II. Censurer, critiquer
C'est blâmer publiquement , déférer au public , faire connaître à tout le monde ce qu'on trouve de mal dans une chose ou dans une personnece Critiquer quelqu'un, c'est blâmer dans le public sa conduite. » J. J. Il en est de même de censurer.
N'allons point ,
Au public élalant notre misanthropie,
Censurei- le lien le plus doux de la vie. Boil. « Comme on ne défend pas la philosophie pour avoir été condamnée publiquement dans Athènes, Dn ne doit point aussi vouloir interdire la comédie pour avoir été censurée en de certains temps. » Mol. Désapprouver et les autres mots de la même classe marquent seulement ce qu'on pense , mais sans emporter aucune idée de divulgation, de dénonciation. Censurer et critiquer servent à indiquer ce qu'on répand dans le peuple , ce qu'on porte à la connaissance de tous. Aussi c'est souvent dans des écrits , et non pas seulement dans des discours, qu'on censure et qu'on critique; aussi y a-t-il des censeurs et des critiques, c'est-à-dire des hommes chargés par état de signaler aux autres ce qu'il y a de mal dans les choses et dans les personnes; aussi ceux qui censurent et qui critiquent sont-ils exposés à des réponses , à des réclamations , et s'engagent-ils souvent dans des luttes dont le public décide ; aussi doit-on avoir beaucoup de mesure et suivre certaines règles en censurant et en critiquant , si on ne veut pas tomber dans la médisance ou dans le bavardage.
Censurer rappelle les censeurs de Rome , lesquels avaient la garde des mœurs et veillaient sur les actions des citoyens. Critiquer , c'est faire la critique , et la critique , de xpîveiv , juger , est l'art de juger les ouvrages d'esprit. Donc , en général, censurer attaque plutôt les défauts de moralité ou de conduite. « Feuquières , esprit non moins chagrin qu'éclairé, altère des faits pour avoir le plaisir de censurer des fautes. » Volt. « Le temps des fautes (l'enfance) est celui des fables. En censurant le coupable sous un masque étranger, on l'instruit sans l'offenser. » J. J. « La
1 personne de Caton était inaccessible et invulnérable à la censure la plus maligne. » Roll. « Dieu examinera vos œuvres et les censurera. » Bourd. « La vertu des serviteurs de Dieu n'est pas à cou- I vert de la malignité de vos censures.» Mass. a Ce vieux guerrier censure tout ce qui se fait en France. » Montesq. « Il censure tous nos attache- | ments , quelque innocents qu'ils puissent être. » Mol.
Us ne censurent point toutes nos actions. I» Et la sincérité de ces femmes de bien Censure toute chose, et ne pardonne rien. Id. On ne m'entend jamais censurer ni médire , Et je ne dis ici que ce que j'entends dire. Regn. Mais la critique tombe plutôt sur des défauts théoriques , le défaut de beauté , de goût , de vérité. ce L'homme indocile critique le discours du prédicateur et le livre du philosophe. » Labr. « Bouhours nous a donné un livre fort amusant : c'est la Manière de bien penser sur les ouvrages d'esprit.... Souvent on est de son avis ; quelquefois on critique sa critique. » Sév. ce Quand un auteur ne se contredit que dans l'esprit de ceux qui le critiquent, et qui souhaitent qu'il se contredise, il ne doit pas s'en mettre fort en peine. » Mol. ce Un musicien disait à Philippe , qui critiquait ses airs de flûte : ce A Dieu ne plaise que tu saches ces choses-là mieux que moi! » J. J. Critiquer un tableau, un édifice (Acad.). La foi qui nous censure est souvent l'objet des critiques de l'irréligion (Bourd.). — On censure un livre qui contient des doctrines dangereuses; on critique un livre mal écrit ou plein d'erreurs. Le pape ou un évêque censure; un homme d'esprit , un écrivain , un grammairien critiquent.
Ensuite , les censeurs étaient des magistrats , des hommes autorisés, dont les décisions n'a« vaient pas besoin d'être expliquées et justifiées ; les critiques , au contraire , sont tenus et ont l'habitude d'entrer dans les particularités, de faire voir, par des détails et des exemples, pourquoi ils pensent mal des personnes ou des choses. La censure punit par un blâme public ce qu'il y a de mauvais , et elle porte contre toute la chose en somme; la critique signale par le menu ce qu'il y a de mauvais; la censure rend des arrêts; la critique fait un examen; l'une déclare que la chose est mauvaise; l'autre le prouve.— Censure emporte toujours l'idée d'autorité; la censure a toujours quelque chose de supérieur, de doctoral et de dogmatique; elle ne demande que du goût et du bon sens. «Des termes censurés par l'Académie. » Fén. « Nos littérateurs censurent d'un ton de maître. » J. J. ce Scudéry censurait en maître les vers de Corneille. » Lah. ce Quel poids, si les savants consultaient Condé comme auteurs , son approbation ne donnait-elle pas à leurs ouvrages, et quelle censure plus infaillible que la sienne leur répondait par avance du jugement du public? » Bourd. — Il y a plutôt dans la critique de la finesse, beaucoup de lumières, de savoir et d'habitude , une grande habileté à saisir le fort et le faible , le beau et le laid , le vrai et le faux, ce Beaucoup de personnes ont autant et plus de critique que moi , et apparemment Voltaire n'en manquait pas. v Lah. <x Je sais de quelle estime