IV. REPRENDRE, RÉPRIMANDER, CORRIGER
Penser et dire qu'une chose ou une action est mauvaise, défectueuse, contre la raison ou le droit, ou bien qu'une personne a mal agi, qu'elle a démérité, ou qu'elle doit mai agir, qu'elle doit démériter.
Blâmer est le terme générique ; il exprime l'idée commune simplement, au lieu que chacun des verbes suivants la présente modifiée d'une certaine manière : aussi chacun d'eux se met-il bien ajprès blâmer pour y ajouter ou l'expliquer. « Dieu veut qu'on trouble le vice , qu'on le blâme, qu'on le condamne. » Fén. « Ne blâmezvous pas, ne censurez- vous pas tous les jours ces mêmes personnes? » Mass. « où est le temps où l'on chassait, où l'on reprenait, du moins où l'on blâmait ceux qui assistaient au banquet sans manger? » Boss.
Mais la différence entre ce mot et les suivants ne se borne pas là. Blâmer a aussi son idée propre. Le blâme est le contraire de la louange; et comme la louange est honorable, le blâme a quel- 1 que chose de diffamant et d'humiliant , c'est une sorte de reproche dont on s'offense , c'est une lé- ' gère flétrissure de l'opinion. « Pompée avait sou- I yerainement le faible de vouloir être approuvé -, il prêtait l'oreille aux vains discours de ses gens...! ' Ainsi, pour n'être pas blâmé, il fit une chose que" ■' la postérité blâmera toujours (d'aller livrer bataille à César). » Montesq. « On accusa Louis XIV j d'avoir craint de combattre le prince d'Orange. On reprocha aussi au prince d'Orange de n'avoir pas livré bataille à Louis XIV. Car tel est le sort des rois et des généraux , qu'on les blâme toujours de ce qu'ils font et de ce qu'ils ne font pas.» Volt. -Les Romains ont loué dans un Romain (Mucius Scé-
| vola) ce qu'ils auraient blâmé dans un ennemi de | Rome. » Roll. On ne blâme guère sans un peu de mépris, et le blâme est opposé à l'admiration, tout comme à la louange, « N'avez -vous pas blâmé saint Anselme d'avoir introduit , sous le nom d'intérêt , une manière basse d'exprimer la béatitude? N'avez-vous pas méprisé ce langage?» j Fén. « Toutes les fausses beautés que nous blâmons dans Cicéron ont des admirateurs en grand nombre.» Pasg. Cette nuance se trouve aussi dans le latin vituperare , auquel blâmer correspond exactement; et d'ailleurs, elle résulte de l'étymologie du mot : blâmer paraît venir de pXaa<p][j.£ïv> injurier, diffamer, de p/àuteiv et çriu-r,, blesser en paroles, dire du mal. Dans l'ancienne jurisprudence criminelle , le blâme était une véritable peine qu'on infligeait.
Séguier t'affublerait d'un beau réquisitoire; La cour pourrait te faire un fort mauvais parti , Et blâmer par arrêt tes vers et ton Changti. Volt. I. Désapprouver , improuver, réprouver , condamner , désavouer.
Ces mots expriment des actes intérieurs par lesquels , se rendant compte de la manière d'être ou d'agir de son semblable, on la trouve mauvaise , non fondée en raison , non plausible , non justifiable, au lieu de l'approuver, de l'agréer, d'y applaudir, de l'estimer. Ils signifient le sentiment ou l'opinion qu'on a , ce qu'on pense quant à soi , le cas qu'on lait des choses ou des personnes ; rien de plus. On dira bien , en parlant de certains livres , qu'ils contiennent des doctrines que la saine morale ou la saine politique désapprouve , improuve , réprouve , condamne ou désavoue. On dira bien aussi d'une personne qu'on consulte dans son cabinet sur un projet ou sur un fait accompli, qu'elle le désapprouve, qu'elle Yimprouve , qu'elle le réprouve , qu'elle le condamne ou le désavoue. Mais, dans ces deux phrases , aucun des verbes suivants ne conviendrait, parce qu'ils sont tous chargés d'idées accessoires dont visiblement il n'est pas question dans ces exemples. Quand on désapprouve, qu'on improuve , qu'on réprouve , qu'on condamne ou qu'on désavoue , on est dans la simple position d'un homme qui donne froidement son avis , qui dit ce qu'il lui semble , qui prononce , qui décide , qui juge ; et non pas dans celle d'un accusateur public qui fait connaître ou révèle les défauts ; ni dans celle d'un ennemi , d'un homme passionné , qui poursuit et prend plaisir à trouver des défauts ; ni dans celle d'un ami ou d'un maître qui tend à rendre meilleur en faisant perdre les défauts qu'on a.
Entre désapprouver , improuver et réprouver la ressemblance est très-grande, parce que ces trois verbes ont le même radical. Leurs différences ne provenant que de la diversité de leurs préfixes, ont déjà été indiquées dans la Ire partie. Désapprouver est le plus faible des trois : c'est simplement n'être pas pour , ne pas donner son assentiment, se tenir neutre en quelque sorte, mais manifester son éloignement d'une manière ouverte; improuver, c'est être contre : ce mot emporte une opposition plus forte au fond, quoique souvent moins apparente. Tout chrétien