‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 414 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

quand ils veulent parler de ce qui est inaccessible à la raison humaine. » Agad.

Bredouiller diffère beaucoup des deux mots précédents. Qui balbutie ou bégaye , hésite; qui bredouille, n'hésite et ne s'arrête j amais , parle précipitamment, avec une grande promptitude, une grande volubilité. C'est un défaut tout autre. Les bâillements et les éternuments sont d'un comique facile et vulgaire , comme les bégaiements , les bredouillements , et autres charges semblables.» Lah. «Voilà Théodecte entré : il rit, il crie, il éclate.... Il ne s'apaise et il ne revient de ce grand fracas que pour bredouiller des vanités et des sottises.... Il mange, il boit, il conte, il plaisante , il interrompt tout à la fois. » Labr. — Le bègue parle trop lentement, et ne fait entendre que des sons décousus et saccadés -, le bredouilleur parle trop vite , et ne fait entendre que des sons confus et indistincts.

BARBARIE, CRUAUTÉ, FÉROCITÉ, INHUMA- NITÉ. Ces mots , ainsi que les adjectifs qui y correspondent, servent à qualifier les personnes et les actions des personnes qui en traitent d'autres, non pas avec douceur , mais , au sontraire , avec une excessive dureté.

La barbarie est d'un siècle, d'un peuple ou d'un homme barbare, c'est-à-dire ignorant, grossier, brutal, qui n'a point été poli par l'éducation. « Comment tant de peuples ont-ils passé tour à tour de la politesse à la barbarie? » Volt. Les Grecs dans l'antiquité, et les Italiens au moyen âge , appelaient barbares tous les étrangers , parce qu'ils se croyaient supérieurs à eux dans les arts et la civilisation. La barbarie est indépendante du caractère des individus : elle tient à l'état des mœurs. Cette expression ne s'applique point aux animaux parce que , n'étant pas susceptibles d'instruction et de lumières , ils ne peuvent recevoir une * qualification qui les supposerait capables de s'éclairer et de se perfectionner. Par une horrible barbarie,. les premiers peuples immolaient aux dieux des victimes humaines , et des sauvages mangeaient la chair de leurs prisonniers. « Le duel est une coutume barbare.» Boss. , Mass. «Les combats des gladiateurs étaient un spectacle barbare. » Boss. « Quelle horrible barbarie que de voir un peuple (les La- ;édémoniens) qui se joue de la vie d'un autre (les Ilotes). » Fén. a N'était-ce pas (chez les Lacédémoniens) une brutalité et une barbarie dans des pères et des mères de voir de sang-froid couler le sang de leurs enfants , et de les voir même souvent expirer sous les coups de verge ? » Roll. « Sans les lois de la guerre , la guerre ne serait plus qu'un brigandage inhumain, qu'une suite perpétuelle de trahisons, d'assassinats, d'abominations et de barbaries. » Boss. « Les Portugais crurent obtenir la clémence de Dieu en faisant brûler des Juifs et d'autres hommes dans ce qu'ils appellent un auto-da-fé , acte de foi , que les autres nations regardent comme un acte de barbarie. » Volt.

La cruauté est d'un tyran , c'est-à-dire d'un homme qui se plaît à verser le sang (cruor) , qui est sanguinaire. ce Les Juifs étaient cruels et sanguinaires. » Boss. « Il n'y a guère eu de prince si

perdu de débauche que Physcon, et en même temps si cruel et si sanguinaire'. » Roll. ce L'ardeur de Pie V à redoubler la sévérité de l'inquisition , le supplice dont il fit périr plusieurs citoyens , montrent qu'il était superstitieux , cruel et sanguinaire. » Volt. « Ainsi, cruel, tu as également répandu le sang de tes frères et celui de tes alliés. » (Michol à David.) Id. ce Les combats des gladiateurs n'inspiraient à la populace de Rome que l'amour du sang et la cruauté. » J. J. Le cruel aime à verser le sang , ou tout au moins à faire souffrir, par caractère, naturellement. « Henri VIII était cruel par son caractère. » Volt. « Le duc de Bourgogne était naturellement porté à la cruauté. » S. S. « Impatient de satisfaire son humeur cruelle, Marius laissa tomber le masque. » Vert. Les tyrans dans l'antiquité, les Juifs qui firent mourir J. C. , les persécuteurs des chrétiens , les Espagnols , lors de la découverte et de la conquête de l'Amérique , se signalèrent par des cruautés. — La cruauté tourmente de gaieté de cœur ; elle agit avec réflexion et en connaissance de cause; quelquefois, elle invente des supplices nouveaux. On dit un raffinement de cruauté (J. J.) « Tout ce que la cruauté des tyrans a jamais su inventer. » Bourd. ce J. C. instruisit Moïse et Élie des cruautés inouïes qu'il devait endurer par la malice de ses envieux. » Boss. ce L'exercice, le plaisir de l'envie, c'est la cruauté. » Id.— Ce mot a particulièrement rapport à la violence des peines entre lesquelles le cruel prend par choix la plus forte ; si bien qu'on dit : la cruauté de mes maux (Sév.). « J. C. a éprouvé toute la cruauté du supplice de la flagellation. » Bourd. ce La cruauté du crucifiement de J. C. » Id.

La férocité est d'une bête féroce (fera) , c'est-àdire farouche , sauvage , furieuse , indomptable , se précipitant sur sa proie avec ardeur et avidité. Tous les animaux carnassiers sont féroces par cela seul. « Daniel prie , et les lions perdent toute leur férocité à ses pieds. » Bourd. « On parvient à se faire obéir des animaux sans raison , qui n'ont point encore été domptés , mais d'une obéissance forcée qui leur laisse toute leur férocité. » Mass. Ce mot s'applique par extension aux hommes pour marquer chez eux ou de leur part une barbarie ou une cruauté fougueuse et pleine de rage. C'est tout le contraire de la modération, ce Avoir l'audace d'Achille, sans en avoir la férocité.» F en. ce Les soldats musulmans ne furent pas tous modérés : le vulgaire en tout pays est féroce. » Volt.

Ajoutez vos fureurs à mon zèle intrépide.

Ange de Mahomet, ange exterminateur,

Mets ta férocité dans le fond de mon cœur. Id. ce Cela montre en eux une affreuse fureur et férocité. » Boss. « Une colère violente, et qui va jusqu'à une brutale férocité. » Roll. « Ce prince était emporté et violent jusqu'à la férocité. » Id. <c Les Carthaginois avaient une sorte de férocité qui, dans le premier feu de la colère, n'écoutant ni raison ni remontrance , se portait brutalement aux derniers excès et aux dernières violences. » Id. « Quand l'homme se venge, il s'abandonne à la férocité, il ne garde dans sa vengeance nulle proportion. » Bourd. — Si la

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

barbarie est ignorante, et la cruauté réfléchie, la férocité est bouillante et emportée : c'est son caractère distinctif. « Un peuple intrépide , grave et cruel , veut des fêtes meurtrières et périlleuses , où brillent la valeur et le sang-froid. Un peuple féroce et bouillant veut du sang, des combats, des passions atroces. » J. J.

L'idée accessoire de l'inhumanité , c'est qu'on ne se laisse pas émouvoir. Non pas que l'inhumain soit , comme le barbare , incapable de compassion et d'attendrissement, faute d'éducation; mais il réprime ou repousse tout sentiment d'humanité ou de tendresse. On a de l'inhumanité envers les pauvres (Mass.). Le mauvais riche de l'Évangile est un riche inhumain (Boss.). Les enfants exposés sont les malheureux fruits de 1: inhumanité de leurs parents (Mass.). Bourdaloue traite d'inhumains les parents qui confinaient leurs enfants malgré eux dans les cloîtres. Joseph ne reproche point à ses frères leur inhumanité (Bourd.). Philoctète dans l'île de Lemnos est la victime d'une horrible inhumanité. (F éh.). «.Vinhumanité de Pharaon envers les Israélites était inouïe. » Boss. «Il y a de la bassesse et de l'inhumanité -d'insulter à l'infortune des malheureux, et de vouloir écraser ceux qu'on trouve déjà abattus sous ses pieds.» Roll. — Ou bien, d'une manière plus générale , l'inhumanité est un crime de lèse-humanité, consiste à manquer à ce qui est dû à l'homme. « On en est venu jusqu'à immoler son semblable , par une inhumanité dont saint Athanase allègue beaucoup d'exemples, et iî serait aisé de montrer cet usage barbare parmi presque tous les peuples de l'univers. » Boss. «Le vainqueur, devenu plus fier et plus inhumain, ne laissa aux Messéniens pour ressource que l'esclavage ou la fuite. » Cond. « Spartacus exhorta ses camarades de sacrifier leur vie plutôt pour la défense de la liberté que pour servir de spectacle à l'inhumanité de leurs patrons.» Vert. «L'on a soin de nourrir les chevaux et les bœufs pour en tirer tout le service qu'ils peuvent rendre ; au lieu que ces riches inhumains refusaient souvent à leurs esclaves les besoins de la vie les plus nécessaires et les plus indispensables , sans parler des coups et des mauvais traitements dont ils les accablaient. » Roll. « Dans les lois de tous les peuples , le refus des derniers devoirs aux morts est une inhumanité punissable. » Volt. Sur ces deux vers de Y Or este de Voltaire :

Nous venons lui porter des nouvelles heureuses.

Elles sont donc pour nous inhumaines, affreuses, Laharpe fait la remarque suivante : « Quoique des nouvelles puissent être cruelles , elles ne sauraient être inhumaines ; inhumaines ne se dit des choses que quand elles blessent l'humanité : un traitement inhumain, un supplice inhumain , etc. »

BARRE, BANDE, LISIÈRE. L'idée commune à ces trois mots est celle d'une chose qui a beaucoup de longueur , avec peu de largeur et d'épaisseur.

Mais la barre manque surtout de largeur. On tire une barre , c'est-à-dire un trait de plume sur un mot ou sous un mot pour l'effacer ou pour le souligner. « Je commencerai par tracer un homme comme les laquais les tracent contre les murs ;

une barre pour chaque bras, une barre pour chaque jambe, et des doigts plus gros que le bras. » J. J. Du reste, la barre peut avoir quelque épaisseur, et, dans ce cas, elle est capable de faire résistance , à la manière des barreaux ou d'une barrière. « Une barre de bon fer a nonseulement plus de durée pour un long avenir, mais encore quatre ou cinq fois plus de force et de résistance actuelle qu'une pareille barre de mauvais fer. » Buff. «Cet homme estroide comme une barre de fer. » Agad.

La bande manque surtout d'épaisseur. Elle est toute en superficie , et peut avoir quelque largeur. Un long morceau de fer arrondi ou carré est une barre de fer ; mais s'il est aplati , mince , beaucoup plus large qu'épais , c'est une bande. « Si on destine le fer qui vient d'être forgé à être fendu dans sa longueur pour en faire des clous et autres menus ouvrages , il faut que les bandes n'aient que de cinq à huit lignes d'épaisseur sur vingt-cinq à trente de largeur.» Buff. Les bandes sont comme des lames , des rubans, de larges barres ou de larges raies. « Il a vu dans cette pierre les mêmes lames, les mêmes taches et bandes de quartz que dans le basalte noir antique. » Buff. « Ce quartz forme comme une bande ou ruban de quatre doigts de large.» Id. «On trouve dans un basalte antique, brun ou noirâtre, des bandes ou larges raies de granit rouge. » Id.

La lisière est une bande , mais une bande considérée par rapport à un objet qu'elle termine. La bande peut n'avoir fait partie d'aucune pièce , ou elle a été prise dans une pièce ; la lisière est toujours prise effectivement ou mentalement sur les extrémités d'une pièce ou d'un tout, et non pas dans cette pièce ou dans ce tout. Une bande de toile , la lisière d'un bois ; une bande de drap , la lisière d'un drap.

Une barre de fer ou de bois; une bande de papier ou de cuir ; la lisière d'une étoffe ou d'une province.

BAS, VIL,— ABJECT. Peu élevé.

Bas et vil diffèrent d'abord sensiblement l'un de l'autre.

Bas, qui est au-dessous, dans la partie inférieure , a rapport à la place , et vil , latin vilis , du grec cpaûXo;, chétif, misérable , insignifiant, frivole , est relatif à L'opinion. On est bas et rampant, vil et méprisable. On dit un bas étage , un bas emploi, c'est-à-dire qui est au dernier degré, et un vil métal , un vil animal , une vile créature, c'est-à-dire qui est de nul prix. L'objet bas n'est rien moins que supérieur et excellent ; l'objet vil n'est rien moins que précieux, de grande valeur , on en fait peu de cas '.

L'homme bas descend, déroge à sa dignité; l'homme vil est dans le décri ou doit y être. Ap-

i . Quand il est question de prix , vil est le mot propre et par conséquent le plus significatif : ce qui est à vil prix est à un prix chétif, misérable, presque nul. «Combien de pécheurs, aussi sacrilèges que Judas, vendent comme lui à un vil prix le sang du juste? » Bourd. « Mazaiïn achetait à vil prix de vieux billets décriés, et se faisait payer la somme entière.» Volt. « Ce déserteur fut condamné à être vendu au plus vil prix , comme étant de moindre valeur que le

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