DEUXIÈME PARTIE
telle. 5) Pasc. «M. Ludon, qui me paraît homme de bon sens, pourra vous aider de ses conseils. » Fén. a Tels sont les préceptes généraux que le bon sens dicte à tous les hommes (sur le suicide) , et que la religion autorise. » J. J. — Le bon goût est la raison dans son application aux choses d'agrément, aux objets beaux. «Le bon goût n'est qu'un sentiment fin et fidèle de la belle nature. » Vauv. « Le soin qu'un homme de bon goût prend pour placer de bons tableaux dans un jour avantageux. » Fén. « Ce mélange (de diverses citations dans un plaidoyer), si conforme aux règles de l'art, fut applaudi par les auditeurs de bon goût.» Id. « Le bon goût règne d'un bout à l'autre dans les Lettres provinciales. » Volt. « Shakespeare avait un génie plein de force et de fécondité , sans la moindre étincelle de bon goût, et sans la moindre connaissance des règles. » Id. — Avec du bon sens , on sait distinguer le vrai du faux , le bien du mal-, avec du bon goût, on sait discerner le beau du laid.
« Entre le bon sens et le bon goût il y a la différence de la cause à son effet. » Labr. C'est-àdire, conformément à la maxime de Boileau (rien n'est beau que le vrai), les saines idées en matière de beauté dépendent, résultent des saines idées de la raison commune sur le vrai, le bien, l'honnête ; soyez capable d'apercevoir le vrai et le bien, et par là même vous serez capable de sentir le beau. Une relation semblable entre le bon sens et le bon goût est indiquée dans le passage suivant : ce L'imagination s'affranchit alors de toutes les règles de vraisemblance et de convenance. Plus la raison s'altère, plus l'imagination devient vagabonde et déréglée. A cet égard, rectifier l'esprit , ce n'est que le ramener à la raison et à la nature • c'est le bon sens qui est le précurseur, le restaurateur du bon goût. » Marm.
D'ailleurs, bon sens désignant la raison sous sa forme commune , populaire , dans son rapport aux choses ordinaires de la vie , aux choses de pratique , a moins de noblesse que bon goût qui la représente comme présidant à l'appréciation des objets les plus relevés, les plus fins, les plus délicats.
1° BONTÉ ( BÉNIGNITÉ , DÉBONNAIBETÉ , BIENVEILLANCE, BIENFAISANCE);— 2° DOU- CEUR (MANSUÉTUDE); — 3° HUMANITÉ {PHI- LANTHROPIE, CHARITÉ); — 4° SENSIBILITÉ (TENDRESSE). Tous ces mots désignent une disposition qui nous rend favorables aux autres. Ils paraissent se diviser naturellement en quatre classes sous les mots bonté , douceur , humanité et sensibilité, qu'il s'agit de distinguer d'abord.
Bonté, douceur, humanité, sensibilité.
On est bon par inclination , et doux par caractère. La bonté est une qualité qui influe proprement sur la volonté par rapport aux biens et aux plaisirs qu'on peut faire aux autres ; en sorte que l'homme bon aime naturellement à rendre heureux, travaille volontiers pour l'avantage d'autrui, et est incapable de nuire , d'affliger, de souhaiter même du mal. Le contraire de la bonté est un penchant mauvais, la méchanceté, a La bonté est un goût à faire du bien et à pardonner le mal. » Yauv- «Nul ne mérite d'être loué de sa bonté, s'il
n'a pas la force d'être méchant : toute autre bonté n'est le plus souvent que paresse ou impuissance de la volonté. » Larogh. La douceur est une qualité qui influe sur l'humeur et a rapport à la manière de prendre les choses dans le commerce de la vie : elle fait qu'on se montre gracieux, accommodant, qu'on ne choque, qu'on ne dédaigne, qu'on ne rebute personne, qu'on ne se fâche pas aisément. La douceur a pour contraires toutes les qualités antisociales : elle nous empêche d'être rudes , bourrus , acariâtres , pleins d'aigreur ou d'emportement, oc Bien heureux ceux qui sont doux, sans aigreur, sans enflure, sans dédain, sans prendre avantage sur personne , sans insulter aux malheureux, sans même choquer le superbe ; doux même à ceux qui sont aigres , n'opposant point l'humeur à l'humeur, la violence à la violence. » Boss. — La bonté produit entre les hommes un échange de services ; la douceur entretient la société par le liant qu'elle met dans toutes les relations. —Au reste , on peut être bon sans être doux , et réciproquement. On peut être bon avec un caractère brusque , âpre , grossier , violent même. On peut être doux , avoir des paroles et des manières engageantes, flatteuses, mais sans trouver réellement plaisir à obliger : que de gens appelés aimables dans le monde sont ainsi faits, ce H y a loin de la douceur à la bonté. Les grands qui écartent les hommes à force de politesse sans bonté , ne sont bons qu'à être écartés eux-mêmes à force de respects sans attachement. » Ducl.
L' humanité et la sensibilité ont plus de ressemblance entre elles qu'elles n'en ont avec la bonté et la douceur. Elles sont moins spontanées que celles-ci et plus négatives , c'est-à-dire qu'elles ne consistent pas à se rendre de soi-même , et sans excitation , utile ou agréable , mais à soulager des maux ou à épargner des peines parce qu'on est touché. Sans être ni bon par nature , ni doux par caractère , on sera néanmoins humain ou sensible , si on a du cœur, si on est compatissant, si on ne peut voir sans peine les maux d'autrui.
L'humanité et la sensibilité ont aussi leurs différences. Nous éprouvons de l'humanité à l'égard de tous les hommes indifféremment , et par cela seul qu'ils sont hommes ; nous n'avons de sensibilité que pour ceux dont les maux présents nous frappent et nous émeuvent en leur faveur. Celui pour qui nous sommes humains est à nos yeux notre semblable , nous fût-il d'ailleurs tout à fait étranger; celui auquel la sensibilité nous fait prendre intérêt est devenu notre ami , nous souffrons de ses souffrances. — L'humanité est un sentiment moral et vertueux, calme, froid, raisonné, constant, fruit de la réflexion et des lumières , qui peut se trouver dans les âmes les moins tendres et les moins délicates ; la sensibilité, au contraire, donne l'idée d'un sentiment vif, passionné, capricieux, qui naît dans l'occasion , qui dépend tout de l'organisation et ne peut se produire que dans une âme très-impressionnable. L'homme est plutôt humain, et la femme sensible. — L'humanité étant plus générale, plus froide, moins voisine de l'amitié, a par cela même moins de charme. « Et nous qui nous pi-
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
quons d'être sensibles (envers les morts) , nous ne sommes pas même humains, nous les fuyons, nous les abandonnons, nous ne voulons pas les voir.» — Buff. Inhumanité suppose des maux pour j lesquels on a besoin d'être assisté par un secours ! effectif; et la sensibilité 'des maux de moindre conséquence peut-être , mais douloureux et tou- | chants, comme des peines et des chagrins, dont on a besoin d'être soulagé , ce qui demande seulement qu'on y prenne part. On est proprement humain et secourable, sensible et compatissant.—- L'égoïste , pour qui les autres hommes n'existent pas ou sont d'une nature inférieure à la sienne, est sans humanité; le cœur dur, qui est fermé à toutes les impressions attendrissantes , manque de sensibilité.
1° Bonté, bénignité, débonnaireté , bienveillance , bienfaisance. Tous ces mots ont le même radical, bon, bene, bien. Ils signifient tous une disposition à faire du bien, à rendre service, à procurer le bonheur, à donner , à secourir , à excuser, à pardonner.
Bonté est le terme générique. Bénignité et débonnaireté désignent une grande bonté; la bienveillance et la bienfaisance sont les deux modes principaux de la bonté.
Bénignité, débonnaireté , grande bonté. Bénignité, de bene genitus, bien né , né bon , exprime une bonté naturelle , et se dit bien des choses inanimées qui exercent par elles-mêmes une influence ou produisent des effets salutaires : La bénignité du soleil (J. J.); une saison bénigne (Boss.), un fleuve bénin (Ib.). Appliqué aux hommes, ce mot donne l'idée d'une bonté essentielle , d'un grand fonds de bonté , qui se déploie sur tous indistinctement et toujours. C'est une bonté facile , sans réserve , qui ne s'inquiète pas de savoir si on est digne ou indigne. «Pour faire voir la modération et la clémence de Sa Majesté impériale , l'ambassadeur assurait qu'elle n'enferrait pas même de troupes en Italie , ne voulant inquiéter personne, mais faire du bien à tout le monde.... Cette bénignité accoutumée de la maison d'Autriche devait engager le roi de Sicile à rechercher les bonnes grâces de l'empeïeur.» S. S. Mais la débonnaireté est une bonté indulgente , pleine de longanimité , qui ne tient pas compte des torts et des outrages , qui rend le bien pour le mal. « Selon la morale de Jésus- Christ , c'est une béatitude que d'être doux et débonnaire, que d'être pacifique et patient, que d'endurer les injures et de les pardonner; et, selon la morale du monde , c'est une lâcheté que de supporter la moindre offense. » Bourd. Si la bénignité n'examine pas , la débonnaireté ne se rebute pas. —Aujourd'hui ces mots ne se prennent guère que dans le sens ironique pour marquer une excessive bonté : alors bénignité a pour accessoire la sottise, et débonnaireté la faiblesse. Dans l'Enfant prodigue de Voltaire , Jasmin dit à Euphémon fils, au sujet des parasites de celui-ci: Pauvre bête !
Pauvre innocent ! tu ne les voyais pas Te cliansonner au sortir d'un repas, Siffler, berner ta bénigne imprudence.
Et, d'autre part, Saint-Simon parle souvent, dans
ses Mémoires , de la faiblesse du régent , et de sa débonnaireté , de sa molle débonnaireté. De même Lafontaine appelle débonnaire et doux le roi envoyé par Jupiter aux grenouilles, ce roi sur l'épaule duquel saute la gent marécageuse , tandis que
Le bon sire le souffre, et se lient toujours coi. Un mari bénin est benêt, innocent; il ne voit pas et ne se soucie pas de voir les désordres de sa femme : un mari débonnaire les voit , mais il les souffre, faute de caractère. L'un est ridicule, l'autre fait pitié.
La bienveillance et la bienfaisance sont aisées à distinguer. L'une consiste à vouloir , et l'autre à faire du bien ; l'une s'en tient au désir , l'autre en vient à l'accomplissement. « Il s'agit (dans la chaire) d'inspirer aux hommes la bonté , l'indulgence , la bienveillance mutuelle , la bienfaisance active.» Marm. «Dieu n'a-t-il pas donné aux hommes l'amour-propre pour veiller à leur conservation; la bienveillance, la bienfaisance, là vertu, pour veiller sur l'amour-propre?» Volt. On est bienveillant sans être bienfaisant , quand on a simplement des intentions favorables , quand on prend ou qu'on porte intérêt , quand on est prêt à rendre service , sans cependant passer aux effets, a II avait paru bien disposé pour moi : cette bienveillance m'en avait inspiré. » J. J. Alceste reproche à Célimène de recevoir Acaste. Elle lui répond :
Mon Dieu! de ses pareils la bienveillance importe.... Ils ne sauraient servir, mais il peuvent vous nuire, Et jamais, quelque appui qu'on puisse avoir d'ailleurs, On ne doit se brouiller avec ces grands brailleurs.
Mol.
On est bienfaisant sans être bienveillant , quand on fait le bien par calcul ou par ostentation , ou sans savoir le faire, sèchement, sans témoigner qu'on prend intérêt à ce qui nous touche. « Mme Geoffrin était bienfaisante , mais sans aucun des charmes de la bienveillance. » Marm. « La véritable politesse consiste à marquer de la bienveillance aux hommes.» J. J.
D'ailleurs , lors même que bienfaisance se prend, ainsi que bienveillance , pour une simple disposition, il en diffère beaucoup. La. bienfaisance est une disposition à être utile , et la bienveillance une disposition à être agréable, à recommander, à favoriser. La bienfaisance fait attendre quelque chose de plus solide , et rend capable de sacrifices. Un malheureux implore votre bienfaisance, un orateur réclame votre bienveillance, a Votre père mourant ne vous a pas vainement recommandé à ma bienfaisance : souvenez-vous que je vous ai élevé. » Beaum. « Si les prédicateurs s'élèvent contre des vices que nous avons, nous n'avons plus pour eux cette bienveillance qui nous rendait leur parole utile. » Bourd.
Bienfaisance est un mot du xvine siècle, quoiqu'il s'en trouve un exemple dans Bossuet et un autre dans Fénelon. « La langue française est redevable à l'abbé de Saint -Pierre d'un mot précieux, celui de bienfaisance, dont il était juste qu'il fût l'inventeur , tant il avait pratiqué la vertu que ce mot exprime. » D'Al.