DEUXIÈME PARTIE
comme cet adage si connu : Sublata causa , tollitur effectus. a> Lah. Sous ce rapport, il y a de la ressemblance entre Yadage et Yapophthegme. a. C'est comme diseur d'apophtegmes et de bons mots que Figaro dit : quand on cède à la peur du mal, on ressent déjà le mal de la peur... , et tous les adages de cette espèce. » Id.
De proverbe ancien à vieux proverbe la transition est facile. <x On trouve dans d'Alembert de petites idées communes aiguisées en épigrammes , de vieilles anecdotes rajeunies, de vieux adages renouvelés. » Lah.
Au peu d'esprit que le bonhomme (l'abbé Trublet) avait,
L'esprit d'autrui par supplément servait;
Il entassait adage sur adage ,
Il compilait, compilait, compilait. Volt.
Enfin , adage , dans son genre , comme apophthegme dans le sien, se prend volontiers en mauvaise part : il signifie alors un proverbe de gens et plus ordinairement de savants qu'on méprise , ou qu'on dénigre, « Par bonheur , les adages de ces philosophes, qui arrangent l'avenir comme le présent , ne dérangent point le plan de la Providence. » Lah. « De là est venu ce bel adage de morale , si rebattu par la tourbe philosophique , que les hommes sont partout les mêmes , qu'ayant partout les mêmes passions et les mêmes vices , il est assez inutile de chercher à caractériser les différents peuples. » J. J.
APOTHÉOSE , DÉIFICATION. Action de diviniser, de -faire dieu, d'élever au rang des dieux.
Apothéose est grec , et déification latin ou fait du latin. Le premier de ces mots exprime quelque chose d'éclatant et de solennel; le second signifie un acte, un événement, mais d'une manière abstraite, sans le dépeindre. Après la mort des empereurs romains , on célébrait leur apothéose avec magnificence, et tous les honneurs divins en étaient la suite ; rien de plus inconcevable et de plus absurde que la déification des bêtes et des légumes chez les Egyptiens.
On prépare une apothéose, c'est une cérémonie ; on parle du temps plus ou moins prochain d'une déification , c'est un simple fait. « Voilà un homme (Condé) , le plus extraordinaire qui ait jamais mérité d'être mis au nombre des dieux.... On prépare son apothéose au Parnasse; mais, comme il n'est nullement à propos de se hâter de mourir pour se voir bientôt placé dans le rang des immortels , M. le Prince laissera passer encore un nombre d'années avant le temps de sa déification ; car de son vivant il aurait de la peine à y consentir. » Laf.
APPARENCE , AIR , DEHORS , EXTÉRIEUR , ÉCORCE , SURFACE , SUPERFICIE. Ces mots sont tous synonymes quand ils sont pris dans une acception très-générale pour signifier, dans les choses, ce qui se montre d'abord aux regards, par opposition à ce qui en est plus éloigné. Ne voir dans les choses que l'apparence, que l'at'r, que le dehors, que l'extérieur, que Yécorce, que la surface ou la superficie; s'en tenir, s'arrêter à Yapparence, à Y air, au dehors, à Yextérieur, à Yécorce, à la surface, à la superficie.
Mais Yapparence, Y air et le dehors ne font pas
partie de la chose ; au lieu que Yextérieur , Yécorce , la surface et la superficie sont de la chose : c'en est la partie qui ressort, celle qui se trouve à la plus grande distance du centre et qui sert d'enveloppe aux autres. De là une première distinction.
Apparence, air, dehors. — Apparence et air diffèrent beaucoup de dehors. Ce sont des termes abstraits, relatifs à l'esprit qui voit, plutôt qu'à l'objet vu : ce n'est rien de concret dans une chose , que son apparence ou son air ; c'est son aspect , c'est sa manière de se présenter à nous Le dehors, au contraire, a rapport à l'objet, quoiqu'il n'entre pas dans sa constitution; c'est quelque chose qui l'entoure et comme son vêtement. A l'égard d'une maison , une apparence ou un air de magnificence indique l'effet produit sur nous par la vue de cette maison ; et des dehors magnifiques se dit en parlant de choses qui environnent cette maison, comme jardins, cours., avenues, fossés. Une maison a l'apparence ou l'air d'un château, c'est-à-dire le paraître; on dirait un château : elle en a les dehors , c'est-à-dire le? entours réels. De même, un homme qui a une apparence ou un air de piété , semble pieux; et celui qui a des dehors de piété , pratique certaines dévotions qui sont comme l'enveloppe de la piété. Le religion a ses dehors , ses cérémonies , comme son extérieur , auxquels elle tient ; on ne dirait pas en ce sens qu'elle a son apparence ou son air. Cet homme m'a Voir ou a un air prévenant, je ne sais si je me trompe : il a les dehors prévenants , il me plaît déjà par cela seul. V apparence et Yair peuvent être faux; les dehors peuvent être trompeurs. « Le commerce du monde ou la politesse donnent les mêmes apparences, font qu'on se ressemble les uns aux autres , par d es dehors qui plaisent réciproquement. » Labr.
D'autre part, il y a une différence manifeste entre Yapparence et l'air. L'apparence est plus incertaine ; elle suppose qu'on voit les choses de plus loin et avec plus de chance d'illusion. Nous ne nous laissons pas prendre à une apparence de bonté ou de douceur; un air de bonté ou de douceur nous attire. Une apparence de courage annonce un poltron; un air de courage inspire de la confiance.
Dehors , extérieur. — Le dehors , qui ressemble à Yapparence et à l'air, en ce qu'il est hors de la chose , étranger à la chose , et qui en diffère en ce qu'il se rapporte néanmoins à la chose, se rapproche de Yextérieur par ce dernier trait. Les dehors et Yextérieur dune maison, de la religion, de la vertu, de la probité, tiennent à ces choses, en sont des dépendances : c'est de ces choses ce par quoi elles frappent la vue. Mais le dehors n'est que relatif à l'objet, et l'extérieur en fait partie. Les jardins, les cours et le parc constituent le dehors d'un château-, les toits et les murs en sont Yextérieur. a L'autel du tabernacle était revêtu d'or pur , les dehors en étaient brillants. » Mass. « Les Pharisiens étaient soigneux de laver Yextérieur du vaisseau. » Boss. « Jamais la montre ne fut si belle; jamais les dehors du culte plus solennels; jamais tant d'extérieur de dévotion , et jamais peut-être moins de piété. »
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
Mass. — De même, au figuré, dehors signifie un accessoire , quelque chose d'ajouté , d'emprunté , une couverture, un manteau; et extérieur, la partie visible de la chose , ce qui de la chose se voit par opposition à ce qui ne se voit pas. Les dehors de la piété signifie presque toujours une piété affectée; un dehors plâtré (Mol.). L'extérieur de la piété exprime seulement une piété toute en dévotions. Avec des dehors de piété , on peut n'avoir pas de piété , mais seulement le masque de la piété; avec V extérieur de la piété, on peut n'avoir pas l'essentiel de la piété, la piété du cœur, mais seulement les pratiques. L'hypocrite « a des dehors affectés et pieux , par lesquels il s'efforce de duper les hommes. » Regn. Le peuple ou le vulgaire s'attache à l'extérieur de la religion (Volt.). Au premier manque la piété , il n'en a que le masque ; au second manque la piété véritable , il n'a de la piété que la forme visible , la partie extérieure. Il en est de même des dehors par rapport à l'extérieur de l'amitié , de la modestie , de la probité. Avec les dehors, on est plus éloigné de ces vertus qu'avec l'extérieur.
Écorce. — L'écorce est dans les arbres la première partie , celle qui se voit et couvre les autres. Au figuré, c'est l'extérieur, mais un extérieur vil , rude et grossier , comme est l'écorce relativement au corps de l'arbre. Le paysan du Danube n'avait de grossier que l'écorce. « Le modèle du jeu de l'Arlequin est la souplesse et la gentillesse d'un jeune chat , sous une écorce de grossièreté. » Marm. ce Le maréchal d'Huxelles , homme d'autant plus délié que , sous une grossière écorce de paresse et d'indifférence , il cachait sa dextérité. » Id. « Voilà la vraie immolation de l'homme tout entier (celle de l'esprit et du cœur) ; car tout le reste n'est pas l'homme , ce n'est que le dehors et l'écorce grossière. » Fén. Rossuet oppose souvent dans des écrits dont il parle ce qu'il appelle l'écorce de la lettre à une autre partie plus relevée , qui est le sens ou l'esprit. « Les Juifs, trompés par l'écorce de la lettre , attendent le Messie comme un puissant roi. » ce Ainsi la note demeure avec Grotius dans l'écorce de la lettre, et les critiques n'en savent pas davantage. » — Au surplus , comme ce mot est assez rare au figuré , il est bon de ne l'y employer qu'en rappelant son origine par le sens de la phrase. « Les Pharisiens s'attachaient à l'écorce de la pénitence , tandis qu'ils en laissaient les fruits. » Bourd. a II faut aimer cet extérieur de l'église : c'est l'écorce ; mais c'est sous l'écorce que se coule la bonne sève de la grâce et de la justice , et l'arbre ne se nourrit plus , quand elle en est dépouillée. » Ross, ce Dans les grands se cache une sève maligne et corrompue sous l'écorce de la politasse. » Labr.
Surface, superficie. — Surface et superficie désignent, comme extérieur, la partie extrême, la partie visible, et qui embrasse les autres. Mais, au propre , ils ne se disent ni de l'homme , ni des objets de l'art, tels que les édifices, mais seulement des objets naturels, des corps, de la matière. Ensuite , la surface et la superficie ne sont pas comme des enseignes ou des indices , comme une montre de ce qui est au delà , et c'est pour-
quoi on ne dit point la surface , ni la superficie , comme on dit l'extérieur de la piété ou de la vertu. L'extérieur est opposé à l'intérieur; la surface et la superficie le sont à des couches suivantes de plus en plus rapprochées du centre. Ne vous en tenez pas à l'extérieur, voyez au dedans, allez au delà; ne vous en tenez pas à la surface ou à la superficie, approfondissez, allez plus avant.
Quant à surface et à superficie, ils diffèrent comme au propre. Superficie, étant primitivement un terme de science, abstrait, ne se dit figurément que dans un sens tout théorique pour exprimer une légère connaissance des choses. « Si vous voulez étudier le monde , ne fréquentez pas de jeunes étourdis qui n'en voient que la superficie. » J. J. a Pendant l'enfance, la puissance de réfléchir ne compare que des superficies , ne combine que de petites choses. » Buff. ce M. de Mairan possède en profondeur ce que M. de Fontenelle avait en superficie. » Volt. Surface, au contraire , rappelle une chose qui , considérée matériellement , peut n'être qu'effleurée ou touchée de couche en couche jusqu'à son fond. Ce mot est relatif à l'action et non pas à la connaissance, a La prédication fera entrer dans le fond du cœur ce qui ne fait qu'effleurer la surface de leur esprit. » Fén. ce Tout en moi, jusqu'aux meilleures actions, est infiniment éloigné de la perfection , parce que je n'approfondis pas , parce que je ne pratique que la surface des préceptes. » Id. D'Aguesseau dit que l'esprit, le bel esprit, celui qui sert de voile favorable à la paresse du magistrat , « est une superficie agréable , mais sans profondeur et sans solidité. » Ailleurs, il définit la bienséance ce la surface lumineuse de la vertu. »
L'apparence et l'air , c'est le paraître : ne vous arrêtez pas à l'apparence et à l'air ; ils pourraient être faux , l'apparence surtout ; ne vous en tenez pas à une première impression , approchez et examinez. — Le dehors et l'extérieur, c'est l'enveloppe ; tous deux sont opposés au dedans : ne vous arrêtez pas au dehors et à l'extérieur; ils peuvent être trompeurs , le dehors surtout. Pour le dehors , regardez dessous , voyez le contenu et non pas seulement le contenant; voyez la chose elle-même , et non pas seulement ce qui la couvre; ce pourrait bien n'être qu'un manteau ou un masque , une pure affectation. Pour l'extérieur, voyez si l'intérieur, l'esprit, les sentiments y répondent; ce qu'on voit d'une chose n'est pas toujours un bon garant de ce qu'on ne voit pas. — L'écorce est une première partie opposée à une autre plus noble qu'elle recouvre : ne vous arrêtez pas à l'écorce, pénétrez au delà de cette partie grossière.— La surface et la. superficie sont le dessus opposé aufond , une première couche opposée à d'autres en allant en bas ou vers le centre. Ne vous arrêtez pas à la surface : approfondissez, enfoncez, ne faites pas qu'effleurer. Ne vous arrêtez pas à la superficie : que votre intelligence approfondisse et pousse ses recherches plus avant.
APPARENCE, VRAISEMBLANCE, PROBABILITÉ, PLAUSIBILITÉ. Qualité des choses' qui peuvent