‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 451 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

semble fort , annonce quelquefois un défaut , celui de regarder à des bagatelles , tandis qu'on néglige des choses importantes. « Que le monde est plein de ces fausses piétés! Scrupuleux dans les petites obligations , large sans mesure dans les autres. » Boss. « Tel fut le vice des pharisiens : exactitude scrupuleuse à l'égard de certaines traditions , de certaines cérémonies peu nécessaires; et du reste transgression libre et entière des devoirs les plus indispensables. » Bourd. Consciencieusement équivaut presque à religieusement; et scrupuleusement a parfois le sens de superstitieusement, ou peu s'en faut.

CONSÉQUENCE , CONCLUSION. Idée ou proposition qui dérive d'une autre ou de plusieurs autres.

Conséquence , consequentia , de consequi, s'ensuivre, est objectif; conclusion, résultat de l'action de conclure, est subjectif; on dit la conséquence d'un principe, c'est-à-dire ce qui en dérive naturellement , et la conclusion d'une personne, c'est-à-dire ce qu'une personne fait dériver de certaines prémisses.

Suivre , admettre toutes les conséquences d'un principe, qui découlent d'un principe (àcad.). « Attaquer l'erreur en elle-même , dans ses principes et dans ses conséquences. » Boss. « De là, par une conséquence immanquable, l'inutilité de ce divin mystère. » Bourd. « Aristote découvre dans les sujets qu'il traite un grand nombre de sujets et de conséquences. » P. R, « Il n'y a nulle conséquence directe entre l'idée de grandeur et l'idée de signe.» Id. — «. Voilà comment je conclurais , et ce serait sans doute la conclusion la plus raisonnable et la plus sensée. » Bourd. « Vous allez voir que ma conclusion est évidente. » Fén. a Mais enfin l'auteur tirera-t-il de là une conclusion claire et précise? » Id. « Pour la profondeur et» la pénétration, pour la justesse des conclusions , pour la dignité du discours , il n'y a rien que l'on puisse comparer à saint Augustin que Platon et Cicéron. » Labr. « Peut- on de sang-froid tirer de pareilles conclusions , et pourrait-on les voir tirer sans en rire? » Mal. a Voltaire dit de Bayle qu'il s'est fait l'avocat général des philosophes, mais qu'il ne donne jamais ses conclusions. » Lah.

Ce qui légitime une conséquence , c'est sa connexité avec un principe évident ; et ce qui fait la force d'une conclusion , c'est qu'on a su établir de la connexion entre elle et les propositions d'où on la tire. Une bonne conséquence a une valeur absolue, indépendante de nous, est vraie; une bonne conclusion est d'un bon faiseur , pour ainsi dire , a une valeur relative , est irréprochable quant à la forme et par rapport aux règles , correcte. Une conclusion est d'ordinaire la conséquence d'un argument en forme, d'un raisonnement réduit aux termes d'un syllogisme et considéré au point de vue de la logique, a Parce qu'on ne peut pas tirer toutes sortes de conclus-ions de toutes sortes de prémisses, il y a des règles générales qui font voir qu'une conclusion ne saurait être bien tirée dans un syllogisme où elles ne sont pas observées. » P. R.

De fausses conséquences sont des erreurs; de fausses conclusions sont des fautes de raisonne-

ment. Nous estimons un principe à cause des conséquences qui y sont contenues et un auteur à cause de ses conclusions , de ses manières de conclure. Un écrivain suit les conséquences de ses principes , ce sont choses qui le mènent , dont il dépend ; et il donne des conclusions, ce sont choses qui dépendent de lui, qu'il fait telles ou telles. « Quand il sera question de me défendre , je suivrai sans scrupule toutes les conséquences de mes principes...; que si mes censeurs s'obstinent à désirer encore des conclusions pratiques, je leur en promets de très-clairement énoncées. » J. J

CONSOMMER, CONSUMER. Conformément au latin consummare et consumere, Nicod dit : consommer et parfaire , consumer et user. Après lui , Vaugelas , puis Ménage , puis Beauzée , auraient voulu qu'on observât toujours cette différence , que consommer signifiât uniquement achever, c'est-à-dire accomplir (le mariage , une œuvre , une affaire , un crime) , et que consumer se prît seul pour achever, c'est-à-dire détruire en usant : la rouille consume le fer, le feu le charbon; l'amour consume cet homme. « Il est nécessaire , pour consommer le sacrifice de la messe, que le prêtre consume les espèces consacrées. » Beauz. Mais on n'a pas laissé d'employer aussi consommer dans le sens de consumer, d'anéantir par l'usage : consommer du charbon , des provisions , des denrées; c'est ce qui fait que ces mots sont synonymes , et qu'il n'est pas facile de les distinguer dans cette acception où ils sont près d'équivaloir l'un à l'autre.

L'action de consommer ne détruit pas en vain, comme celle de consumer. La consommation sert à la reproduction, a Dans la mer , presque toute la nourriture, toute la consommation , tourne au profit de la reproduction. » Bufp. La consomption ne sert à rien , et même souvent elle ne fait que causer du dommage. « Les Scythes avaient eu soin de boucher tous les puits et toutes les fontaines, et de consumer tous les fourrages dans les lieux où les Perses devaient passer.» Roll. — Par tel procédé on consomme peu de charbon pour fondre le fer (Buff.). <* Cet incendie souterrain n'a pas d'effet violent, et n'est 'nuisible que parla perte du charbon qu'il consume. » Buff. — On consomme des soins et des veilles au service de quelqu'un (Pasc.) , et tout homme doit se résoudre à consommer sa vie dans le travail (Bourd.) ; mais on consume inutilement ou sans fruit son temps , sa vie , ses efforts.

Ensuite , consommer venant de consummare , faire la somme ou additionner, marque plutôt une action successive , qui ajoute partie à partie jusqu'à former un tout; au lieu que consumer, cum sumere , prendre plusieurs choses à la fois, indique une action qui se fait tout d'un coup. Les habitants de tel pays en consomment tous les produits dans l'année. En général, on met beaucoup de temps à consommer. « Si vous entendez que je reste dans votre maison jusqu'à ce que la muscade et la cannelle soient consommées , je n'en démarrerai pas d'un bon siècle. » J. J. Mais une grande armée a bientôt consumé toutes les récoltes du pays qu'elle occupe. «. L'armée des Perses consumait tout en peu de temps dans le pays. » Boss.

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

« L'armée de Xerxès continuait sa route vers la Thessalie , ravageant les campagnes , consuman dans un jour les récoltes de plusieurs années. » Barth. — Les causes qui agissent lentement , la rouille, la pourriture, la vétusté, consomment ; le feu consume. « Mettons le feu à cette bourre superflue , à ces vieilles forêts déjà à demi consommées; achevons de détruire avec le fer ce que le feu n'aura pu consumer. » Buff. « Ce feu dévore et consume en un moment tout ce qui s'offre à son activité. » D'Ag.

CONSTANCE , FIDÉLITÉ. Qualité d'une personne qui ne change pas , qui reste invariablement attachée à quelqu'un ou à quelque chose.

Constance, de cum stans, qui demeure le même, marque un attachement naturel ou de goût ; fidélité , de fidus, qui garde sa foi , désigne un attachement moral ou d'obligation. On est constant en amour, fidèle à sa parole. Cœur constata, dépositaire fidèle. Constance dans les affections (Buff.), fidélité des promesses (Boss.). Une femme constante continue à avoir la même inclination, à aimer le mémo homme. « La constance est la chimère de l'amour. » Vauv. « Zelmis ne m'aime plus; mais que me soucié-je de sa constance ou de sa légèreté? » Regn. Une femme fidèle observe son serment et ses devoirs. « La jalousie inventa l'art de mutiler les hommes, pour s'assurer de la fidélité des femmes. » Volt. a Montaigne garde la fidélité au mariage , à cause de la peine qui suit les désordres. » Pasg. Vinconstante est légère; Yinfidèle, parjure. L'actrice Mlle Clairon n'avait pas longtemps le même amant ; mais , tout le temps qu'elle en avait un , elle n'était qu'à lui, elle ne le trompait pas; elle n'était pas constante , mais fidèle (Màrm.). — La constance a le caractère des passions , elle est fatale ; la fidélité, comme tout ce qui tient à la conduite , est libre. On doit être ravi de la constance; on doit récompenser la fidélité.

D'autre part, la constance exprime plutôt delà persévérance et du courage ; et la fidélité , de la docilité et du dévouement. Dieu éprouve ses élus par les afflictions, et leur donne occasion de lui marquer par leur constance leur fidélité (Bourd.). a Ces moments de dégoût dans la piété sont des tentations dont je puis profiter en donnant à Dieu , par ma constance , la preuve la plus certaine de ma fidélité. » Id. « De la part du chien, quelle constance à suivre, quelle fidélité à accompagner, quelle attention à défendre son maître! » Buff.

Ainsi, la fidélité est plus que la constance, parce qu'elle se rapporte à la conduite , à la manière d'agir, et non pas seulement aux dispositions intérieures de l'âme , à la manière de sentir ou de souffrir. « Oui , je serai constant et fidèle. » Bourd. a Admirez la constance et l'inviolable fidélité de ce peuple. » Id. a La gloire de passer pour constant et fidèle. » Mass. « Combien de fois n'a-t-on pas vu ce prélat, pendant les désordres de l'Etat, respecté même des rebelles , aller à travers les armées porter au pied du trône le tribut de sa constance et de sa fidélité /» Id. a Parmi les ramiers , il y a constance et fidélité dans l'union du mâle et de la femelle. » Buff.

1° CONSTANT, FERME, (STABLE); — 2° INÉ- BRANLABLE, INFLEXIBLE. Ces mots indiquent le caractère d'une âme invariable , inaccessible au changement.

Constant et ferme représentent en elle-même et absolument la qualité signifiée par tous ces mots; inébranlable et inflexible la font considérer relativement , par rapport aux assauts inutiles que l'âme essuie, aux circonstances qui tendent inutilement à la faire changer ou varier. Qui est constant ou ferme demeure le même ; qui est inébranlable ou inflexible reste le même malgré les accidents de la fortune ou les efforts des hommes , est , pour ainsi dire , invincible.

1° Constant, ferme.

Constant a rapport à la sensibilité , et ferme à la volonté : on est constant dans ses sentiments , dans ses affections , dans ses goûts ; on est ferme dans ses résolutions. Cœur constant, ferme propos (Acad.).

D'autre part , comme la sensibilité est une propriété passive , on se montre constant dans la manière dont on souffre; tandis qu'on est ferme dans la manière dont on agit , dont on se soutient dans le parti qu'on a pris. La constance est la qualité d'une âme qui sait supporter le malheur, qui ne succombe point sous ses maux, qui trouve en elle-même des ressources contre l'affliction ; la fermeté est la qualité d'une âme fortement trempée qui persiste dans ses entreprises, qui ne se rebute ni ne recule. L'homme constant est celui qui conserve , suivant l'expression d'Horace , œquam mentem rébus in arduis non secus ac in bonis, une âme égale dans la mauvaise comme dans la bonne fortune ; l'homme ferme est le vir propositi tenax du même poëte , celui qui suit avec ténacité ce qu'il a résolu. Quoique .toutes deux opposées à la faiblesse, la constance et la fermeté le sont encore plus particulièrement , la première à l'abattement , et la seconde à la mollesse. Pour être constant , il faut de la patience; pour être ferme, du courage. La constance portée au comble serait l'impassibilité ; la fermeté dégénère aisément en opiniâtreté (J. J.).

a L'amiral de Coligny souffrit son mal et les incisions qu'il lui fallut faire avec une constance admirable ; le jour même qu'il fut blessé , il vit et entretint tous les seigneurs de la cour avec une fermeté qui les étonnait. » Boss. Quand la flamme du bûcher vint saisir l'Indien Calanus , avec une constance qui étonna toute l'armée d'Alexandre il demeura dans la même posture où il s'était mis ; le roi avait voulu le détourner d'un si terrible dessein , mais il avait bientôt vu que, quelque chose qu'il lui pût dire, il restait ferme et inflexible (Roll.). Régulus, dans les supplices à Carthage , fut un modèle de constance , après avoir été dans le sénat romain un modèle de fermeté.

Toutefois , constant se prend aussi dans le sens actif de ferme ; mais alors les deux mots diffèrent en ce que constant se rapporte à la durée , et ferme à la force. Constant annonce de la persévérance , et ferme de l'énergie. Aussi dit-on toujours ferme et constant (Acad. , Pasc, Mol.,

Page 1