‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 412 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

On est babillard là où la loquacité ne tire pas à conséquence , ne fait qu'importuner , dans la conversation , en société , dans une lettre ou dans un récit ; on est bavard là où il s'agit de choses sérieuses , où tout devrait être mesuré et plein de raison , dans la chaire , en philosophie , dans l'enseignement, dans un écrit dogmatique.

Au pis-aller, le babillard est indiscret, car il n'est pas possible de parler beaucoup sans dire tout ce qu'on sait, même ce qu'on devrait taire. « Aime ton prochain , cela ne signifie pas , confielui tes secrets, s'il est babillard. » Volt.

Le servante du temple

Est une babillarde; elle m'a tout conté. Id. « Babi , la femme de chambre , est intelligente et fidèle , mais indiscrète et babillarde. » J. J. « Taisez-vous donc , petit indiscret ; je ne hais rien tant que les babillards. » Regn. — Quant au bavard , il choque non-seulement par la déraison ou l'impertinence, mais encore par les prétentions et l'importance qu'il se donne. « Ces messieurs les avocats ont beau faire les importants , «e ne sont que des marchands de crème fouettée. Les sots les payent pour les faire parler, et moi je les payerais pour les faire taire , ces glorieux bavards.» Dest. «Cette défense ne sera composée que de raisons tirées des philosophes ; d'où il s'ensuivra qu'ils ont tous été des bavards, si on trouve leurs raisons mauvaises. » J. J. a Socrate commence toujours avec ses sophistes, comme il faut commencer avec les sots glorieux et les bavards importants. » Lah.

Bavard enchérit donc en mal sur babillard. « Un des écrits de Plutarque le plus spirituel et le plus piquant, c'est celui sur les babillards, j Jamais ce vice de l'esprit n'a été mieux combattu.... Parmi les babillards il comprend les nouvellistes.... Les barbiers, dit-il, sont l'espèce j la plus bavarde de toutes. » Lah. Voltaire n.'au- j rait certainement pas appelé Homère un bavard; j mais il ne fait pas difficulté de lui appliquer l'épithète de babillard dans la strophe suivante : Plein de beautés et de défauts, Le vieil Homère a mon estime ; Tl est, comme tous ses héros, Babillard outré, mais sublime.

BABILLER , JASER , BAVARDER , CAQUETER , | JABOTER. Comme causer , et un peu plus que j causer, ces mots sont familiers ; ils appartiennent au langage plaisant et critique , et signifient tenir des propos.

Babiller, c'est causer beaucoup; jaser, causer volontiers et à son aise; bavarder, causer hors de propos; caqueter, causer avec bruit et malignement; jaboter, causer sans bruit et à part.

Ce qu'on considère dans babiller , c'est l'abondance des paroles. « Préparez-vous aune réponse longue , les vieillards aiment un peu à babiller.» Volt.

Je veux avoir, et je l'aimerai bien , Maîtresse libre et de façon gentille, Qui soit joyeuse et de plaisant maintien , De rien n'ait cure, et sans cesse frétille ; Qui, sans raison, toujours cause et babille. J. B. Rouss.

Sans rime ni raison , vous babillez toujours ;

Mais vous savez quel cas je fais de vos discours.

Regn.

C'est véritablement la tour de Babylone ,

Car chacun y babille , et tout le long de l'aune.

Mol.

Un babillard est un moulin à paroles.

Ce qu'on considère dans jaser , c'est le plaisir qu'on prend à parler , la complaisance avec laquelle on parle.

Elles étaient (ces nonnes) toutes assez gentilles , Et volontiers jasaient dès le matin. Laf.

Il faut souffrir qu'elle jase à son aise. Mol. Enfin , malgré mes dents , il faut que je me taise , Chienne , pour te laisser jaser tout à ton aise. Dest. « Je me divertis à vous écrire : ne me lisez pas , si vous voulez ; mais laissez-moi jaser tant qu'il me plaît. » Dudeff.

Ce qu'on considère dans bavarder , c'est l'inopportunité ou l'impertinence de ce qu'on dit. « Avouez que vous me trouvez une grande bavarde. Je suis toujours hors de propos. » Dudeff. « Il est permis à tout barbouilleur de papier de déraisonner et bavarder tant qu'il veut. » J. J. « Cheverny , homme pourtant fort sage , ne fut pas si discret , et fit une assez longue et mauvaise rapsodie de pareils bruits (sur la mort prochaine du roi). Le roi le laissa bavarder, et n'y prit point.... » S. S. « Nous ne cherchâmes qu'à bavarder pour étourdir une douleur incapable encore de raisons, plutôt par un bruit extérieur que par la validité des choses. » Id.

Ce qu'on considère dans caqueter, c'est l'éclat et le peu de ménagement ou d'égards pour autrui. C'est aux femmes, et particulièrement aux commères, qu'il arrive de caqueter. «Deux pies vinrent se poser sur des arbres voisins , et commencèrent à caqueter d'une façon si bruyante, qu'elles attirèrent notre, attention. » Les. Le caquet étourdit (Laf., Mol., J. J.). Caqueter comme une accouchée (Sév.). « C'est une chose abominable qu'on aille fourrer mon nom dans tous ces caquels-Xk; mais il y aura toujours des méchantes langues. »Volt.

Jaboter, comme marmotter, comme chuchoter, signifie causer doucement, dans un coin, en petit comité. C'est le plus familier et le moins usité de tous ces mots. « Madame d'Aubeterre jabote comme une pie , son élocution est celle des filles d'opéra. » Dudeff.

BAGATELLE , BRIMBORION , — COLIFICHET, BRELOQUE , BABIOLE. Objet de peu de valeur. Acheter, ramasser, donner à quelqu'un ou lui eavoyer des bagatelles, des brimborions, des colifichets , des breloques, des babioles.

Bagatelle et brimborion se distinguent par un caractère de généralité qui les rend propres à désigner des objets de toutes sortes. Seulement, bagatelle est de tous les styles, au lieu que brimborion ne se dit que dans le langage familier.

Bagatelle a une certaine noblesse ; ce qui fait qu'il s'applique particulièrement bien au* productions ou aux ouvrages de l'esprit , et qu'il se prend au figuré pour signifier une chose de peu d'importance (voy. l'article suivant): « Coulange était un de ces esprits faciles, gais, agréables,

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

qui ne produisent que de jolies bagatelles. » S. S. a La Femme qui a raison est un amusement de société ; mais il faudra que cette bagatelle qui a servi à vous amuser reste entre les mains de nos amis. » Volt. « Ne vous faites pas tant valoir pour m' avoir demandé cette bagatelle (la Nouvelle Héloïse). ■» J. J. La Fontaine appelle ses contes des bagatelles. « Ceux qui ont l'esprit rempli de ces grands et effroyables objets sont-ils incapables d'être touchés des bagatelles du monde? » Nie. « Un homme découvre par hasard quelque petit bien dont la douceur le surprend : il s'attache à cette bagatelle. » Mal.

Au contraire , brimborion , tout à fait commun, n'est usité qu'au propre et ne convient que dans les comédies ou quand on plaisante.

Otez , pour faire bien , du grenier de céans Cette longue lunette à faire peur au* gens, Et cent brimborions dont l'aspect importune. (Chrysale dans les Femmes savantes.) Mol.

« Ces pendardes-là, avec leur pommade, ont envie de me ruiner. Je ne vois partout que blancs d'œufs, lait virginal, et mille autres brimborions que je ne connais point.» Gorgibus, dans les Précieuses ridicules. » Id. Il y a sans cesse à refaire autour de cette comtesse : tantôt c'est du blanc, tantôt c'est du rouge , tantôt c'est un gros bourgeon qu'il faut raboter ; et que sais-je? cent mille brimborions. » Regn.

L'incomparable Cléopâtre ,

L'unique inventrice du plâtre ,

De tous fards et décoctions ,

Et des autres brimborions

Dont se sert la femme coquette. Scarr.

a J'ai envoyé au Salomon du Nord, pour ses étrennes , les grelots et la marotte qu'il m'avait I donnés.... Il m'a envoyé son grand factotum qui m'a rapporté mes brimborions. » Volt. « L'Ingénu tira de sa chemise une espèce de petit talisman qu'il portait toujours à son cou. On m'a assuré, dit-il, que je serais toujours heureux tant i que je porterais ce petit brimborion sur moi. » Id. « II est juste de vous rendre ce brimborion de papier (un billet) qui a coulé de votre veste en tombant. » Beaum. j

Colifichet , breloque et babiole se rapportent î chacun à une espèce d'objet particulière, savoir colifichet aux objets d'art, breloque aux objets de curiosité , et babiole aux objets d'enfants.

Colifichet , ce qui est fiché au col ou au cou , comme collier, fichu, croix, etc., pour parure, s'applique à tout ce qui est travaillé pour servir d'ornement soit aux femmes , soit aux ornements d'architecture ou à toute autre chose. « Douze beaux vers de l'Iliade sont au-dessus de la perfection de ces bagatelles (poèmes de Desmarets, de Chapelain et de Pradon), autant qu'un gros diamant , ouvrage brut de la nature , l'emporte sur des colifichets de fer ou de laiton, quelque bien travaillés qu'ils puissent être. » Volt. « On ne saurait dire que ce soit un mal en soi de porter des ^manchettes de point, un habit brodé et une boîte émaillée , mais c'en est un très-grand de faire quelque cas de ces colifichets. » J. J. «Robinson eût fait beaucoup plus de cas de la boutique d'un taillandier que de tous les colifi-

chets de Saïde (orfèvre). » Id. « Les dames prêtaient à la dauphine des palatines , des manchons et toutes sortes de colifichets. » S. S. « Moquezvous devant les enfants des colifichets dont certaines femmes sont si passionnées, et qui leur font faire des dépenses si indiscrètes. » Fén. « N'avez-vous pas remarqué (dans l'architecture gothique) ces roses , ces points , ces petits ornements coupés et sans dessin suivi , enfin tous ces colifichets dont elle est pleine? » Id. « Ces colifichets, dont l'architecture gothique est chargée, ressemblent aux colliers et aux bracelets qu'un mauvais peintre avait mis aux Grâces. » Marm. Colifichets de verre (Volt.), d'ambre (Id.), etc.

Breloque , d'une étymologie incertaine , a néanmoins une signification bien précise et incontestable. C'est le nom donné par dérision ou par mépris aux objets que recherchent les curieux ou les amateurs, a Des estampes, des médailles, des breloques, me semblent un froid amusement. » Dudeff. « Le comte de Caylus accostait les gens instruits , se faisait composer par eux des mémoires sur les breloques que les brocanteurs lui vendaient. » Marm. Saint-Simon dit du président de Mesmes « que c'était un grand brocanteur, un panier percé qui jetait à tout, et beaucoup en breloques, » « Voici une réponse de Mme l'abbesse. Cette réponse était accompagnée, pour ma sœur, de jolies breloques de religieuses. » J. J.

Babiole , de £àêa , premier cri de l'enfant , veut dire un hochet , un joujou ou jouet d'enfant. « On voulait donc, disait Albéroni, tromper le roi d'Espagne , et le traiter comme un enfant : on lui montrait de loin une babiole , et, s'il ne l'acceptait pas, on le menaçait de lui déclarer la guerre. » S. S. « Dans l'Enéide travestie, Hélénus donne à Énée

La demi-dent d'un éléphant ,

Et des babioles d'enfant

Pour divertir le jeune Ascaigne. Scarr.

BAGATELLE , MINUTIE , GENTILLESSE , NIAISE- RIE , VÉTILLE, MISÈRE , RIEN. Termes abstraits qui expriment des choses, et non pas des objets, sans importance : s'arrêter à des bagatelles, à des minuties, etc.

Bagatelle équivaut primitivement à petite bague :

Et je vais te donner de quoi faire pour elle

L'achat de quelque bague ou de telle bagatelle

Que tu trouveras bon. Mol.

Ce mot, quoique n'étant pas ici significatif d'un objet, est néanmoins objectif, représente quelque chose qui se considère comme un objet. Une faute légère , un bruit frivole , un bien chimérique et vain qu'on poursuit, sont des bagatelles, quelque chose qui a peu de poids ou de solidité.

Minutie , formé du participe de minuere , diminuer , rendre menu , petit , est , au contraire , subjectif, rappelle minutieux , fait penser à un agent et à sa manière d'agir. « Le plénipotentiaire tend surtout , par ses intrigues , au solide et à l'essen tiel, toujours prêt de leur sacrifier les minuties et les points d'honneur imaginaires. » Labb. «Les plus grands corps s'attachent toujours si fort aux minuties, aux formalités, aux vains usages, que l'essentiel ne va jamais 'qu'après. »

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