‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 43 sur 881 · L INTRODUCTION · texte numérisé non relu

L INTRODUCTION

ou propre. En effet, les mots éprouvent souvent de graves changements en passant d'une langue à une autre. Ainsi, nos mots humanité et industrie n'ont plus le sens des mots latins humanitas et industriel, d'où ils tirent leur origine.

Ce n'est pas à dire cependant que les mots conservent une signification invariable tout le temps qu'ils sont employés dans la même langue : ils s'altèrent moins fréquemment, moins profondément, mais ils s'altèrent ; ce qu'ils représentent à une certaine époque n'est plus exactement ce qu'ils représentaient à une époque précédente : autres temps, autres mœurs et autres usages ; autres mœurs et autres usages, autres acceptions attachées aux mots qui s'y rapportent. Nos expressions, bel esprit, honnêtes gens, brave homme, gentil, prude, libertin, pédant et pédagogue n'ont pas toujours eu leur signification d'à présent. C'est pourquoi, lorsque le synonymiste est arrivé à une étymologie certaine , soit en recourant à une langue étrangère , soit en restant dans les limites de la même langue , il ne doit faire servir la valeur primitive à déterminer la valeur propre qu'après avoir vérifié la première par l'histoire du mot, par la connaissance des modifications qu'il peut avoir subies à différentes époques.

L'étymologie met en possession du sens essentiel et naturel tout d'un coup et comme d'emblée ; mais on peut aussi le trouver a posteriori , à l'aide d'un procédé moins expéditif; on peut, en rassemblant et en comparant les différentes acceptions elles applications usitées d'un mot, parvenir à saisir ce qu'elles ont de commun , c'est-à-dire l'idée propre et essentielle de ce mot , puis faire servir la notion ainsi obtenue à caractériser le mot dans une acception spéciale où il tend à se confondre avec un autre. C'est toujours aller du clair, du connu et du certain à l'obscur, à l'inconnu et à l'incertain en expliquant la partie par le tout, en établissant, dans une définition préparatoire, un type, une idée dont les traits essentiels doivent être empreints dans le mot, quelles que soient ses applications.

Il y a plus : il n'est pas besoin, pour avoir le sens d'un mot dans une certaine application , de l'examiner dans toutes les autres , afin d'apercevoir ce qui s'y trouve de commun et d'en former l'idée ou le type dont le mot est le signe ; il suffit parfois d'en constater la valeur précise dans une seule de ces autres applications, et alors, au heu d'éclairer la partie par le tout, une acception particulière par la signification générale, on éclaire une partie par une autre, on interprète une acception singulière par une autre , se fondant sur les rapports communs que les acceptions d'un même mot ont nécessairement ensemble. C'est ainsi qu'à chaque instant on puise dans la considération du sens propre et physique des indications relativement au sens figuré et moral ; d'autres fois même le contraire a lieu, c'est le figuré et le moral qui révèlent les caractères distinctifs du propre et du physique.

Enfin, un dernier moyen d'instruction consiste dans la connaissance des onomatopées, c'est-à-dire des mots qui rappellent, par leur son, les objets ou les actions qu'ils désignent. Mais , outre qu'il est rarement praticable , on ne doit

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