‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 409 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

geux ce qu'il peut y avoir de bon et d'utile dans les ouvrages de celui qu'il est obligé de louer. » D'Al. C'est un avantage que vous procure ce qui vous fait honneur ; c'est de l'utilité ou du profit que vous retirez de ce qui vous fournit du fruit, des ressources, des moyens de bien-être.

Utilité et profit , de leur côté , diffèrent sensiblement l'un de l'autre. L: utilité , du latin uti, se servir, naît du service qu'on tire des choses. On appelle utile ce qui sert à quelque chose (Acad.), inutile ce qui ne sert à rien (Acad.). Un meuble a son utilité. ce La vache (dans ce pays des Indes) deviendra sacrée, attendu sa rareté et son utilité. 33 Volt. « V utilité de ces définitions et leur usage est d'éclaircir et d'abréger le discours. 3) Pasc. a Un peuple peut aisément souffrir qu'on exige de lui de nouveaux tributs ; il ne sait pas s'il ne retirera point quelque utilité de l'emploi qu'on fera de l'argent qu'on lui demande. 33 Montesq. « La botanique est fort utile à la médecine. » Roll.

Le profit est lucratif; il naît du gain , de ce qui revient d'un commerce , d'une entreprise , d'une industrie, d'une exploitation. Le profit de l'usure (Bourd.), un profit usuraire (Cond.); le profit de l'extraction des mines de l'Amérique (Buff.). a Ensuite desquelles (paroles) on peut prendre du profit (de son argent) sans craindre qu'il soit usuraire. 33 Pasc. ce Les corsaires égyptiens nous regardèrent comme des esclaves dont les Phéniciens trafiquaient; et ils ne songèrent qu'au profit d'une telle prise. 33 Fén. « Pourquoi n'y a-t-il pas des pensions attachées à l'encouragement de l'agriculture? Cet argent retournerait de même à l'État, mais avec plus de profit.» Volt, ce Les Français ont dépensé des sommes immenses pour entretenir aux Indes une compagnie qui n'a jamais rien payé aux actionnaires et aux créanciers du profit de son négoce. y> Id. ce Les frais des mines d'or et d'argent d'Italie en auraient absorbé tout le profit.» Roll.

D'ailleurs, Yutilité est dans les objets quelque chose d'immédiat, au lieu que le profit, de proficere, avancer, faire des progrès, suppose un travail pour le faire arriver avec plus ou moins de peine. Ce qui est utile sert, au lieu de nuire; ce qui est profitable pourra amener quelque bien moyennant des efforts, de l'application ou des réflexions. J. B. Rousseau loue un auteur qui sait cerendre l'attrayant utile et profitable. 33 La lecture de l'Évangile est utile; la représentation du Tartufe peut être profitable (Mol.), ce L'adversité sans doute est un grand maître ; mais ce maître fait payer cher ses leçons , et souvent le profit qu'on en retire ne vaut pas le prix qu'elles ont coûté. 33 J. J.

A la fin d'un article sur ces trois mots , l'abbé Girard dit en parlant de son livre des Synonymes : ce Je souhaite que cet ouvrage soit utile au lecteur ; qu'il fasse le profit du libraire, et qu'il me procure l'avantage de l'estime publique. 3>

1° AVARE , ATTACHÉ , INTÉRESSÉ ; — 2» SOR- DIDE , CRASSEUX , LADRE , VILAIN ; — 3° CHI- CHE, MESQUIN , TAQUIN. — Tous ces adjectifs servent à qualifier un homme qui a la passion de l'argent ou des richesses.

1° Avare , attaché , intéressé. Ces trois premiers mots font considérer sous diverses faces le vice dont il est question : ils en marquent les espèces, à la différence des mots suivants qui en expriment les degrés.

Avare correspond à avarice , qui est le nom propre de cette passion. Par conséquent, il en désigne les deux caractères principaux , qui sont de n'aimer pas à dépenser et de chercher à amasser sans cesse. Au contraire, attaché et intéressé n'en représentent chacun qu'une partie ou un côté , savoir , attaché la crainte de diminuer ce qu'on a , et intéressé le désir de l'augmenter. L'homme attaché est parcimonieux, épargnant; l'homme intéressé est âpre au gain et avide de profit.

Mais , comme attaché est très-rare , ainsi employé et entendu , avare le remplace et se trouve dans le même rapport que lui avec intéressé. L'homme avare ne dépense pas volontiers, soit pour lui-même, soit pour les autres, il est, comme on dit dans le style familier, tenace; l'homme intéressé n'est point satisfait de ce qu'il a. Autant celui-là met de soin à conserver, autant celui-ci en met à acquérir. Vavare est serré , se concentre ordinairement sur ce qu'il tient sous sa main , et il se peut qu'il n'ambitionne rien de plus; l'homme intéressé, au contraire , peut être libéral ou même prodigue , mais pour lui la grande affaire est de gagner. — « Celui qui n'ose toucher à son argent , qui n'en est que le triste gardien , et semble ne se réserver aucun droit que celui de le regarder, est proprement celui qu'on appelle avare. » Boss. « Speusippe parut intéressé , ayant exigé une récompense de ses disciples, contre la coutume et les principes de Platon. 33 Roll. — ce Les hommes ne haïssent celui qu'ils appellent avare que parce qu'il n'y a rien à gagner avec lui. » Volt, ce Je ne parlerai plus à mon oncle de résignation, parce que j'ai peur qu'il ne me croie intéressé; cependant il doit bien s'imaginer que je ne suis pas venu de si loin pour ne rien gagner. 33 Rac.

2° Sordide, crasseux, ladre, vilain. Extrêmement, honteusement, odieusement avare.

Sordide, latin sordidus, de sordes, ordure, est de tous ces mots le plus général. Use dit nonseulement des personnes, mais encore et plus particulièrement des choses : avarice ou épargne sordide; les attachements sordides de l'avarice (Mass.). A quoi il faut ajouter qu'il est le seul qui ait rapport à l'acquisition et qui signifie trèsintéressé; aussi dit-on gain sordide , sordide intérêt , ne pas perdre une occasion sordide de gain (Mass.).

Travaillez pour la gloire , et qu'un sordide gain

Ne soit jamais l'objet d'un illustre écrivain. Roil.

Le crasseux se plaint tout à lui-même : c'est un grigou qui vit dans la crasse; il se néglige, il est mal vêtu, il porte sur lui les marques de son vice , il est crasseux. Boileau , dans sa Xe satire, a donné de ce personnage une excellente peinture qui commence ainsi :

Mais pour bien mettre ici leur crasse en tout son lustre , etc.

Le ladre et le vilain refusent aux autres. Mais

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

le ladre manque de sensibilité , et le vilain de noblesse. Ladre signifie primitivement lépreux, et les hommes couverts de lèpre sont, comme on sait , insensibles aux impressions du dehors. Le ladre est donc l'avare que n'émeuvent ni le spectacle de la misère ni les cris de la détresse. Dans V Avare de Molière, Frosine, ayant en vain imploré l'assistance d'Harpagon, s'écrie à la fin : a Le ladre a été ferme à toutes les attaques. » De même , à la fin d'un drame de Saùl , par Voltaire

femme se piquèrent, tinrent ferme et rompirent. » S. S. i

AVERTIR , DONNER AVIS , — INFORMER. Faire connaître à quelqu'un un événement qui l'intéresse.

Entre avertir et donner avis se trouvent les différences suivantes.

1° Avertir , de advertere , tourner vers , rendre attentif à , exprime une action qui peut être faite par les choses et non pas seulement par les per-

Bethsabée dit de David , qui a souvent répondu ! sonnes : les infirmités de la vieillesse nous

par de durs refus i a Puisse-t-il mourir

ses demandes d'argent tout à l'heure, le vilain ladre, et vous laisser régner en paix! »

Le vilain n'est pas noble , généreux ; ce qui le distingue, c'est la bassesse des actions et des sentiments, a Les gens riches ne sont pas tous généreux , et j'en connais qui sont des francs vilains; mais don Bertrand en use avec moi fort noblement. » Les. « Par la gerni , s'écria Sancho , que les infantes sont vilaines! Elles vous renvoient un écuyer comme s'il leur devait encore du reste. » Id. ce Ce garçon-là est bien généreux : il ne vous ressemble pas , vous êtes un vilain , vous. » Regn. Le défaut du vilain est surtout révoltant', lorsqu'il se développe contre un bienfaiteur , lorsqu'il tourne en ingratitude : Graissez les bottes d'un vilain, dit le proverbe, il dira qu'on les lui brûle.

3° Chiche, mesquin, taquin. Ces trois mots, à la différence de ceux qui les précèdent immédiatement, sont des diminutifs et veulent dire un peu ou petitement avare; ils annoncent un ridicule plutôt qu'un vice.

Mais chiche et mesquin regardent la dépense , et ce qui les distingue l'un de l'autre , c'est que l'un est absolu, l'autre relatif. Chiche marque le peu, et mesquin l'insuffisance. Le chiche épargne trop ; le mesquin épargne trop eu égard à sa fortune , à sa condition.

Le régal fut petit et sans beaucoup d'apprêts : Le galant (le renard), pour toute besogne ,

Avait un brouet clair ; il vivait chichement.

Laf.

a Cette rusticité de l'ambassadeur lui concilia le mépris , et sa vie mesquine , en table nulle , et en équipages pauvres et courts, l'acheva. » S. S. On dit une moisson chiche, c'est-à-dire peu abondante , et une décoration mesquine , c'est-àdire pas assez riche pour le lieu , les choses ou les personnes.

Taquin se rapporte à la manière d'acquérir aussi bien qu'à la manière de dépenser. Le taquin dispute , pointillé, bataille , marchande , avec une sorte d'aigreur et d'acharnement , afin d'obtenir plus ou de donner moins , afin de faire quelque petit profit ou d'avoir quelque petite diminution. Son caractère entièrement distinctif est la chicane, ce C'est un homme taquin qui se ferait fesser pour le moindre profit. » Acad. « Sur le point de signer (le contrat de mariage) , tout se rompit avec aigreur par la manière altière dont la duchesse de Roquelaure voulut exiger que le duc de Rohan donnât plus gros à son fils. Ce dernier en fut justement très -mécontent. Il était taquin encore plus qu' avare; lui et sa

tissent de notre fin prochaine. « Bonjour, mon très-cher hôte; mon estomac m'avertit de finir (cette lettre) avant que la morale me gagne. » J. J. Mais il n'y a que les personnes dont l'usage permette de dire qu'elles donnent avis.

2° Avertir est une invitation à prendre garde , et par conséquent annonce un danger. On avertit quelqu'un d'un complot (Volt.), des périls auxquels il s'expose (J. J.), du danger où il est (Roll.). « Tout le monde sait qu'au Capitole les oies avertirent les Romains de l'assaut que tentaient les Gaulois , et ce fut le salut de Rome. 5) Buff. a Monsieur , je viens vous avertir qu'il ne fait pas bon ici pour vous. » Mol. Mais les choses dont on donne avis sont moins essentielles à la personne qui reçoit l'avis, et, au lieu d'être pour elle menaçantes , elles sont quelquefois heureuses, ce Je vous donne avis, mon cher ami, que je marie mademoiselle Corneille. » Volt, a Je vous donne avis que tout va bien (pour vous). » Mol. a Je vous donne avis , victorieux abbé , que vous avez remporté un second triomphe à l'Académie. » Montesq. ce Quand les prêtres avaient trouvé le bœuf Apis , ils en donnaient avis au peuple de Memphis. » Rag.

3° Avertir, appeler l'attention sur, inviter à se mettre sur ses gardes, suppose plutôt un événement futur, et signifie prévenir, ce Madame, je viens vous avertir que la comédie sera bientôt prête. » Mol. ce J'ai envoyé un livre au roi , mais en Y avertissant bien que ce livre n'était pas fait pour être lu par lui. » D'Al. ce Avertissez-le. de ses fautes avant qu'il y tombe. » J. J. Mais donner avis, comme donner nouvelle , se rapporte plutôt à un événement passé, ce Tâche de faire donner avis à Cléante du mariage qu'on a conclu. » Mol. a Je dois vous donner avis que j'ai trouvé le moyen de faire recommander votre affaire à M. le comte de Castellane. » J. j. ce Ma tante accommoda mon affaire ; elle m'écrivit aussitôt pour m'en domier avis. » Les.

4° Avertir est particulièrement relatif à ce que doit faire la personne avertie; si bien qu'on dit, avertir de faire une chose. « Ce grand prince vous avertit, sire, en mourant, de craindre le Seigneur. » Mass. « Le père de Thémistocle Yavertit de ne pas compter beaucoup sur la faveur du peuple. » Roll. Mais on ne dit pas donner avis d'agir de telle ou telle manière , et souvent Y avis donné est sans conséquence pour la conduite de celui qui le reçoit.

K . Uavaricieux n'est ni odieusement ni petitement avare; il se montre avare dans les cas particuliers, il manque à donner dans l'occasion. Voy. Avare, avaricieux , Ve part., p. 37.

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