DEUXIÈME PARTIE
(Laf.), une histoire (Labr., Volt.) apocryphe excite et doit exciter des doutes; un miracle (Bourd.), un acte (Acad.) supposé, une lettre (Volt. , d'Al. , Marm. ) , une pièce (J. J. , Cond. , Lah.), une loi (Volt.), une charte (Id.) supposée, ont été controuvés ou fabriqués.
APOLOGIE, DÉFENSE, JUSTIFICATION. Action de soutenir ou ce qu'on dit pour soutenir une cause quelconque , l'innocence , le droit de quelqu'un.
Apologie , mot grec , se dit particulièrement en termes de littérature et de doctrines. La plupart des préfaces sont des apologies qui ne réussissent guère (J. J.). « On laisse imprimer au milieu de Paris , et avec approbation de certains docteurs , la théologie, de M. Habert , et ensuite ses apologies.» Fén. «Le livre des Maximes n'est qu'une apologie cachée du quiétisme. » Boss. Dans ses Éloges historiques , d'Alembert arrivant à M. de Clermont- Tonnerre , dit : « L'opinion publique traite avec si peu de faveur l'évoque de Noyon , qu'il a malheureusement beaucoup plus besoin d'une apologie que d'un éloge. »
Mais ce mot appartenant aussi au langage commun, c'est comme tel surtout qu'il demande à être examiné.
Il a d'abord signifié spécialement des écrits composés par les premiers chrétiens pour la défense du christianisme, en vue de détruire les imputations vagues , les calomnies dont il était l'objet.
De là le sens ordinaire du mot apologie , et ce qui le distingue de défense.
V apologie suppose des reproches généraux qui font tort à la réputation, des bruits répandus dans le public , des rumeurs ; la défense répond à une accusation expresse et précise qui la rend nécessaire. L'apologie n'attend pas la provocation , c'est une sorte d'éloge spontané , comme on peut le voir par le passage de d'Alembert rapporté ci-dessus ; la défense, au contraire, repousse une attaque , c'est une réfutation catégorique. J] apologie s'adresse au public , la défense aux juges. Un bomme contre lequel il existe des préventions dans le monde a besoin d'apologie; un homme cité devant les magistrats a besoin de défense. V apologie a un champ plus vaste ; vous faites Y apologie d'un homme dont on pense et dont onparle mal -, vous en dites du bien , et vous tâchez d'en donner une bonne opinion. La défense est plus resserrée : vous prenez la défense d'un accusé , et vous combattez les inculpations dont on le charge. Une bonne apologie fait estimer; une bonne défense fait absoudre. — De plus , comme Y apologie se propose d'éclairer le public , c'est plutôt un écrit, quelque chose que l'impression fait subsister et qu'elle répand. Laharpe appelle apologies les défenses publiées par Pélisson en faveur de Fouquet. «Les plus savants ministres protestants entreprirent la défense de la doctrine de la grâce universelle. Daillé en fit Yapologie , où Blondel mit une préface. » Boss. « On tremble que Jean- Jacques n'écrive pour sa défense; chacun paraît agité de l'effroi de voir paraître de lui quelque apologie.» J. J.
Vapologie et la défense diffèrent de même de
la justification: ce sont des moyens employés pour y arriver. En faisant Yapologie, et en prenant la défense , on travaille à la justification. L'apologie et la défense sont habiles ; la justification est pleine (Pasc.) ou entière (Boss.) « L'apologie en fait de procédés qui n'est pas forcée n'est dans l'esprit du public que la précaution d'un coupable : il en résulte tout au plus une excuse, rarement une justification. » Ducl. a Cicéron défendit Milon , mais il ne put parvenir à le justifier. » D'Al. Cette distinction est si vraie , qu'il y a d'autres moyens de justification que Yapologie et la défense, et, par exemple, des pièces justificatives, des dépositions de témoins, des indices de toutes sortes, le temps, etc. — Mais justification se prend aussi , comme ses synonymes , pour désigner le travail et les. efforts qui tendent à blanchir, à disculper, à faire voir qu'on est juste ou qu'on a raison. Alors il annonce seul une preuve , une démonstration complète , ou l'assurance du succès, ce Une justification si évidente ne fut point reçue. » Volt, a Le roi , à qui ses grands emplois ne laissaient pas le temps de lire les nombreuses justifications des jansénistes , crut qu'ils étaient dans l'erreur. » Rac.
l°APOPHTHEGME, APHORISME, AXIOME; — 2° MAXIME , SENTENCE ; — 3° PROVERRE , ADAGE. Pensée remarquable, brièvement énoncée.
1° Apophthegme , aphorisme, axiome.
Ces trois mots sont pris du grec , àiroçôsy^a , àcpopia-jjLocj, à^o>[xa. Cela seul suffit pour les faire mettre à part , l'ancienneté et la noblesse de leur origine devant nécessairement produire quelque effet sur leur sens.
Apophthegme, de àivo^éy^ec^a: , prononcer avec emphase , signifie une parole excellente , un dit mémorable d'un ancien ou des anciens. « On pourrait donner à traduire aux enfants qui commencent à étudier le latin quelques apophthegmes des anciens, quelques histoires tirées de l'Écriture sainte , comme celles d'Abel et de Joseph. » Roll. « Diogène Laërce a écrit en dix livres les vies des philosophes, dont il rapporte avec soin les sentiments et les apophthegmes. » In. « Quelques-uns ne goûtent que les apophthegmes des anciens, et des exemples tirés des Romains , des Grecs , des Égyptiens. » Labr. ce L'illustre don Ignacio, professeur et compilateur , passait presque toute la journée à lire les auteurs hébreux , grecs et latins, et à mettre sur un petit carré de papier chaque apophthegme ou pensée brillante qu'il y trouvait.» Les. ce II possédait, depuis son jeune âge , cent dix-huit apophthegmes tirés des anciens , qu'il employait dans les occasions brillantes. » Montesq. — Que si Yapophthegme ne vient pas de l'antiquité , il est digne d'en venir , il a été dit à la manière des anciens, ce Soyez bref , tranchez-moi votre discours d'un apophthegme à la laconienne.» (Le docteur Pancrace à Sganarelle. Mariage forcé). Mol. ce Le roi de Prusse dit au sujet de ma faveur et de ma fortune : Laissez faire , on presse l'orange et on la jette quand on a avalé le jus. La Métrie ne manqua pas de me rendre ce bel apophthegme digue de Denys de
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
Syracuse. » Volt, a Je préfère à ce beau discours Yapophthegme de Montaigne : Ne regarde pas qui est le plus savant , mais qui est le mieux savant. » Id. — Quelquefois ce mot se prend en mauvaise part, et emporte une idée de pédantisme. « Nous ne pouvions nous tenir de rire à la gravité magistrale avec laquelle M. Marcel (célèbre danseur) prononçait ses savants apophthegmes. » J. J. Montesquieu, ayant appris qu'un ambassadeur s'était déclaré contre Y Esprit des lois , écrivit à ce sujet : « Il faut pardonner à des ministres , souvent imbus des principes du pouvoir arbitraire , de n'avoir pas des notions bien justes sur certains points, et de hasarder des apophthegmes. ■» « Un des apophthegmes de la vanité gothique , c'est qu'en France on ne connaît de noblesse que celle de l'épée. » D'Al.
Aphorisme , primitivement distinction , détermination , définition , a désigné ensuite et désigne encore aujourd'hui des décisions ou des prescriptions contenues dans des traités scientifiques , principalement dans des traités de médecine : les aphorismes d'Hippocrate (Acad.), de Boërhaave (Volt.). « Les médecins nous enseignent que ces funestes complications de symptômes et de maladies qui déconcertent leur art et démentent si souvent leurs anciens aphorismes , ont leur source dans les plaisirs. » Boss. « On a de Mahomet quelques aphorismes de médecine. » Volt. « On peut appeler la définition que Platon a donnée du plaisir et de la douleur un excellent aphorisme de physiologie. » Lah. «J'ai fait souvent sur moi l'expérience de cet aphorisme d'Avicenne ou de Galien, que de manger avant l'entière digestion des premiers aliments, c'est exposer sa santé.» Les. ce Pour peu que Ton mange , disais -je , ne mange- t-on pas toujours assez? Je louais, dans ma mauvaise humeur, des aphorismes que j'avais jusqu'alors fort négligés. » Id.
V axiome, du verbe àcjioùv, estimer, juger, tenir pour constant, n'est ni un dit notable d'un ancien ou tel que ceux des anciens , comme Yapophthegme , ni un précepte, une proposition dogmatique relative à la santé surtout, comme Y aphorisme, mais une vérité générale qui fait autorité , un principe évident par luimême, qui n'a pas besoin d'être démontré, qui sert de point de départ à un raisonnement ou dans une science de raisonnement. «Les propositions universelles , connues par elles-mêmes , s'appellent axiomes , ou premiers principes. » Boss. ce L'art de persuader exige qu'on propose des principes ou axiomes évidents , pour prouver les choses dont il s'agit. » Pasc. « Les définitions des choses sont de véritables propositions qui ont besoin d'être prouvées , à moins qu'elles ne soient claires d'elles-mêmes comme des axiomes.» P. R. a Nul axiome n'a jamais été plus universellement reçu que celui-ci : Rien ne se fait de rien. » Volt. ce Toutes vos preuves contraires tirées de plus loin se brisent contre cet axiome qui m'entraîne irrésistiblement, que la même chose ne saurait être et n'être pas. » J. J.
2° Maxime , sentence.
Ces deux mots ne viennent point du grec,
comme Jes précédents ; aussi n'ont-ils aucun air d'antiquité ni de science. Ils expriment le résultat d'observations faites sur les hommes dans le commerce du monde , et se rapportent à la conduite de la vie.
Maxime , maxima (res) , ce qu'il y a de plus grand-, de plus important, indique la valeur de la pensée pour la pratique; et sentence, de sententia , opinion , proposition , vote , sentence , arrêt, en marque l'expression. On suit une maxime, et non une sentence; un homme a pour maxime et non pour sentence que.... Mais on prononce une sentence : ce N'attendez pas du prince de Condé de ces magnifiques paroles qui ne servent qu'à faire connaître les efforts d'une âme agitée; il ne sait ce que c'est que de prononcer de ces pompeuses sentences. » Boss. On dit une bonne maxime, et une belle sentence; une maxime pernicieuse , et une sentence obscure ou équivoque. Relever les maximes d'un livre , c'est l'attaquer comme dangereux, le censurer; en relever les sentences , c'est l'attaquer comme mal écrit , le critiquer. La maxime se considère quant au fond, quant à l'utilité dont elle peut être comme règle; la sentence se considère quant à la forme, au point de vue littéraire ou oratoire, ce Le mépris que mes méditations m'avaient inspiré pour les mœurs, les maximes et les préjugés de mon siècle , me rendaient insensible aux railleries de ceux qui les avaient , et j'écrasais leurs petits bons mots avec mes sentences. » J. J. Toutes les bonnes maximes sont dans le monde , on ne manque qu'à les appliquer (Pasc); Racine fait dire au sentiment ce qu'au temps de Corneille on n'exprimait guère qu'en sentences , défaut brillant qu'on imitait de Sénèque (Volt.).
3° Proverbe, adage.
Latin , proverbium , adagium. Le proverbe et Y adage sont des maximes communes , qui se trouvent dans la bouche de tout le monde. Aussi ces deux mots ont-ils quelque chose de populaire et de familier, qui les met au-dessous des précédents, et par là même les en distingue, a Un proverbe bas est retenu par le commun des hommes plus aisément qu'une maxime noble. » Volt. ce II faut distinguer dans les vers de Boileau ce qui est devenu proverbe d'avec ce qui mérite de devenir maxime. Les maximes sont nobles , sages et utiles , elles sont faites pour les hommes d'esprit et de goût, pour la bonne compagnie. Les proverbes ne sont que pour le vulgaire , et l'on sait que le vulgaire est de tous les états. » Id. ce Les sentences sont les proverbes des honnêtes gens , comme les proverbes sont les sentences du peuple. » Boim.
Proverbe est le mot ordinaire , mot aussi fréquemment usité que celui de verbe, d'où il dérive : proverbe , c'est - à - dire verbe , pro , en avant, dehors, en public. Adage, au contraire, n'ayant pas d'analogue dans notre langue, ne s'y dit que rarement, savoir quand il est question d'un proverbe ancien. Sous le titre d'Adages , Érasme a fait un recueil des proverbes de la langue grecque et de la langue latine, a Ne peut-on pas vous appliquer Yadage ancien : Bat veniam corvis?» Beaum. ce Cela est incontestable