CITER , ALLÉGUER, RAPPORTER , PRODUIRE
Mentionner ou faire connaître , à propos de ce qu'on dit , un écrit , un passage, un exemple , ou autre chose semblable.
Citer est purement indicatif, et alléguer est probant. Vous citez une chose en disant où elle se trouve, en donnant son adresse, pour ainsi dire; vous alléguez une chose comme une loi qui milite en votre faveur. Une bonne citation est réelle, et exacte; une bonne allégation est décisive. Vous citez faussement ce qui n'existe pas ou ce qui est tout autrement que vous ne le dites; vous alléguez à tort ce qui ne peut rien faire pour votre cause.
Pour être irréprochable , un érudit doit citer (et non pas alléguer) le chapitre et la page où il puise chacun des passages qu'il recueille, a On accuse Maldonat de n'avoir pas lu dans la source tout ee grand nombre d'écrivains qu'il cite. » Boss. « Qu'y avait-il à faire là-dessus , sinon de citer la page ?» Pasc. « On cite, on commente, on critique , on néglige , on oublie , mais surtout on méprise communément un auteur qui n'est qu'auteur. » Volt. De plusieurs passages qui lui sont favorables , un controversiste ou un dialecticien habile n'alléguera que ceux qui ont le plus de force de conviction. « Il y a de certaines gens qui , pour faire voir qu'on a tort de ne pas les estimer, ne manquent jamais d'alléguer l'exemple de personnes de qualité qui font cas d'eux. » Pasc. « Pour prouver ce qu'il avance , il n'a rien eu à nous alléguer que la communion des petits enfants. x> Boss. « Les juges sont obligés de juger selon ce qui est allégué et prouvé. »
ACAD
Je pourrais l'alléguer, pour affaiblir mon crime,
De mon père sur moi le pouvoir légitime. Volt.
On cite quelquefois pour faire une allusion, pour s'amuser ou montrer son savoir; on allègue toujours pour ou contre ce qui a été dit ou avancé. Et si parfois on cite également à l'appui d'une assertion ou pour la combattre , ce n'est pas cette circonstance qui frappe dans ce verbe comme dans l'autre. — D'ailleurs, on cite plutôt pour établir , pour s'autoriser , au lieu qu'on allègue plutôt pour se défendre, s'excuser ou se justifier. Vous citez quand vous voulez confirmer votre thèse , quand vous écrivez une histoire ou un traité dogmatique ; vous alléguez quand vous repoussez une attaque , quand vous réfutez des objections ou que vous essayez de vous laver d'un reproche.
Rapporter , c'est apporter de nouveau, citer ou alléguer après d'autres, a Si je ne rapporte point les passages qui ont été tant de fois cités en cette matière, on me le pardonnera facilement. •*> Boss. Mais la différence qui sépare le plus ordinairement ce mot des deux premiers . c'est qu'il exprime une exposition, et non une simple men-
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
tion. On cite et on allègue un auteur; on ne rapporte pas un auteur. Citer et alléguer un exemple, c'est dire qu'il existe et en général s'en prévaloir; le rapporter, c'est le mettre sous les yeux. « Il y a des morceaux très-éloquents qui ne persuadent rien ; il serait inutile d'en rapporter des exemples. » D'Al. On devrait forcer les faiseurs de certains libelles calomnieux à rapporter tout au long les passages qu'ils se contentent de citer ou d'alléguer.
Produire, mettre au jour, c'est citer ou alléguer quelque chose de secret , comme des lettres (Regn. , Beaum.) , ou bien quelque chose qu'on a gardé en réserve jusque-là. <t Nous en avons vu le décret exprès rapporté par M. Jurieu. Et si un seul décret ne.suffit pas , le ministre en a une infinité d'autres à nous produire.» Boss. «M. Burnet a favorisé la tolérance universelle ; et nous produirons bientôt d'autres preuves incontestables de son sentiment. » Id. a II tient ses réponses secrètes jusqu'à ce qu'on lui ait accordé de les produire. » Id. — C'est toujours quelque chose de nouveau qu'on produit; ce qu'on cite, ce qu'on allègue et ce qu'on rapporte peut être quelque chose d'ancien et de connu qu'on rappelle.
CIVILISÉ, POLICÉ, POLI. On appelle ainsi un peuple parvenu à un certain degré de perfectionnement.
Civilisé , du latin civilis , civil, formé de civis, citoyen , d'où vient aussi civitas, ville , donne l'idée de toutes les qualités d'un peuple réuni en cité ou vivant dans des villes. De ces trois mots, c'est le plus général. Un peuple est civilisé quand il s'est élevé plus ou moins haut au-dessus de la condition animale par ses lumières, ses institutions, ses arts, son industrie, son commerce , ses mœurs , sa religion , quand il s'est pour ainsi dire amélioré sous tous les rapports par la culture. « La nature humaine était plongée dans un état approchant de celui des brutes. Il a fallu beaucoup de temps pour que l'homme s'élevât au-dessus de la vie animale. Vous avez raison de vouloir, dans l'étude de l'histoire, passer tout d'un coup aux nations qui ont été civilisées les premières. » Volt.
Policé rappelle police et ne qualifie que sous un seul rapport , celui des lois et du gouvernement, o On ne trouve aucun peuple sans religion , de ceux du moins qui n'ont pas été absolument barbares , sans civilité et sans police.» Boss. a On a trouvé au Mexique et au Pérou des hommes civilisés, des peuples policés, soumis à des lois , et gouvernés par des rois : ils avaient de l'industrie, des arts et une espèce de religion ; ils habitaient dans des villes où l'ordre et la police étaient maintenus par l'autorité du souverain. 35 Buff. « Cléomène s'en va vers la Thrace chercher quelque peuple sauvage et sans lois, qu'il puisse assembler, policer et gouverner. » Fén. « Les Francs, au temps de Clovis , n'étaient qu'une troupe errante et farouche, presque sans lois et sans police. t> Id. Les abeilles, les fourmis et les castors forment des républiques réellement policées (Volt., Fén.): «Tout y est ordonné, distribué , réparti ; Athènes
n'était pas mieux conduite ni mieux policée. » Buff.
Poli, qui a été poli, adouci, exprime comme la fleur de la civilisation. « Ce n'est que parmi les nations 'civilisées jusqu'à la politesse que les femmes ont obtenu l'égalité de condition. » Buff. a Les peuples plus civilisés et plus polis sortentils par là de la chair et du sang?» Boss. Poli indique surtout le progrès dans les beaux-arts , la délicatesse du goût, l'aménité, la douceur dans le commerce , le sentiment des bienséances. « Des dieux bienfaisants descendaient sur la terre pour polir des peuples sauvages et faire fleurir parmi eux les sciences et les arts. » Montesq. ce II faut espérer qu'on les civilisera un jour. Il y a toujours dans cette nation de barbares deux ou trois mille personnes très-aimables, d'un goût délicat et de très-bonne compagnie qui à la fin poliront les autres. » Volt. « Cette politesse, à laquelle je donne le nom d'élégance, était encore bien grossière. » Cond.
Le contraire d'un peuple civilisé est un peuple encore brut , qui croupit dans l'ignorance et se soucie fort peu de rendre sa condition meilleure et de développer ses facultés, ce Les Moscovites étaient moins civilisés que les Mexicains : ils croupissaient dans l'ignorance et dans le besoin de tous les arts , et dans l'insensibilité de ces besoins qui étouffait toute industrie.... Dans l'abîme de son ignorance et de sa misère, cette nation dédaignait tout commerce avec les nations étrangères. » Volt. — Le contraire d'un peuple policé est un peuple sauvage, errant, une multitude éparse, indépendante, ce Les Persans, les Turcs, les Maures se sont policés jusqu'à un certain point ; mais les Arabes sont demeurés dans une indépendance qui suppose le mépris des lois : ils vivent comme les Tartares , sans règle , sans police , et presque sans société. » Buff. — Le contraire d'un peuple poli est un peuple grossier, ce Dans un siècle devenu plus poli , le théâtre gardait sa première grossièreté. » J. J. « On se fait dans les siècles polis une espèce de religion d'admirer ce qu'on admirait dans les siècles grossiers. <> Volt.
CLAIR, ÉVIDENT, MANIFESTE, PUBLIC, NO- TOIRE. Ces mots servent à qualifier des choses telles , qu'à leur égard notre esprit n'éprouve ni embarras ni indécision.
Ce qui est clair se conçoit aisément , est intelligible, sans obscurité, sans nuage, sans équivoque , n'a pas besoin d'éclaircissement ou d'explication , pour être saisi. Idée ou expression claire , commentaire ou style clair, ce Que les apôtres n'aient pu concevoir les choses que le fils de Dieu leur dit aujourd'hui en termes si clairs, j'en suis surpris.... Je vous demande en quelle partie de ce discours vous trouvez de l'obscurité ; ne paraît-il pas que tout y est fort intelligible ? Il spécifie tout fort distinctement. » Boss. ce J'ai un sentiment clair de ma liberté.... Toutes les langues ont des mots et des façons de parler trèsclaires et très-précises pour l'expliquer.... Nous avons une idée très-claire et une notion très-distincte de la liberté dont nous parlons. » Id. « Si l'Eglise entreprend de s'expliquer de nouveau,