‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 428 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

un contenant, comme une digue et comme une barrière. — Une différence plus grande encore sépare la rive et le rivage de la côte. Outre qu'ils ne se disent pas toujours par rapport à la mer, comme côte, ils demandent qu'on se place en esprit du côté de la terre pour descendre vers l'eau ; au lieu que côte porte la pensée de la mer à la terre. Un vaisseau quitte le rivage et se dirige vers telle côte. « Voyez Virgile représentant les navires troyens qui quittent le rivage d'Afrique , ou qui arrivent sur la côte d'Italie. » Fén. «. Nous nous éloignâmes de l'île de Crète ; tous les rivages disparaissaient ; les côtes du Péloponèse semblaient s'avancer dans la mer pour venir au-devant de nous. » Id. Un vaisseau arrive sur une côte, et pour recevoir les passagers on court à la rive ou au rivage.

Quoi! vous êtes ici quand Mitliridate arrive (de mer), Quand, pour le recevoir, chacun court sur la rive!

Rac.

Dans la Mort de Pompée , Achorée , qui a voulu voir débarquer les assassins de ce héros , dit à Cléopâtre 4 Madame, j'ai couru par votre ordre au rivage. Corn. Quant à la différence de rive et de rivage , voy. Ire partie, p. 181.

BOUCLIER, REMPART. Ces mots au figuré désignent quelque chose qui sert de défense.

Mais le bouclier est faible en comparaison du rempart : il ne préserve pas d'une manière aussi sûre et aussi complète. «Seigneur, couvrez cette maison (religieuse) de la vertu de votre ombre ; protégez-la du bouclier de votre amour; soyez tout autour d'elle comme un rempart de feu pour la défendre de tant d'ennemis. » Fén. Vertot fait parler ainsi qu'il suit Appius Claudius devant les sénateurs au sujet de Coriolan : « Si vous-mêmes ne lui aviez pas servi de bouclier et de rempart. on aurait assassiné à vos yeux un de vos plus illustres citoyens. »

D'ailleurs , le bouclier garantit un combattant , ou dans le combat. « Vous faites un bouclier de cette accusation (d'hérésie) pour repousser les attaques de l'auteur des Lettres à un provincial. » Pasc. « C'était la prière qui devait vous fortifier, qui devait vous fournir des armes , qui devait vous servir de bouclier pour repousser les attaques du démon. » Bourd. « Un prêtre doit avoir le bouclier de la foi et de la doctrine pour combattre contre la chair et le sang , contre les puissance invisibles.... » Mass.

Rempart est plus général : le rempart met à couvert de toutes sortes de dangers, et de dangers éloignés , même simplement possibles, ce Le duc de Bourgogne doit maintenant se former l'esprit au goût du bon et du solide , et s'en faire un rempart contre l'attrait des plaisirs et l'habitude de la dissipation.» S. S. « La fuite est au moins le plus sûr et le plus fort rempart que vous ayez à opposer au monde.» Bourd. « On amasse les revenus de l'Église pour s'en faire un rempart contre les accidents à venir. t> Mass.

BOURG, VILLAGE, HAMEAU. Assemblage de maisons habitées par des paysans, par des gens de la campagne.

Le bourg est plus considérable que le village, qui est plus considérable que le hameau.

Le bourg vient immédiatement après la ville pour l'importance, c'est presque une ville, ce La colonie que Cécrops amena fonda douze villes , ou plutôt douze bourgs dont il composa le royaume d'Athènes. » Boss. « Les communes sont en parlement pour les villes et les bourgs dont elles sont députées (en Angleterre). » Volt, ce II paraît impossible que dans les gros bourgs et dans les villes le laboureur néglige de porter son blé au marché. » Id. a Si notre peuplade nombreuse occupe un pays étendu et fertile , il pourra se former des villes , ou du moins des bourgs, partout où elle tiendra des marchés. » Cond . Le bourg, comme on le voit , a un marché.

Le village est au-dessous du bourg, ce Le roi logea au bourg de Lerma avec une partie de sa suite ; on prit les villages des environs pour le reste de la cour. » S. S. ce Olmédo me paraît une ville, et vous m'avez dit que c'était \m village; il fallait du moins le traiter de gros bourg. » Les. «Au moyen âge , toutes les villes , tous les bourgs , tous les villages étaient fortifiés. » Cond. ce Les chrétiens, dit Origène, ne négligent rien pour faire embrasser leur religion ; ils courent dans les villes , dans les bourgs , dans les villages.» Volt. Le village a une paroisse et une commune : un curé , Un maire de village.

Le hameau est plus petit encore que le village. ce U n hameau de cinq ou six feux. » Les. Du lieu qui me retient yeux-tu voir le tableau?

C'est un petit village ou plutôt un hameau Boil.

ce Où donc , dans quel village , dans quel hameau deux jeunes gens de l'âge de Lubin et d'Annette ignorent-ils comment on se marie? ■» Lah. Là paraissait du roi Romule Le donjon et son vestibule, Le tout couvert modestement De chaume ; mais si simplement, Qu'il eût passé pour l'apanage De plus d'un vacher de village, Encor dirai-je d'un hameau, Tant ce donjon paraît peu beau. Scarr. a Dans les bourgs , dans les villages -, dans les hameaux, dans les fermes mêmes, on travaille les matières premières pour les rendre propres aux usages du colon ou du fermier. » Cond. ce Dans ces monarchies , les arts ne se cultivent pas seulement dans les villes , ils se cultivent encore dans les bourgs , dans les villages , dans les hameaux , partout. 7> Id.

ce Si l'on élève l'une auprès de l'autre quelques maisons rustiques , voilà un hameau: ajoutez à ce hameau une église paroissiale , c'est un village : faites tenir dans ce village un marché réglé, vous aurez un bourg. » Beauz.

BOUT , EXTRÉMITÉ , FIN. Ce qui termine une chose.

Le bout termine une étendue en longueur : le bout d'une ligne , d'un fouet, d'une pique , d'un fusil, d'une allée, de la carrière. V extrémité termine une étendue en longueur seulement , ou en longueur et largeur , ou en longueur , largeur et profondeur. On dit également, Y extrémité d'une ligne , d'une surface ou d'un corps ; les extrémités du royaume , d'une province ,

SYNONYMES A RADICAUX DIVERS

de l'orient, du monde. « Dieu surpasse-t-il les extrémités de l'univers en longueur, largeur et profondeur?» Fén. —Et lors même que extrémité se dit en parlant d'une étendue en longueur seulement, il diffère toujours de bout, en ce que celuici se prend matériellement pour une partie de la chose , au lieu que extrémité , purement abstrait et dérivé directement du latin , n'a pas rapport à la chose même et n'en marque point une continuation. C'est la différence de sommet h sommité. En mathématiques, on considère Y extrémité ouïes extrémités de la ligne ; mais on dit dans le langage ordinaire que le bout d'une ligne d'écriture n'est pas droit , que le bout d'une ligne à pêcher est armé d'un hameçon. « Les extrémités d'une ligne sont des points ; les extrémités des superficies sont des lignes. Voilà les définitions, ou plutôt les suppositions sur lesquelles roule toute la géométrie. » Buff. « Une jambe emportée avec les bouts des nerfs qui y étaient.» Boss. — Ou bien extrémité marque ce qu'il y a de plus éloigné dans la chose , de plus en dehors, extra , et pour ainsi dire de plus extérieur dans le bout : on a mal au bout des doigts , on met le bout du doigt dans quelque chose; Y extrémité des doigts est très-sensible.

Fin est relatif, non pas à l'étendue et à l'espace, comme les deux autres, mais à une action et à la durée : La fin d'un récit , de la vie , d'une année , d'un règne , d'un spectacle , d'un concert , d'une maladie ; prendre fin. La différence est palpable entre le bout et Y extrémité , ou les extrémités du monde d'une part , et la fin du monde de l'autre.

Le ooutrépondd'ordinaireàunautreboui :d'un bout à l'autre ; brûler la chandelle par les deux bouts ; les deux bouts d'une chaîne , d'une lunette. « Les Lapons portent un bâton ferré, pointu d'un bout et arrondi de l'autre.» Buff. — L'extrémité répond au centre. « Le sang revient des extrémités au centre. » Fén. a Épicure tient que l'univers n'a ni milieu ni extrémités. » Id. a Que les extrémités et le milieu (dans un poëme) se répondent. » Marm. « Et du centre , et des extrémités du royaume, la voix s'élève....» Id. Quand on dit de quelqu'un qu'il habite au bout ou à 1' 'extrémité de la ville , on fait entendre , d'une part , qu'il est loin de l'autre bout où on est, et d'autre part, qu'il est loin du centre.— La fin répond au commencement. « Dieu n'a ni commencement ni fin. » Acad. « Sans commencement il n'y a point de fin , et toute fin a un rapport essentiel à son commencement. » Bourd.

Toutefois , bout , dans certains cas , paraît plus synonyme de fin. Mais d'abord bout, d'une origine vulgaire, est moins noble que fin, traduit du latin finis. Ensuite , le bout se considère plutôt par rapport à la matière d'une chose et en exprime la dernière partie, et fin est plus relatif à une action et en désigne la cessation. On est au bout et non à la fin de son argent, de son rouleau. Il ne reste plus rien à faire à celui qui est au bout de ses travaux ; celui qui est à la fin de son travail ne fait plus rien. Il en est de même du bout par à rapport à la fin d'un discours , de nos peines, d'une affaire. Bout est objectif et donne

l'idée d'une chose; fin est subjectif et rappelle une action.

BRONCHER, TRÉBUCHER. Faire un faux pas.

Broncher, de l'italien bronco , tronc, c'est faire un faux pas parce qu'on a heurté contre un tronc ou une souche. Trébucher, italien traboccare , de tra bucco, dans un trou , c'est faire un faux pas et tomber.

Broncher n'emporte d'autres idées que celles de secousse, de marche inégale, dérangée, ralentie. « L'esprit (à la différence du cœur) manque, il se trompe , il bronche à tout moment ; ses allures ne sont point égales. » Sév. « L'éléphant est une monture très-douce, car il ne bronche jamais. » Buff. Mais l'idée de chute effective ou prochaine est essentielle à trébucher. Trébucher s'est dit autrefois pour tomber. Boileau dit de Ronsard :

Ce poëte orgueilleux (Ronsard), trébuché de si haut, Rendit pins retenus Desporles et Bertaut. Oui, Pompée avec lui porte le sort du monde , Et veut que notre Egypte, en miracles féconde, Serve à sa liberté de sépulcre ou d'appui , Et relève sa chute, ou trébuche sous lui. Corn. Cette personne enfin sur l'herbe tendre Est trébuchèe; et, comme je le crois, Sans se blesser. Laf.

Si quelque corneille niaise Quelque pigeon, quelque corbeau, Il n'importe pas quel oiseau, Sur ce pertuis pestilent (l'Averne) vole , Il perd le souffle et la parole..., Et de cet air infect qu'il perce Trébuche à terre à la renverse. Scarr.

Broncher dit donc moins que trébucher. Il ne faut qu'un petit caillou pour vous faire broncher; si vous perdez l'équilibre , vous trébuchez. On peut broncher et se redresser aussitôt ; si l'on ne tombe pas toujours en trébuchant , au moins on chancelle. Qui bronche jusqu'à courir le risque de tomber trébuche. «■ L'auteur, sur un fagot d'épines , avait vu sa pièce chanceler au premier acte, trébucher au second, et tomber au troisième. » Marm.

Comme on le traînait (le cheval de bois), il broncha, Et, prêt à trébucher, pencha. SCARR.

Votre raison qui n'a jamais flotté, Que dans le trouble et dans l'obscurité , Et qui, rampant à peine sur la terre , Veut s'élever au-dessus du tonnerre, Au moindre écueil qu'elle trouve ici-bas, Bronche , trébuche et tombe à chaque pas.

J. B. Rouss.

Comme on le voit par ce dernier exemple , la différence est la même au figuré. Broncher veut dire faire des fautes ou des erreurs légères. « La lumière de Dieu fait sentir jusque aux moindres fautes ; mais elle ne décourage point. On marche devant lui ; mais si on bronche , on se hâte de prendre sa course , et on ne pense qu'à avancer toujours. » Fén. « Des auteurs anciens, qui bronchent à chaque pas , ont pourtant conservé leur grande réputation. » Volt. Trébucher , au contraire , signifie faillir ou errer gravement. J'en vais donner pour preuve une personne Dont la beauté fit trébucher (succomber) Rustic.

Laf.

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