‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 441 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

elle a beau user des termes les plus formels , les plus précis, les plus clairs, on y trouve toujours de l'ambiguïté.» Bourd. a Toute loi qui n'est pas claire, précise, intelligible à tous les esprits, n'est qu'un piège tendu à la simplicité. » Volt. .

Évident marque , non plus l'intelligibilité, mais la certitude. Ce qui est évident emporte conviction, détermine l'assentiment ou la croyance, et n'a pas besoin d'être prouvé. L'évidence est une qualité relative , non pas à la faculté de connaître ou de concevoir comme la clarté, mais à celle de juger, d'affirmer et de nier, à la raison. Principe évident; proposition, vérité ou preuve évidente. a Ce qui est évident est ce qui , étant considéré , ne peut être nié quand on le voudrait. » Boss. « De ces deux choses incroyables , celle qui l'était le plus a cessé de l'être, et est devenue , nonseulement croyable, mais évidente. » Bourd. «On ne peut plus en douter après une preuve si évidente. » Fén.

Manifeste, mis sous la main (manus), mis au grand jour, révélé , n'est point , comme les deux mots qui précèdent , un terme philosophique ou de psychologie. Il exprime une qualité objective plutôt que subjective, une qualité des objets plutôt qu'une capacité de faire telle impression sur l'esprit. Ce qui est manifeste est exposé ouvertement , à plein. Lafontaine appelle le milan « ua manifeste voleur. » Nous verrons' un jour la vérité manifeste ( Boss. ) , c'est-à-dire sans voile. L'existence d'une chose ou la réalité d'un crime est manifeste , c'est-à-dire , pour employer une expression moderne , patente. Un péril manifeste est apparent. « Le premier avènement de J. C devait être caché , au lieu que le second doit être éclatant et tellement manifeste , que ses ennemis mêmes le reconnaîtront. » Pasc. a Ce qui paraît dans le monde ne marque ni une exclusion totale , ni une présence manifeste de divinité , mais la présence d'un Dieu qui se cache. » Id. En un mot , au lieu que clair et évident font penser au sujet connaissant , au spectateur , manifeste regarde davantage l'objet connu ou qui est en spectacle.

On ne peut pas ne pas apercevoir ou entendre ce qui est clair , et ne pas admettre ce qui est évident. Rien ne cache, ne dissimule, n'enveloppe l'objet manifeste ; il se produit ou paraît à découvert.

Public et notoire ont cela de tout à fait particulier , qu'ils se disent uniquement des faits , des choses qu'on rapporte , qu'on cite comme s'étant passées. Mais ce qui est public, connu du peuple ou dans le peuple , est répandu , su de beaucoup de monde. « Ce fait sera demeuré par remarque dans le livre de Moïse comme un fait constant et public dont tout le monde était témoin. » Boss. a C'est un fait constant , public , universel et sans exception. » Id. « Tout le monde sait que Vergier avait été assassiné par la troupe de Cartouche...; le fait est public. » Volt. « Il était si public qu'avec de l'argent on venait à bout de tout dans Rome , que les consuls qui appréhendèrent que les députés ne gagnassent par cette voie quelque tribun , firent défendre par le sénat que personne leur prêtât de l'argent. » Roll. — Notoire, du

latin notus, connu, et de la terminaison oiret propre aux termes de jurisprudence, n'indique pas l'étendue de la connaissance , mais sa valeur. Ce qui est notoire a un caractère légal , authentique , incontestable , comme un acte de notaire. Et même encore à présent notoire convient surtout en parlant de faits allégués en justice ou dans des conventions , de faits qui sont ou qu'on prétend rigoureusement constatés. Montesquieu suppose une ordonnance dans laquelle il est dit : « Nous avons reçu plusieurs requêtes de la part de quelques personnes du beau sexe , qui nous ont supplié de faire attention qu'il était notoire qu'elles sont d'un entretien très-difficile. » « Le fait incontestable et notoire est que ces évêques étaient des évêques qu'on nomme in partibus. » Fén. « Depuis ma réunion authentique à votre Église, et mon rétablissement dans mes droits de bourgeoisie , notoire à tout Genève , et dont j'ai d'ailleurs des preuves positives. » J. J. « Ce fut à Rome une cause célèbre que celle que plaida Carbon pour la défense de L. Optimius, accusé du meurtre de C. Gracchus. L'action était notoire » Marm. « Ces faits , pour être allégués (par Eschine contre Démosthène), devaient être notoires. » Id.

Les faits publics ne sont pas particuliers ou secrets -, les faits notoires ne sont pas vagues , incertains, mal observés ou légèrement avancés. — La publicité répand les faits , fait qu'ils sont sus de beaucoup de personnes; la notoriété les constate , les certifie , les met hors de doute. — Et comme la certitude des faits dépend en grande partie du nombre des témoins, c'est-àdire la notoriété de la publicité , notoire se met volontiers après public : faits publics et notoires (Boss., J. J. , Roll.).

CLARTÉ, PERSPICUITÉ. Qualités qui contribuent à rendre un discours intelligible.

Clarté, formé du latin claritas, est un mot très-commun. Perspicuité, latin perspicuitas , est , au contraire , presque inusité ; c'est un terme didactique , consigné dans les dictionnaires, mais dont ne s'est jamais servi aucun écrivain de poids depuis le grand siècle.

Du reste , les deux mots , quand même ils se diraient également, diffèrent beaucoup, en ce que la clarté est relative au fond, et la perspicuité à la forme : la clarté des idées , la perspicuité du style. La clarté, comme l'exactitude, tient aux choses et naît de la distinction des idées; la perspicuité, comme la correction, tient à l'expression et naît des bonnes qualités du style. Dans Condillac , l'auteur manque quelquefois de clartét il pèche dans les déductions ; mais jamais l'écrivain ne laisse rien à désirer pour la perspicuité, il est toujours grammaticalement régulier et net.

CLOÎTRE , MONASTÈRE , COUVENT. Maisons religieuses dans lesquelles des hommes ou des femmes travaillent ensemble et hors du monde à leur salut.

Cloître , latin claustrum , clôture , de claudere, fermer, se prend d'abord seul d'une manière abstraite , absolue et indéfinie pour tout établissement semblable, et, en général, pour désigner

Tétat monastique ou religieux. « Se renfermer, faire vœu de vivre dans le cloître.» Bourd.« Achever dans le cloître une vie déjà avancée. »Fén.« Le serin fait les délices des recluses; il charme au moins les ennuis du cloître. » Buff. « Une espèce de piété enferma plus d'un prince dans le cloître. » Volt, « La dureté d'esprit qu'on puise dans le cloître. » Id. « Le cloître n'avait pas vu de vertu plus consommée. » Mass. Mais, d'autre part , on ne dirait pas , d'une manière déterminée et en laissant au mot l'idée commune, établir ou détruire des cloîtres ; le cloître des Bénédictins , des Capucins, des Petits-Augustins ; un supérieur de cloître, les richesses des cloîtres, un cloître de filles; des pauvres se tiennent à la porte du cloître. Monastère et couvent conviennent seuls dans ces expressions.— En second lieu, cloître tient de son étymologie une idée propre , celle de clôture. On s'enferme, on se cache, on s'ensevelit dans le cloître, comme dans une prison volontaire où on vit séparé du monde, « Cette jeune fille se présente à vous pour être admise dans votre cloître, comme dans une prison volontaire. » Boss. « Les religieuses ensevelissent dans les cloîtres la race dont elles devaient être mères. » Volt, a Je suis décrépite , il n'y a plus moyen de me montrer dans le monde. Il faut me cacher au fond d'un cloître. » Les. « Faire fortune est une si belle phrase , qu'elle a percé les cloîtres et franchi les murs des abbayes de l'un et de l'autre sexe. » Labr. « Cruels et lâches persécuteurs, faut-il donc que les cloîtres les plus retirés ne soient pas des asiles contre vos calomnies ! » Pasc. On appelle cloître, dans un monastère ou dans un couvent, la partie la plus éloignée du monde, celle où sont les cellules, a Quand j'arrive dans un couvent , la supérieure vient au-devant de moi , peur me recevoir dans la rue. On reçoit tous les étrangers dans des parloirs extérieurs. Pour moi, en arrivant, on me mène à l'église , au chœur , au cloître , au dortoir , enfin au réfectoire. » Fén.

Monastère, grec {/.ovacrripiov, de fjiovoç, seul, est un mot venu de l'Orient , ainsi que l'idée qu'il exprime. Les moines ont été d'abord dans la Thébaïde , la Palestine et la Syrie , de pieux solitaires , isolés les uns des autres et voués à la contemplation des choses divines et aux exercices de piété. Il se réunirent bientôt et formèrent loin des villes, .de vastes établissements dont chacun était comme un monde- à part. C'est ce que nous appelons en style historique des monastères. Ce sont , surtout dans les premiers siècles du christianisme, et au moyen âge, des couvents de grande étendue , formant dans l'État des ordres tout à fait distincts et possédant , en général , de grandes richesses. « Trente-deux monastères dans les principales villes d'Espagne ont été l'ouvrage des mains de sainte Thérèse. » Fén. « Les évêques obtenaient alors de semblables concessions des papes , parce que les monastères commençaient à être inquiets et à se vouloir rendre indépendants , comme il est constant par l'histoire. » Boss. « Ils voulaient ressaisir des biens que leurs ancêtres avaient donnés pour la fondation de tant de riches monastères dont le royaume était rem-

pli. » Vert, a Chassons les jésuites, afin qu'on rende à l'Etat des biens immenses engloutis dans tant de monastères. » Volt. « Dagobert passa pour un prince très-pieux , car il donna beaucoup aux monastères. » Id. « Le titre d'abbé , qui signifie père , n'appartenait qu'aux chefs des monastères. » Id. a Carloman prit le parti de renoncer au monde et de s'enfermer dans un cloître, après avoir régné cinq à six ans. Il bâtit d'abord un monastère près de Rome , et quelque temps après il se retira dans celui du Mont-Cassin , de l'ordre de Saint-Benoît. » Cond. — D'un autre côté, l'idée propre de monastère est celle d'isolement et de solitude. On se retire dans un monastère pour n'être distrait par rien , pour mourir entièrement au monde, pour être tout à Dieu , pour s'occuper exclusivement de l'affaire de son salut. «■ Où se sont confinés tant de pécheurs revenus à Dieu ? dans des solitudes, dans des déserts, dans des monastères. » Bourd. La reine de France , Marie- Thérèse d'Autriche, se relirait de temps en temps dans un monastère pour y être seule et y faire librement une revue de sa conscience (Fléch.). Monastère est proprement le nom qui convient au lieu où se trouvaient réunis les solitaires de Port-Royal (Pasc. , Volt. , Marm.). — Enfin, monastère est plus noble ou signifie un établissement plus considérable. « Le roi demanda une bulle au pape pour la suppression du monastère (de Port-Royal).... Toutes les religieuses forent enlevées et mises chacune dans un couvent moins désobéissant. » Volt. « Henri VIII détruisit les moines , parce que une infinité de gens oisifs , gentilshommes et bourgeois, passaient leur vie à courir de couvent en couvent. Il ôta encore les hôpitaux, où le bas peuple trouvait sa subsistance , comme les gentilshommes trouvaient la leur dans les monastères. » Montesq.

Couvent, au moyen âge covent ou convent, du latin convenire, s'assembler, a été d'abord le nom vulgaire des monastères. On ne le trouve même guère employé au xvne siècle que dans le style de la conversation. Bourdaloue ne s'en sert jamais, ni même Massillon; on le trouve trèsrarement dans Fénelon et dans Bossuet. Il s'applique aux monastères modernes , lesquels n'ont point de revenus considérables et conservent beaucoup de rapports avec le monde. Les frères mendiants, les franciscains et les dominicains appartenaient à des couvents ; ils se livraient à l'enseignement et à la prédication. Il y a encore de nos jours , en France , des couvents de femmes qui, comme au temps de Louis XV, s'occupent de l'éducation des filles. « Ce fut le couvent de Saint-Cyr qui ranima le goût des choses d'esprit. Mme de Maintenon pria Racine de faire une tra- | gédie qui pût être représentée par ses élèves. » ! Volt. « Confier aux couvents le soin d'élever ses 'filles.... Je craindrais (pour elles) un couvent ! mondain encore plus que le monde même. »

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