DEUXIÈME PARTIE
mille talents. » Roll. « Vous vouliez briller, et vous vouliez être aimée : ce sont des choses incompatibles. Il faut opter. » J. J. « Forcé de combattre la nature ou les institutions sociales, il faut opter entre faire un homme ou un citoyen; car on ne peut faire à la fois l'un et l'autre. » Id. Presque toujours Y option est un choix assigné ou prescrit entre deux choses ; toutefois le nombre (de ces choses peut être plus grand, mais il est 'fixé , on ne peut absolument pas porter ses vues sur d'autres. « Dieu imputa à David le dénombrement du peuple; et sans autre miséricorde que de lui donner Y option de son supplice, il lui ordonna de choisir entre la famine, la guerre ou la peste.» Boss.— Ensuite , opter représente plutôt une action à faire , et choisir une action se faisant ; le premier la position , le second la conduite. L'option est plus ou moins avantageuse suivant la valeur des choses entre lesquelles elle permet de délibérer; le choix est plus ou moins bon suivant qu'on y emploie plus ou moins de discernement. Lorsqu'on a à opter, il faut bien choisir. «Elien dit que la lionne porte deux mois ; d'autres disent qu'elle porte six mois; s'il fallait opter entre ces deux opinions , je serais de la dernière , car le lion est un animal de grande taille." Buff. Je serais de la dernière, c'est-à-dire je choisirais la dernière. « Me trouvant dans la nécessité d'opfer entre deux objets (l'histoire des oiseaux et celle des minéraux), j'ai préféré le dernier comme m'étant plus familier, quoique plus difficile. » Id.
Élire signifie l'action collective d'un corps ou d'une société qui par la voie des suffrages choisit un homme pour occuper une place ou remplir une fonction. « Jusque vers le milieu du xie siècle , les empereurs allemands furent en possession de choisir eux-mêmes les papes ou de les faire élire dans des conciles tenus en Allemagne.» Cond. a La révolution eut un autre effet; avant ce temps , le maire (du palais) était le maire du roi : il devint le maire du royaume ; le roi le choisissait.... Mais depuis la nation fut en possession à' élire.» Montesq. —Du reste, élire ne suppose pas nécessairement, comme choisir, l'appréciation ni même la connaissance du sujet. On dit bien élire au sort. Avec le suffrage universel, tous les Français élisent leurs représentants; combien peu les choisissent ! « Les syndics sont des magistrats annuels que le peuple élit ou choisit. » J. J.
Préférer signifie choisir spéculativement , dans la sphère idéale , là où l'on n'a pas ou bien où il ne s'agit pas de vues pratiques. Le choix a pour but l'usage ou l'emploi qu'on veut faire de la chose ; la préférence ne fait que marquer le cas qu'on fait de la chose et le rang qu'on lui assigne. Chez un marchand de tableaux, je choisis celui-ci ou celui-là pour le placer dans mon cabinet; dans un musée, en présence de tableaux sur lesquels je puis seulement dire mon opinion, je préfère celui-ci à celui-là. On choisit un emplacement; on préfère un paysage à un autre. « On chûisit l'étoffe, on préfère le marchand; on choisit l'étoffe pour l'acheter et l'emporter ; on préfère le marchand pour aller acheter chez lui, parce
qu'on lui donne sa confiance. » Cond. On choisit une chose lorsqu'on veut la prendre l ; on la préfère à une autre , lorsqu'on ne fait que juger de ses qualités. Nous choisissons ce que nous trouvons de plus utile ; nous préférons ce que nous estimons supérieur. Un imitateur de Racine le choisit pour modèle ; un simple critique le préfère à Corneille ou à Sophocle. Le choix est bon ou mauvais , la préférence est juste ou injuste : le choix est bon ou mauvais , selon que l'objet répond ou ne répond pas à ce que nous nous proposons d'en faire ; la préférence est juste ou injuste , selon que l'objet , relativement aux autres . a été mis à la place qu'il doit avoir , ou bien trop haut ou trop bas. Le choix est un acte de la volonté ou de la liberté après une délibération sur l'aptitude des choses à servir nos desseins ; la préférence est un acte de la faculté judiciaire après une comparaison tendant à découvrir les mérites respectifs des choses en soi. — En second lieu, on choisit une chose, simplement; on préfère une chose à une autre. Choisir suppose bien aussi des choses ou des personnes laissées , écartées , négligées , mais il ne les montre pas aussi explicitement. Vous dites qu'on a choisi un tel général , lorsque vous ne le considérez point au milieu de ses concurrents ; si vous voulez exprimer qu'il l'a emporté sur eux , si vous voulez le représenter triomphant, vous dites qu'on Ya. préféré. « Pedro paraît : votre promesse vous engage à le choisir pour votre gendre.... Vous devez me le préférer , sans avoir égard à mon rang , sans avoir pitié de ma situation cruelle. •» Les.
Aimer mieux , quant au sens , ressemble plus à préférer qu'à aucun autre de ces verbes. Mais d'ordinaire on préfère par raison , et toujours on aime mieux par goût. Quoique je ne puisse rien alléguer pour préférer Cicéron à Démosthène, néanmoins je Y aime mieux (Lah.).
Adopter, signifie choisir une chose qui est à un autre ou dont un autre est l'auteur, la lui emprunter et la faire sienne. Adopter un système (Dest.), les manières de penser de quelqu'un (J. J.); adopter le langage du monde contre la vertu, sans ses mœurs (Mass.); les Chinois devraient a dop ter notre alphabet (Volt.); les Grecs adoptèrent les lettres des Phéniciens (Id.). « Il a fallu soixante ans pour faire adopter en France ce que Newton avait démontré. » Id. « Saint Augustin n'a pas employé pour établir cette vérité d'autres preuves que celles que l'Eglise a formellement adoptées. » Boss.
L'Amérique à genoux adoptera nos mœurs. Volt.
Trier signifie choisir physiquement, tirer (trahere . d'où peut-être trier) une chose ou des cho-
-I . Suivant l'Académie , prendre , dans une de ses nombreuses acceptions, veut dire choisir . Mais prendre indique plutôt l'effet du choix, ce à quoi aboutit le travail du discernement. Après avoir plus ou moins longtemps choisi , un acheteur finit par dire : « Je ne veux pas de ces étoffes, je prends celle-ci. » Ou bien prendre, c'est choisir d'abord, sans examen ou sans beaucoup d'examen. «Chez les Romains on étudia toutes les sectes de philosophes à la hâte; les circonstances ne laissaient pas le loisir d'examiner. Chacun prit une secte, et personne ne choisit. » Coxd.
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
ses du milieu d'autres , les en séparer. Et non-seulement ce mot ne se dit que des objets physiques , et non des choses morales , abstraites , ou des personnes, mais encore l'opération qu'il marque exige peu d'intelligence et de sagacité. « Une génisse n'a pas besoin d'étudier la botanique pour apprendre à trier son foin. » J. J. «Tous les ans il faut trier dans le troupeau (de brebis) les bêtes qui commencent à vieillir, et qu'on veut engraisser. » Buff. Par extension, trier , en général, se prend dans un sens défavorable, « Sur un grand champ couvert d'une moisson fertile , mes ennemis vont triant avec soin quelques mauvaises plantes, pour accuser celui qui l'a semé d'être un empoisonneur. » J. J. « Comment rassembler tous leurs libelles? Qui peut aller trier tous ces lambeaux , toutes ces guenilles , chez les fripiers de Genève ou dans le fumier du Mercure de Neufchâtel? » Id. « N ont-ils pas assez, ces grands , des mille et un feuillistes , faiseurs de bulletins , afficheurs , pour y trier les plus mauvais , en choisir un bien lâche et dénigrer qui les offusque? » Beaum. On voit par ce dernier exemple que l'action de trier s'applique aussi à des personnes, mais c'est toujours à des personnes sur lesquelles on appelle le dédain. Saint-Simon dit au sujet de gens sans probité , qui avaient été nommés pour asseoir un nouvel impôt : « Cie fut à ces gens si bien triés à digérer l'affaire. » m CHOIX , ÉLECTION. Détermination et nomination d'une personne pour une place ; un emploi , une dignité.
Le choix se fait par un seul homme , Y élection par plusieurs , par un corps , une société ou une assemblée , à la majorité des suffrages : le choix des ministres , d'an général, d'un ambassadeur; Y élection d'un député, d'un maire, d'un académicien, a Élection ne peut être employé pour choix. Élection d'un empereur, d'un pape, suppose plusieurs suffrages. » Volt. M. de Cormenin s'est plaint autrefois dans un de ses écrits de ce que trop de fonctions , en France , dépendent du choix, et pas assez de Yélection, — De cette première différence s'ensuit une seconde, qui a été signalée par le P. Bouhours. Quand on dit le choix d'un tel , cela peut s'entendre dans le sens actif, le choix qu'un .tel a fait : Le roi se repentit de son choix. C'est que le choix peut être fait par un seul homme. Mais comme Yélection résulte d'un concours de voix, Yélection d'un tel se dit toujours dans une signification passive , et a rapport au sujet qui souffre ou a souffert Faction exprimée par élire : tel roi de Pologne fit telle chose le jour de son élection ou après son élection.
D'autre part , choix est le terme général , et on s'en sert aussi quand il est question d'une action collective ou faite à plusieurs. Mais alors même ce mot diffère d'élection et ne doit pas partout lui être indifféremment substitué.
Choix est un substantif pur ; élection , un substantif verbal. Le choix est une chose et se qualifie comme tel : il est bon ou mauvais , louable ou indigne. V élection est un fait et reçoit des épithètes en conséquence : elle est calme ou tumultueuse, régulière ou irrégulière. On peut
' voir dans l'histoire de Y Académie combien Louis XIV 'était attentif à conserver la liberté des élections , et empressé à approuver les bons choix (D'Al.). Le choix, ainsi qu'un objet rpeut tomber sur quelqu'un; et Yélection, ainsi qu'un événement , approche , est retardée , on y procède ou on y assiste. « Après la prise de Constantinople par les croisés , ils procédèrent à Yélection d'un empereur ; le choix tomba sur Baudouin , comte de Flandre. » Cono. Le choix se considère bien à priori ou en droit; Yélection est toujours prés«ntée en fait, comme effective, a Selon M. Jurieu, c'est au troupeau qu'appartient le choix du pasteur.... Mais si, anciennement, le peuple présent concourait à Yélection, elle n'était faite néanmoins que par les évêques et le clergé e* présence du peuple. » Fén.
CHOQUER , HEURTER. Donner contre.
Heurter, c'est choquer fortement , violemment; la rudesse du mot lui-même l'indique assez. Ce qui choque donne un coup ; ce qui heurte donne un grand coup. On choque les verres à table. « Il y a en Perse des œufs qui se vendent trois ou quatre écus la pièce , et que les Persans s'amusent à choquer les uns contre les autres par manière de jeu. » Buff. En heurtant des verres ou des œufs les uns contre les autres , on les casse.
Quand un corps en choque un autre, il en résulte un petit brait, une petite secousse, ou une simple communication de mouvement. « Un corps choqué détruit dans le corps choquant autant de mouvement que le corps choquant lui en communique. t> Cond. « Rien de plus évident, dit-on, que la communication du mouvement par l'impulsion; il suffit qu'un corps en choque un autre pour que cet effet suive. » Buff. Mais quand un corps en heurte un autre ou heurte contre un autre , il le brise ou il se brise , ou tout au moins le coup est plus rude. « Holà , porteurs. Je pense que ces marauds-là ont dessein de me briser à force de heurter contre les murailles et les pavés. » Mol.
L'un me heurte d'un ais dont je suis tout froissé.,.,
Boil.
« Le Seigneur sera une pierre de scandale et une pierre d'achoppement, et un grand nombre de ces peuples heurteront cette pierre , y tomberont , y seront brisés. » Pasc. On heurte contre un écueil (Bourd.). Un vaisseau heurte contre un rocher ; c'est une trop lourde masse pour qu'on puisse dire qu'il le choque. De même , on ne choque pas à une porte , on y heurte; il faut frapper fort pour être entendu.
« Des troupes qui se choquent préludent au combat ou le commencent ; lorsqu'elles se heurtent, le combat est rude et violent au premier abord. Vous choquez par mégarde votre voisin ; un crocheteur qui va brutalement vous heurte. » Roub.
Au figuré , même différence. Une chose nous choque l'oreille ou la vue ; elle ne nous la heurte pas : pour une impression purement désagréable heurter serait un mot trop fort. Il suffit de la plus légère offense , du plus léger déplaisir pour choquer une personne ; pour la heurter , il faut la traiter avec plus de rudesse , la blesser gneve-
DEUXIÈB1E PARTIE :
^ent. Il est bien difficile de ne choquer personne -, mais on peut au moins ne heurter personne. Une simple affectation choque; l'égoïsme heurte.
« Avec de la finesse , des tournures , des adoucissements, vous choquez celui que vous ne voulez pas heurter. Vous êtes choqué d'une censure détournée; une apostrophe personnelle vous heurte. Le malin vous choque adroitement; le brutal vous heurte grossièrement. » Roub.
On choque et on heurte la raison, le sens commun , le bon sens , les opinions reçues , le goût public, l'amour-propre , la vraisemblance , etc. On les choque par des actions ou des discours qui y sont tant soit peu contraires ; on les heurte lorsqu'on les choque de front , ouvertement, sans management, sans égard. —«Les opinions qu'on produit dans la physique semblent devoir être convaincues de fausseté dès qu'elles choquent tant soit peu les opinions reçues. » Pasc. « On n'a jamais heurté le sens commun plus effrontément. » Volt.
Choquer, en parlant des personnes , se dit plutôt au figuré , et heurter au propre ; choquer est le seul qui s'emploie bien, au figuré, avec le pronom personnel : se choquer d'une chose , se choquer de tout. Tout cela est conforme à la différence des deux mots , dont l'un a une signification modérée, faible, l'autre une signification forte, rigoureuse, physique.
CIEL, PARADIS. Ces deux mots, employés figurément, désignent dans le style religieux le lieu où vont les âmes des justes au sortir de cette vie.
Le ciel est opposé à la terre , au-dessus de laquelle il s'étend , en forme de voûte ; le paradis est opposé à l'enfer, où, comme on sait, les damnés souffrent toutes sortes de tourments. Par conséquent le ciel est quelque chose d'élevé , le séjour propre de la gloire, le lieu où Dieu réside, où les saints le voient face à face, le contemplent et l'adorent; et le paradis est quelque chose de délicieux , le séjour propre de la béatitude, le lieu où les bienheureux goûtent des plaisirs ineffables , comme en goûtait Adam dans le paradis, c'est-à-dire dans le jardin où Dieu le mit aussitôt qu'il l'eut créé.
Le mot ciel signifie d'abord la principale demeure de Dieu , et emporte ensuite l'idée de réunion à Dieu, de participation à ses grandeurs. « Les vases de boue, entre les mains de l'Ouvrier souverain , deviennent bientôt des vases de gloire et de magnificence ; et tout chrétien est né grand , parce qu'il est né pour le ciel. » Mass. Le mot paradis donne l'idée du bonheur céleste , de jouissances incomparables. «Le moindre petit plaisir qui s'offre à ma portée me tente plus que toutes les joies du paradis. » J. J. Dans le ciel, on est avec Dieu; dans le paradis, on est au comble de la félicité.
Qui gagne le ciel sortira d'ici-bas en vainqueur, glorieux et triomphant ; qui gagne le paradis jouira après la mort de la récompense qu'il aura méritée en vivant saintement ou par ses bonnes œuvres.
Ciel indique le lieu , un lieu supérieur ou placé en haut : les mauvais anges furent précipités du
ciel; on connaît les paroles que le confesseur de Louis XVI lui adressa sur l'échafaud : «. Fils de saint Louis, montez au ciel. » Paradis marque un état ou est relatif à l'état : être en paradis^ c'est être dans une extrême joie , ou dans une situation qui semble ne rien laisser à désirer de ce qui peut rendre heureux.