DEUXIÈME PARTIE
fond sur les choses nouvelles que moyennant garant. Deux personnes solidaires sont cautions l'une de l'autre; le Tendeur est garant envers l'acquéreur de la propriété de la chose qu'il lui a vendue. On ne cautionne que les personnes; on ne garantit que les choses.
Le répondant est une caution ; car on est répondant d'une personne et non pas d'une chose , et ce qu'on certifie de cette personne, c'est sa conduite future. Mais caution, venant du latin, se dit principalement en termes de palais ; d'autant plus qu'en latin même il était surtout usité au barreau. Répondant, au contraire, ne convient pas dans les matières de droit et de justice ; c'est un mot du langage commun, a La réponse de saint Paul signifie une caution, ou comme nous disons, un répondant. » Boss. Il s'emploie bien dans des locutions familières , dans celle-ci , par exemple : « Voilà un bon répondant ! -a Agad. Et ce qu'il désigne ordinairement dans la langue commune ou familière , c'est une sorte particulière de caution , celle qui rend bon témoignage d'une personne , qui atteste qu'on peut se fier à sa fidélité , qu'on en sera content. L'enfant qu'on baptise a pour répondant son parrain ; et le domestique qui entre dans une maison , la personne qui le présente et le recommande, a Chez les chrétiens , il fallait , pour être initié , des répondants , des cautions , qu'on appelait d'un nom qui répond à parrain , afin que l'Église s'assurât de la fidélité des nouveaux chrétiens. » Volt. « Je n'ai, pour me recommander, ni protecteur ni répondant ; j'espère avec le temps être ma caution moi-même.» Marm. « Allons chez le licencié , qui a besoin d'un valet; je veux te présenter moi-même et te servir de répondant. » Les.
CAVERNE , GROTTE , ANTRE , TANIÈRE. Lieux creux dans des rochers, dans des montagnes, sous terre.
Caverne, latin caverna, de cavea, cavité, qui a du rapport avec cap , racine de capere , recevoir, contenir, signifie un lieu vide, concave, en forme de voûte. C'est le terme générique : aussi forme-t-il un adjectif caverneux , et sert-il à définir ses synonymes. -— Il a cependant une nuance distinctive qui consiste en ce que la caverne est propre à enfermer de tous côtés, comme sous une voûte, a Les ducs (oiseaux de proie nocturnes) nichent sur des arbres creux, et plus souvent dans les cavernes de rochers , ou dans des trous de hautes et vieilles murailles. » Buff. « Les hommes, avant d'avoir construit des maisons , ont habité les cavernes. »Id. «Les albinos ne peuvent soutenir les rayons du soleil ; ils ne voient que dans le crépuscule ; la nature les destinait probablement à habiter les cavernes. » Volt. « Une jeune fille sort du couvent comme une personne qu'on aurait nourrie dans les ténèbres d'une profonde caverne, et qu'on ferait tout d'un coup passer au grand jour. » Fén. — Le plus souvent la caverne est considérée comme un lieu où on se met à l'abri ou à couvert , non pas contre les rayons du soleil , mais contre les regards ou les poursuites; c'est un lieu secret ou un refuge. Aussi le mot latin cavere, si voisin de caverna , signifie-t-il se mettre en garde , chercher
un lieu de sûreté, a Un dragon gardait un trésor dans une profonde caverne. » Fén. Calypso indique à Mentor une profonde caverne où se trou • vent cachés tous les instruments nécessaires pour la construction d'un vaisseau (Id.). Philoctète voyant Hercule en fureur (Id.), les confesseurs de Jésus Christ persécutés par les païens (Bourd.), Mahomet poursuivi par les Mecquois (Volt.) , et le prince Charles Edouard Stuart par les soldats de Georges II (Id.) , les calvinistes traqués par les troupes de Louis XIV (Id.), les chrétiens d'Espagne dépossédés et tourmentés par les Maures (Les.), se retirent et se cachent dans des cavernes. Crassus , proscrit par Marius et fugitif, ayant rencontré en Espagne, proche de la mer, une grande caverne, il s'y enferma avec son monde (Roll.).
Grotte , de grotta , qui s'est dit dans la basse latinité , d'où il a passé dans la langue italienne , est le nom donné à des cavernes pittoresques que vont visiter les curieux. La grotte de Fingal. « Les grottes où se forment les stalactites et les stalagmites sont communes. » Volt. « Cet accroissement des stalactites est très-sensible et même prompt dans certaines grottes. » Buff. « Quand, je voyage, aperçois-je une grotte, je la visite. » J. J. — Le plus souvent les grottes sont de petites cavernes. « Ces vides (produits par les eaux) forment des grottes et des cavernes. » Buff. « Une caverne antique dans des rochers inaccessibles , une grotte formée par le temps dans le tronc d'un vieux arbre , au milieu d'une épaisse forêt, servent à l'ours de domicile. » Id. — D'ailleurs ces petites cavernes sont d'ordinaire des retraites champêtres décorées par la nature ou par l'art. La grotte de Calypso. Si on se sauve dans une caverne pour y être en sûreté , hors d'atteinte , on se retire dans une grotte pour y être seul, pour respirer ou rêver à l'écart , pour jouir du repos. « Anaïs aimait les plaisirs solitaires : souvent elle quittait un palais enchanté pour aller dans une grotte champêtre. » Montesq. Une grotte est auprès , dont la simple structure Doit tous ses ornements aux mains de la nature. Un vieillard vénérable avait, loin de la cour, Cherché la douce paix dans cet obscur séjour. Volt.
« La fée se retira dans sa grotte , résolue d'y passer quelque temps à délibérer. » Les. — On dit une caverne de voleurs ou de brigands ; les anachorètes habitaient des grottes.
Vantre , grec àvxpov , est une caverne profondément enfoncée et pleine d'une obscurité qui n'empêche pas seulement d'être vu , mais noire , épaisse, ténébreuse , dans laquelle on est comme enseveli. « Au jour de la résurrection, Jésus- Christ ira recueillir nos restes dans le fond des antres et des cavernes , dans les lieux du monde les plus obscurs et les plus cachés. » Bourd. Les cachots sont des antres profonds; on ne peut percer les ombres de ces noires demeures , ni démêler les misérables prisonniers au travers de ces affreuses ténèbres (Id.). L'obscurité de Yantre va d'ordinaire jusqu'à inspirer l'effroi et une sorte d'horreur, a La demeure de Benoît , c'est un antre ténébreux et plein d'horreur ; on dirait plutôt que c'est un sépulcre que la demeure d'un
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
homme vivant. » Bourd. — Ce mot offre presque toujours à la pensée quelque chose de sombre, d'affreux et de redoutable soit par la nature même de la chose , soit par ce qui s'y passe , soit par ce qui l'habite. Vantre d'un lion (Fén.), Y antre de Polyphème (Roll.), Y antre de la sibylle (Fén. , Boil.) , de la Jalousie (Montesq.) , de la Discorde (Volt.) , de la Chicane (Id.) , de l'Inquisition (Id.) ; les antres de la police (Id.). « Chaînes forgées par la tyrannie dans Yantre de l'imposture. » Id. « N'a-t-on pas vu de ces débordements de l'espèce humaine, des peuples, ou plutôt des peuplades d'animaux à face humaine, sortir tout à coup de leurs antres , marcher par troupeaux effrénés, tout opprimer, ravager les cités, renverser les empires...? » Éuff.
La terre s'ouvre, et ne s'offre à la vue Qu'un antre sombre, enfumé , caverneux , Où d'un brandon l'éclat fuligineux Semble éclairer par ses lueurs funèbres L'affreux manoir du prince des ténèbres.
J. B. Rouss.
Tanière , dans la basse latinité et en italien tana , caverne , est une caverne habitée , non pas comme quelquefois Yantre , par une bête farouche, ce qui en rend l'approche redoutable et l'idée seule effrayante, mais par une bête sauvage. « Les animaux les plus sauvages et les plus solitaires sortent de leurs tanières quand l'amour les appelle. » Volt. « Un serpent qui se glisse entre des fleurs est plus à craindre qu'un animal sauvage qui s'enfuit vers sa tanière dès qu'il vous aperçoit. » Fén. « Les bêtes sauvages ont chacune leurs forts et leurs tanières pour s'y retirer. » Roll. — La tanière paraît être spécialement la retraite du renard, a Sortez , monsieur le renard , sortez de votre tanière. » Best. « Les renards emplissent leurs tanières de cette proie. » Regn. « Les renards du Groenland font leurs tanières dans les fentes des rochers. » Buff. « Les renards ont leurs tanières , et les oiseaux leurs nids ; mais le fils de l'homme n'a pas où reposer sa tête. » Boss. « Dans le cœur de ce scribe se trouvaient des tanières pour les renards, c'est-à-dire des motifs secrets d'intérêt. » Mass. Enfin la tanière est plutôt un trou dans la terre, un terrier, qu'une cavité dans un rocher. Aussi dit-on qu'un misanthrope ou un solitaire sort rarement de sa tanière, comme on dit qu'il sort rarement de son terrier. — Au figuré , tanière signifie de misérables huttes. « Trois mille familles plaidant contre des moines redemandent la propriété de leurs déserts et de leurs tanières. » Volt, ce Déterrer un pauvre homme de sa tanière. » Id. ce Ces hommes se retirent la nuit dans des tanières, où ils vivent de pain noir, d'eau et de racines. -» Labr.
1° CEPENDANT , POURTANT ; — 2° NÉANMOINS , TOUTEFOIS. Malgré cela.
Cependant et pourtant sont adversatifs, servent à exprimer quelque chose de contraire , qui détruit ou exclut ce qui a été dit : cet homme semble honnête , mais cependant c'est un fripon-, quoique cet homme soit honnête, il m'a pourtant trompé. Néanmoins et toutefois laissent
subsister ce qui a été dit , et se bornent à présenter à côté autre chose qui doit être admis en même temps : ce convive est affamé , il avait néanmoins déjeuné copieusement; c'est la coutume de dormir la nuit et de veiller le jour, toutefois nous dormons une partie du jour et veillons une partie de la nuit. — Cependant et pourtant marquent une opposition plus grande , une correction , une contradiction , et s'emploient volontiers avec mais , mais cependant (Boil. , Boss. , Labr., Laf.) , mais pourtant (Boil. , Mol. , Laf.); néanmoins et toutefois n'indiquent guère qu'une opposition , une addition , ou dans tous les cas une modification qui ne va pas jusqu'à supprimer la proposition antécédente , et ils se disent plus ordinairement avec et , et néanmoins (Boss., Fén., Laroch.), et toutefois (Boil., Boss.).
1° Cependant, pourtant.
Cependant, pendant ce, pendant cela, annonce que , pendant que , tandis qu'une certaine chose se montre , passe , apparaît , semble , une autre contraire a lieu , est. C'est un mot particulièment propre à opposer la réalité à l'apparence , ce qui est à ce qu'on croit.
Qu'avez-vous? Je n'ai rien. Mais.... Je n'ai rien, vous
dis-je, Répondra ce malade à se taire obstiné.
Mais cependant voilà tout son corps gangrené. Bon.. Qu'il paraît bien nourri! Quel vermillon ! Quel teint! Cependant, à l'entendre, il se soutient à peine. Id. « L'amiral ne paraissait pas plus élevé qu'auparavant ; cependant il eut en effet toute l'autorité. » Boss. « Vous tournez les choses d'une manière qu'il semble que vous avez raison ; et cependant il est vrai que vous ne l'avez pas. » Mol.
Pourtant , de pour et de tant qui vient de tantus , si grand , signifie mot à mot pour si grand que. Je l'ai pourtant emporté; pourtant, c'est-àdire pour si grande qu'ait été la résistance. Et pourtant elle tourne ! dit Galilée dans sa prison ; pourtant , c'est-à-dire pour si grande ou quelque grande que soit l'assurance de ceux qui pensent autrement. Pourtant a donc plus d'énergie que cependant, quoique ce dernier commence aussi une proposition destructive, et non pas seulement modificative , de la précédente. Il fait concevoir de grands obstacles , une forte opposition , quelque chose à quoi on ne s'attend pas. ce Elle soutint ce jour-là le plus grand combat qu'âme humaine ait pu soutenir; elle vainquit pourtant. » J. J.
Quoique Scythe et barbare, elle a. pourtant aimé.
Rac.
Une aventure étrange et qui pourtant est vraie.
ce Le dieu Terme des Romains ne devait jamais reculer; ce qui arriva pourtant sous Adrien. » Montesq. ce II ne s'agit pour lui , dit-il , que de continuer les armes de sa maison, les mêmes pourtant qu'il a fabriquées. » Labr.
2° Néanmoins , toutefois.
Néanmoins , néantmoins , en rien moins , latin nihilominus , affirme la coexistence , la non incompatibilité d'une chose avec une autre. Il ne renverse pas ce qui a été dit, il y rapporte