ALLIANCE , CONFÉDÉRATION , COALITION , LIGUE. — II. PARTI, FACTION, CABALE, BRIGUE, INTRIGUE, COMPLOT, CONSPIRATION, CONJU- RATION. Union de personnes dans des vues d'intérêt commun.

Il y a d'abord une différence palpable entre alliance , confédération , coalition et ligue , d'une part, et tous les mots suivants, de l'autre. L'alliance, la confédération, là coalition et la ligue sont des unions entre des puissances , des États ou des souverains pour défendre leur sûreté ou leurs intérêts , pour se soutenir mutuellement contre leurs ennemis. Ce sont aussi de tous ces mots les seuls auxquels correspondent des verbes réciproques , s'allier , se confédérer , se coaliser , se liguer. Tous les autres mots expriment , non plus des unions d'État à État , mais des unions entre des sujets, des citoyens dans l'État ou contre l'État.

I. Alliance . confédération , — coalition , ligue. Unions entre des rois ou des peuples.

Une différence considérable sépare l'alliance et la confédération de la coalition et de la ligue. On s'allie et on se confédéré par prudence, par précaution , dans la crainte d'un danger éventuel , pour se prémunir contre ce qui peut arriver , contre un ennemi qui viendra peut-être attaquer; mais on se coalise et on se ligue par nécessité, pour résister à un péril présent. L'alliance et la confédération unissent ou associent : la coalition et la ligue rassemblent. Les Gaulois qui avaient brûlé Rome envoyèrent des députés à Denys de Syracuse pour faire alliance avec lui (Roll.) , sans qu'il y eût actuellement urgence de se réunir ni possibilité de prévoir quand cela serait nécessaire ; mais les peuples d'Italie se voyant en danger, lorsque Denys attaqua ceux de Rhège, formèrent une puissante ligue j>our arrêter ses conquêtes (Roll.). — Alliance et confédération expriment un état de choses permanent . constant , qui n'a point de terme ; mais coalition et ligue désignent un état de choses passager, qui ne dure que tant que l'ennemi est debout , qui cesse aussitôt qu'on a atteint le but déterminé, fixe, unique, pour lequel on a momentanément réuni ses forces. Rien de plus évident que cette différence entre alliance et ligue , par exemple : ils ont le même radical , ligare , lier; mais ce radical, nu et dépourvu de terminaison significative dans ligue , est suivi

dans alliance d'une désinence qui marque la durée. — L'alliance et la confédération répondant à un besoin général dans l'avenir, et devant durer , annoncent un contrat , un traité , une union régulière ou revêtue de formes : on contracte une alliance, on fait un traité d'alliance, ou de confédération. Il n'en est pas de même de la coalition et de la ligue : comme elles se forment contre un péril particulier et présent, on ditfaire une coalition ou une ligue , et non pas faire un traité de coalition ou de ligue.

1° Alliance , confédération. Ces mots signifient entre des rois ou des peuples un état d'union qui leur assure au besoin un appui et des secours mutuels.

Mais l'alliance (du latin ad ligare , lier à , attacher à) , unit proprement ; et la confédération (de cum, avec, et de fœdus, pacte, convention), associe. L'alliance est une union d'amitié fondée sur un traité de paix ou sur les liens du sang entre les souverains ; la confédération est une union d'intérêt fondée sur le besoin que divers Etats ont les uns des autres. Les alliés sont des amis: et les confédérés , des associés. Des peuples alliés vivent en bonne intelligence , n'entreprennent rien les uns contre les autres , et , en cas d'attaque , sont disposés à prendre parti les uns pour les autres , comme des parents ou les membres d'une même famille. Des peuples confédérés ont des intérêts communs qu'ils défendent conjointement , et , en cas d'attaque , ils se sont engagés par des arrangements étroits et forts à faire cause commune comme les membres d'une même société. L'alliance ne fait guère que garantir la non-hostilité, la bienveillance, des dispositions favorables , des relations pacifiques ; la confédération fait qu'on peut compter sur des secours effectifs , réglés , certains. « Il y a entre les hommes un commerce de besoin pour emprunter ce qui nous manque: sagesse de Dieu dans le partage des biens , afin que les besoins mutuels fissent l'alliance et la confédération des peuples. » Boss. a Ces ambassadeurs paraissaient n'avoir d'autre objet que de renouveler les anciennes amitiés, alliances et confédérations.» Cond. — Ensuite, et c'est ici la principale différence, l'alliance est contractée par deux ou quelques grandes puissances, ou bien avec une grande puissance; au lieu que les confédérations se forment entre un plus grand nombre de puissances, mais secondaires , entre plusieurs petits États , entre des provinces ou des villes, qui cherchent dans le nombre une ressource contre la faiblesse, qui mettent leurs forces en commun , afin de pouvoir réunies soutenir leur indépendance , et se défendre contre un ennemi contre lequel elles ne sauraient lutter séparées. «Les Lucaniens sollicités par les Tarentins, avaient abandonné l'alliance des Romains et s'étaient joints aux Samnites. Les Vestins étaient entrés dans la même confédération; et la république regardait déjà comme autant d'ennemis les Marses , les Péligniens et les Maruciniens. » Cond. a L'arrivée de César n'intimida point les Vénètes , mais les uorta à se fortifier d'un plus grand nombre aVches, ils y réussirent si bien , que tous les peuples d^ ta

SYNONYMES A RADICAUX DIVERS

côte, depuis Nantes jusqu'aux embouchures du Rhin, entrèrent dans la confédération. » Roll.

2° Coalition , ligue. Union ou plutôt jonction armée de souverains ou d'États pour exécuter , par un concours d'opérations , une seule entreprise commune , pour repousser ou pour abattre un ennemi puissant , qui actuellement menace de les accabler tous.

Coalition est un mot de création récente , formé du latin coalescere, croître avec, grandir, se joindre, se réunir. Il paraît s'être appliqué surtout au soulèvement de toutes les puissances européennes contre Napoléon quelque temps avant sa chute. Il est destiné par conséquent à représenter une ligue formidable , générale , formée entre plusieurs grandes puissances pour s'opposer à l'ambition et aux progrès d'un monarque ou d'un conquérant qui tend à tout envahir ou à tout asservir. On le dirait bien de la ligue que firent contre Louis XIV la plupart des grands États de l'Europe à l'époque de la succession d'Espagne. Il y a, au contraire, des ligues de toutes sortes, des petites comme des grandes, et peut-être même des petites plutôt que des grandes. En effet , la ligue a beaucoup de rapport avec la confédération ; seulement elle n'est pas durable comme cette dernière et suppose qu'on a présentement et pour un seul exploit les armes à la main. « On a cherché des remèdes à ces inconvénients , la tyrannie et la guerre , par les ligues et confédérations. » J. J. La confédération helvétique a commencé par être une ligue des cantons de la Suisse contre l'oppression de l'Autriche. La ligue a si peu l'étendue et la généralité de la coalition , qu'elle est quelquefois dans un seul État le fait d'un parti qui prend les armes contre un autre ou contre le souverain. La ligue ou la sainte ligue , à la tête de laquelle était le duc de Guise , avait pour objet de défendre la religion catholique contre les huguenots en France. «Le pontife Joïada et les grands firent une sainte ligue pour rétablir Jo::s dans son trône. » Boss.

Te voilà , séducteur, De ligues, de complots , pernicieux auteur.

(Atbalie à Joad.) Rac.

— Coalition semble ensuite marquer particulièrement que les peuples ou les souverains qui se prêtent la main contre l'ennemi commun sont du reste opposés et le redeviendront aussitôt après l'exécution de leur projet. Telle fut la coalition de César et de Pompée (Lâh.) pour détruire à Rome le gouvernement républicain. Dans nos chambres législatives on dit qu'une coalition se forme, quand des partis très-divers, les plus divers, se réunissent momentanément pour en renverser un autre qu'ils redoutent également.

Page 1