‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 417 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

deur, de mérite, etc. ; plusieurs, quelques, certaines ! personnes , choses , vertus, occasions, etc. A celle qui a beaucoup aimé plusieurs péchés seront remis (Boss.). Le contraire de beaucoup est peu; plusieurs, quelques et certains sont opposés h un et à tous. — Ensuite, lorsque beaucoup s'applique aussi , comme ses synonymes , à des choses qui se calculent . à un nombre d'individus , il a cela de tout à fait propre , qu'il suppose ce nombre considérable : deux ou trois personnes , deux ou trois choses , ne suffisent pas pour faire beaucoup de personnes ou de choses ; elles suffisent pour qu'on puisse dire plusieurs personnes ou plusieurs choses , quelques personnes ou quelques choses , certaines personnes ou certaines choses.

Plusieurs est précis ; quelques et certains sont vagues et indéterminés. Plusieurs signifie plus d'un, et on ne s'en sert que quand l'opposition avec un seul est expressément indiquée ou facile à sous-entendre. «Ne voyez-vous pas plusieurs prêtres , plusieurs ministres , plusieurs prédicateurs, plusieurs docteurs? Mais il n'y a qu'un seul évêque dans un diocèse et dans une Église. » Boss. « Une armée qui est conduite par un seul et bon chef réussit bien mieux que celle qui est commandée par plusieurs chefs. » Fén. « Alexandre pleurait de n'avoir pas encore subjugué un monde, quand on disait qu'il y en avait plusieurs. » Id.

Quelques et certains se mettent toujours devant des noms de personnes ou de choses pour en représenter un nombre indéfini. Mais quelques a rapport à la quantité seule , et certains est relatif aussi à la qualité. Quelques mètres de plus ou de moins ne changeraient rien à la hauteur apparente de certains édifices. Le jour n'est que de quelques heures dans certains pays. Il suffit de quelques instants d'examen pour juger certains ouvrages. — Quelques répond à combien , et certains veut dire d'une certaine sorte. Prévenir une personne de quelques moments (Boss.); interdire à un jeune homme la lecture de certains livres

(FÉN.)

BERGER, PASTEUR, PÂTRE. Celui qui garde un troupeau.

Le berger garde proprement et seulement des brebis , autrefois berbis. a Semblable à un lion qui entre dans un troupeau de faibles brebis , il déchire , il égorge , il nage dans le sang ," et les bergers fuient tremblants , pour se dérober à sa fureur. » Fén. Les filles ressemblent aux brebis : si le berger n'a pas toujours l'œil dessus , serviteur , elles s'écartent, et le loup les mange. ■» Les. Pasteur et pâtre , de pascere , pastum , faire paître , désignent des gardiens de toute espèce de bestiaux , brebis , chèvres , bœufs , vaches , cochons, etc.

Mais ce qui distingue plus ordinairement berger de pasteur et de pâtre, c'est que, sous le rapport de la noblesse , il se tient entre ces deux derniers. C'est le mot commun , celui dont on se sert quand on ne veut ni relever , ni rabaisser la condition de l'homme dont on parle , mais donner l'idée d'une occupation champêtre simple, douce, agréable: les bergers de Théocrite et de Virgile (d'Al. , Lah.); un berger qui joue de la flûte en gardant ion troupeau sur le bord d'un fleuve (Les.). « Le

roi veut voir vos bergers danser au son d'une flûte champêtre, sous les saules et les peupliers, y mêler leurs voix rustiques et chanter ses louanges. » Labr. L'églogue est une sorte de poésie où l'on introduit des bergers pour personnages.

Pasteur et pâtre reproduisent le même mot latin pastor; mais pasteur le reproduit exactement , et pâtre le présente modifié , altéré , défiguré , sans sa terminaison originelle. C'est pourquoi pasteur est un terme relevé et pâtre un terme bas.

Pasteur se dit seul au figuré , et seul il est usité en histoire pour indiquer des peuples spécialement adonnés aux soins des troupeaux. « Les Arabes sont tous pasteurs. » Buff. ce Les Anglais , jusqu'au xvne siècle , furent des peuples chasseurs et pasteurs, plutôt qu'agriculteurs. » Volt. « Suivant Caligula , comme un pâtre est d'une nature supérieure à celle de son troupeau, les pasteurs d'hommes , qui sont leurs chefs , sont aussi d'une nature supérieure à celle de leurs peuples. » J. J. « Il faut qu'un prince se regarde comme pasteur (et c'est le nom que l'antiquité sacrée et profane donnait aux bons rois) ; il doit en avoir la vigilance , l'attention , la bonté. » Roll. — En poésie, dans la haute poésie surtout, le mot pasteur est aussi le seul qui convienne : Tel que le vieux pasteur des troupeaux de Neptune, Protée.... J. B. Rouss.

Voltaire commence ainsi une épître à Saint-Lambert :

Chantre des vrais plaisirs, harmonieux émule, Du pasteur- de Mantoue et du tendre Tibulle.... Ailleurs il dit des cultivateurs de son temps : Ils ne sont point formés sur le brillant modèle De ces pasteurs galants qu'a chantés Fontenelle. — Enfin , même en prose , pasteur figure toujours bien dans le haut style , ou toutes les fois qu'on veut donner quelque relief à un berger ou à l'état de berger. « Dieu nous a cherchés , il a couru comme un pasteur qui se fatigue pour retrouver I sa brebis égarée. » Fén. a Télémaque avertit son I père qu'il va armer les deux fidèles pasteurs qu'il | avait chargés de garder les portes. » Id. « A la ' fête de Versailles (1664), divers personnages re- I présentaient les Saisons , les Faunes , les Drya- ! des , avec des pasteurs , des vendangeurs , des moissonneurs. » Volt. « La fiction célèbre de cet anneau trouvé par le pasteur Gygès. » D'Ag. « Anges saints , accoutumés à converser avec ces anciens bergers , Abraham , Isaac et Jacob , annoncez à ceux de la contrée que le grand pasteur est venu -, que la terre va voir encore un roi berger qui est le fils de David. » Boss. « La plupart des sujets de Théocrite sont des combats de flûte et des querelles de bergers : le goût du chant et de la poésie n'était point étranger aux pasteurs de la Grèce et de l'Italie. » Lah,

Pâtre, au contraire , est un terme bas ou de dédain, qui représente l'état de berger comme le dernier de tous, ou un berger comme grossier, ignorant , rustre. « Despréaux , admirateur passionné des bergers de Théocrite et de Virgile, quelquefois pâtres plus que bergers , goûtait peu nos bergers imaginaires , ceux de Fontenelle, surtout , à cause de leur trop grande finesse. » D'Al

Un pauvre paysan, que l'or sut engager, De ce fardeau pour moi voulut bien se charger. Je lui dis que de moi l'enfant tenait naissance, Qu'il devait ayec soin élever son enfance : Je lui cachai toujours son nom et son pays : Le pâtre crut enfin tout ce que je lui dis. Régi*.

a. Nous ne voyons pas que nos pâtres s'occupent beaucoup des planètes et des étoiles fixes. » Volt. « Sixte-Quint, ce pâtre de la Marche d'Ancône, derenu pape , avait osé appeler Henri IV génération bâtarde et détestable de la maison de Bourbon. » Id. a Chefs ambitieux, un pâtre gouverne ses chiens et ses troupeaux , et n'est que le dernier des hommes ! » J. J. « Spartacus se vit jusqu'à six-vingt mille hommes à ses ordres, pâtres , bandits , esclaves , transfuges. » Vert, a Romulus et Rémus , dans la suite , dédaignant la vie fainéante des pâtres , s'adonnèrent à chasser dans les forêts d'alentour.... Ils fondent sur les voleurs, ils enlèvent leur butin et le distribuent aux bergers. » Roll. « 0 pâtres, dit Heraclite, ô rustres qui habitez sous le chaume et dans les cabanes , recevez-moi parmi vous à manger votre pain noir. » Labr. Rome fut fondée par un ramas de pâtres et de vagabonds (Cond.). On oppose sans cesse les pâtres aux rois (Laf., Lah.).

BLÂMER. — I. DÉSAPPROUVER , IMPROUVER , RÉPROUVER, CONDAMNER, DÉSAVOUER. — IL CENSURER, CRITIQUER. — III. TROUVER À REDIRE , ÉPILOGUER , CONTROLER , FRONDER.

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