DEUXIÈME PARTIE
pliquée à un courtisan, l'épithète de bas lui assigne un rang, le dernier, donne une idée de son abaissement , de ses petitesses , de ses platitudes ; celle de vil est une expression de dédain qui le flétrit. Une profession est basse , qui est abandonnée au petit ou au bas peuple ; vile , s'il s'y attache quelque idée d'infamie. Un sentiment bas est aussi loin d'un grand homme, qu'un sentiment vil d*un homme d'honneur.
Tout vice est bas , puisque tout vice dégrade. On appelle vils ceux qui , comme la lâcheté et un sordide ou honteux intérêt, avilissent, déshonorent, font perdre la considération. Des parasites bas et flatteurs (Fén.); de vils combattants (Boil.). « Faire quelque chose par des vues basses et charnelles, par de vils intérêts.» Bourd. Ce qui est bas est d'une nature peu relevée; ce qui est vil ne mérite ou n'obtient aucune estime.
Abject, du latin abjectus , jeté à bas ou loin de soi, avec une sorte de brusquerie et de violence, rejeté avec dédain, est le superlatif de vil. Si on considère peu ce qui est vil, on a de l'aversion pour ce qui est abject , on le rejette , on le repousse , on le réprouve , on le rebute. Aussi abject se met-il d'ordinaire après ml : vil et abject. « Cette âme, selon le monde,. si vile et si abjecte , ne laisse pas , dans l'idée de Dieu , d'être d'un prix infini. » Bourd. « Tout est bon à l'avarice , depuis la matière la plus précieuse jusqu'à la plus vile et la plus abjecte. » Boss. « Tout est merveilleux dans le corps humain, jusqu'aux organes mêmes desfonctions les plus viles et les plus abjectes qu'on ne nomme pas. » Fén. « Il paraît que les espèces les plus viles , les plus abjectes , les plus petites à nos yeux , sont les plus abondantes en individus. » Buff. « Pierre le Cruel est l'être le plus vil, le plus abject, le plus indigne de la scène. » Lah.
BASSESSE, ABAISSEMENT. Ces mots signifient par rapport à la condition et à l'âme un défaut d'élévation.
Bassesse est un substantif pur , abaissement un substantif verbal. La bassesse est un état; l'abaissement , un état qui résulte d'une action. On est dans la bassesse; on s'est mis ou on a été mis dans Y abaissement. A bassesse est attachée une idée de permanence, à abaissement l'idée de quelque chose d'accidentel. On dit bien la bassesse naturelle de l'homme, et, en parlant d'un homme, la bassesse de sa naissance ou de son origine ; mais on appelle abaissement l'état auquel il arrive à un homme de descendre volontairement ou malgré lui.
« Ce serait ne pas connaître la bassesse naturelle de l'homme. » Bourd. « Quel aveuglement pour un homme qui, dans son origine^ est la bassesse même , de vouloir se faire grand. » Id.
plus vil de tous les esclaves. » Roix. Bas prix dit moins , désigne un prix simplement modéré , peu haut, au-dessous de l'ordinaire. Ce qui est à vil prix est pour rien; ce qui est à bas yrix est à bon marché. « Zenon s'habillait toujours d'une étoffe très-légère et du plus bas pr^x qu'il la pouvait trouver. » Fén. «Les choses communes étaient à trois fois meilleur marché à Ispahan que parmi nous. Ce bas prix est la démonstration de l'abondance. » Volt.
« Quand nous aurons considéré la grandeur infinie de Dieu, et, d'autre part, notre propre bassesse et notre néant. » Id. a II semble que cette pauvreté serait un moyen peu sûr pour relever la bassesse de notre nature. » Boss. a L'âme tremblante et confuse de sa naturelle bassesse.... » Id. « Que l'âme doit être pénétrée de sa bassesse et de son néant! » Id. ce Ces circonstances découvrent toute la bassesse de nos penchants. » Mass. ce La religion corrige l'orgueil de l'homme , en lui faisant sentir sa misère et sa bassesse. » Id. « Sans sortir de la bassesse de son état , Laure (fille publique) y montrait une sorte de dignité. » J. J. ce C'est par orgueil que nous sommes polis : nous nous sentons flattés d'avoir des manières qui prouvent que nous ne sommes pas dans la bassesse, et que nous n'avons pas vécu avec cette sorte de gens que l'on a abandonnés dans tous les âges. » Montesq.— ce Dans quelque état Rabaissement qu'il ait plu à la fortune de me placer. » J. J. ce Après Y abaissement des Carthaginois, Rome n'eut presque plus que de petites guerres. » Montesq. ce Avant Y abaissement de la puissance d'Espagne , les catholiques étaient beaucoup plus forts que les protestants. » Id. « La politique de ce ministre n'avait pour objet que Y abaissement des grands. » Vert. « Apprenez-nous quel malheur a pu vous réduire à cet étrange abaissement. » Marm. ce Les abaissements que Marie avait soufferts sur la terre. » Mass. « C'est avec raison qu'on manifestait au dehors , par la posture du corps , Y abaissement de l'esprit. 35 Boss. ce Les têtes humiliées par un abaissement volontaire seront exaltées avec J. C. » Id. « Regarder les grands avec des sentiments intérieurs de crainte, de respect et d'abaùsement. 33 P. R.
Bassesse est absolu : il se prend toujours en mauvaise part , comme exprimant une disposition ou une manière d'agir essentiellement vicieuse , moralement répréhensible , ou bien comme désignant un état dans lequel on ne jouit d'aucune considération. Abaissement est relatif : il se prend en bonne ou en moins mauvaise part, comme indiquant un acle d'humilité ou une humiliation passagère qu'on souffre méritoirement peut-être , ou bien comme représentant une simple diminution de considération , de crédit ou de fortune. On censure la bassesse ou les bassesses des flatteurs; on loue les abaissements de la vie religieuse, et on s'efforce de chérir, à l'exemple de J. C. et ses disciples, Y abaissement et les souffrances. Un homme placé au dernier degré de l'échelle sociale , né dans la lie du peuple , est dans la bassesse; un homme ou une nation dont la prospérité ou la puissance a été abaissée, a reçu quelque atteinte, même légère, est dans Yabaissement.
a Que de bassesses pour parvenir ! y> Mass. ce Les ministres flattent la passion du maître , en adoucissent l'horreur , en illustrent la honte et la bassesse. » Id. ce Vatinius, personnage méprisable par la bassesse de son âme et par l'indignité de ses mœurs. » Roll. « Ah ! quelle bassesse est la vôtre ! Ne rougissez-vous point de mériter si peu votre naissance? » Mol.
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
Le plus vil citoyen, dans sa bassesse extrême,
Ayant chassé les rois , pense être roi lui-même.
Volt.
— <x L'abaissement de J. C. n'est pas une chute , mais une condescendance. » Boss. ce Adorer J. G. avec un abaissement profond d'esprit et de corps. » Id. « Cette haute dignité de mère de Dieu ne fait que l'abaisser davantage (Marie) ; mais cet abaissement fait sa gloire. » Id. « Se préparer à la communion par l'abaissement du cœur. » Mass- «Dieu ne nous fait trouver notre salut que dans les humiliations et l'abaissement. » Id. « La religion nous porte à l'abaissement et à l'humiliation. 33 Bourd. « Tiens-toi dans un profond abaissement auprès de celles qui partagent mon amour. 33 Usbek au premier eunuque dans les Lettres persanes (Montesq.).
BASSESSE, ABJECTION. Grand et fâcheux abaissement , grave défaut d'élévation.
Que la bassesse soit pire que l'abaissement. c'est ce que le précédent article fait voir avec évidence. Et qu'abjection, de son côté, dise plus qu'abaissement , renchérisse sur lui , c'est ce que démontrent l'étymologie et les exemples. L'abjection est l'état d'une chose abjecte , c'est-àdire non pas seulement abaissée oumise plus bas, mais jetée à bas (ab jacta), à terre, au plus bas. Une personne qui entre dans le cloître cherche l'abaissement et l'abjection dans la maison de Dieu (Boss.). Homère aurait dû se contenter de mettre dans l'abaissement le héros de l'Odyssée; mais on ne saurait lui pardonner de l'avoir représenté dans l'abjection (Lah.).
La bassesse et l'abjection , qui diffèrent l'une et l'autre de l'abaissement par le degré , diffèrent aussi l'une de l'autre , et même de plusieurs manières.
1° Bassesse , qualité d'être bas ou de ce qui est bas , exprime quelque chose d'inhérent aux personnes et non de survenu en elles. Abjection, au contraire , du latin abjtctio , action ou résultat de l'action de jeter à bas (ab jacere) signifie un état accidentel auquel on s'est réduit ou on a été réduit. On se trouve naturellement dans la bassesse par son peu de naissance , de mérite , de fortune , de condition; on tombe dans l'abjection soit volontairement, par sa faute ou de son plein gré, soit par l'effet d'une disgrâce éprouvée. Quiconque étudie l'homme, découvre en lui beaucoup de grandeur et beaucoup de bassesse (Pasc); Dieu a voulu de certaines personnes illustres une abjection volontaire et une entière abnégation des honneurs (Boss.); et, ee n'est pas dans la prospérité ni dans l'élévation , mais dans l'abjection et l'infortune qu'on a besoin d'apprendre à aimer la vertu (d'Al.).
2° L&bassesse, quoique aussi grande que Y abjection, n'excitepas autant de mépris. Dans la bassesse on est au plus bas degré , on rampe ; dans l'abjection on est vil, on est un objet de dégoût et de rebut. La bassesse du langage et des sentiments fait qu'ils manquent de grandeur et de dignité ; l'abjection du langage et des sentiments d'une personne les rend honteux , repoussants , ignominieux, intolérables dans l'estime des hommes.
BATAILLE, COMBAT , —ACTION. Affaire ou engagement de deux partis ennemis.
Bataille et combat ont la même racine , battre. Bataille , en vertu de sa terminaison collective , signifie qu'une multitude de gens se battent ; et par sa particule initiale com , ensemble ou avec , combat marque simplement que deux ou plusieurs personnes se battent ensemble ou l'une contre l'autre. En sorte que la bataille est générale, et le combat particulier. La bataille a lieu entre deux armées; elle suppose un grand déploiement de troupes , et d'ordinaire elle est plus décisive. Il faut moins de combattants et d'appareil pour qu'il y ait combat : il n'y en avait que quelques-uns dans le combat des Horaces , et il suffit qu'il y en ait deux dans le combat singulier.
« Le marquis de Feuquières veut qu'on ne donne à la bataille de Sénef que le nom de combat, parce que l'action ne se passa pas entre deux armées rangées , et que tous les corps n'agirent point ; mais il paraît qu'on s'accorde à nommer bataille cette journée si vive et si meurtrière. Le choc de trois mille hommes rangés, dont tous les petits corps agiraient, ne serait qu'un combat. C'est toujours l'importance qui décide du nom. » Volt, ce Mille petits combats suivirent la bataille de Moncontour. 33 Id. ce Nos combats , en Europe , paraissent de légères escarmouches en comparaison de ces batailles qui ont ensanglanté quelquefois l'Asie. Le sultan Mohamed marche avec quatre cent mille combattants contre Gengis qui en a sept cent mille. 33 Id. ce On a vu dans ce siècle des batailles de près de cent mille hommes qui n'ont pas eu de grandes suites. Mais , à Culloden , une action entre onze mille hommes d'un côté et sept à huit mille de l'autre , décida du sort de trois royaumes. Il n'y eut pas dans ce combat neuf cents hommes de tués parmi les rebelles. 33 Id. «Il a fallu donner trois grandes batailles dans la Perse, sans parler de celles des Indes, et de quantité de combats particuliers. 33 Laf. ce II s'y faisait tous les jours (dans ces petites îles) de légères escarmouches à la vue des deux rois , qui étaient bien aises de pressentir par ces petits combats ce qu'ils devaient espérer de la bataille générale. 33 Roll. « Les assiégés faisant des sorties continuelles pour ruiner les ouvrages, il se livra des combats plus sanglants que des batailles rangées. » Cond. ce On compte qu'il a fallu livrer aux Maures 3700 combats pour recouvrer l'Espagne , dont ils s'étaient rendus maîtres par une seule bataille.» Id.
Dans une bataille on peut quelquefois distinguer plusieurs combats , comme ceux de la cavalerie et de l'infanterie. A la fin de la bataille de Malplaquet, la cavalerie ennemie, qui n'avait point encore donné , fit une charge , et de battue qu'elle fut d'abord elle devint victorieuse. « Ce fut le dernier vrai combat de cette fatale journée. » S. S. Dans une bataille des Grecs et des Troyens, Homère décrit le combat des dieux (Roll.). A la bataille navale de Solbaie, l'amiral hollandais Ruyter attaqua le vaisseau amiral d'Angleterre , et ce fut à Ruyter que demeura la gloire de ce combat particulier (Volt.), ce Toute cette bataille était divisée en trois parties , qui
faisaient autant de combats fort éloignés l'un de l'autre.» Roll.
Ensuite , combat est un substantif verbal, car il a avec le verbe combattre un rapport très-prochain et facile à sentir. Aussi est-il plus propre que bataille à marquer le fait ou l'action. La bataille est comme un objet ; on la donne , on la livre , on la dispute , on la présente ; on l'accepte ou on la refuse; on la gagne ou on la perd. Elle se considère aussi, comme les objets, par rapport à l'espace ou au lieu : le champ de bataille ; placer tel corps au centre de la bataille. Mais le combat est un événement; il se considère plutôt par rapport à la durée de l'action et à la manière dont on s'y comporte, a Combats soutenus , batailles gagnées. » Fléch. « La reine fit donner le signal du combat et gagna la bataille. » Boss. « Il va se présenter à l'ennemi, et leur offre la bataille. Les ennemis s'avancent contre lui et engagent le combat. » Roll. On commence, on finit, on fait cesser , on rétablit ou on reprend le combat. « Animer des troupes au combat. » Volt. Combat à outrance , long, vif, opiniâtre. Au fort du combat; le combat s'étant échauffé, « Condé savait conserver son sang- froid dans la chaleur du combat. » Bourd. « L'émotion que donne l'ardeur du combat. » Fléch. «A Pultava, après deux heures de combat , les Suédois furent partout enfoncés. » Volt.
C'est aussi par ce dernier caractère que Y action diffère de la bataille et ressemble, au combat. On engage Y action ou le combat, une action ou un combat. Un jour d'action ou de combat. Vaction ou le combat dure plus ou moins.
Mais le mot d'action est général et indéterminé. Il convient proprement quand on ne veut pas ou qu'on ne peut pas exprimer si l'affaire est générale ou partielle, si c'est une bataille ou un combat , ou même une escarmouche , un coup de main, ou toute autre opération de guerre. Fénelon écrit à son neveu, qui se trouvait dans un régiment près de Cambrai , de venir passer quelque temps auprès de lui , « s'il n'y avait pas d'apparence à une action. » « M. le vidame est à quatre pas de l'armée pour se trouver à une action, si par malheur on s'y engageait. » 1d. Un jour de combat, c'est le jour où un combat a lieu; un jour d'action est plus général, c'est le jour où l'armée n'est pas inactive , ne reste pas en repos , quelles que soient d'ailleurs ses opérations , ou bataille , ou combat , ou escarmouche , ou sortie . ou attaques de toutes sortes. « Le duc de Vendôme était d'une grande mollesse , mais un jour d'action , il réparait tout par sa présence d'esprit et par ses lumières. » Volt.
D'ailleurs, action exprime l'action d'une manière plus pure , plus indépendante du résultat. «Par cette disposition , le dessein d'Épaminondas était de ne point hasarder le succès du combat par ce qu'il avait de plus faible , et de commencer Yaction par son aile gauche , où était l'élite de ses troupes. » Roll. « L'action fut des plus vives, et dura au moins dix heures. Mais enfin la fureur et le désespoir des Juifs, qui voyaient que leur salut dépendait de leur succès de ce combat , l'em-
portèrent sur la valeur et sur l'expérience des Romains. » In.
Il semble enfin que Yaction doit se considérer avant ou au commencement , et le combat pendant. « Arsinoé ne se contenta pas d'exhorter les soldats avant l'action; elle ne quitta point son mari pendant le fort même du combat. » Roll. k Le consul ayant passé le Séris , Yaction s'engagea. Le combat fut opiniâtre. » Cond.
BATIR, CONSTRUIRE, — ÉDIFIER. Ces mots expriment une action de l'industrie humaine , consistant à former par l'assemblage de certains matériaux une maison , un pont , une digue ou autre ouvrage semblable.
Si bâtir vient du grec ou du latin , ce qui est fort douteux, il ne conserve certainement rien de la noblesse de son origine ; au lieu que construire , latin construere , est un mot qui annonce quelque chose de grand ou de distingué. On bâtit une maison , un vaisseau , un temple ; on construit une ville, une flotte , un beau temple. «Les abeilles , dans un lieu donné , tel qu'une ruche ou le creux d'un vieux arbre , bâtissent chacune leur cellule ; mais les mouches de Cayenne construisent même la ruche.» Buff. «Une galère carthaginoise échoua sur les côtes de l'Italie ; les Romains se servirent de ce modèle pour en bâtir: en trois mois de temps leur flotte fut construite, équipée. » Montesq. « Un jour, comme Ëpiménide bâtissait un temple qu'il avait résolu de consacrer aux nymphes , on entendit une voix du ciel qui lui cria : Dédie ce temple à Jupiter même.... Avant que de quitter Athènes , il fit construire un beau temple en l'honneur des Furies.» Fén. a Les Ptolémées attirèrent ce trafic dans leur royaume en bâtissant Bérénice et d'autres ports sur la côte occidentale de la mer Rouge.... Le commerce de l'Orient fut la principale source des trésors incroyables que Salomon amassa , et qui servirent à construire le magnifique temple de Jérusalem. » Roll. « Servius abandonna ce terrain, pour y bâtir, à ceux qui n'avaient pas de maison , et il s'y fit lui-même construire un palais dans le plus bel endroit del'Esquilin.» Id. Le maçon bâtit , l'architecte construit.
D'ailleurs , bâtir a particulièrement rapport à l'élévation , et construire à la structure , à l'arrangement. On bâtit en entassant des matériaux ; on construit en disposant des matériaux avec art, soit en hauteur, soit dans un autre sens. On bâtit un amphithéâtre ; on construit une route. Le castor bâtit sa cabane ; l'oiseau construit son nid. « Les vainqueurs (les Romains) bâtirent pour les vaincus ces vastes thermes, ces amphithéâtres, et construisirent ces grands chemins qu'aucune nation n'a osé depuis tenter même d'imiter.» Volt. « Le castor se peint la cabane qu'il veut bâtir , l'oiseau le nid qu'il veut construire.-» Cond. a Le castor bâtit sa maison et les oiseaux d'aujourd'hui construisent leurs nids , comme aux premiers jours de la création.» Lah. ce Les Romains songèrent pour la première fois à bâtir une flotte ; mais ils n'avaient point d'ouvriers qui sussent construire des bâtiments.... Leurs galères, construites grossièrement et à la hâte , n'étaient pas fort agiles ni faciles à manier.»
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
Roll. «Josèphe nous parle d'un fameux édifice que Daniel avait bâti à Suze en forme de château, et qui était si admirablement construit, qu'il semblait ne venir que d'être achevé , tant il conservait son premier éclat. » Id. —On bâtit sur, et avec plus ou moins de solidité ; on construit avec plus ou moins de talent. « Quel architecte a enseigné aux oiseaux à choisir un lieu ferme, et à bâtir sur un fondement solide? Quelle sagesse a marqué à chaque espèce une manière particulière de construire les nids , où les mêmes précautions fussent observées , mais en mille façons différentes?» Roll. On bâtit un système sur de bons ou de mauvais principes ; on se montre plus ou moins habile à construire une phrase ou un poëme.
Edifier , latin œdificare, œdem facere, faire un temple ou un palais , est peu usité au propre ; il ne se dit qu'en parlant d'ouvrages considérables , tels que temples , palais , monuments , sans être aucunement relatif à la façon. « C'était la fée Fébosile qui avait édifié ce* palais. » Les. — On l'emploie particulièrement bien au figuré et d'une manière absolue par opposition à détruire, a Je t'ai établi, disait Dieu à son prophète, pour arracher et pour détruire , pour planter et pour édifier. » Bourd. « Les ouvrages du grand Arnauld sont comme autant de plaidoyers où il a toujours eu en vue d'établir ou de réfuter , d'édifier ou de détruire. » D'Ag. — C'est aussi un terme spécial d'histoire naturelle. «Ramper ou fuir, ne rien édifier, ne rien produire, ne rien transmettre, tel est le sort des animaux solitaires. » Buff. a Si les éléphants n'édifient rien, ce n'est peut-être que faute d'espace et de tranquillité.... Partout où les hommes se sont habitués , le castor perd son industrie et cesse d'édifier. » Id.
BATTRE, FRAPPER. Porter la main sur quelqu'un , le maltraiter.
Battre, latin battuere, qui se trouve dans Plaute, signifie rosser , charger ou accabler de coups, a Ils lui tombèrent sur le corps , et , quand ils furent las de le battre , ils lui dirent qu'il était mon receleur. » Les. Frapper, du latin alapare, souffleter, ou du grec pcouÇeiv , dont le sens est le même , veut dire donner un soufflet , un coup de la main sur la joue : a Jésus-Christ reçoit un soufflet.... Il n'a qu'à prononcer une parole, et le feu du ciel descendra pour foudroyer cet audacieux qui l'a frappé. » Bourd.
Ainsi battre , c'est frapper à plusieurs reprises : dans l'Amphitryon de Molière, Sosie dit à son maître :
Je viens , monsieur, subir à deux genoux Le juste châtiment d'une audace maudite. Frappez, battez, chargez, accablez-moi de coups. Pour frapper , au contraire , un seul coup suffit. Au figuré, les vagues battent le rivage (Volt.); c'est une action continuelle , sans cesse répétée , comme est celle de battre les murailles d'une ville avec le bélier (Boss.) ; mais que la foudre frappe un édifice , une balle un soldat , il n'y a là nulle succession d'actes, c'est un accident qui s'opère tout d'un coup. On se sert de battre dans toutes les occasions où pour faire une chose on est obligé de frapper plusieurs fois : battre le fer,
le tambour, du blé, du plâtre, des œufs, les murailles d'une ville assiégée , l'armée ennemie , etc. ; on a les oreilles battues d'une chose, à force d'en entendre parler. On dit d'un homme qui a l'habitude de frapper sa femme , qu'il la bat : « Cette femme l'épouse , ce garçon est brutal , il est fou ; il la battra comme plâtre. » SÉv.
L'idée accessoire de battre est celle de quantité , du redoublement ou de la répétition de l'action. L'idée distincte de frapper est celle d'agression , du commencement de l'action , celle d'entreprise ou d'attentat. Le plus fort bat le plus faible ; le plus violent frappe le premier. On est bien battu ou las de battre; on ose ou on n'ose pas frapper , on est poursuivi pour avoir frappé quelqu'un. Un lutteur ou un chien en bat un autre qui n'est pas de même force , qui a le dessous ; Eùrybiade lève le bâton sur Thémistocle et menace de le frapper , s'il ne se range à son avis. Il ne faut ni battre à outrance ni frapper sans raison.
Avec battre on ne détermine jamais l'endroit du corps où sont appliqués les coups : c'est en donner de toutes sortes et n'importe où. Mais avec frapper on désigne très-bien la place précise qui reçoit l'impression : frapper à la jambe , à la tête , etc. Si vous voulez battre les ennemis , dit César à ses troupes la veille de Pharsale , frappez-les au visage.
Entre battre et frapper se trouve la différence de la multiplicité à l'unité, quand ils sont pronominaux. Se battre se dit de deux personnes ou d'un plus grand nombre, qui échangent des coups : a C'est ici le même verger où vous vous battiez avec ma cousine à coups de pêches. » J. J. Mais se frapper s'entend , pour l'ordinaire , d'une seule personne qui fait sur elle-même l'action exprimée par frapper : « Si l'enfant se frappe , il ne se cassera pas le bras. » J. J. — En un mot, se battre est un verbe réciproque -, et , se frapper , un verbe réfléchi.
BÉATIFICATION , CANONISATION , actes émanés de l'autorité pontificale , par lesquels le pape déclare que l'âme d'une personne défunte jouit du bonheur éternel , et détermine l'espèce de culte qui peut lui être rendu.
La béatification est une sorte de préliminaire à la canonisation , un privilège accordé ordinairement à un ordre religieux, qui se trouve ainsi autorisé à rendre au personnage dont il s'agit des honneurs provisoires en quelque sorte et limités. Elle n'a été introduite que pour satisfaire l'empressement de ceux qui n'auraient pas voulu attendre la fin des longues procédures que nécessite la canonisation.
La canonisation a une valeur définitive , absolue : le pape y parle, non en personne privée, mais en juge , ex cathedra , après un examen juridique approfondi. Ce n'est plus seulement une permission donnée à quelques particuliers par dérogation aux lois communes de l'Église ; c'est une décision générale qui s'adresse à tous les fidèles et signale à leur vénération la mémoire d'un pieux personnage, dont le nom se trouve dorénavant inséré dans le catalogue invariable des saints de l'Église , dans le xavwv.