‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 410 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Informer, c'est avertir ou donner avis d'une manière formelle , comme on le fait devant la justice; c'est rendre compte à qui de droit. On in- | forme proprement, les juges (Acad.), le prince (J. J. , Les. , Cond.) , un ministre (J. J. , Lah.) , un père (Mol.), un maître (Id.). Quelquefois , au contraire , ^information est une communication de l'autorité aux subordonnés, d'un roi à ses sujets (Cond.) , d'un ministre à un ambassadeur (S. S.) . etc. Dans tous les cas , informer a cela de très- distinct qu'il suppose entre les deux personnes dont il s'agit une relation hiérarchique.

D'ailleurs, informer dit quelque chose de moins succinct : c'est faire un rapport exact qui met au fait de toutes les circonstances , comme il convient en administration et à l'égard de l'autorité. On donne avis en peu de mots , par dépêche électrique, 'c'est une simple nouvelle ; mais un général , après avoir usé peut-être de ce moyen pour donner avis d'une victoire à son souverain, écrit ensuite , pour l'en informer, une sorte de mémoire où toute l'action est exposée avec détail. « Du fond de son palais Déjoce voyait tout ce qui se passait dans ses États par le moyen de ses émissaires , qui lui rendaient compte et l'informaient de tout. » Roll. « Ils firent partir Pinto avec toutes les instructions nécessaires pour informer le roi du plan et des moyens de l'exécution. » Vert, « La lettre où madame Guyon m'informa de cette démarche explique amplement toutes les raisons qui l'avaient portée à se soumettre. » Boss. « J'allai voir le licencié don Prosper, pour l'informer de ce qui s'était passé. Je voulus lui détailler la manœuvre que le jeune don Louis avait employée pour me faire chasser de chez lui. » Les.

AVERTISSEMENT , AVIS, — CONSEIL. Instruction donnée à quelqu'un pour le diriger dans sa conduite.

Le mot conseil se distingue nettement des deux autres. Il suppose d'abord que l'auteur du conseil est consulté, et qu'il aide de ses lumières un homme qui , ne sachant quel parti prendre dans une affaire , en délibère avec lui (conseil , de cum avec , ensemble). « Il y en a qui consultent pour être trompés , qui ne trouvent de bons conseils que ceux qui les flattent. » Boss. Mais l'avertissement et Yavis ne sont ni demandés ni attendus ; on les donne de son propre mouvement, ainsi que l'indique l'expression donneur d'avis. C'est pour cela qu'on dit, d'une part, prendre ou demander conseil, aider quelqu'un de ses conseils, un conseil bon ou sage , homme de bon conseil ; et , d'autre part , recevoir ou écouter des avertissements et des avis avec douceur , en profiter ou bien y être sourd. Les avertissements et les avis sont essentiellement charitables. Le prédicateur ne donne pas des conseils, mais des avertissements (Boss.) et des avis (Bourd.) On prenait autrefois les songes , non pas pour des conseils , mais pour des avertissements (Fén.) , ou pour desatn's (Volt.) du ciel. Un chimiste entreprend de lui-même, sans y être invité, de publier, non pas des conseils , mais des avertissements et des avis (J. J.) sur le danger qu'il y a à se servir dans les cuisines d'ustensiles de cuivre. On appelle avertisse-

ments et avis, mais non conseils , les courtes préfaces de certains livres et les annonces faites au public par une autorité quelconque, a Cornélius, l'un des commissaires (romains) en Macédoine , s'était rendu auprès de Philippe ; et après avoir terminé les autres affaires avec ce prince , il lui demanda s'il était d'humeur à écouter un conseil utile et salutaire.... Il l'exhorta à envoyer des ambassadeurs à Rome pour convertir le traité de paix en un traité d'alliance et d'amitié. Philippe trouva Yavis fort sage. » Roll.

En second lieu, non-seulement les avertissements et les avis sont des témoignages tout spontanés de l'intérêt qu'on veut bien prendre à ce qui nous touche , mais ce qu'ils ont pour but de nous apprendre , ce sont des dangers ou des défauts qu'il nous importe d'éviter. Ils viennent d'un homme plus avisé que nous , qui voit mieux que nous par rapport aux maux qui nous attendent et aux vices que nous avons contractés , et qui prend la liberté de nous en instruire. Les conseils n'ont pas plus ce second caractère que le premier ; ce ne sont ni des préservatifs ni des correctifs. Ils nous tirent d'incertitude en nous montrant la voie où nous devons nous engager , et non pas celle où nous avons le malheur ou le tort de nous trouver. Alcibiade , voyant les Athéniens dans une mauvaise position à iEgos-Potamos , voulut les sauver par ses avertissements ou ses avis (Fén.). Mais ce sont des conseils que demande et que reçoit Sganarelle dans l'Amour médecin, relativement au moyen de guérir la mélancolie bien connue de sa fille. « Vous êtes orfèvre , monsieur Josse , et votre conseil sent son homme qui a envie de se défaire de sa marchandise. » Mol.

Quant à la différence de l'avertissement et de Yavis, elle est la même, soit qu'il s'agisse de dangers, de maux, d'inconvénients, soit qu'il soit question de défauts. L'avertissement , de advertere , tourner vers , faire faire attention à , est moins précis , moins décisif; il laisse une part à la réflexion de celui auquel il s'adresse. C'est, en fait de dangers , une invitation à prendre garde à quelque chose de menaçant ; au lieu que Yavis signale un danger ou un mal certain. « je voudrais que les avertissements publics des philosophes réveillassent les peuples sur les dangers de toute espèce auxquels leur imprudence les expose.... Les sages avis des chimistes n'ont encore fait que peu de progrès et n'ont proscrit le cuivre que de peu de cuisines. » J. J. « Sans les avertissements de l'abbé de Saint-Pierre , les barbaries de la taille arbitraire ne seraient peut-être jamais abolies en France. Sans les avis de Locke , le désordre public dans les monnaies n'eût point été réparé à Londres. » Volt. Il ne faut négliger ni l'avertissement ni l'avis ; mais il faut proprement faire attention à Y avertissement, et se rendre à Yavis. L'avertissement d'un percepteur vous invite à payer en vous laissant une certaine latitude ; l'avis de votre correspondant vous prévient qu'il faudra payer , c'est une décision toute prise sans vous , vous n'avez rien à y voir.

Lorsque l'avertissement et l'avis sont opposés à la flatterie et font connaître des défauts à cor-

riger , V avertissement a plus de douceur et de ménagement, c'est un appel à la réflexion et à la prudence; il nous fait rentrer en nous-mêmes. « A l'égard de la femme adultère, J. C. change toute la rigueur de la peine en un simple avertissement de ne pécher plus. » Boss. « Les meilleurs princes sont incapables de porter les avertissements les plus mesurés de leurs plus affidés personnages. » S. S. a Les avertissements sentent moins l'autorité d'un maître que la bonté d'un ami. » Roll. L'avis est plus net, plus sec, plus magistral, plus impératif; c'est une leçon qu'on nous fait. « Les discours sacrés sont pleins à'avis pressants.» Boss. «Si votre enfant choisit mal son état , vous pouvez le redresser par de sages avis. S'il ne les écoute pas , vous pouvez y ajouter le commandement. » Bourd. « Je pourrais vous donner autant de leçons que vous avez fait de remarques, mais je me contenterai de vous donner en général l'avis d'étudier et de vous repentir. » Volt.

Il y a des personnes assez imprudentes pour n'écouter pas les avertissements , et d'autres assez susceptibles pour s'offenser des avis.

De plus, avertissement marque le fait, l'action d'avertir : Y avertissement a lieu de telle ou telle manière, et apprend ou recommande telle ou telle chose particulière. Mais avis exprime l'effet: Y avis, inspiré par tel ou tel sentiment, est bon ou mauvais, on le suit ou on n'en tient nul compte. « Certains détracteurs du culte rendu à Marie ont publié leurs plaintes sous forme d'avertissements donnés par Marie elle-même à ses dévots indiscrets. Nous qui voulons que notre dévotion soit prudente , qu'elle soit solide , profitons de ces avis : pour peu qu'ils soient fondés , édifions-nous-en. » Bourd. «Les traîtres tirèrent une balle de plomb , où l'on trouva cet avertissement : demain, à une telle heure, l'infanterie tombera sur vos travaux.... Sur un pareil avis, le convoi fut enlevé. » Roll.

Enfin, Y avertissement n'étant qu'un sujet de ré ■ flexion , quelque chose qui nous rappelle à nousmêmes , peut n'être pas donné par une personne , mais par une chose. La douleur corporelle est un avertissement d'une situation fâcheuse pour notre santé. « Sentir , à chaque péché qu'on commet, un avertissement et un désir intérieur de s'en abstenir. » Pasg. « Quand nous avons la main blessée, nous y ressentons de la douleur, c'est un avertissement que la blessure qui cause de la douleur est dans la main. » Fén.

AVEU, CONFESSION. Action par laquelle on reconnaît avoir fait certains actes , éprouvé certains sentiments.

L'aveu est particulièrement la déclaration faite devant un tribunal de ce dont on est accusé ; et la confession , la déclaration à un ministre de Dieu des fautes qu'on, a commises, « Saint Ambroise dit que le grand Théodose prenait quelquefois plaisir à juger lui-même les criminels d'État , et qu'après les avoir convaincus et forcés d' avouer leur crime..., il les renvoyait sans châtiment. Telle est la conduite de Dieu envers nous. Une veut pas nous faire périr, mais il veut seu-

lement avoir sur nous gain de cause. Or il l'a par notre confession. » Bourd.

Plus généralement , Y aveu consiste à convenir , à tomber d'accord, à ne pas nier; il suppose qu'on est interrogé, sollicité, pressé; souvent il est forcé , on nous l'arrache. « Ce malheureux étant interrogé avoua qu'il avait pris quelques plats d'étain à vos pères. » Pasc. Le grand prêtre commande à J. C. de déclarer s'il est en effet le Christ, et, ayant tiré de lui cet aveu, il l'accuse de blasphème. » Bourd. « On le tournera de telle façon, qu'on lui arrachera un aveu forcé.» Id. «Jugeons de la force de cette idée par Y aveu qu'elle arrache de nous contre nous-mêmes. » Fén. a On ne put m'arracher l'aveu qu'on exigeait. » J. J. La confession, au contraire , est volontaire , libre , c'est une révélation faite de notre propre mouvement, une action par laquelle nous nous accusons nous-mêmes, « Saint Augustin, qui a si bien distingué l'âme et le corps , confesse qu'il a été longtemps sans pouvoir reconnaître leur différence. » Mal. «Héraclide faisait la cour à Dion, confessait les obligations qu'il lui avait.» Roll. « Thérèse s'aperçut que j'avais quelque reproche à me faire ; j'en allégeai le poids par une franche et prompte confession.» J. J. « Gonzalez, me dit le grand inquisiteur, votre procès est fini , et vous allez sortir de prison tout à l'heure ; mais il faut auparavant que vous confessiez que vous êtes coupable. — Qui ? moi ? interrompisse assez brusquement. Je n'avouerai jamais cela. » Lrs

Toutefois la confession peut être aussi arrachée ; maie c'est par la conscience , et non par les prières ou les menaces des autres hommes. « Est-il probable qu'ils aient avoué qu'ils étaient des fripons, si le trouble et le remords ne leur avaient pas arraché cette confession de leur crime? Et quand ils disent ensuite qu'ils n'ont fait cet aveu chez le premier juge que parce qu'on leur avait donné précédemment un coup de poing chez un procureur , cette excuse vous paraît-elle raisonnable ou absurde ? » Volt.

D'un autre côté, on avoue toutes sortes de choses; au lieu qu'on ne confesse que des choses moralement blâmables, des choses dont on rougit, telles que des torts, des offenses, des fautes , des faiblesses. « La confession est l'aveu d'une offense commise. » Bourd. « Ce culte consiste dans une protestation actuelle que je fais à Dieu de ma dépendance , dans un aveu respectueux de ma misère et de ma bassesse , et , si je suis pécheur, dans une confession humble et sincère de mon péché. » Id. « Je ne puis vous cacher combien votre prompte et sincère confession m'a touché ; car je sens combien vous a coûté la honte de cet aveu. » J. J.— C'est sans honte et sans peine que Jésus avoue qu'il est le Christ; mais dans l'Avare , Harpagon dit à Valère : « Approche , viens confesser l'action la plus noire , l'attentat le plus horrible qui jamais ait été commis. » Mol. Et dans George Dandin , Angélique dit à son mari : « Oui , je confesse que j'ai tort et que vous avez sujet de vous plaindre. » Id. — Dans Tancrède, Aménaïde avoue avec orgueil et sans le moindre repentir avoir écrit et envoyé le billet qui l'ac-

syn. franc.

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