‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 398 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

plantes y sont maigres , maïs elles y viennent. Il se peut même absolument que la sécheresse ne soit pas un défaut, ce On dit que les années sèches en ces pays sont ordinairement les meilleures. » Boss.

Donc , de toutes les manières , aride enchérit sur sec. « Une terre sèche et aride.» Bourd. «Un arbre sec et aride. » Mass. ce La sécheresse et Yaridité du sommet du Vésuve.» Buff. «Nous regrettons tant de belles et bonnes choses qui revenaient de votre aimable Comtat et vous voyons avec peine rentrer dans la sécheresse et Y aridité des revenus. » Sév.

Au figuré , les différences sont à peu près les mêmes. Aride regarde le fond, sec la forme. Un sujet est aride quand on n'en peut rien tirer : « Une matière aride et infructueuse. » Labr. Un sujet est sec s'il n'est pas susceptible d'ornements : «Je vis bien que je ne rencontrerais pas de médiocres difficultés à mettre en vers un sujet si sec (l'équivoque). » Boil. Un auteur aride (Volt.) a peu de génie , peu d'invention ; un écrivain sec (Volt.) a peu de cette imagination qui sait embellir les idées et les présenter d'une manière intéressante. — Ou bien la sécheresse est un peu ou un commencement d'aridité. « Un hommage sec et aride. » Mass. «Le poëme de Lucain est sec et aride. » Volt. Un livre sec a peu d'attraits , un livre aride n'en a point. Une âme sèche , un cœur sec. aiment peu; une âme et un cœur arides n'aiment point. « Mon cœur auparavant si sec , si aride , si dur , ne résiste plus à l'action de Dieu. » Mass.

ARMES, ARMOIRIES. Signes symboliques ou héraldiques qui distinguent une personne , une famille , un pays , et qu'on a appelés de ces deux noms, parce que primitivement ces symboles étaient figurés sur les armes , sur le bouclier , sur l'écu, etc.

Armes est concret , et armoiries abstrait. Les armes d'un prince sont représentées sur la porte de son palais (Sév.) ou aux portières de son carrosse (Volt.) ; il y a eu, dans les siècles passés, des époques où les armoiries ont été sans caractères comme les âmes (Marm»). Armes est particulier et précis , les armes de France ; armoiries est général et vague , être versé dans la science des armoiries.

De plus , armes signifie quelque chose de simple , la figure représentée sur l'écusson ; au lieu qu'armoiries désigne les armes et tout ce qui y a rapport, la devise, l'écusson, sa forme, sa couleur et les accompagnements dont il est orné. On reconnaît un prince à ses armes , qui sont tel animal, ou tel objet naturel ou imaginé; le blason est l'art qui s'occupe de l'étude et de la composition des armoiries. Une couleuvre était les armes de Golbert (Volt.); un des souverains du Dauphiné avait mis un dauphin dans ses armoiries (Id.). Les armes de l'empire français sont un aigle tenant un foudre dans ses serres (Acad.) ; à l'occasion de l'histoire naturelle du coq ou du bœuf, des naturalistes vous racontent toutes les représentations qu'on en fait dans les hiéroglyphes et dans les armoiries (Buff.).

A auoi il faut ajouter qu'armoiries étant col-

lectif et représentant la chose avec les accessoires qui la rehaussent , est un mot plus relevé , plus pompeux, a J'entends dire des Saunions, même nom, mêmes armes.... Leurs livrées ne déshonorent point leurs armoiries. » Labr. Les armes distinguent un homme de quelque condition qu'il soit : « Qui connaîtra comme lui un bourgeois à ses armes et à ses livrées? » Labr. Les armoiries font admirer la magnificence et la splendeur d'un grand : ce Pour connaître ton peu de valeur , ô siècle vainement superbe , et tes dais , 6t tes Palustres, et tes couronnes, et tes manteaux, et tes titres , et tes armoiries , et les autres ornements de ta vanité , sont des preuves trop convaincantes. » Boss.

AROMATE, PARFUM. On appelle ainsi des choses qui sentent très-bon.

Aromate, grec àpto^a, vient de atpsiv et de ôa\uri , élever de l'odeur. Parfum est formé de fumus et de par, à travers. Aromate désigne la substance d'où s'élève l'odeur; et parfum l'odeur même , la senteur , le fumet qui s'élève de la substance. L'encens est un aromate : l'exhalaison agréable qu'il répand , quand on le brûle , est un parfum. «Dans cette société voluptueuse, Amazan sentit son cœur s'amollir et se dissoudre comme les aromates de son pays se fondent doucement à un feu modéré , et s'exhalent en parfums délicieux. » Volt.

Cette différence est considérable; car jamais aromate ne se prend pour signifier les émanations , les vapeurs sorties des corps et qui touchent immédiatement l'odorat : on ne dit pas Y aromate des fleurs , comme on dit le parfum des fleurs. — Mais la réciproque n'est pas vraie : parfum exprime quelquefois le corps d'où s'exhale une odeur agréable. Varomate alors n'en est pas moins facile à distinguer du. parfum : il appartient toujours et uniquement au règne végétal, au lieu que les parfums appartiennent aux différents règnes ou résultent d'une composition de l'industrie humaine. On compte parmi les aromates le gingembre, le genièvre, l'aloès, la cannelle, le citron, la menthe, le basilic, la lavande, le nard , la mélisse , la violette , la rose , le safran, le girofle, la muscade, le cumin, le storax, le benjoin, l'encens, le galbanum et la myrrhe. Les matières animales connues sous le nom de musc et de civette , ainsi que l'ambre gris, sont des parfums; et le même mot s'applique aux produits de la parfumerie.

Enfin , l'idée de la bonne odeur est essentiellement attachée à celle du parfum; c'est la seule chose qu'on considère en lui. Mais Yaromate peut être regardé sous d'autres points de vue , comme végétal, comme condiment ou comme remède. L'Arabie produit des aromates (Volt.) , cueillir des aromates (Marm.); on se sert des aromates, non-seulement pour composer des parfums , mais encore pour assaisonner les mets et pour préparer des médicaments.

ARRÊTER, RETENIR. Ne pas laisser aller.

Nous arrêtons une chose en mettant devant elle une barrière , une digue , un obstacle , qui la fait rester là. * La furie de la puissance mahométane n'est arrêtée que par des digues entr'-

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

ouvertes; ce sont les puissances chrétiennes, toujours cruellement divisées.» Boss. Nous retenons une chose en lui mettant un frein avec lequel nous la tirons en arrière et nous efforçons d'empêcher qu'elle nous échappe ou s'éloigne. « Vous avez un penchant au mal qui vous entraîne ; mais vous avez aussi un frein bien capable de vous retenir : c'est votre conscience. » Bourd.

1° Ce que nous arrêtons ne part pas de nous comme ce que nous retenons. Nous arrêtons en empêchant de passer outre, ce Les Perses craignaient peu les peuples du nord, qui étaient arrêtés par l'Araxe, rivière profonde.-» Montesq. Mais nous retenons en empêchant de sortir ou de partir d'auprès de nous, de nous quitter.

Nous aurons de la peine à retenir Agnès ;

Elle veut à tous coups s'échapper, et peut-être

Qu'elle se pourrait bien jeter par la fenêtre. Mol. On arrête' xm passant en l'empêchant d'aller plus loin ; on rétient un ami qui veut s'en aller. Vous arrêtez un cheval échappé que vous rencontrez dans la rue; vous retenez un cheval qui veut vous échapper. Nous arrêtons des coups qu'on nous porte; nous retenons des coups que nous voudrions donner. Nous arrêtons la vengeance, la colère , les plaintes de quelqu'un ; nous retenons notre vengeance , notre colère , nos plaintes, comme nous retenons notre langue, notre main , notre bras , nos transports.

2° Ce qu'on arrête est déjà en mouvement. a Arrêter un torrent dans son cours. » Regn. «Us fuiront jusqu'à ce qu'ils soient arrêtés par des mers, des fleuves, des montagnes. » Cond. Il se peut que ce qu'on retient ne se meuve pas encore.

C'est trop nous retenir, laissez-nous donc partir. Regn. « Au premier bruit de la guerre , chacun pense à se mettre en route ; point de liaison qui le retienne.» Bourd. C'est la différence qu'il y a entre un cheval qu'on arrête et celui qu'on retient Arrêter signifie faire cesser l'action commencée; retenir ou être retenu , empêcher ou être empêché de commencer une action.

3° Même quand les deux verbes supposent un mouvement commencé, ils diffèrent toujours en ce que arrêter marque l'effet , qui est d'interrompre ce mouvement , de le faire cesser, au lieu que retenir signifie seulement l'action ou l'effort plus ou moins efficace pour produire cet effet. Vous arrêtez ou vous n'arrêtez pas ; vous retenez plus ou moins. Vous retenez une voiture sur le penchant d'une montagne sans pouvoir l'arrêter. ccMa fille, cette lettre devient infinie; c'est un torrent retenu que je ne puis arrêter. » Sév. Et non-seulement il se peut qu'en retenant on n'arrive pas jusqu'à arrêter, mais il se peut aussi qu'on n'ait pas le dessein d'arrêter, mais seulement de modérer. «Le conducteur pousse ou retient le cheval. » Boss. On se retient en parlant, c'est-à-dire qu'on ne dit pas tout ce qu'on pourrait dire ; s'arrêter, ce serait ne plus parler. — Par conséquent arrêter enchérit sur retenir. « Dieu met entre votre faiblesse et vous une barrière qui vous retient, et qui vous arrête. » Mass. « Retenez , arrêtez les impressions étrangères. » J. J.

4° On est arrêté par un obstacle , c'est-à-dire par quelque chose d'extérieur. On est retenu par quelque chose qui agit à l'intérieur sur la volonté. Vous êtes arrêté par un embarras que vous rencontrez, par un incident qui survient dans une affaire ; vous êtes retenu par vos goûts , par des réflexions , par la crainte , la pitié ou d'autres sentiments. Vous voudriez vous convertir; mais vous êtes arrêté par des doutes et retenu par des vices honteux (Mass.).

ART, MÉTIER, PROFESSION, PARTI. Occupation habituelle.

Art, latin ars, donne l'idée d'adresse, de talent ou d'habileté. Métier, fait probablement de ministerium, exprime un travail de serviteur, un travail manuel. De là, d'abord entre ces deux mots une grande différence que tout le monde sent et que bien des écrivains ont signalée. Le métier est un art mécanique , un art qui a quelque chose de servile, suivant l'expression de Bossuet; on y travaille plutôt de la main que de l'esprit, et le succès y dépend de la routine et de l'usage plutôt que de la science et de l'invention, ce La critique souvent n'est pas une science ; c'est un métier où il faut plus de santé que d'esprit , plus de travail que de capacité , plus d'habitude que de génie. » Labr.

Vart fait l'artiste ; le métier, l'ouvrier. Art signifie le talent qu'on cultive; métier ce qu'on fait pour gagner sa vie, pour se procurer les choses utiles, ce Les arts règlent les métiers : ainsi l'architecture commande aux maçons , aux menuisiers et aux autres. » Boss. ce Qui peut déterminer les soldats,» les maçons et tous les ouvriers mécaniques, sinon ce qu'on appelle le hasard et la coutume? Il n'y a que les arts de génie auxquels on se détermine de soi-même ; mais pour les métiers que tout le monde peut faire , il est très-naturel et très-raisonnable que la coutume en dispose. » Volt.

Vart est décrié , avili par le nom de métier. On dit un triste (Beaum.), un méchant (Boil.), un vil (Rac.) , un infâme (Volt.) métier. Non , je ne puis souffrir ces auteurs renommés Qui, dégoûtés de gloire et d'argent affamés, Mettent leur Apollon aux gages d'un libraire, Et font d'un art divin un métier mercenaire. Boil.

Dans le Bourgeois gentilhomme, le maître de philosophie s'indigne que les autres maîtres de M. Jourdain ce donnent le nom de science à des choses que l'on ne doit pas même honorer du nom d'art , et qui ne peuvent être comprises que sous le nom de métier misérable de gladiateur, de chanteur et de baladin. » » La littérature de Fréron a toujours été extrêmement superficielle et sa critique très-souvent fautive; la critique est bien rarement un art pour ceux qui en font un métier*.» Lah.

Toutefois le mot d'art s'applique aussi à des travaux de la main : l'art du serrurier , de l'horloger , du menuisier , du boulanger , du cordonnier; mais c'est quand on en considère le génie ou les règles plutôt que l'exécution , ou qu'on veut bien les désigner d'une manière honorable. — Que si, d'autre part, le mot métier se dit quelquefois en parlant d'occupations estimées, c'est

Page 1