DEUXIÈME PARTIE
que nouvel artifice , contenter ou surprendre leur goût ou raffiné ou bizarre. » Boss. — On caresse par toutes sortes de démonstrations d'amitié; on flatte en louant. Labruyère dit de Richelieu , « qu'il a aimé les gens de lettres , qu'il les a caressés , favorisés. » Et , suivant Bourdaloue , «tout homme veut être loué, flatté, admiré. »
On caresse en s'adressant au cœur , et au nom du cœur , par des marques d'attachement. « Ne pouvoir , sans frémir d'horreur , voir un homme caresser et chérir le meurtrier de son père, p Pasg.
Bajazet aujourd'hui m'honore et me caresse;
Ses périls tous les jours réveillent sa tendresse. (Acomat dans Bajazet.) Rac.
Le lion de Lafontaine laisse rogner ses griffes, de peur qu'elles ne blessent la jeune fille dont il est amoureux , quand il voudra la caresser. — On flatte en s'adressant à l'amour-propre et à la vanité, en laissant ou en faisant voir qu'on a une haute idée des qualités et du mérite des personnes, ce Nous haïssons la vérité , on nous la cache-, nous voulons être flattés, on nous flatte; nous aimons à être trompés, on nous trompe. » Pasc. « L'abbé Dubois flatta son élève (le duc d'Orléans) du côté de l'esprit , lui persuadant qu'il en avait trop et trop bon pour être la dupe de la religion. » S. S. « Qu'est-ce que cet usage si profané d'éloges et d'actions publiques, où le mensonge et la flatterie triomphent impunément de la vérité? » Bourd. k D'ordinaire ce sont nous autres gens de lettres qui flattons les rois; celui-là (le roi de Prusse) me louait depuis les pieds jusqu'à la tête. » Volt.
Au propre, caresser, c'est témoigner son affection de la manière la plus tendre , et particulièrement par des embrassements , ce dernier mot étant pris dans toutes ses acceptions.
Sans cesse, nuit et jour, je te caresserai,
Je te bouchonnerai, baiserai, mangerai.
(Arnolphe à Agnès, Ecole des femmes .) Mot. « Venez çà que je vous embrasse , que je vous caresse. » Sév.
On le caresse (Sinon), on l'amadoue, Notre roi le baise à la joue. Scarr.
Une caresse , surtout quand on parle des enfants , signifie d'ordinaire un baiser. — Flatter, c'est seulement toucher doucement de la main , comme le vent qui soufle {flat) sur les objets, qui ne fait que les effleurer : on flatte un cheval de la main ou avec la main (Acad.) ; un chien flatte son maître avec sa queue; Calypso flatte l'Amour (Fén.), c'est-à-dire qu'elle lui passe doucement la main sur la tête et sur le visage. — De là vient que caresser enchérit sur flatter. « Glycère flatte son mari , elle le caresse, elle invente tous les jours pour lui de nouveaux noms , elle n'a pas d'autre lit que celui de ce cher époux. » Labr. « Elle flattait l'oiseau, le caressait, le baisait.» Volt, ce Madame des Ursins était flatteuse, caressante, insinuante, mesurée, voulant plaire pour plaire.» S. S.
Ainsi, les caresses sont des démonstrations d'un sentiment affectueux; les flatteries, des louanges mensongères , au moins par exagération. — Les caresses réussissent surtout auprès des personnes sensibles, bonnes, aimantes, jalouses d'être ai-
mées ; les flatteries , auprès des personnes avides de louange , qui ne désirent rien tant que de s'entendre vanter ou applaudir.
2° Cajoler, flagorner, amadouer.
Cajoler, écrit aussi cageoler, vient de cage Le cajoleur est comme l'oiseau en cage , lequel par ses chants, attire les autres oiseaux sous l'œil et sous la main du chasseur, ou comme le chasseur lui-même qui appelle et fait entrer les oiseaux en cage, ce A peine ai-je trouvé quelqu'un qui ne s'avilît pas à cajoler fadement un homme qu'ils voulaient tromper, comme on cajole un oiseau niais qu'on veut prendre.» J. J. — Cajoler se dit surtout quand il est question de femmes auxquelles on conte des douceurs pour les amener insensiblement dans le piège ; hors de là , il signifie tenir des propos obligeants et agréables pour induire quelqu'un, sans qu'il s'en doute, à commettre une sottise ou une faute, ce Si Onuphre se trouve bien d'un homme opulent, il ne cajole point sa femme , il ne lui fait du moins ni avance ni déclaration; il est encore plus éloigné d'employer, pour la flatter et pour la séduire , le jargon de la dévotion. » Labr. « Vous en avez usé avec moi comme une jeune coquette qui se pare de tous ses charmes pour séduire un pauvre vieillard à qui elle donne des désirs inutiles. Vous m'avez cajolé. » Volt, ce Les Français s'émancipent un peu trop , et s'attachent en étourdis à conter des fleurettes à toutes celles qu'ils rencontrent.... L'on n'est pas bien aise de voir sous sa moustache cajoler hardiment sa femme ou sa maîtresse. » Mol. « Une jeune marchande cajole un homme une heure entière pour lui faire acheter un paquet de cure-dents. » Montesq. ce Pour vous écarter de l'objet particulier, cet écrivain flatte votre amour-propre en étendant vos vues sur de grandes questions ; et tandis qu'il met ces questions hors de la portée de ceux qu'il veut séduire, il les cajole et les gagne en paraissant les traiter en hommes d'État. » J. J.
Flagorner a eu d'abord le sens de dénoncer, et flagorneur celui de délateur (Nicod). Ce mot rappelle l'action d'un valet qui s'insinue dans l'esprit de son maître par de faux rapports sur ses camarades. La flagornerie ou plutôt le flagornage est donc un genre de flatterie ignoble, impudent, maladroit, ce Dans la préface de ce livre je vis de si grosses louanges de moi, si maussadement plaquées et avec tant d'affectation , que j'en fus désagréablement affecté. La rude flagornerie qui s'y faisait sentir ne s'allia jamais avec la bienveillance. » J. J. « Des officiers me venaient voir à Motiers , ayant fait , disaient-ils , bien des lieues pour venir voir et admirer l'homme illustre , célèbre, etc.; car dès lors on n'a cessé de me jeter grossièrement à la face les plus impudentes flagorneries. » Id. « On n'obtient jamais par la flagornerie démagogique qu'une influence éphémère et une longue ignominie. » Lah. ce 11 n'en coûtait pas plus à Piron pour flagorner un bouffon (Dominique-Arlequin) dont il avait besoin que pour outrager un bon écrivain (La Chaussée) qu'il haïssait. » Id.
Amadouer, c'est employer de petits moyens , qu'on a inventés pour mener quelqu'un, où l'on
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
veut; manège moins odieux que risible et dont se servent assez souvent les valets de comédie. « Où est Merlin (un valet)? je le trouve admirable pour faire une ressource , pour écarter les créanciers , amadouer des usuriers, persuader des marchands. » RegN. « Ces vieilles filles sont diantrement dégourdies : il n'y a pas moyen de les amadouer, et je vois que j'aurai bien de la peine à gagner celle-ci. » Dest. « Le peuple d'Athènes va en foule au théâtre d'Aristophane s'entendre dire qu'il aime à être flatté, caressé par ses orateurs, et que celui qui sait le mieux l'amadouer est son maître. » Marm.
Celui qui cajole est doucereux et séduisant; celui qui flagorne n'a rien que de bas et de grossier ; celui qui amadoue est subtil et industrieux.
CARNAGE, BOUCHERIE, MASSACRE, — TUE- RIE. Meurtre ou mise à mort d'un certain nombre d'hommes à la fois.
Carnage, du latin carô, carnis, chair, exprime proprement l'action de faire chair , de tailler en pièces, en morceaux, de répandre le sang. C'est un terme énergique qui montre à l'œuvre, qui peint la destruction de la vie, furieuse, acharnée. « Pourvu qu'il s'affermisse la couronne sur la tête, Hérode ne compte pour rien de remplir de sang et de carnage tout un pays. » Bourd. « Des hommes de guerre , gens de carnage et de sang. » Boss. « Voilà, ce me semble, assez de carnage, assez de sang répandu , assez de chairs dévorées , assez de feux allumés. » Id. ce Mars, qui favorisait le cruel et intrépide Adraste , voulait , par lui , prolonger les horreurs de la guerre et multiplier les carnages. » Fén. « Philoctète répandait autour de lui le carnage et l'horreur pour repousser les efforts d'Adraste. »Ir>. ce La rage succéda à la patience (chez les protestants); ils imitèrent les cruautés de leurs ennemis ; neuf guerres civiles remplirent la France de carnage. » Volt, ce Les Sarrasins, voyant le carnage que Rodomont faisait des chrétiens, secondèrent ce furieux. » Les.
Une lionne vient, monstre imprimant la crainte ;
D'un carnage récent sa gueule est toute teinte. Laf.
Boucherie , action de tuer comme un boucher ou comme dans une boucherie, suppose des hommes sans défense réunis en un même lieu , espèce de troupeau qui est sous la main et qu'on n'a qu'à égorger, ce Ces malheureux ne pouvaient se défendre , on en fit une horrible boucherie. » A.CÀD. « Les Suisses avaient fait une horrible boucherie des lansquenets , quoiqu'ils eussent mis les armes bas. » Boss. ce Jérusalem ayant été prise par les croisés, quelques chrétiens conduisirent les vainqueurs dans les caves les plus reeulées , où les mères se cachaient avec leurs enfants, et rien ne fut épargné. Après cette boucherie.... » Volt. « Camille sortit d'Ardée pendant une nuit obscure , et surprit les Gaulois ensevelis dans le vin. Il en fît une horrible boucherie. » Vert. « Camille d'abord fait jeter de grands cris à tous ses soldats , et commande aux trompettes de sonner pour effrayer les barbares qui , à ce grand bruit , reviennent à, peine de leur sommeil et de leur ivresse. Ce ne fut point un combat, mais une boucherie. » Roll.
Massacre , action de tuer en masse , donne à entendre qu'on n'épargne personne , qu'on immole tout le monde pêle-mêle , indistinctement , et à ce mot s'attache l'idée d'un grand nombre , d'un amas , d'une multitude de gens, ce Fatale journée dans laquelle les soldats romains, étant entrés de force dans la ville de Jérusalem , sans faire aucune distinction de sexe ni d'âge, les enveloppèrent tous dans un massacre commun. » Boss. ce Les Irlandais complotèrent d'assassiner tous les protestants de leur île , et en effet ils en égorgèrent plus de quarante mille. Ce massacre.... » Volt. ce Ce fut à Santon que se donna la plus sanglante bataille qui ait dépeuplé l'Angleterre. Il y périt plus de trente-six mille hommes.... On combattait alors de près, et l'acharnement produisait ces grands massacres dont il y a peu d'exemples depuis que des troupes réglées combattent pour de l'argent. » Id. ce L'erreur d'un roi qui se flatte sur ses prétentions cause souvent des ravages , des famines, des massacres , des pestes. » Fén. ce On n'osait d'abord proposer au roi (Charles IX) un si grand carnage, et on ne lui parlait que des principaux; mais il répondit en jurant que, puisqu'il fallait tuer, il ne voulait pas qu'il restât un seul huguenot pour lui reprocher le meurtre des autres. Ainsi, on conclut un massacre universel. » Boss. — Il se peut que le massacre ait lieu , comme la boucherie , à l'égard de gens désarmés, qui ne se défendent point ; mais cela n'est pas aussi essentiel au massacre qu'à la boucherie, et d'ailleurs dans le massacre les gens ne sont pas comme dans la boucherie rassemblés en un même lieu , en une enceinte , et , par conséquent , en nombre assez limité. Lorsque l'empereur Théodose fit égorger par ses soldats les habitants de Thessalonique, dans le cirque où ils avaient été invités à venir assister à des jeux, ce fut une boucherie (Volt.); s'il est vrai qu'une légion, toute composée de chrétiens et appelée Thébéenne, ait été massacrée par Maximilien Hercule dans une gorge étroite du Valais , ce fait mérite encore proprement le nom de boucherie (Volt.). Mais le massacre de la Saint-Barthélémy, le massacre des Innocents , celui des Vêpres siciliennes , celui des Romains répandus dans les États de Mithridate , ont eu un champ plus vaste et ont fait périr de plus nombreuses victimes.
Accessoirement on peut encore remarquer ceci. Carnage fait penser à l'action et à ce qui en résulte : encourager au carnage , échappe? au carnage, le carnage dura jusqu'à la nuit; être altéré de carnage , remplir tout un pays de sang et de carnage, certains animaux vivent de carnage. Boucherie se râppporte au lieu : conduire des soldats à la boucherie; sous la Terreur, on a vu traîner' les citoyens à une boucherie toujours ouverte; dans la Saint-Barthélémy toutes les rues de Paris n'étaient plus que boucheries (Boss.). Massacre emporte une idée de confusion, de mélange , de désordre : on appelle massacre un ouvrier qui bousille , qui gâte la matière, faute de savoir lui donner une forme convenable, ce Ce n'était plus , dans cet amas confus d'hommes acharnés les uns sur les autres , que massacre , vengeance , désespoir et fureur brutale. » Fén.
Tuerie est un mot à part : il ne se dit que dans le style familier et à cause de sa terminaison qui est familière et parce qu'il a été formé de tuer, le plus commun des verbes , qui , dans notre langue, signifient donner la mort. Dans une épître familière à M. de Turenne , qui venait de battre , à Sintzeim, le prince Charles, duc de Lorraine, et le comte de Caprara , général de l'empereur , Lafontaine dit :
Vous avez fait , seigneur, un opéra.
Quoi ! le vieux duc , suivi de Caprara :
Quoi! la bravoure et la matoiserie?
Grande est la gloire , ainsi que la tuerie.
Mme de Sévigné se sert aussi volontiers de ce terme peu usité : « Vous avez jugé très-juste et très-bien de Bajazet.... Le dénoûment n'est point bien préparé , on n'entre point dans les raisons de cette grande tuerie. » « On perce M. de Longueville de cinq ou six coups. M. le duc le suit, M. le prince suit son fils, et tous les autres suivent M. le prince (à une attaque) : voilà où se fit la tuerie qu'on aurait très-bien évitée, si....» — C'est parce que tuerie n'est pas noble, qu'il se dit des meurtres qui arrivent ou peuvent arriver dans une grande foule, dans une grande bagarre.
CARNIVORE, CARNASSIER. Ces deux mots se disent des animaux qui se nourrissent de chair. • Carnivore est un terme savant , traduit du latin carnivorus , qui mange de la chair , et adopté au xviii6 siècle par les naturalistes, pour distinguer les classes d'animaux par leur nourriture. Carnassier marque par sa terminaison le métier, l'occupation exclusive , l'habitude constante et le goût particulier. L'animal Carnivore mange de la chair , mais il n'en fait pas métier , pour ainsi dire , comme l'animal carnassier. Celui-ci ne vit que de chair ; celui-là peut aussi manger des productions de la terre. L'homme, le chien et le chat sont des animaux carnivores ; le tigre , le lion, le loup sont des animaux carnassiers. La chair est une nourriture de Carnivore , et la nourriture propre du carnassier.
Toutefois , cette différence n'est pas toujours observée dans le langage commun , même dans
« L'unau et l'aï ont les intestins très-petits et plus courts que les animaux carnivores. » Buff. « Les vautours paraissent être conformés nonseulement pour être carnivores , mais granivores et même omnivores. » In. « La longueur de l'intestin du corbeau est moyenne entre la longueur des intestins des véritables carnivores et celle des intestins des véritables granivores. » Id. « La nature a organisé l'homme pour être également et Carnivore et frugivore; » Marm. « La conformation des dents de l'homme prouverait seule que la nature l'a destiné à être Carnivore. » Lah. — Carnassier représente l'animal comme ayant le goût ou la passion de la chair , comme avide de chair, comme vorace et féroce. « Ceux de ces oiseaux (les chouettes , oiseau Carnivore) qui sont les plusvoraces, les plus carnassiers, mangent du poisson , des crapauds , des reptiles , lorsque la chair leur manque. » Buff. « J'ai vu encore, en Ecosse , des restes de' l'ancien fanatisme qui avait changé si longtemps les hommes en bêtes carnassières . » Volt. « Y eut-il jamais un brigand qui respectât moins la foi publique , le sang des hommes et l'honneur des femmes , que ce Bernard Van-Galen, évêque de Munster.... Il passait du lit de ses concubines aux champs du meurtre, comme une bête en rut et carnassière.» In. « Je vois s'allumer entre vous les feux d'une haine infernale : armés l'un contre l'autre , vous vous déchirerez comme des bêtes carnassières. » Marm.
De même, entre les hommes, qui tous sont carnivores, on appelle carnassiers ceux qui aimentl particulièrement la chair, qui la recherchent avec un violent appétit et s'en nourrissent uniquement ou à peu près.
CAS, CIRCONSTANCE, CONJONCTURE, OCCA- SION , OCCURRENCE. Tous ces substantifs , selon l'expression de Romani , sont phénoménaux , c'est-à-dire qu'ils servent à indiquer où , quand , dans quel état des choses , et dans quel cadre , en quelque sorte , ont lieu ou se passent , ou bien doivent avoir lieu ou se passer des phénomènes , des faits, des événements. Une chose arrive, ou
celui de l'histoire naturelle. Ainsi , on appelle ! on fait une action dans tel cas, dans telle circon-
assez souvent carnassiers des animaux qui ne sont rigoureusement que carnivores, l'homme, par exemple.- Mais il existe , entre les deux mots , une autre différence à laquelle on se conforme plus généralement.
Devant- la terminaison ier, carnassier, écrit aussi carnacier, contient la syllabe ass ou ac, latin ax , laquelle exprime la ténacité , la rapacité, l'acharnement. En conséquence, Carnivore, terme scientifique, désigne ; carnassier qualifie. Un animal est ou n'est pas Carnivore, il ne l'est pas plus ou moins. L'animal carnassier l'est plus ou moins, a Et moi , dit l'ours , je suis fort, courageux , carnassier , tout autant que le lion. » FÊN. a Ces corbeaux ne sont pas aussi carnassiers qu'on le croit, communément. » Buff.
Carnivore indique à quel genre appartient un animal , et ce mot ne s'applique pas à autre chose qu'aux animaux : on ne dit pas la dent Carnivore comme on dit la dent carnassière (Buff.) du loup, du renard, de la fouine, de la belette.
stance , dans telle conjoncture , dans telle occasion , dans telle occurrence. Comment agiriez- vous en pareil cas, dans une pareille circonstance, dans une pareille conjoncture , dans une pareille occasion, dans une pareille occurrence?
Le mot cas, principalement usité dans les sciences et dans les disputes , se distingue nettement de tous les autres en ce qu'il se dit dans l'ordre des idées et non dans l'ordre des faits. Il convient dans les matières abstraites , dans les sujets de discussion où il s'agit, non pas de ce qui est effectivement arrivé , mais de ce qui est casuel, de ce qui pourrait ou pourra arriver. En cas de malheur-, dans ce cas, il faudrait.... « Quand on raisonne , on doit tout prévoir , surtout les cas les plus naturels, conséquemment les plus possibles. » S. S. « Il attend que les hommes préfèrent à Homère les poètes modernes ; il se met en ce cas à la tête de ces derniers.» Labr. Le cas étant quelque chose d'idéal , d'hypothétique , de purement conçu , on ne dirait point :
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
profitez du cas; ni, dans ce cas, il fit marcher ses troupes ; ni, je viens de trouver, pour agir, un cas favorable. Dans ces phrases et autres semblables on doit se servir des synonymes de cas , tous capables d'exprimer quelque chose d'effectif. — Ensuite , le cas a rapport à une règle : les moralistes , les législateurs , les médecins prescrivent la conduite qu'il faut tenir dans tels ou tels cas. « Il y avait des cas particuliers où les rois déféraient au peuple le jugement souverain. » Boss. « On ne doit pas employer le châtiment des verges sinon dans certains cas dont je parlerai. » Roll. « Tibère n'appliqua point cette loi aux cas pour lesquels elle avait été faite. » Montesq.
Les circonstances et les conjonctures sont des choses ou des faits accessoires par rapport à un fait qui se trouve comme placé au milieu ; elles influent sur lui et peuvent contribuer plus ou moins à le produire. Elles diffèrent de deux manières.
1° Conjoncture , concursus rerum , en vertu de son initiale cum, avec, ensemble, signifie une rencontre de circonstances , une complication d'événements , d'affaires ou d'intérêts ; si bien qu'on ne dirait pas un concours de conjonctures, comme on dit un concours de circonstances , ce serait un pléonasme. On se sert bien de ce mot quand des partis sont aux prises , quand une querelle ou une guerre est engagée , quand deux événements se rencontrent , comme , par exemple , la mort d'un général et la défaite de ses troupes , ou bien une victoire sur terre et une autre sur mer ; on dit alors : dans cette ou dans ces conjonctures.... « Dans la chaleur des conjonctures présentes. » Volt. Les conjonctures sont, d'ordinaire, embarrassantes et perplexes : « Il n'est ni conjoncture difficile, ni perplexité où il soit permis d'adoucir la loi de Dieu; mais les conjonctures les moins embarrassantes nous fournissent des prétextes pour la violer. » Mass.
2° Les circonstances , circum stantia , choses qui se tiennent autour, ont avec le fait un rapport plus prochain ; elles l'entourent , ou même elles en font partie , elles en sont des particularités : les circonstances d'un fait ; une action a été accompagnée de telles ou telles circonstances. Les conjonctures, conjuncta , choses jointes à ou avec, sont en dehors du fait, et souvent à une assez grande distance, a La conjoncture et la circonstance sont à la chose comme deux cercles concentriques à un point donné : la circonstance est le cercle renfermé dans la conjoncture. La conjoncture influe de loin sur l'événement ; la circonstance touche, pour ainsi dire, à l'action.» Roub. Des circonstances favorables assurent le succès et en sont le commencement-, des conjonctures favorables le présagent , le font présumer , le préparent de loin. Votre ennemi est attaqué par des nations voisines et déjà affaibli par des défaites ; dans ces circonstances , vous lui déclarez la guerre. Votre ennemi a indisposé quelques alliés, perdu un habile capitaine; la saison est belle : dans ces conjonctures , vous lui déclarez la guerre. On profite des circonstances, elles sont tout appropriées au fait; on consulte les conjonctures, il faut savoir en tirer avantage. « For-
cés par les conjonctures et les circonstances du temps , malgré leur aveuglement , les Juifs semblaient quelquefois (à l'égard de J. C.) sortir de leurs préventions. » Boss.
Occasion, ob cadere, tomber devant, au devant, exprime une circonstance ou une conjoncture de temps favorable pour entreprendre ou exécuter, une opportunité qui nous tombe tout à coup, soit qu'elle arrive inopinément, soit qu'on l'ait attendue ou cherchée. On saisit Voccasion ou on la laisse échapper. Voccasion diffère donc bien de la circonstance et de la conjoncture. Celles-ci d'abord ne sont pas toujours favorables : on se trouve dans de tristes , dans de cruelles , dans de pénibles circonstances ou conjonctures. Les circonstances ou les conjonctures de la vie. Dans ces phrases, occasion serait impropre. — Ensuite, même quand les circonstances et les conjonctures sont favorables , elles n'arrivent pas tout à coup et ne sont pas passagères comme Voccasion ; ce n'est pas quelque chose de nouveau qui se produit subitement et va s'enfuir, mais plutôt un état fixe des choses dont on peut profiter sans empressement. « L'amour de Dieu vous élargira le cœur et vous fera décider sur-le-champ dans les occasions pressantes. » Fén. a II y a un temps où les filles les plus riches doivent prendre parti : elles n'en laissent guère échapper les premières occasions sans se préparer un long repentir. » Labr.
L occurrence, ob currere, courir devant, au devant, diffère de la circonstance et de la conjoncture , comme Voccasion , en ce qu'elle s'offre à nous , nous échoit tout à coup , à l'improviste. « La présence d'esprit se pourrait définir une aptitude à profiter des occasions pour parler ou pour agir. C'est un avantage qui demande un esprit facile , l'usage des affaires, et, selon les différentes occurrences, divers avantages : de la mémoire et de la sagacité dans la dispute.... » Vauv. L'occurrence a même cela de plus distinctif encore qu'elle est toujours fortuite , jamais attendue , ni cherchée. Outre ce dernier trait , qui la sépare déjà de Voccasion, elle n'est pas essentiellement favorable comme celle-ci; on ne dit pas V occurrence d'agir comme Voccasion d'agir, pas plus qu'on ne dit la circonstance ou la conjoncture d'agir; mais on dit bien une fâcheuse occurrence , et , dans toutes les occurrences de ha vie. « Cependant, le feu (l'amour) s'allumait. C'était un feu caché.... Une fatale occurrence l'a fait éclater. » Bourd.
CAS (AU) QUE... , EN CAS QUE.... Supposé que,
La présence de l'article dans la première locution la rend plus précise : au cas que , c'est-àdire dans le cas déterminé , examiné , prévu , où.... En cas que, c'est-à-dire si par hasard.
Au cas que se trouvera ou se mettra plutôt dans un acte , dans un code, dans tout écrit où on spécifie bien les cas et où on pèse les termes. Une quittance de Beaumarchais porte : « Et au cas que M. le comte de La Blache n'ait pas de peintre du premier mérite , il sera obligé de faire copier ce portrait par le plus habile peintre de Paris. « Les féciaux faisaient des imprécations contre euxmêmes et contre leur cité, au cas qu'il leur arri-