‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 40 sur 881 · XLVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XLVI INTRODUCTION

gner par le nom. Ce n'est pas là instruire le lecteur; c'est lui donner le change; ce n'est point résoudre la question, mais l'éluder, parce qu'on n'a pas pris soin de la poser d'abord. Le même synonymiste commet la même faute aux articles décider et juger, décision et résolution, lourd et pesant.

En négligeant de déterminer les traits de ressemblance des mots synonymes, on tombe aussi d'ordinaire dans un inconvénient qui n'est guère moins fâcheux et qui consiste à mettre dans les explications quelque chose de louche ei de vague. Les explications sont trop étendues, elles embrassent toute la compréhension des mots donnés, au lieu d'arrêter l'esprit sur le seul point de vue où ils semblent se confondre. IJ en résulte pour le lecteur une idée confuse, plus confuse quelquefois qu'avant la distinction ; ne sachant pas dans quel sens les mots sont synonymes, peut-il comprendre nettement comment ils diffèrent néanmoins dans le sens même où ils sont synonymes? Et pour emprunter un exemple à l'homme le plus éminent qui se soit occupé de ces recherches, c'est la cause pour laquelle l'article Illusion et chimire de M. Guizot laisse à désirer sous le rapport de la clarté.

Parmi les synonymistes français, Girard, Roubaud et Condillae signalent rarement l'idée commune aux termes à comparer. Loin de se soumettre pour sa part à cette exigence, il arrive souvent à M. Guizot de retrancher, comme inutiles sans doute, les définitions de Beauzée. Beauzée, esprit logicien et pratique avant tout, mettant au-dessus de tout 'l'ordre et l'utilité, est le seul avec Leroy qui ait senti combien il importe de fixer tout d'abord l'état de la question en déterminant précisément en quoi et sous quel rapport se ressemblent et vont être considérés les mots qu'on entreprend de distinguer : tous les articles signés de lui commencent par une définition. De même le Dictionnaire allemand d'Eberhard ne contient pas un seul groupe de termes synonymes qui ne porte en tête et ne présente d'abord au lecteur leur titre commun de parenté.

Au reste, Beauzée, Leroy et Eberhard n'ont fait en cela que suivre, le sachant ou à leur insu, une des idées du fin et judicieux d'Alembert. Après sa réception à l'Académie française, Girard se proposa de donner de ses Synomjmes une édition perfectionnée; et, selon d'Alembert, son savant panégyriste, « si la mort ne l'avait empêché d'exécuter un projet si utile, il eût sans doute exposé d'abord à la tête de chaque article, comme il l'a fait dans quelques-uns, le sens général commun à tous les mots qui paraissent synonymes, et qu'il est assez difficile de bien fixer. »

Les familles une fois formées et définies, il s'agit de savoir dans quel ordre il faudra les ranger. La perfection consisterait à les disposer de manière que chacune se trouvât entre les deux avec lesquelles elle aurait le plus d'analogie, c'està-dire, dont les termes ressembleraient assez aux siens quant au sens pour qu'on fût tenté de les regarder. comme synonymes. L'affinité qui lie ainsi essentiellement les familles les unes aux autres s'apercevrait sans peine, grâce à leur rapprochement ; et il suffirait, pour en saisir les différences, de jeter un coup d'œil sur les définitions placées à leur tête. Ici encore c'est Beauzée qui a donné

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