LU INTRODUCTION
ment à l'appui des différences trouvées, il peut aussi en faire découvrir qui jusque-là demeuraient cachées. Lorsqu'on connaît la différence générale de deux termes synonymes, on sait dans quels cas on doit employer l'un et l'autre exclusivement. Mais réciproquement, si on parvient à constater des cas où l'un soit de rigueur et l'autre impossible, avec un peu de réflexion on apercevra l'idée accessoire qui rend le premier seul capable de figurer dans ces cas, et partant, sa valeur propre en général. C'est pourquoi il faut rechercher avec soin les idiotismes, les phrases faites et les locutions proverbiales dans lesquelles entre un mot donné : comme il ne peut y être remplacé par aucun synonyme, le sens entier de la phrase en révélera la raison, et cette raison révélera le caractère propre du mot. Ainsi, on dit communément : Qui aime bien châtie bien, et l'usage ne souffre pas que dans cette locution on substitue ptunir à châtier: d'où il est permis de conclure que la raison de ce privilège attribué à châtier se trouve dans son vrai sens, qui est apparemment, infliger une peine pour rendre meilleur et empêcher de retomber en faute. On dit, des tours d'adresse, et non, des tours de capacité ou d'habileté : donc Y adresse signifie un trait, quelque acte particulier, tandis que la capacité et Yhabileté ont rapport à de longues séries d'actes, à la conduite de toute une affaire compliquée ou de tout un ordre d'affaires. On ne dit point, agir indolemment et paresseusement , comme on dit, agir nonchalamment et négligemment : c'est une preuve que Yindolence et la paresse font qu'on n'agit pas, tandis que la nonchalance et la négligence font qu'on n'agit pas convenablement. On est indifférent ou insensible à quelque chose; on ne dit pas de même, apathique ou indolent à quelque chose : donc Y indifférence et Yinsensibilité ont quelque chose de plus déterminé, de plus accidentel, de plus relatif, et Y apathie et Yindolence sont plus générales et absolues; ce sont plutôt des défauts du caractère, des qualités permanentes, considérées en elles-mêmes et indépendamment de toute application. On a de Y antipathie, on prend en aversion : par conséquent, l'une a son principe dans le tempérament même, et l'autre tient à des habitudes contractées, à des associations d'idées; on s'en rend compte, on voit quand et pourquoi elle a commencé.
En consultant l'usage particulier, on veut seulement s'assurer et faire voir que les bons écrivains ont employé les termes avec les différences qu'on vient de leur assigner; moyen de vérification dont il faut bien peser la valeur. Si un auteur estimé place une expression de manière à lui donner visiblement la nuance proposée, il en résulte, en faveur de la réalité de celle-ci, une forte présomption, étant probable que l'auteur a fait un choix, a agi de dessein formé. Néanmoins, comme cela n'est que probable, comme peut-être, dans les mêmes circonstances, le même auteur ou un autre, au su ou à l'insu du synonymiste, s'est servi plusieurs fois d'une autre expression, ce que le lecteur peut toujours soupçonner, les citations ne sont tout à fait concluantes que quand les termes synonymes s'y trouvent ensemble avec les rapports d'opposition qui viennent d'être mis entre eux. On a distingué, je suppose, tonnerre et foudre, sermon et prédication , stature et taille, service et bienfait, en disant que le tonnerre est le