DEUXIÈME PARTIE
Et qui , voyant un fat s'applaudir d'un ouvrage, Où la droite raison trébuche à chaque page , Ne s'écrie aussitôt : l'impertinent auteur ! Bon,.
BUT, — VUES , DESSEIN. Ce à quoi on regarde dans ses actions, ce qui dirige la conduite. En agissant ainsi , il a eu un but , des vues , un dessein. Pascal a fait connaître le but , les vues , le dessein ou les desseins des jésuites dans leur dispute contre Port-Royal.
Mais d'abord entre but d'une part, vues et dessein de l'autre , la différence est fort grande. Le but est quelque chose d'objectif ou d'extérieur : on se propose un but, on y tend: on y parvient, on l'atteint, ou le contraire. Vue et dessein expriment quelque chose de subjectif, qui est ou se passe en nous : on a des vues , on forme des desseins. Un but est plus ou moins éloigné -, des vues et des desseins sont louables ou blâmables. On peut même dire : le but des vues ambitieuses ou des desseins ambitieux des hommes , c'est d'augmenter l'idée qu'ils ont d'eux-mêmes (Nie). On attribue un but à autres choses qu'à des êtres pensants : le but de la vie humaine (Fén.), le but de l'éloquence (Id.). « Le but de la poésie est de plaire à l'imagination. » Roll. Il n'y a que les êtres pensants qui puissent avoir des vues ou des desseins. — Outre cela , le but a plus de généralité et se rapporte à tout un genre d'actions , ou aux actions de toute la vie; aussi ce mot ne se dit-il guère qu'au singulier : a Tout le but de l'homme est d'être heureux. » Boss. Mais on peut avoir des vues et surtout un dessein relativement à une seule action et pour un cas particulier. Tous les hommes tendent à ce but, la félicité, quoique
avec des vues différentes et des desseins différents (Pasg).
Vues et dessein diffèrent aussi. Les vues sont plus vagues ; les desseins , plus arrêtés , mieux déterminés. « Ce prince ne faisait jamais rien de public sans des vues secrètes et sans des desseins particuliers. » Vert. Quand on a des vues sur une chose , on ne laisse pas d'y songer ; quand on forme ou qu'on a le dessein de se la procurer, on s'en occupe et on y travaille d'une manière plus décidée et plus sérieuse. Avec des vues d'ambition on aspire aux honneurs ; avec des desseins ambitieux on suit , pour arriver aux honneurs , un plan de conduite réfléchi et bien ordonné.
On dit ordinairement vues , au pluriel . le pluriel étant particulièrement propre à signifier quelque chose de peu précis ; par la raison contraire, dessein s'emploie de préférence au singulier. « Le dessein que forma Thémistocle , et qu'il exécuta, de tourner toutes les forces d'Athènes du côté de la mer , marquait en lui un génie supérieur, capable des plus grandes vues.» Roll. « Le dessein de Cimon était, après qu'il aurait achevé la conquête de Cypre, de passer en Egypte, et d'y susciter de nouvelles affaires aux barbares; car il n'avait point de médiocres vues. » Id. a Cassius , de retour à Rome , après avoir obtenu par ses brigues l'honneur du triomphe qu'il méritait peu , porta plus loin ses vues ambitieuses , et forma le dessein de se procurer un pouvoir absolu. » Id. Tibère dit dans une lettre à Séjan : « Je me tais en ce moment sur mes vues , et sur le dessein que j'ai de vous attacher étroitement à ma personne. » D'Al.
1° CABARET , TAVERNE , GARGOTE , GUIN- GUETTE; — 2° LOGIS , AUBERGE , HOTELLERIE.
Lieux ouverts au public , où chacun , pour son argent , peut se procurer des choses nécessaires ou utiles à la vie.
Le cabaret , la taverne , la gargote et la guinguette sont pour les habitants du pays ; le logis , Y auberge et Y hôtellerie sont pour les voyageurs et les étrangers. Les ouvriers d'une ville, surtout ceux qui ne tiennent pas ménage , en fréquentent les cabarets , les tavernes , les gargotes et les guinguettes. Les personnes, qui doivent visiter ou parcourir une contrée , s'informent s'il s'y trouve, sur les routes et dans tous les lieux où elles veulent s'arrêter plus ou moins , de bons logis , de bonnes auberges ou de bonnes hôtelleries.
De plus , ce qui est offert dans le cabaret , la taverne, la gargote et la guinguette, c'est le vivre ; dans le logis, Yauberge et Yhôtellerie, c'est aussi le couvert. Différence tout à fait conforme à la précédente : les habitués des cabarets , des tavernes , des gargotes et des guinguettes , ayant chacun son chez soi près de là , ne peuvent avoir besoin que de boire et de manger , et il est tout naturel qu'ils n'aillent pas demander ailleurs à
loger et à coucher; au lieu que ceux qui viennent d'un autre pays , par la raison contraire ont besoin d'avoir, outre la nourriture, une demeure , une retraite pour le jour et surtout pour la nuit.
1° Cabaret , taverne , gargote , guinguette. Lieux ouverts au public , où les gens du pays trouvent pour leur argent de quoi boire et manger.
Cabaret est le terme général. Dans le cabaret , primitivement, on ne tenait que du vin; plus tard on y a aussi servi à manger. Vin de cabaret (Acad.). a Un Romain qui avait donné asile à l'orateur Marc- Antoine , voyant chez lui un hôte de cette importance , voulut le bien traiter. Il envoya donc son esclave au cabaret , avec ordre de prendre du meilleur vin....» Roll. «Rolando entra dans un fameux cabaret, demanda du meilleur vin , et dit à l'hôte de nous préparer à dîner. » Les.
Un autre , à toute force, en me serrant la main,
Me veut mener souper au cabaret voisin. Regn. a Un jour, étant à Boudry, j'entrai pour dîner dans un cabaret. » J. J.
La taverne est un ignoble cabaret , qui donne seulement à boire , mais où on boit à l'excès , où on se soûle ; c'est un cabaret qui n'est hanté que par des ivrognes et par la canaille, « Le monde a
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
vu le rebut de toutes les classes de la société , et surtout de la dernière , s'échappant des galetas , des tavernes , des cachots , des bagnes et des gibets , désarmer , dépouiller , égorger tous les ordres de citoyens. » Lah. « Plongé dans les plus brutales débauches, il a passé sa vie dans les tavernes et les mauvais lieux. » J. J. « Les plus bas gredins tiennent parmi nous des discours plus honnêtes dans leurs tavernes. » Volt. « Nos voleurs (en Angleterre) passent leur misérable vie dans des tavernes avec des filles perdues ; ils les battent , ils se battent entre eux ; ils tombent ivres au milieu de leurs pintes de plomb dont ils se sont cassé la tête. » Id. a La gueuserie était mon élément. Accoutumé aux soupes d'Egypte, je n'aimais que la taverne. » Les.
La gargote est un petit cabaret où on prend des repas à bas prix , et plus ordinairement un méchant petit cabaret où on mange mal et malproprement. «Les deux écus que je demandais au duc d'Orléans étaient pour les donner aux deux chanoinesses de sa part, afin qu'elles eussent au moins pour quelques jours à dîner de quelque gargote. » S. S. « Nous avions le soir une table particulière. Dans la plus vilaine gargote on est servi plus proprement , plus décemment , en linge moins sale , et l'on a mieux à manger. » J. J.
La guinguette est un cabaret hors de la ville , où le peuple va boire , danser et se divertir les jours de fête, a Nos promenades tête-à-tête hors de la ville , où je dépensais magnifiquement huit ou dix sous à quelque guinguette. » J. J. a Orchestre à peine digne des tréteaux d'une guinguette.» Id. a Les violons des guinguettes.» Id. «Unmusicien de guinguette. » Beaum. « Les fêtes ne peuvent avoir été instituées que par les commis des aides , par les cabaretiers , et par ceux qui tiennent les guinguettes.» Volt. «J'avais dîné souvent avec deux poètes de l'ancien opéra-comique , dont le génie était la gaieté , et qui n'étaient jamais si bien en verve que sous la treille de la guinguette. » Marm. « Je fus élevé dans la guinguette du fameux Lucas , le premier homme du Gros-Caillou pour les noces et les festins, et surtout pour les matelotes. » Id.
2° Logis, auberge, hôtellerie. Lieux ouverts aux voyageurs et aux étrangers , qui y trouvent pour leur argent tout ce qui concerne le vivre et le couvert.
Le logis, le mot l'indique assez, fournit surtout le logement ou le couvert. Dans un bon logis à pied et à cheval le voyageur trouve pour soi et sa monture un gîte commode.
? L'auberge fournit surtout le vivre. « Oronte s est logé dans une auberge où il a, dit-il, le plaisir de ceux qui voyagent sans leurs peines, parce qu'il voit tous les jours à souper de nouveaux visages. » Vauv. « Si je voyage, on me consignera aux passagers, aux cochers, aux cabaretiers; à peine trouverai-je à manger avec quelqu'un dans les auberges , à peine trouverai-je un logement qui ne soit isolé.» J. J. « Je pris le parti de louer une chambre garnie.... Comme 1 heure du dîner approchait, je demandai à mon hôtesse s'il n'y avait pas quelque auberge dans le voisinage. Elle me répondit qu'il y en avait une
excellente à deux pas de sa maison , que l'on y était bien servi , et qu'il y allait quantité d'honnêtes gens. » Les.
L'hôtellerie fournit également le couvert et le vivre. Mais ce mot, dérivé du latin hospes, hôte , annonce quelque chose de plus grand et de plus relevé que le logis et Y auberge , ou se dit dans un style moins commun. «J'arrivai à Tolède. J'allai loger dans une bonne hôtellerie , où je passai pour un cavalier d'importance. » Les. « Je laissai don Alphonse dans son hôtellerie. » Id. « L'hôtellerie du maître de la poste était la mieux fournie qu'il y eût entre Calais et Paris. » Ham. « Nous ne sommes ici-bas que comme des voyageurs dans une hôtellerie, ou sous une tente. »
FÉN
Logis est peu usité , et , du reste , vague , attendu qu'il signifie en général une maison quelles que soient les personnes qui l'occupent ou doivent l'occuper. Auberge manque de noblesse : l'auberge ne reçoit guère que des gens de la campagne qui se rendent dans quelque petite ville voisine pour leurs affaires , avec ou sans charrettes , avec ou sans monture. Le mot hôtellerie lui-même a été dédaigné pour celui d'hôtel, qui est encore plus noble , car il se dit* d'abord de la maison d'un grand , d'une demeure somptueuse : Yhôtel de Venise , l'hôtel d'Angleterre. Voy. première partie : Hôtel , hôtellerie , p. 203.
CADUCITÉ, DÉCRÉPITUDE. État de l'homme dans l'âge où il décline.
Caducité est d'abord plus général : il se dit des choses aussi bien que de l'homme. « Le vice le plus inhérent et le plus inséparable des choses humaines , c'est leur propre caducité- » Boss. Caducité, c'est-à-dire mortalité , fragilité, disposition prochaine à choir (cadere), à tomber, à finir. « Il doit rester dans cet édifice rétabli quelques vieilles pierres, reste de sa caducité ancienne. » Id. a Je vois en la vieillesse d'Elisabeth la mourante caducité de la loi. » Id. « Bâtiment , édifice caduc. » Id. a La chute des maisons ruinées par caducité, ou parles incendies , les tremblements de terre. » Roll. La généralité de ce mot est tellement sentie que, quand on veut l'appliquer à la vie humaine en particulier , on prend quelquefois le soin de le déterminer : la caducité de l'âge (Boss., S. S.), la caducité de son âge (Boss. , Mass.).
Lorsque les deux mots se rapportent à la vieillesse , décrépitude , qui est le terme spécial , enchérit sur caducité. Il marque d'abord un âge plus avancé.
Caducité vient de cadere , choir, déchoir , tomber, et par sa terminaison il exprime, non pas l'action ou la qualité effective de tomber , mais la disposition à tomber ; en sorte que ce qui est caduc est sujet à tomber, menace ruine : la vieillesse caduque et ruineuse d'un temple (Boss.). Décrépitude a pour racine crepare, faire du bruit, et signifie faire du bruit , ou craquer , en se détruisant, car de marque dégradation, destruction. Si donc dans la caducité on menace ruine , dans la décrépitude on est en ruine.
L'idée de la caducité enferme l'idée de la vieillesse, et celle de l'affaiblissement des organes,