DEUXIÈME PARTIE
accroît, l'augmentation se trouve dans l'objet lui-même • dont l'énergie est portée à un plus haut degré. Le premier appelle l'attention sur des parties ajoutées; le second . présente ridée d'une seule chose qu'on fait pousser , croître , qu'on fortifie , à laquelle on donne plus de vigueur ou de puissance. On augmente ses richesses en en ajoutant de nouvelles à celles qu'on possède déjà; on les accroît en faisant fructifier celles qu'on possède déjà et qui sont comme un germe On augmente ses jouissances en les multipliant ; on les accroît en les rendant plus vives sans les rendre plus nombreuses. On augmente sa gloire quand on y en ajoute une nouvelle , et on l'accroît quand on la développe. « Cette année , on nomma pour la première fois six préteurs à cause de l' augmentation des provinces et de l'accroissement de l'empire. » Roll.
En second lieu , augmenter exprimant particulièrement ce qu'on ajoute en poids, en valeur, en mesure, en nombre et en toutes sortes de quantités est ordinairement accompagné d'autres mots qui complètent sa signification et déterminent formellement de combien est l'addition. Accroître a par lui-même un sens complet. Dire qu'un homme a accru son bien , c'est dire qu'il s'est enrichi, et l'esprit satisfait n'en demande pas davantage ; on dira bien qu'il a accru son patrimoine de beaucoup ou de moitié , mais jamais on n'y met une plus grande précision. Au contraire , il faut se servir d'augmenter toutes les fois qu'on veut exprimer mathématiquement de combien est la quantité ajoutée. On augmente un régiment de deux bataillons ; Tarquin augmenta les. sénateurs jusqu'au nombre de trois cents (Boss.). On change la valeur .d'une fraction en augmentant ou en diminuant ses deux termes d'un même nombre. Par ce dernier exemple on voit qu'augmenter est seule de mise en arithmétique. Annibal en passant par les Gaules avait accru son armée , c'est-à-dire qu'il l'avait fortifiée , rendue plus puissante ; c'était bien par l'addition de nouveaux soldats , mais ce n'est point cela que l'on veut faire ressortir, autrement il faudrait employer augmenter, surtout s'il s'agissait de déterminer le nombre des soldats qui vinrent se joindre à ceux d' Annibal.
Accroître vient de croître, qui primitivement ne s'est dit que du corps humain comme on le voit encore dans le mot excroissance , et qui dérive du. grec xpéaç, chair. Accroître doit donc toujours marquer une augmentation lente et progressive. a On a vu ses biens accrus naturellement par un si long ministère et par une prévoyante économie. » Boss. «Le vaudeville passe de Louche en bouche et s'accroît en marchant. » Boil. « Cet amour s'est longtemps accru dans le silence. Ce n'est point un secret de deux jours. » B.ac. a Mes ans se sont accrus. » Id.
Augmenter se dit bien de la nature morte et simplement numérable; accroître se dit mieux de ce qui est doué de vie , de vigueur , de tout ce qui a en soi un principe de développement, de tout ce qu'on peut se représenter comme capable de grandir , d'arriver à un état florissant , à un degré plus ou moins élevé, et comme susceptible
d'être nourri , vivifié , activé. Aussi accroître s'emploie particulièrement bien au figuré en parlant de la puissance , de la gloire , de la réputation, de l'autorité et en général de toutes le:; passions. Voltaire dit quelque part « qu'il a augmenté des trois quarts le village de Ferney ; » et il écrit à l'impératrice de Russie : ce Votre empire est dans la vigueur de son accroissement. »
2° Agrandir , étendre.
On agrandit selon les trois dimensions; on étend selon une seule. Agrandir , c'est changer en plus ce qui est petit , donner du large à ce qui est étroit , resserré , embrasser plus d'espace dans tous les sens, rendre plus vaste ou plus spacieux; étendre c'est agrandir au loin, pousser loin , reporter plus loin les limites , on étend ce qui est court, ce qui a peu de longueur. L'action d'agrandir se fait en empiétant dans toutes les directions; celle d'étendre a lieu en pointe et dans un sens unique. On agrandit un bassin , une ouverture; on étend une allée. Un lapin agrandit son terrier sans l'étendre en lui donnant plus de capacité; il l'étend sans l'agrandir, si ce n'est d'un seul côté, en le prolongeant. Si, tout en se renfermant dans son enceinte primitive , on donne à toutes les parties d'un château de plus grandes proportions , on l'agrandit et on ne l'étend pas. Agrandir ses États, c'est les arrondir, les élargir , faire qu'ils aient plus d'ampleur , de latitude , sans indication du côté par où on les élargit ni du point jusqu'où on les élargit; les étendre , c'est en reculer les limites , et ce mot indique un prolongement considérable' en un sens que d'ordinaire on détermine et jusqu'à des limites généralement aussi déterminées : ce prince étendit ses États du côté de l'orient jusqu'à tel pays. Il en est de même d'agrandir et d'étendre une terre , des biens , un parc , un jardin , etc.
Au figuré , on agrandit la sphère et on étend le cercle de ses connaissances. C'est ainsi qu'on devrait toujours parler. Toutefois l'Académie autorisa agrandir le cercle et étendre la sphère de ses connaissances. Quoiqu'il en soit, agrandir la sphère ou le cercle de nos connaissances n'est pas la même chose que l'étendre. La première expression signifie que nos connaissances deviennent plus larges, gagnent dans tous les sens, sous tous les rapports , à tous égards ; la seconde que nous voyons plus loin dans un certain sens seulement. Il est réservé aux philosophes et à un petit nombre d'entre eux d'agrandir le cercle ou la sphère des connaissances humaines; les géomètres, les physiciens, les géographes ne peuvent aspirer qu'à la gloire de l'étendre.
On agrandit ses prétentions quand on les porte sur une foule de choses , dans tous les sens , à droite et à gauche ; on étend des droits ou des privilèges bien déterminés en les poussant plus loin, c'est-à-dire en les faisant valoir pour un plus grand nombre de cas également déterminés. On dit plutôt étendre qu'agrandir sa réputation , son commerce , sa domination , son pouvoir , parce que dans toutes ces expressions il s'agit seulement d'une augmentation d'étendue en su-
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
perficie, d'extension, d'expansion, de propagation.
3° Grossir, enfler.
Un homme grossit comme il croît , successivement , graduellement ; il enfle tout d'un coup par l'effet de quelque maladie. Grossir, à l'actif, exprime de même une augmentation de volume lente et successive; enfler, une augmentation rapide , subite. Sous ce rapport grossir ressemble tout à fait à accroître. Aussi ces deux mots se trouvent-ils réunis dans les deux exemples suivants. L'avare met son souverain bien
A grossir un trésor qui ne lui sert de rien.
Plus il le voit accru, moins il en sait l'usage. Boil. Mithridate dit dans Racine en parlant des Scythes :
Recueillis dans leur port , accrus de leurs soldats ,
Nous verrons notre camp grossir à chaque pas. Au contraire , Eoileau dit ailleurs de Louis XIV :
Mais du plus grand des rois la bonté sans limite
Crut voir dans ma franchise un mérite inconnu ,
Et d'abord de ses dons enfla mon revenu. Et Lafontaine au sujet d'un marchand qui traversa les mers et débita ses marchandises en un instant :
Le luxe et la folie enflèrent son trésor.
Des pluies continuelles grossissent un fleuve; la fonte subite des neiges Y enfle. — «Les sciences des livres se sont composées et grossies peu à peu des opinions de plusieurs diverses personnes. » Desc. « La Meuse s'était enflée tout à coup par les grandes pluies qui survinrent. » Rac.
Ensuite , il semble quelquefois , au figuré , que ce qu'on enfle ne gagne qu'en volume apparent , et non en masse comme ce qu'on grossit; c'est parce qu'au propre on enfle un ballon ou quelque chose de semblable et qu'on grossit ce à quoi on ajoute des parties solides comme une boule de neige. Il y a du vide ou quelque chose de vain dans ce qui est enflé. Ainsi Boileau dit à un homme devenu riche : Tu verras poëtes , orateurs
Dégrader leurs héros pour te mettre en leurs places,
De les titres pompeux enfler leurs dédicaces. Et Voltaire parlant de Y Encyclopédie : «Bannissez la morale triviale dont on enfle certains articles. » Et Montesquieu : « Un prince qui vient d'acquérir de grandes richesses forme de grandes entreprises avec une puissance qui est d'accident, qui ne peut pas durer, qui n'est pas naturelle, et qui est plutôt enflée qu'agrandie. » Mais cette nuance défavorable, particulière à enfler, Labruyère ne l'a point donnée à grossir lorsque, dans sa préface , il a parlé de certaines remarques « qui avaient grossi du double la première édition de son ouvrage. »
AUSPICES, PROTECTION, SAUVEGARDE. Sous les auspices, sous lâprotection , sousla sauvegarde de quelqu'un , on en ressent l'influence bienfaisante , préservatrice , salutaire, on est en quelque sorte à l'abri sous son aile.
Auspices, le plus restreint de ces trois mots dans son application, car il ne s'emploie qu'avec le mot sous, exprime l'influence la plus vague , annonce une simple faveur. Chez les Romains, avant de commencer une grande entreprise , on prenait les auspices, c'est-à-dire qu'on consultait les oi-
seaux (aves aspicere , d'où auspex) , leur vol , leur chant ou leur manière de manger, pour savoir si on aurait les dieux pour soi ou les dieux propices ; en sorte que faire une chose sous les auspices d'un homme, c'est la faire, étant favorisé de lui. lui s'y intéressant , fort de son crédit , de sa bienveillance , de ses conseils ou de sa médiation. La protection, de pro tegere, couvrir en avant, met à couvert d'un danger; c'est proprement un secours.
Vous faites une chose sous les auspices de quelqu'un , et grâce à lui vous venez àbout de vos desseins , vous réussissez , vous vous produisez , vous êtes accueilli, bienvenu. «C'est sous les auspices de cet homme respectable que tu vas entrer dans le monde ; c'est à l'appui de son crédit, c'est guidé par son expérience que tu vas tenter de venger le mérite oublié des rigueurs de la fortune. » J. J. « Cet ouvrage (de circonvallation autour de Jérusalem) fut achevé en trois jours, non sans quelque vertu plus qu'humaine. Aussi Josèphe remarque que je ne sais quelle ardeur céleste saisit tout à coup l'esprit des soldats ; de sorte qu'entreprenant ce grand œuvre sous les auspices de Dieu, ils en imitèrent la promptitude. » Boss. « L'amour me guidait, et l'on vient toujours à bout de ce que l'on entreprend sous ses auspices. » Dest. — Vous vous mettez sous la protection de quelqu'un, et, défendu par lui, avec son assistance , vous êtes en sûreté. « Quoique je vive en toute sûreté dans ce pays sous la protection du roi.... » J. J. «Je jouis maintenant, dit l'Église , d'une pleine paix sous la protection de vos princes. » Boss. « Le sénat pria Pompée de prendre la défense de la république , si l'on pouvait appeler de ce nom un gouvernement qui demandait la protection d'un de ses citoyens. » MONTESQ.
Le commerce fleurit sous les auspices d'un gouvernement sage et modéré (Volt.); le bon goût fait des progrès sous les auspices de quelques grands écrivains (Lah.). Mais tout le monde en Angleterre est en sûreté sous la protection des lois (Volt.) ; aujourd'hui l'indigence infirme est partout sous la protection de l'humanité publique (Lah.).
La sauvegarde , la garde qui sauve ou pour sauver, est une protection supposant un grand danger et accordée par qui peut accorder une garde, par le souverain ou, par une autorité quelconque. On laisse en mourant sa femme sous la protection d'un parent (J. J.); les législateurs ont mis sous la sauvegarde publique et sous l'abri de l'autorité souveraine ce qui n'avait jusque-là d'autre sanction que l'équité naturelle et la force individuelle (Lah.). — En outre, au lieu que la protection est quelque chose d'abstrait, le service rendu, la sauvegarde est quelque chose de concret, l'objet qui protège, qui garde ou garantit, qui sert à rendre le service , un abri tutélaire , une sorte de bouclier ou de rempart. Nous implorons la protection d'une personne que nous regardons comme pouvant être notre sauvegarde. A Rome, chaque patricien prenait en sa protection quelques plébéiens, qui, dans des circonstances périlleuses, devenaient sa sauvegarde.
ce Ils voyaient la tranquillité et le repos dont jouissaient plusieurs nations, à l'abri et comme sous la sauvegarde de la protection romaine. » Roll. Sous la sauvegarde, comme qui dirait sous le bouclier ou sous l'égide.
AUSTÈRE , SÉVÈRE , RIGOUREUX , RUDE , DUR. Ces mots servent à qualifier un homme qui manqu e de douceur dans le caractère et dans les actions , ou qui ne plaisante pas, comme on dit familièrement.
Austère ,austerus,<x.\)(jxnp6z, d'coïetv, dessécher, signifie, à la lettre, sec, sans agréments. Il regarde les mœurs ou la manière de vivre , et marque le retranchement des aises et des plaisirs , la privation de tout ce qui peut flatter nos penchants ; il donne une idée de sobriété et d'abstinence. Le contraire de l'austérité, c'est la délicatesse ,' la sensualité , ce sont des mœurs efféminées. « Vaustère pudeur. » Rac. « L'austérité de la vie chrétienne. » Mass. « Vaustérité des mœurs républicaines. » Montesq. , Volt. « La haine de Vaustère Caton contre le voluptueux César. » Lah. « Un naturel austère, une vie pénible , ont apparemment endurci le héron. » Buff. « Toujours en contraste avec les mœurs publiques , la philosophie des stoïciens affichait la morale la plus austère. » Cond.cc Lycurgue était dur et austère, Solon était doux et même voluptueux.» Id. ce Les saints ont banni les plaisirs par les austérités. » Nie. « Elle était fort pâle; ce que je ne manquai pas d'attribuer à Vaustérité du célibat. » Les. La Piété dit dans le prologue d'Esther :
Profanes amateurs de spectacles frivoles , Fuyez de mes plaisirs la sainte austérité. Rac. a La pénitence s'impose des privations rigoureuses, et si elle use encore des choses présentes, c'est moins pour flatter ses sens que pour les punir par l'usage sobre et austère qu'elle en fait. » Mass. ce Molière a donné un tour gracieux au vice , avec une austérité ridicule et odieuse à la vertu. » Fén. « Dans les prisons, il était permis de traiter les chrétiens délicatement, ou du moins on relâchait quelque chose de Vaustérité ordinaire.» Boss. ce La règle est austère, c'est-à-dire qu'elle retranche de nos penchants. » Montesq. ce Tempérer Vaustérité de la vertu, et rendre ses leçons aimables. » J. J. « La religion de Mahomet n'est pas sensuelle; elle est tres-austère : elle impose le jeûne et l'aumône, elle défend les jeux de hasard, l'usage du vin et de la chair de porc.» Volt. — Du reste , on n'est pas seulement austère pour soimême.» La manière awsfère dontHarpagonvitavec ses enfants pourrait autoriser des choses étranges.» (Valère dans V Avare). Mol. « Eucharis disait à Télémaque : Vous vivez sous un rude maître ; rien ne peut adoucir son austérité; il est ennemi de tous les plaisirs.» Fén. « Philoclès est sec et austère ; mais son austérité vaut mieux que la flatterie pernicieuse de vos conseillers. » Id. a Si je veux être austère et sec avec mon disciple, je perdrai sa confiance; si je veux être complaisant, facile, etc. » J. J. La facilité , la complaisance , la flatterie sont en effet les qualités opposées à Vaustérité considérée par rapport aux autres.
La sévérité suppose, non plus des plaisirs qu'on interdit , mais des fautes ou des défauts qu'on con-
damne, ce Vaustérité, dit Vauvenargues , est une haine des plaisirs; et la sévérité, des vices. » Des vices, ainsi que de toutes les mauvaises qualités et de toutes les mauvaises actions. La sévérité se rapporte , non plus à la manière de vivre ou de faire vivre les autres , mais à la manière de juger , et elle a pour contraire l'indulgence. Sévère vient du latin severus, de même famille que verus, vrai, et signifie étymologiquement qui voit les choses au vrai, sans rien qui les pallie. Un juge (Acad. , Rac.) , un tribunal (Boss.) sévère , un directeur ou un casuiste sévère (Pasc.) ; un jugement (Acad. , Rac. , J. J.) , une sentence (J. J.) , une doctrine (Bourd. , Boss.) , une critique (Acad.) sévères, ce II y a plus de sévérité que de justice. » Vaut, ce Le vieillard indulgent ou sévère. » Barth.
Rome lui sera-t-elle indulgente ou sévère? Ra.c.
Moi 1 que je lui prononce un arrêt si sévère ! Id.
Mais la sévérité ne me va point du tout ;
L'indulgence à jamais doit être mon partage. Volt. Bon! une faute est quelquefois utile; Ce faux pas-là t'adoucira la bile ; Tu seras moins sévère. Id.
ce Prendre dans ses jugements le parti de la sévérité. » Bourd. Une grande sévérité de discipline (Id.). « Après cette sévérité (condamnation des poètes) , comment pourri ez-vous faire grâce aux rhéteurs? » Fén. — L'homme austère dans ses mœurs vit austèrement, n'a pour lui-même aucune molle complaisance ; l'homme sévère dans ses mœurs se juge sévèrement , condamne , se reproche et cherche à corriger ses moindres défauts. Une femme austère vit dans les ennuis du veuvage (Regn.) , par exemple ; une femme sévère a des principes de vertu tels qu'elle ne permet et ne se permet aucun propos d'amour, ni aucune familiarité.
Écoute; quand l'hymen aura joint nos deux peaux, Je prétends qu'on soit sourde à tous" les damoiseaux.
Je Yeux une femme sévère. Mot.
— En termes de beaux-arts, ce qui est austère peut être grave et noble; mais il n'a rien de gracieux, ce On trouve dans Thucydide une mélodie austère , imposante , pleine de noblesse , mais la plupart du temps dénuée d'aménité. » Barth. a Ces belles sciences ne sont pas si austères , qu'elles se refusent aux grâces du discours. » P. A. Ce qui est sévère est vrai, exact, correct, châtié; on en a condamné et exclus sans rémission tout ce qui n'aurait servi qu'à l'ornement. Telle est notre poésie (Volt.).
Langueur touche de près à la sévérité: elle consiste également à ne point excuser ou pardonner des défauts, des fautes ou des crimes. La loi de rigueur et la loi de grâce. Mais la sévérité condamne , et la rigueur punit. L'une est opposée à l'indulgence , qui laisse passer , ferme les yeux , ne trouve pas mauvais ou explique par des motifs plausibles ; et l'autre , à la clémence , qui fait grâce ou adoucit la peine, ce La sévérité des ministres de la loi , et la rigueur des châtiments. » J. J. On dit la sévérité des ministres de la loi, parce qu'ils se bornent à juger ; mais , dans Athalie, Abner. qui a pour fonction de faire exécuter des ordres et des sentences , s'appelle lui-même
Des vengeances des rois ministre rigoureux. Rac.
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
Langueur effectue les décisions de la sévérité; elle montre dans la conduite et l'application ce que sévérité représente comme une simple disposition dans la loi ou dans l'esprit du juge. « Les juges d'un goût sévère ont traité le Télémaque avec quelque rigueur. » Volt.
Bienfaisant envers tous, envers moi seul sévère,
D'nn exil rigoureux tu m'imposes la loi. Id. « Les préceptes du mahométisme sont extrêmement sévères; ils ordonnent la plus rigoureuse abstinence. » Id. La sévérité se fait craindre par la menace , et la rigueur par l'exemple. c< Ce n'était point par la sévérité des menaces , par la rigueur des châtiments que saint Benoît se faisait obéir. » Bourd. On dit un regard et un visage sévères, mais non pas rigoureux.— Ensuite, la rigueur étant le complément de la sévérité, la première enchérit sur la seconde. « Chez les Romains , les peines qui regardaient les premières personnes de l'État étaient assez douces ; celles qu'on infligeait aux personnes d'un rang inférieur étaient plus sévères; enfin celles qui ne concernaient que les conditions basses furent les plus rigoureuses. » Montesq. « Cette loi est la plus sévère et la plus rigoureuse de toutes. » Pasc. « Vous êtes trop sévère et trop rigoureux. » FÈ>. « Tant il se montrait sévère et rigoureux à l'égard de ses écoliers.» Les. « La Providence prépare aux riches un jugement sévère et rigoureux. » Bourd. User de sévérité et de rigueur contre soi-même (Id.). — Rigoureux paraît aussi plus fort qu'aust ère. «L'austérité la plus rigoureuse. » Bourd. « David ne modéra point la rigueur de ses austérités.-» Id. — Ce mot va jusqu'à marquer même un excès. « Nous exagérons en paroles la sainteté du christianisme ; nous sommes rigoureux dans nos décisions. » Bourd. « Quelques-uns détruisaient l'usage de la pénitence par un excès de sévérité. L'Église modéra leur rigueur. » Id. — Rigueur vient, dit-on, du grec ptyoç, froid, et signifie ce qui rend roide de froid ou d'effroi, ce qui glace et frappe de stupeur.
Rude , du latin rudis , brut , âpre au toucher , qui n'est pas poli, désigne un manque de douceur dans les manières , dans la façon dont on traite les gens.
Nourri dans les forêts , il en a la rudesse. Bac. Il est brusque , impoli.
On doit peu s'étonner de cet air de rudesse
Dans un provincial nourri sans politesse. Regn. a Charles IX était rude de son naturel, et il commençait depuis quelque temps à parler sèchement à la reine mère. » Boss. « Il me rebuta rudement. t> Pasc. ce Rien ne nous heurte plus rudement que cette doctrine. » Id. ce Si on s'occupait exclusivement de la chasse , on en contracterait une certaine rudesse. » Montesq. ce C'était un homme de politesse et d'une douceur de mœurs que les Français seuls conservent dans larudesse attachée au service maritime. » Volt. — On le voit, la rudesse tient au défaut d'usage ou d'éducation , ou bien on la contracte parmi les gens de mer ou dans les camps.
Dur, durus, qui ne peut être attendri ou amolli, exprime un manque de pitié en même temps qu'un manque de douceur; ce qui le dis-
tingue nettement de ses synonymes. Il touche à l'insensible , et on dit bien une dure insensibilité (Mass.). «Les dévots plaignent les autres d'un ton si cruel , leur justice est si rigoureuse , leur charité est si dure, leur zèle si amer , que l'insensibilité même des gens du monde est moins barbare que leur commisération. » J.J. a Les hommes extrêmement heureux, et les hommes extrêmement malheureux , sont également portés à la dureté. Il n'y a que la médiocrité et le mélange de la bonne et de la mauvaise fortune qui donnent de la douceur et de la pitié. » Montesq. « Quel malheureux n'espérait pas , en l'abordant (le chancelier Le Tellier), du secours ou de la pitié? Qu'il était éloigné de ceux qui , joignant à la sévérité de leur profession la rudesse de leur humeur , affligent les pauvres de Jésus-Christ , et désespèrent, par leur dureté, des misérables qui ne gémissent déjà que trop sous le poids de leur mauvaise fortune ! » Fléch. — En parlant des choses, ce qui est rude choque; ce qui est dur fait peine : cet ordre de la Providence m'est dur et bien sensible (Sév.).— Et comme dur ajoute à l'idée commune celle de l'insensibilité , il peut être employé comme enchérissant sur tous les autres, même sur rigoureux, ce Saint Etienne fut mortifié et austère sans dureté, charitable et doux sans faiblesse. » Bourd. ce La fermeté de mon supérieur, toute sage qu'elle peut être , me paraît rigueur outrée et dureté. » Id. ce Sois sévère sans être dur. > Les. ce H y aura pour les grands un jugement rigoureux , et, suivant le terme de l'Écriture , rigoureux jusqu'à la dureté. » Bourd.
1° AUTORITÉ . PUISSANCE , POUVOIR ; —2° EM- PIRE , DOMINATION. Ces mots sont pris ici dans le sens le plus étendu, quand ils se disent en parlant des souverains, des magistrats, relativement à ce qui dépend d'eux.
1° Autorité , puissance , pouvoir.
L 'autorité d'abord diffère beaucoup de la puissance. L'une rend vénérable, l'autre redoutable; l'une inspire le sentiment du respect , l'autre celui de la crainte. On défère à l'autorité, on cède à la puissance, ce Si Jésus-Christ a établi les rois défenseurs de son Église , c'est pour honorer leur autorité et pour consacrer leur puissance. » Boss. L'autorité se rapporte davantage à la dignité, et la puissance à la force, <r Gélon vécut dans l'autorité royale jusqu'à une extrême vieillesse , sans abuser de sa puissance. » Fén. « Louis le Débonnaire avait l'esprit faible , mais la nation était guerrière; l'autorité se perdait au dedans sans que la puissance parût diminuer au dehors.» Montesq. « L'autorité ecclésiastique n'est qu'une autorité de persuasion; c'est la puissance de la vérité et non la puissance de la force. » Volt. ce Dans ce mot d'autorité (appliqué au sénat) était contenue l'idée d'une puissance de raison , différente de celle du peuple qui n'est qu'une puissance de force. C'est la distinction reconnue entre potestas et auctoritas , dont le premier se dit en bien et en mal, et dont le second ne s'emploie jamais qu'en éloge, et emporte toujours une idée de respect. » Lah. On dira plutôt l'autorité d'une assemblée , et la puissance d'un conquérant; l'autorité des lois, d'un père, d'un maître,