‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 413 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Montesq. a Mais au fond qu'est-ce que toutes ces méthodes , que toutes ces pratiques ? Ne sont-ce pas des minuties ? » Bourd.

Les bagatelles sont , au figuré comme au propre , des choses frivoles qui ne méritent pas qu'on les estime -, les minuties sont de petits faits , de petits détails, de petits usages qui ne méritent pas qu'on s'y applique , qu'on s'en occupe ou qu'on les pratique. Pourquoi compte-t-on aujourd'hui tant de bagatelles parmi les livres d'histoire , si ce n'est parce que les historiens s'attachent aux minuties ?

La gentillesse est une jolie bagatelle , une bagatelle qui a au moins de l'agrément , mais rien de plus, ce II faut sans doute un génie bien plus élevé et plus étendu pour s'instruire de tous les arts qui ont rapport à l'économie , que pour jouer, discourir sur des modes et s'exercer à de petites gentillesses de conversation. » Fén.— Du reste, ce mot se prend souvent dans un sens ironique. Dans les Dialogues des morts de Fénelon, Galigula ayant raconté à Néron tous ses crimes , Néron lui dit : a Tout cela n'est que gentillesse : pour moi, je n'avance rien qui ne soit solide. » Et de même , dans le Droit du seigneur de Voltaire, il est dit d'un certain chevalier qui a attenté à la pudeur d'une jeune fille :

Il croit au fond que cette gentillesse Est pardonnable au feu de sa jeunesse.

La niaiserie est une bagatelle puérile , une sorte d'enfantillage ou de badinage , quelque chose qui manque de sérieux. « M. d'Autun nous a dit que le plaisant divertissait quelquefois sur des matières sérieuses , aussi bien que sur des enjouées, et que le badin ne faisait jamais rire que sur des niaiseries. » Bussy. a Mon héros daigne quelquefois s'amuser de bagatelles. On n'est pas toujours à la tête d'une armée; il faut bien descendre quelquefois aux niaiseries de la vie civile. » Volt. « Les niaiseries du monde viennent troubler ces hommes dans leuTs méditations les plus sérieuses. » Nie. ce II n'y a rien de plus ridicule que le sérieux dans les niaiseries. » Boss. ce J'ai un extrême chagrin que vous fassiez tant de cas de toutes ces niaiseries (comédies et romans) qui ne doivent servir tout au plus qu'à délasser quelquefois l'esprit. » Rac.

La vétille, de retare, défendre, empêcher, et de la terminaison diminutive Me , est une bagatelle en fait d'obstacles ou de difficultés dans les entreprises, dans les raisonnements, etc. On est proprement arrêté par des vétilles (Acad.). Les petits scrupules sont des vétilles, ainsi que, dans les disputes , les objections insignifiantes. « Le scrupule vous rejette dans des confessions perpétuelles de vélilles qui doivent casser la tête à vous et à votre confesseur. » Fén. ce II avait indisposé le régent par des disputes moins importantes, pour des vétilles , avec les uns et les autres. » S. S.

La misère est une bagatelle misérable, une pauvreté, pas grand'chose, quelque chose qui ne mérite pas l'attention en général , ou en particulier l'attention de celui à qui on parle, a Je sens que j'abuse du temps et des bontés de Votre Majesté en l'entretenant de ces misères. » D'Al.

ce Le marquis d'Argens sait que , loin de vouloir porter ces misères aux oreilles du roi , je.,.. » Vdlt. j « Ne vous inquiétez pas de cela, ce n'est qu'une misère. » Agad. — La misère peut être aussi une I bagatelle en fait de maux, ce Je suis un peu souf frant,mais ce ne sont que des misères. » Acad.

Les riens sont des bagatelles dont le caractère distinctif est la nullité. Ils n'ont pas seulement peu d'importance , ils n'en ont point ; sans compter qu'ils ne sont particulièrement, ni objectifs comme la bagatelle proprement dite, ni subjectifs comme la minutie , ni agréables comme la gentillesse , ni dépourvus de sérieux comme la niaiserie, ni d'une nature empêchante et difficultueuse comme la vétille , ni chétifs et pitoyables comme la misère. Se tourmenter pour des riens (Fén.). a Ces impertinences amusent un moment des jeunes gens oisifs, et tombent le moment d'après dans l'étemel oubli où tous les riens de ce monde tombent en foule. » Volt. « Il serait inutile de produire les autres auteurs, s'il ne fallait montrer combien de riens on tâche de faire valoir. » Boss.

Mon sexe est condamné A se borner aux riens pour lesquels il est né. Dest. BALANCER, HÉSITER. Rester en suspens, tarder ou ne se porter pas encore à vouloir, à agir. Balancer vient de balance , en latin bi-lanx , double bassin, parce que l'instrument à peser, appelé de ce nom, a ordinairement deux bassins ou deux plateaux. Balancer, c'est donc mettre deux choses dans la balance, en comparer le poids, examiner laquelle l'emporte sur l'autre, chercher à s'éclairer sur leur valeur relative.

Hésiter est le latin hœsitare , fréquentatif du verbe hœrere , être fixé , attaché , retenu , rester à la même place , ne pouvoir en sortir. C'est ne pouvoir se résoudre , ne pouvoir prendre sur soi de faire une chose*

En deux mots , balancer marque l'incertitude , et hésiter l'irrésolution. Quand vous balances, vous ne savez que faire; quand vous hésites, vous n'osez pas faire. Tant que vous balances, vous n'êtes pas encore déterminé , vous ne voyez pas encore le meilleur parti ; tant que vous hésites, vous ne passez pas encore à l'exécution , quelque chose vous arrête , vous n'avez pas la force de vouloir, vous manquez de résolution.

Quoil votre âm« balance et paraît incertaine. Mol. ce C'est alors qu'il se fait un balancement douteux entre la vérité et la volupté. » Pasg. Mais Athalie, sur le point d'immoler Joas , est irrésolue et hésite.

Nabal.

Qui fait changer ainsi ses vœux irrésolus?

Mathaw.

Ami, depuis deux jours je ne la connais plus. Ce n'est plus cette reine éclairée, intrépide, Elevée au-dessus de son sexe timide, Qui d'abord accablait ses ennemis surpris, Et d'un instant perdu connaissait tout le prix Lapeur d'un vain remords trouble cette grande âme: Elle flotte , elle hésite; en un mot, elle est femme.

Rac.

Qui balance délibère encore. « A la vue de l'étoile, les mages ne balancèrent point, ils ne délibérèrent point.» Bourd. ce Entre l'un et l'autre

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

(votre argent et votre âme) y a-t-il à balancer ? Et si vous délibérez un moment, en faudra-t-il davantage pour vous condamner au jugement de Dieu ? » In. — Qui hésite recule, a Avoir une fois reculé dans le péril , avoir une fois hésité , c'est ce qu'on regarderait comme une tache ineffaçable. » Bourd. ce Télémaque n'osait ni résister à Mentor ni aller trouver Idoménée ; il était honteux de sa crainte, et n'avait pas le courage de la surmonter ; il hésitait , il faisait deux pas , et revenait incontinent pour alléguer à Mentor quelque nouvelle raison de différer. » Fén.

Dieu ne balance point ; il aperçoit toujours et d'abord ce qu'il y a de mieux à faire. Le brave n'hésite pas ; il se déshonorerait.

On balance si on fera une chose. « Il balança s'il accepterait cette place.» Acad. On hésite comment on la fera, a Vous hésitez comment vous pourrez éloigner de vous ces personnes dangereuses. » Mass.

Avec trop de prudence , on balance toujours ; on doute toujours de la bonté ou de la convenance des actions à faire. Avec de la timidité , on hésite toujours , on a peur de tout , on n'a pas l'assurance ou la hardiesse d'entreprendre , de se mettre en devoir ou en train.

Obéir sans balancer , c'est obéir sans examiner , sans chercher et sans opposer de raisons , aveuglément. Obéir sans hésiter , c'est obéir aussitôt , sans que rien puisse arrêter, quoiqu'il en coûte , avec dévouement.

Balancer a donc toujours rapport à l'intelligence , au fait tout intellectuel de la délibération {libra balance), a II consulte dans sa tête , agite , raisonne, balance. » Mol. Hésiter regarde la volonté , dont il marque d'ordinaire la faiblesse. « Cette âme ne trouve plus rien qui l'arrête, et sans hésiter elle court chercher aux pieds de J. C. son salut et sa délivrance. » Mass. « Malgré ma timidité naturelle près des dames, je n'hésitai pas d'entrer pour parler à celle-ci.» J. J.

On balance d'abord , on hésite ensuite , parce que la délibération précède la détermination volontaire.

Un homme qu'on surprend rougit, balance, hésite.

Dest.

« Que de courtisans ne balanceraient pas sur le parti qu'ils auraient à prendre, et qui sans hésiter rechercheraient la faveur ! » Bourd.

Une seconde différence non moins importante consiste en ce que balancer, conformément à son étymologie , se dit plutôt lorsqu'il s'agit de deux choses et d'un choix à faire entre elles. Une femme coquette, comme la Célimène du Misanthrope , forcée de se déclarer entre deux amants , se trouve embarrassée et balance (Mol.). «Faut- il opter entre les grands et le peuple? Je ne balance pas, je veux être peuple. » Labr. « S'il vous fallait choisir entre la lumière et la pensée , vous ne balanceriez pas , et vous préféreriez les yeux de l'âme à ceux du corps. » Volt. « On lui dit qu'il fallait sortir de France ou aller à la Bastille -, elle ne balança point. » Sév. On balance entre les mérites de deux personnages qu'on compare (Laf., Roll., Mol.). On balance entre le ciel et la terre (Mass.), entre la grâce et la passion (Id.),

entre sa raison et son cœur (Bourd.), entre la pauvreté et les biens de ce monde (Id.).

Au contraire , quand on hésite , ou il n'y a pas de choix à faire, ou c'est un choix entre beaucoup de choses , ou ce choix est fait , et il n'y a plus qu'une difficulté qui arrête ou retienne. « Quelquefois ceux qui doivent louer ces illustres morts hésitent , partagés entre plusieurs choses qui méritent également qu'on les relève. » Labr. « Les magistrats n'hésitent point à se rendre les arbitres de la religion. » Boss. « Qne Dieu l'appelle, il n'hésitera pas plus que le prophète Isaïe à lui répondre : Me voici , Seigneur, envoyez - moi. » Bourd. a On prétend qu'Elisabeth hésita à signer l'arrêt de mort du comte d'Essex. » Volt.

BALBUTIER , BÉGAYER , —BREDOUILLER , prononcer ou articuler mal , d'une manière inintelligible.

Quoique balbutier et bégayer se soient dits primitivement l'un et l'autre des enfants, c'est surtout balbutier qui rappelle un défaut de l'enfance , défaut passager, destiné à se corriger de luimême avec le temps. « Est-ce une chose bien agréable pour un père que de balbutier des demimots avec son fils pour lui apprendre à parler? » Roll. « Quand l'enfant commence à balbutier , ne vous tourmentez pas si fort à deviner ce qu'il dit.» J. J. Bégayer ', au contraire , annonce un vice qui dépend de l'organe , qui se manifeste à tout âge , qui est durable ; bégayer, c'est être bègue, ce Démosthène bégayait à un point, qu'il ne pouvait exprimer certaines lettres. » Roll. « Cet homme bégaye si fort , qu'on a toutes les peines du monde à l'entendre. » Acad.

Au figuré , la différence est à peu près la même. On balbutie , parce qu'on commence , parce qu'on n'est pas encore suffisamment instruit ou exercé. « Mareellus avait beaucoup de goût pour les lettres grecques; les latines balbutiaient encore.» Roll. Mais on bégaye par impuissance ou incapacité, sans laisser espérer ou entrevoir qu'un jour on parlera bien. « Macrobe, étant Grec, n'a- • vait pas une entière facilité à s'exprimer en latin. On prétend que,, dans les endroits où il parle de lui-même , on voit un Grec qui bégaye en latin. » Roll.

On balbutie dans un moment d'émotion , de trouble ou d'embarras. «Je vois à l'air embarrassé du docteur qu'il a balbutié des mots dont il n'a aucune idée. » Volt, ce Le roi saisit monseigneur dans son cabinet où il lui proposa le mariage.... Monseigneur hésita, balbutia; le roi pressa , profitant de son trouble. » S. S. « Rohan fut étrangement étourdi d'un compliment si net. Il balbutia , et , dans son trouble , il ne put rien tirer de lui-même que des compliments et tout ce que l'incertitude et l'étonnement peut couvrir sous les plus grandes politesses. » Id. Mais on bégaye constamment, par une ignorance ou une imperfection essentielle, ce L'homme, fini et grossier, bégaye toujours quand il parle de l'être infini et infiniment simple.» Fén. a Voilà, autant qu'il est permis aux hommes de bégayer, voilà, dis-je , ce que c'est que sortir de Dieu. » Boss. «Les plus grands philosophes ne font que bégayer

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