III. Trouver à redire, épiloguer, contrôler, fronder
Ce que critiquer signifie quelquefois et accessoirement, les verbes de cette classe le signifient essentiellement et toujours , à savoir : non-seulement blâmer publiquement, mais encore olâmer avec malice, de dépit, avec humeur. Ce sont , dans toute cette famille de mots , les termes passionnés, si on peut parler ainsi. De plus, à la différence de critiquer , ils sont plus ou moins familiers et ne conviennent guère que dans le style de la conversation , des lettres et de la comédie. Ils représentent très-bien la manie de certains esprits chagrins, aigres, mécontents, qui épluchent tout, qui se plaisent à juger de tout en mal.
Trouver à redire et épiloguer se ressemblent beaucoup, car l'un signifie trouver à dire après, et l'autre , parler sur ou après , Xéyeiv mi.
Cependant l'un est plus relatif au désir et comme au besoin de découvrir quelque défaut , et l'autre l'est davantage au peu d'importance des choses auxquelles on s'attaque. —On ne trouve à redire que parce qu'on a cherché, que parce qu'on a tourné l'objet de tous les côtés, afin d'y saisir quelque imperfection.
Nous chercherons partout à trouver a redire ,
Et ne verrons que nous qui sachent bien écrire.
Mol.
« Les tartufes voudront trouver à redire aux choses les plus innocentes qui pourront sortir de ma plume. » Id. « Je vois des gens qui disent
que le cardinal de Retz devrait venir à Saint-Denis , et ce sont ceux-là qui trouveraient plus à redire s'il y venait. » Sév. * A Rome , après la messe , on va prendre du chocolat à l'opéra de Saint-Ambroise, et personne ne s'avise d'y trouver à redire. » Volt. — Épiloguer, par son origine grecque , paraît s'être dit d'abord d'un savant ridicule qui vétille, qui blâme des misères, des riens.
Et pourquoi , s'il vous plaît, Lui bailler un savant qui sans cesse épilogue? Il lui faut un mari, non pas un pédagogue. Moi.. On l'a appliqué ensuite à toute sortes de gens , qui relèvent dans les autres des bagatelles , des défauts très-peu considérables. « C'est un bon livre. La critique , après cela , peut s'exercer sur les petites choses , relever quelques expressions , corriger des phrases , parler de syntaxe , épiloguer sur certaines pensées incidentes. » Volt. « N'allez plus épiloguant sur mes mots. » J. J. « Il y avait aujourd'hui huit jours que je n'avais reçu de vos lettres; et si je ne m'étais pas interdit d' épiloguer , je pourrais critiquer le petit papier où il n'y a pas trois pages complètes. » Dudeff. « Il épilogue sans cesse sur les défauts les plus légers des autres , et il ne songe pas seulement aux vices énormes qui l'accablent. » Boss. « Alexandre d'Hiéraple épilogue sur cette expression pour expliquer à quoi il réduit la difficulté.... Il trouvait toujours de quoi pointiller.»lD.
Contrôler, exercer un contrôle, c'est-à-dire primitivement vérifier ou constater si un homme dont on examine les registres ne s'est point trompé , tient de l'usage une nuance tout à fait caractéristique , c'est qu'il suppose qu'on blâme sans en avoir le droit; en sorte que contrôler, c'est se mêler , avoir la hardiesse , se permettre de critiquer, s'ériger en censeur. Ainsi, assis à la porte d'une maison , on s'occupe ou on s'amuse à contrôler les passants (Fén. , Dest.). « C'est bien à lui à faire de se mêler de contrôler la médecine ! Voilà un bon nigaud , un bon impertinent ! » Mol. « Taisez-vous, ignorante; ce n'est pas à vous à contrôler les ordonnances de la médecine.» Id. « Nous écoutons un chagrin bizarre , qui nous porte toujours à contrôler ceux que Dieu a mis sur nos têtes. J'avoue que pour les contenir dans leur devoir Dieu permet cette injuste liberté qu'on se donne de les censurer. » Bourd. « Vouloir détruire les passions, c'est contrôler la nature, c'est réformer l'ouvrage de Dieu. » J. J. Pascal appelle l'imagination a une superbe puissance ennemie de la raison , qui se plaît à la contrôler et à la dominer pour montrer combien elle peut en toutes choses. » Lafontaine , dans des oouts-rimés contre Furetière , lui reproche une faute de français, et ajoute :
Ne t'imagine pas qu'on la laisse impunie :
Mais l'insolence suit en toi la calomnie ;
N'en est-ce pas un trait que de blâmer le roi?
Tu contrôles ses dons, homme plein d'impudence.
Fronder est un mot qui a été créé à l'époque et à l'occasion de la guerre de la Fronde. La Fronde était la faction opposée à la cour et au cardinal Mazarin sous la minorité de Louis XIV. Fronder, agir comme la Fronde ou comme les frondeurs,
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
c'est d'abord particulièrement attaquer dans ses discours la cour (Volt., Mol.), le gouvernement (J. J. , S. S.) ou le ministère (Cond.) , soit par rapport aux affaires politiques , soit par rapport à autre chose. « C'est ce mauvais goût justement frondé par Boileau dans ces vers :
Toutefois à la cour les turlupins restèrent, etc.»
Volt.
a Entre hommes , les propos de table roulent assez souvent sur la politique ; et le Gascon , dès la soupe, se mit à fronder et à boire d'autant. » Marm. Mais ensuite ce mot s'éloigne davantage de son origine et prend une signification générale. Néanmoins il retient toujours quelque chose de sa première acception. Fronder, c'est critiquer en se déclarant ouvertement ennemi, et critiquer en grand seigneur, avec ironie , légèreté , vanité, fanfaronnade. Ainsi, les marquis du siècle de Louis XIV frondaient les comédies de Molière (Mol.) , on sait sur quel ton.
Tu n'as point vu ceci (cette pièce) , marquis? Ab ! Dieu me damne !
Je le trouve assez drôle , et je n'y suis pas âne , etc.
Mol.
Ce flandrin de Licandre , avec sa face étique ,
Voulait passer partout jour habile critique ;
Il ne parlait jamais que d'actrices, d'acteurs,
Et, d'un ton décisif, û frondait les auteurs. Dest. œ II ne portait pas de jugement plus avantageux des autres livres : il les frondait tous sans charité. C'était apparemment quelque auteur. » Les. « Ces pièces (de théâtre) avaient pour objet de fronder quelque folie à la mode. » D'Al. « C'est principalement au parterre de la Comédie-Française , à la représentation des pièces nouvelles . que les cabales éclatent avec le plus d'emportement. Le parti qui fronde l'ouvrage et le parti qui le soutient se rangent chacun d'un côté. » Volt.