‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 42 sur 881 · INTRODUCTION. XLIX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XLIX

à quelque degré qu'ils le fussent, on parviendrait toujours à reconnaître en chacun une spécialité de signification. Car ce qui convient au tout convient nécessairement à la partie, ou, autrement dit, on peut juger d'une acception particulière d'un mot par son sens général. Deux termes synonymes sont entre eux comme les cercles A et I (fig. 4, p. xxxix) : ils ont une partie commune G; mais malgré cette rencontre de leur compréhension , la partie commune se ressent des caractères particuliers à chacun des deux termes en vertu de sa valeur naturelle; elle a un tour, un air, un aspect différent suivant qu'on l'exprime par l'un ou par l'autre. Le sens, tel qu'il résulterait d'une bonne définition, par cela même qu'il serait essentiel, devrait se réfléchir et se retrouver dans toutes les acceptions du mot.

Mais à cet égard, loin que le synonymiste puisse compter sur les dictionnaires ordinaires, son travail doit avoir, entre autres effets, celui de suppléer à leur insuffisance et à leur inexactitude. Puisque les dictionnaires font défaut en ce qui concerne les valeurs propres et naturelles, c'est au synonymiste à y pourvoir, et c'est à quoi il doit travailler avant tout, puisque c'est de là seulement que peut jaillir la lumière. Donc il examinera chaque mot en lui-même, isolément, s'efforçant d'en découvrir la signification essentielle, et le moyen qu'il emploiera d'ordinaire sera l'étymologie. L'étymologie, en effet, donnant le sens primitif et radical, lequel est presque toujours identique au sens propre ou essentiel, conduit à de bonnes définitions, point de départ nécessaire de toutes les recherches qui ont pour objet les synonymes de ce genre. Telle est la méthode de Roubaud : elle consiste, comme il le dit lui-même, « à tirer les différences qui distinguent les termes synonymes de leur sens propre et naturel par le moyen de l'étymologie. »

Il y a deux sortes d'étymologie qu'il ne faut pas confondre : l'une, positive et réservée, se tient, autant que possible, dans les limites de la langue à laquelle appartient le mot donné ; l'autre, aventureuse et conjecturale, lui cherche des analogues dans les langues étrangères, d'où elle tire des inductions presque toujours fantastiques. La première a été pratiquée par Dœderlein, la seconde par Roubaud ; et ce qui prouve déjà combien la première est préférable à la seconde, c'est le succès inégal de ces deux philologues pour ce qui regarde la partie étymologique de leurs ouvrages. Au reste, on s'explique aisément pourquoi leur valeur n'est pas la même. Toutes choses égales d'ailleurs, l'opinion qui rapporte un mot à un autre mot de la même langue est toujours plus probable que celle qui le tire d'un mot d'une autre langue, surtout si cette dernière est très-ancienne, comme le sanscrit ou le celtique ; car rien de plus concevable et de mieux attesté historiquement que la transformation et le développement des mots de chaque langue en particulier, tandis que souvent les rapports de parenté sont obscurs et douteux entre telle langue moderne et telle langue ancienne dont on la rapproche. Ensuite, les deux dérivations fussent-elles vraisemblables au même degré, la première fournirait une instruction plus sûre, on pourrait plus hardiment conclure du sens originel ou primitif au sens essentiel

SYN. FRANC. d

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